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jeudi 21 août 2014

Photos de vacances et interview emblèmes du décalage de François Hollande

Au delà des éléments conjoncturels, la crise dans laquelle nous sommes englués depuis 2008 est le fruit des mutations de la troisième révolution industrielle.
L'essentiel des emplois et de l'activité d'aujourd’hui, et encore plus de demain, sont directement ou indirectement liés au numérique. Aussi, sortir du marasme ambiant suppose, a minima, de comprendre les évolutions très profondes qui remuent société et économie..
Rien de tel pour ce faire que de se forcer à l'usage concret et personnel des éléments les plus caractéristiques et grand public des changements en cours.

À quelques jours d’intervalle, François Hollande a fait, à deux reprises, la démonstration de son décalage patent avec le monde actuel.

Premier épisode, des photos de vacances - semble-t-il prises à son insu - montrent le président à la plage en train de lire un quotidien national payant dans sa version papier.
Notre élu suprême est-il au courant que le lectorat de ce type de publication chute de plusieurs pourcents chaque année ?
Sait-il que cette pratique est devenue minoritaire ?
Est-il conscient que les moins de 30 ans - pourtant priorité de son quinquennat - sont étrangers à l'univers de la presse papier ?
Ne devrait-il pas au contraire profiter de la pause estivale pour s'initier à l'information et à la lecture numériques ?

Second épisode, soucieux de valoriser son action et de montrer que la barre est fermement tenue, le même François Hollande a donné une longue interview écrite plus propice aux explications structurées que le traditionnel ping pong télévisuel.
Pour cette tribune, il a choisi le Le Monde, figure de proue de la presse dinosaure.
Certes, le site internet du journal a publié le dialogue du président avec ses journalistes, mais exclusivement dans sa version payante pour ses abonnés.
Résultat, l’immense majorité des internautes qui auraient souhaité lire l'interview présidentielle n'a eu accès qu'aux résumés plus ou moins fidèles des autres sites web.
À coup sur, cette communication d'un autre âge n'a atteint que très peu de personnes de moins de cinquante ans.

Ce travers n'est pas spécifique à François Hollande, mais commun à la plus grande part des leaders politiques. Si Nicolas Sarkozy était sorti vainqueur de l'élection présidentielle, j'aurais pu écrire un billet similaire.

Comment penser un monde dont on ne maîtrise plus les codes de base ?
Pourquoi continuons-nous à porter au pouvoir des personnes autant éloignées de notre réalité ?

Numériquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques
. “François Hollande allergique au numérique ?”
. "Allons-nous renoncer encore longtemps ? Réaction épidermique aux élections européennes"

- Je dédie cette chronique au twittonaute @YvesCohenTanugi qui relaie souvent mes chroniques. Je ne suis pas systématiquement d'accord avec lui mais c'est une personne de convictions, passionnante à suivre, avec qui le débat est aisé et respectueux. Et quand l'essentiel est en cause, nous nous retrouvons !

dimanche 5 janvier 2014

Le vieux facteur se meurt, il n'avait que 174 ans

Le 11 décembre 2013, un certain Deepak Chopra, dont j'ignorais jusqu'alors l'existence, annonçait officiellement le commencement de la fin d'une extraordinaire et multi-séculaire technologie de communication.

Ce comptable de formation est actuellement PDG de Postes Canada, la société publique qui assure le service du courrier dans le nord de l'Amérique.
Dans le cadre d'un plan d'adaptation de son entreprise à la forte baisse de son activité, Deepak Chopra a décidé la suppression progressive d'ici 5 ans des traditionnelles tournées de facteurs ainsi qu'une augmentation de plus du tiers du prix du timbre.
La poste traditionnelle, victime d'internet, semble avoir vécu au Canada.
La chute du volume du courrier étant mondiale, il est probable que des mesures similaires seront prises à peu près partout dans un avenir proche, y compris en France.

La poste moderne a débuté en Angleterre, très exactement le 6 mai 1840.
Dans les années précédentes, l'envoi de courrier au Royaume Uni, comme partout ailleurs en Europe, était un véritable cauchemar.
Le trafic postal restait réduit alors que révolution industrielle, exode rural (75% de la population britannique était urbaine) et poussée de l'alphabétisation (70% des hommes et 50% des femmes) avaient accru les besoins de communication.
Les tarifs, qui variaient avec le poids et la distance, étaient prohibitifs. Expédier une simple feuille de Londres à Edimbourg coûtait 13.5 pence, soit plus de 4 heures de salaire d'un ouvrier urbain.
La taxe postale était payée par le destinataire qui, toutefois, pouvait refuser un pli. Beaucoup de stratagèmes "d'évasion postale" existaient comme l'écriture de signes convenus sur l'enveloppe pour éviter d'accepter une lettre. Aussi la poste britannique réussissait l'exploit d'être à la fois impopulaire et déficitaire.

Rowland Hill, personnalité éclectique qui fut tour à tour pédagogue progressiste, promoteur de la colonisation du sud de l'Australie, inventeur d'une presse à imprimer ou directeur de chemin de fer, proposa en 1837 une réforme postale d'envergure.
Après deux ans de débats et de lobbying, le gouvernement révoqua son "postmaster general" Lord Lichfield et embaucha, sur un contrat de 2 ans, Rowland Hill afin qu'il transforme le monopole public du courrier.

La démarche de cet innovateur, similaire à celle d'Henry Ford un petit siècle plus tard pour l'automobile, consista à abaisser fortement et simultanément coûts de revient et prix de vente afin d'augmenter le trafic, tout en restaurant la rentabilité des postes de Sa Majesté.

Tout d'abord, les frais postaux devinrent à la charge de l'expéditeur afin de diminuer l'effort de recouvrement et les lettres refusées.
Le timbre poste fut inventé à cette occasion afin d'attester le paiement préalable à l'envoi.
Les premiers timbres one penny black portant le profil altier et renfrogné de la jeune reine Victoria furent officiellement utilisés à partir du 6 mai 1840.
Toutefois, certains postiers pressés les lancèrent en avance. Ainsi, il existe un exemplaire avec un cachet du 1er mai 1840. Le one penny black n'eut cours qu'une seule année et fut tiré à 68 millions d'exemplaires.

L'autre changement introduit par Rowland Hill fut un tarif postal unique au prix psychologique et cassé d'un seul penny pour toute la Grande Bretagne, indépendamment de la distance.
Un penny représentait seulement 20 minutes de salaire ouvrier anglais. A titre comparatif, en France sous Napoléon III quinze ans plus tard, un envoi comparable valait encore trois fois plus.
En 2014, le nouveau prix du timbre canadien équivaut à grosso modo 10 minutes de salaire minimum, contre 4 minutes en France.

Le résultat des réformes postales anglaises dépassa toutes les espérances.
Dès 1840, la poste britannique achemina 170 millions de plis, le double de l'année précédente. Cette valeur est toutefois 80 fois inférieure au trafic actuel.

Un peu plus de 170 ans plus tard, l'instantanéité et la quasi-gratuité des mails sont en train de liquider le courrier papier et de mettre à bas le bel édifice postal.
John von Neumann, Bill Gates, Steve Jobs et leurs consorts ont eu raison de Rowland Hill.

Posto-mutationnellement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "timbres, iPhone et salaires ouvriers".
Pour aller plus loin, le site histoirepostale.net consacré aux postes d'Europe au XIXème siècle et sa page sur l'Angleterre.

- Le titre de la chronique est inspiré de la célèbre chanson "le facteur" de Georges Moustaki.

- Articles des Echos sur la réforme de Postes Canada du 11 décembre 2013

mercredi 4 septembre 2013

Merci aux élus locaux et à l'équipe de rugby de Grenoble

Depuis dimanche dernier, comme la plupart des habitants de l'agglomération de Grenoble, je suis à la fois heureux et exaspéré.
Malgré la rentrée scolaire, la capitale du Dauphiné croule littéralement sous les visiteurs. Hôtels et restaurants sont complets, les délais d'attente pour accéder au musée ou au téléphérique de la Bastille dépassent deux heures. Rocade et boulevards sont embouteillés encore plus que de coutume et la gare est quasi-inaccessible.
Plus étonnant, la chambre de commerce et les différentes institutions de recherche ont, dans l'urgence, embauché des standardistes et du personnel d'accueil pour faire face à l'afflux de demandes de renseignements professionnels et de projets d'implantations dans la région.
Cela augure d'une activité économique soutenue dans mon bassin d'emploi préféré mais rend le quotidien pénible, les déplacements et l'accès aux commerces étant devenu très difficiles.

La cause de cette affluence massive dans l'Y grenoblois est une campagne de communication très efficace menée par les élus de la communauté d'agglomération, plaisamment baptisée Métro.
L'audacieux président métropolitain, entouré de ses 20 vice-présidents, de ses 12 conseillers délégués et des 42 conseillers communautaires ordinaires, a eu la riche idée d'utiliser les deniers publics qu'il gère pour parrainer le match de rugby Grenoble-Toulon du 31 août.
Le slogan imaginé pour cette occasion était particulièrement percutant "avancer ensemble pour gagner ensemble".
Cette sentence indépassable, couplée au logo ornithologique emblème officiel de l'agglomération dauphinoise, a été affichée régulièrement au cours durant la rencontre.


L'effet a été immédiat. L'immense cohorte de téléspectateurs de la chaîne payante qui retransmettait l’événement, éblouie par tant de hardiesse communicante et d'esthétique d'avant-garde, n'a eu de cesse, une fois le match remporté par l'équipe iséroise, de se précipiter dans la ville de Lesdiguières, pour tourisme, affaires et plus si affinités.

Perpétuellement soucieux du développement économique de ma région, je tiens à remercier ses élus pour leur vision, leur hardiesse et leur efficacité.
En cette période de l'année où les feuilles d'impôts se succèdent à rythme soutenu, je constate avec plaisir et satisfaction qu'au moins mes taxes d'habitation et foncières ne sont pas dépensées en pure perte au sein d'une bureaucratie grisâtre mais investies au service d'une véritable stratégie de soutien à l'activité locale.

Bien sur, cette ardeur de la Métro a aussi pour conséquences quelques menus travers qu'il serait injuste de ne pas tolérer. Toute omelette nécessite le bris de quelques œufs.

Totalement engagés au service du bien commun, les 75 dirigeants et les 850 employés de la communauté de communes n'ont guère de temps disponible pour mettre à jour leur site web.
Ainsi le budget de près de 350 millions d'euros, grosso modo 900 € annuels par grenoblois, y est expédié en 8 petites lignes dans lesquelles la communication et le sponsoring n'apparaissent pas. Cela n'a guère d'importance vu le succès incroyable de ces démarches.

De même, je comprends que le FCG, club de rugby grenoblois, soit soucieux de ne pas mettre ses parrains en porte-faux avec des pages internet plus informatives que celles de la Métro. Aussi, bien que recevant de l'argent public, prudemment, il se garde bien de publier le moindre état financier.

J'approuve aussi qu'édiles et dirigeants sportifs, dans un souci de rayonnement de Grenoble, entretiennent imperturbablement deux grands stades afin que les fiers rugbymen rouges et bleus ne prennent pas le risque de marcher sur les pieds de l'équipe de football pensionnaire de division 4.

Pour conclure, j'espère, un peu égoïstement, que la Métro, sur sa lancée, ne répétera pas la même opération de promotion avec les équipes de volley-ball ou de badminton de Meylan et des autres communes de banlieue.
L'affluence dans l'agglomération risquerait de continuer à croître, ce qui me forcerait à coucher au boulot pour éviter la thrombose de la rocade.

Fiscalo-rugbystiquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Une excellente vidéo d'une conférence du Réseau Citoyen de Grenoble décortiquait en 2013 les subventions de la municipalité de Grenoble (et non pas de la Métro). Le sport professionnel arrivait en tête, le ruban bleu revenant au GF38 club de football de division 4 dont les maillots de joueurs devait être recouverts de platine rhodié.

- J'ai reçu l'image présentée dans cette chronique le 30 août 2013 dans un mail promotionnel envoyé par le FCG qui m'incitait à acheter une place pour la rencontre Grenoble-Toulon en mettant bizarrement en avant le sponsoring de la Métro.

- Site web de la Métro, communauté d'agglomération Grenoble-Alpes Métropole, avec sa description budgétaire très sommaire et la présentation de sa gouvernance qui fait pâlir d'envie les forces armées du Mexique.

- Site web du FCG Grenoble Rugby, dans lequel je n'ai pas réussi à dégoter un quelconque élément financier.
Fort heureusement, le soutien fiscal aux rugbymen grenoblois leur a au moins permis de battre les champions d'Europe toulonnais 28 à 26.

- Comme à chaque fois que j'alpague des politiques sur ce blog, je rappelle que ces colonnes leur sont ouvertes pour un droit de réponse.
De même, si par extraordinaire, le FCG souhaitait publier ses états financiers, je me ferai un devoir de les reproduire.

lundi 7 janvier 2013

François Hollande allergique au numérique ?

En décembre dernier, le site internet de la présidence de la république française a été totalement refondu. Les gazettes ont fait leurs gorges chaudes de la disparition presque totale de toute trace du passage durant cinq ans de Nicolas Sarkozy à l'Élysée.

Après avoir fureté sur ce rébarbatif site institutionnel, j'ai été beaucoup plus étonné par une autre absence. Aucune photo ne montre François Hollande ou ses ministres avec un ordinateur ou un smartphone.
Les rares instruments de travail visibles sont de volumineux dossiers papier. La seule exception que j'ai réussi à dégoter est le "séminaire de travail sur la situation économique et l'emploi" du 4 janvier 2013 où une éminence cravatée semble plus intéressée par son téléphone que par l'auguste parole présidentielle.

Personnellement, je ne conçois que deux hypothèses pour expliquer ce manque criant de numérique dans la communication visuelle de l'Élysée.

La première possibilité dénote le louable souci du gouvernement français de dynamiser l'économie nationale.
François Hollande, conscient que le patrimoine historique et culturel de la France constitue un atout de taille et participe à l'activité touristique cruciale pour l'emploi, aurait expressément demandé à ses services qu'aucun anachronisme ne puisse gâcher les images des palais et des ors de la République que le monde entier regarde avidement.
Dans ce cas, le président aurait donné aux photographes de strictes consignes. Pour garantir une qualité irréprochable, la cellule de presse retoucherait les photos avant publication afin d'y gommer tout appareil inopportun. Dûment prévenue, la garde républicaine fouillerait ministres, conseillers et autres visiteurs avant leur entrée dans les pièces d'apparat afin d'éviter d'y introduire le moindre microprocesseur.
La malencontreuse image du dernier séminaire gouvernemental serait due à l'inattention coupable d'un stagiaire mal remis de son réveillon de la Saint Sylvestre. Quant au retrait des images de Nicolas Sarkozy, il ne proviendrait pas d'une rancœur politique mais du goût immodéré du précédent président pour les SMS et les smartphones.

La seconde éventualité est beaucoup moins flatteuse pour l'exécutif.
François Hollande et les poids-lourds gouvernementaux souffriraient d'allergies aux TIC - Technologies de l'Information et de la Communication - et seraient restés d'indécrottables papivores supporteurs de la déforestation. Même la très verte Cécile Duflot se laisse immortaliser devant des piles de paplards.
Nos gouvernants feraient ainsi partie des seulement 15% de français n'utilisant pas l'informatique dans leur travail. Une preuve de plus que la classe politique n'est pas représentative de la société et se trouve coupée des réalités.
Seuls quelques originaux, à l'instar de Fleur Pellerin ministre en charge de l'économie dite numérique, seraient à l'aise avec les outils que l'on ne peut même plus qualifier de modernes. Toutefois, soucieux de ne pas froisser leurs collègues et employeurs, ces politiciens excentriques se garderaient bien d’apparaître en public en présence d'un écran.

Je redoute, malheureusement, que la seconde hypothèse soit la bonne.
Le site de l'Élysée, bien que payé par nos impôts, est régi par le régime classique des droits d'auteur et non pas par une licence libre de type Creative Commons.
La présidence de la république interdit, non seulement la reproduction, mais aussi la simple "représentation" des photos qu'elle publie et que nous finançons. C'est pourquoi je n'ai pu légalement illustrer cette chronique avec les photos que je commente.
Pour méconnaître qu'internet est un espace d'échange et de reprise de contenus en tous genres, il ne faut pas s'y rendre très souvent ...

Bien entendu, amis lecteurs, si vous échafaudez d'autres hypothèses expliquant la carence numérique de l'Élysée, les colonnes de ce blog vous sont ouvertes.
De même, si François Hollande, ou l'un de ses collaborateurs, souhaite réagir à cette chronique, je me ferais un plaisir républicain de reproduire numériquement ses propos.

Digitalement votre

Références et compléments
- Le site de la présidence de la république française est www.elysee.fr. J'y ai examiné toutes les photos dont les dates de publication sont situées entre le 15 novembre 2012 et le 5 janvier 2013.
La photo avec une éminence au smartphone du "séminaire de travail sur la situation économique et l'emploi" du 4 janvier 2013 se situe derrière ce lien.
Celle montrant les poids-lourds du gouvernement (en ces temps de tuberculose pachydermique lyonnaise, je n'ose les appeler éléphants) arrivant dans la cour de l'Élysée avec des dossiers papier se trouve au bout de cet autre lien.
D'après les informations légales du site élyséen, vous ne pouvez, en France, cliquer sur ces liens qu'après "consentement de la Présidence de la République". Pour obtenir cet imprimatur, je vous recommande d'écrire à François Hollande sur la page ad hoc du site présidentiel.
A l'inverse, si vous lisez cette chronique hors de France, les injonctions présidentielles n'ont aucune prise sur vous. Alors, allez-y gaiement !

- Les licences Creative Commons ont été créées en partant du principe que la propriété intellectuelle était fondamentalement différente de la propriété physique, et du constat selon lequel les lois actuelles sur le copyright étaient un frein à la diffusion de la culture et de l'information.
Leur but est de fournir un outil juridique qui garantit à la fois la protection des droits de l'auteur d'une œuvre et la libre circulation du contenu de cette œuvre, ceci afin de permettre aux auteurs de contribuer à un patrimoine d'œuvres accessibles dans le « domaine public » (notion prise au sens large) [source Wikipedia].
Pour en savoir plus sur ces licences libres : article Wikipedia et site francophone Creative Commons.
Petit rappel : à l'inverse du site de l'Élysée, les chroniques Humeurs Mondialisées sont mises à disposition conformément à un contrat de licence Creative Commons 2.0 (paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique), c'est à dire que mes textes sont réutilisables librement et gratuitement par tout un chacun à condition de citer leur source.

- En recoupant diverses statistiques, environ 18 à 20 millions de salariés sur les 23 que compte la France utiliseraient régulièrement l'informatique dans leur travail, plus de 70% des foyers français sont connectés à internet et plus de 20 millions de personnes dans l'Hexagone sont équipées d'un smartphone.

- Voir aussi la chronique "Hommages de Hollande" sur l'inauguration du quinquennat de François Hollande
  

lundi 9 avril 2012

Conserver les savoirs obsolètes ?

Récemment, lors d'un dîner entre amis, j'ai participé à une discussion passionnée entre des partisans de l'enseignement d'un socle de savoirs traditionnels et des tenants d'un abandon de disciplines rendues obsolètes par les progrès de l'informatique et des réseaux : calcul mental, orthographe et certains apprentissages par coeur comme les cartes muettes de géographie ...

Cette controverse me parait ancestrale. Quelques exemples :

- A Sumer, trois mille ans avant notre ère, les adeptes de la tradition orale ont du s'opposer aux promoteurs de l'écriture récemment inventée, au prétexte que cette nouvelle technologie d'information et de communication allait mettre à mal la développement de la mémoire.

- Plus tard, à chaque évolution technique - papyrus, parchemin, papier puis imprimerie - les supporters de la qualité traditionnelle de l'information ont essayé de résister aux promoteurs de la quantité.

- Plus récemment, au milieu des années 1970, la règle à calcul, qui ne datait pourtant que de 1654, mena, dans les lycées, une résistance aussi acharnée que désespérée aux calculatrices.

- De même, au début de ma vie professionnelle, vers 1985, dans les bureaux d'études, la Conception Assistée par Ordinateur (CAO) alors balbutiante s'est pris de plein fouet l'inertie, un temps triomphante, des planches à dessin et des "dessinateurs industriels".

Chaque évolution améliorant la communication ou facilitant la mémorisation en dehors du cerveau humain semble s'être heurtée aux défenseurs de l'ordre ancien.
Alors que l'éducation consiste à inculquer aux enfants des connaissances et des savoir-faire utiles leur vie entière, un consensus conservateur se maintient au fil des ans pour continuer des enseignements rendus obsolètes par les progrès techniques.
Que nos rejetons puissent maîtriser des compétences qui nous échappent est une perspective effrayante contre laquelle nous tentons vainement de lutter en nous raccrochant à ce que nous connaissons. Même nos cours d'histoire, pourtant archétype des "humanités", ne sont apparemment d'aucun recours pour éviter ce réflexe très ancré.

En guise de conclusion, une petite interrogation rétrospective pour déculpabiliser les conservateurs pédagogiques que nous sommes tous peu ou prou : qui aurait réussi à expliquer au plutôt francophone Guillaume le Conquérant en septembre 1066, alors qu'il s'apprêtait à envahir les Iles Britanniques, que la langue anglaise allait quelques siècles plus tard dominer le monde ?

Traditionnellement votre

Références et compléments
- Ces chroniques doivent beaucoup aux "technologies récentes" que sont Wikipedia et le dictionnaire des synonymes du CRISCO de l'Université de Caen
- Article Wikipedia sur l'écriture
- Article Wikipedia sur Guillaume II de Normandie dit le Conquérant
- Article sur le "middle english" du site de Jacques Leclerc sur l'aménagement linguistique dans le monde

dimanche 8 janvier 2012

Timbres, iPhone et salaires ouvriers

En France, vers 1860, sous Napoléon III, la journée ouvrière de 10 heures est payée 2 Francs. Un kilogramme de pain s'achète 30 centimes, soit une heure et demie de travail.
A cette époque, alors que la Révolution Industrielle bat son plein, les communications sont bouleversées. Le train et le timbre ont fait exploser le trafic postal. Affranchir une lettre nécessite 20 centimes, soit une heure de travail. L'acheminement est rapide et fiable, deux jours suffisent pour traverser l'Hexagone. Beaucoup de plis sont distribués le lendemain de leur envoi, parfois le jour même.

En 2012, avec un SMIC horaire net à 7.2 € et une baguette de 250 grammes à environ 1 €, il faut travailler trois fois moins longtemps pour s'acheter du pain.
Pour le courrier, la baisse est encore plus spectaculaire, puisque la lettre standard à 0.6 € ne représente plus que 5 minutes de SMIC, une division par 12 en 150 ans.
Toutefois, la fiabilité d'acheminement s'est amenuisée. Pour obtenir le même service que sous le Second Empire, Colissimo s'avère nécessaire. Le délai de 2 jours est garanti en échange de 8.1 €, une grosse heure de SMIC, autant qu'en 1860. Ne parlons pas de Chronopost qui assure l'acheminement en une demi-journée au prix de 3 heures de travail ouvrier (22.5 €) !

Toutefois, l'usage de la lettre comme moyen de communication semble désormais révolu.
Internet et télécommunications mobiles bousculent les coûts et les usages à l'instar du timbre au XIXème siècle.
L'utilisation d'un smartphone s'établit grosso modo à 50 € par mois, soit 7 heures de SMIC. Cet engin permet d'émettre et recevoir communications téléphoniques, SMS, mails, pages web, photos, musiques, videos et bien d'autres contenus. Il nous coûte mensuellement autant que 7 lettres en 1860, avec un abonnement pour un volume de données correspondant à plus de 1000 à 2000 missives !

Timbriquement votre

Références et compléments
- La chronique "le prix de l'essence et des voitures en forte baisse !" reprend la même méthode de comparaison des prix avec le SMIC pour mettre en perspective le coût du carburants et des automobiles.
J'ai aussi appliqué le même procédé de comparaison avec les salaires au coût du logement.

- Le site histoirepostale.net, réalisé par Roland Goutay et votre serviteur, résume l'histoire postale de chaque pays d'Europe vers 1860, au moment où nait la Poste moderne et où le volume de courrier s'emballe.
La comparaison avec les communications d'aujourd'hui est très instructive notamment l'invention du premier timbre en 1840 en Grande Bretagne par Rowland Hill et la naissance du timbre "20 centimes Cérès" en France en 1849.

- L'idée de comparer les tarifs postaux aux salaires sous Napoléon III et aujourd'hui est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).