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lundi 15 juin 2015

Prostitution, alcool & cannabis, la France est-elle vraiment le pays de Descartes ?

Autant l'affirmer d'emblée, la traite des êtres humains ainsi que l'abus de substances addictives sont, à mes yeux, deux fléaux qui doivent être jugulés autant que faire se peut.

Toutefois, la législation française actuelle et ses probables futures évolutions contribuent à renforcer les aspects les plus malsains du travail sexuel et de la consommation de stupéfiants.
De surcroît, les motivations et la cohérence de l'arsenal judiciaire sont difficiles à distinguer.
Jugez sur pièces :
  • Le cannabis est interdit de vente en France.
    Paradoxalement, l'alcool dont les effets sur la santé et le psychisme sont grosso modo similaires est parfaitement légal.
    Sans oublier les cigarettes qui goudronnent les voies respiratoires avec la même célérité que les joints.
     
  • Fumer des pétards, dont la vente est pourtant illégale, est judiciairement accepté et fiscalement exempté.
    Sous peu, il en sera de même pour les injections d'héroïne, grâce aux salles de shoot qui bénéficieront d'un statut proche de celui des ambassades.
     
  • À l'inverse, prochainement, acheter une prestation à une prostituée sera pénalement répréhensible.
    Alors que vendre ou promouvoir des services sexuels restera ou redeviendra autorisé.
     
  • Cerise à l'eau de vie sur le baba au rhum, les vannes de la publicité pour l'alcool ont de grandes chances de s'ouvrir encore plus.
     
À n‘en pas douter, ce n'est pas le regretté René Descartes - père du rationalisme et icône nationale - qui a inspiré les parlementaires français lors de l'élaboration de telles réglementations mais plutôt le monde des bisounours agrémenté de zestes de morale.
Dans la tête de nos représentants, le buveur semble être un défenseur actif d'un art de vivre séculaire ; le fumeur de cannabis un brave type ayant besoin de relâcher un peu la pression ; l'héroïnomane une victime d'un système trop lourd à supporter ; la prostituée une pauvre créature aux mains de mafias sans foi ni loi et le micheton un immonde salopard machiste.

Pourtant au vu des chiffres, la réalité est autrement plus complexe.
  • Même si au fil de ces 50 dernières années la consommation d'alcool par tête a été divisée par 2 en France, 7 millions de français adultes ont été ivres au moins une fois dans l'année écoulée.
    Plus de 2 millions de compatriotes de Paul Ricard sont affectés par l'alcoolisme chronique.
    La bibine est la cause de 50 000 décès prématurés par an, soit 12 fois plus que la route.
    Les vins et spiritueux représentent environ 1% de la production nationale, 6 fois moins que le tourisme.
    Ils rapportent annuellement en taxes et impôts grosso modo 2 jours de prestations sociales, mais coûtent en frais de santé 5 jours de ces mêmes dépenses !
     
  • Le cannabis, de plus en plus tendance, a déjà été expérimenté par une quinzaine de millions de français. 4 millions tâtent du joint au moins une fois par an, 2 millions a minima mensuellement.
    Quelque part, il semblerait que moins on picole dans notre bel Hexagone, plus on y fume d'alcaloïdes !
     
  • La cocaïne et ses variantes ont déjà traversé les narines de 2 millions de personnes.
    Les amphétamines et l'ectasy ont fait voir des éléphants roses à un effectif sensiblement identique.
    Quant à l'héroïne, elle a coulé dans les veines de 400 000 français.
     
  • Les statistiques de la prostitution sont plus difficiles à établir.
    Environ 30 000 péripatéticiennes et péripatéticiens officient en France.
    Une part non négligeable d'entre eux est au mains de réseaux d'exploitation et de traite, mais aucun chiffre raisonnablement étayé n'existe.
    De rapides calculs d'ordre de grandeur permettent de cuber leur clientèle entre 2 et 8 millions de personnes.
     
Plonger dans le stupre et la fornication - comme aurait dit le non moins regretté Georges Brassens - est profondément ancré dans la nature humaine.
Tout laisser faire, sans aucune restriction, ouvre la porte aux pires dérives.
Si la liberté de débauche et d'intoxication fait incontestablement partie des droits humains inaliénables, elle doit cesser lorsqu'elle menace la liberté ou l'intégrité d'autrui.

Mais espérer dissuader par la répression des millions de délinquants répétitifs est illusoire.
Ainsi, l'an dernier, en France, à peine 1 personne sur 15 ayant abusé de la dive bouteille est passée dans le radar des forces de l'ordre, le plus souvent avec des conséquences judiciaires nulles ou minimes.
Une méthode semi-saoudienne consisterait à expédier quelques semaines à l'ombre chaque ivrogne repéré par les pandores. Seul hic à ce traitement de choc, il nécessiterait la multiplication par 2 à 3 des places de prison.

Historiquement, aucune prohibition n'a jamais obtenu de baisse durable du nombre d'usagers du “vice” qu'elle était sensée combattre.
Proscrire alcool, joints et prostitution supposerait, en France, de mettre sous surveillance policière serrée une bonne dizaine de millions de personnes.
Les 250 000 gendarmes et policiers actuels - même renforcés par les 150 000 viticulteurs frappés par l'impossibilité d'écouler leur production - ne parviendraient pas à accomplir cette tâche plus faite pour Hercule que pour Bacchus.
Le risque serait même élevé que les flics se mettent à la coke pour tenter d'échapper au burn-out.

La seule réussite des politiques d'interdiction - fussent-elles euphémisées en “pénalisation des clients” - est d'enrichir les mafias.
Le grand banditisme profite d'une demande très peu modifiable - et donc très peu modifiée - pour fournir, sous le manteau, à prix d'or et avec les pires méthodes, ce que le marché officiel n'est plus en mesure de livrer au grand jour.

Pour limiter réellement les effets néfastes de l'alcool, des drogues et du sexe tarifé, sans en créer de pires, seules des politiques pragmatiques, dénuées de tout moralisme, sont efficaces.
Transformer le marché noir en marché blanc ou, à défaut, gris recèle plus d'avantages que d'inconvénients.
Pour ce faire, une combinaison de plusieurs actions s'impose :
  • Très fortes doses d'information, de prévention et de réinsertion.
     
  • Légalisation réglementée et fiscalisée des pratiques à la dangerosité raisonnable.
    Autrement dit, donner au cannabis un statut proche de celui de l'alcool et organiser la prostitution comme dans la majorité des pays européens.
     
  • Répression accrue en moyens et en sanctions des trafics de personnes et de produits à haute toxicité.
     
Alcoolo-cannabiquo-sexuellement votre

Références et compléments
- Laurent m'a soufflé, il y a une grande lurette, le thème de cette chronique.

- Ce billet a probablement énervé de fidèles lecteurs. Pour me faire pardonner, je leur ouvre les colonnes de ce blog où ils pourront me porter la contradiction.

- Voir aussi, sur des thèmes voisins, les chroniques :
- Si beaucoup de monde a un avis sur l'alcool, les drogues et la prostitution, peu d'études chiffrées et dûment documentées existent.
Pour les chiffres de cette chronique, j'ai utilisé trois sources principales, toutes parfaitement officielles :
- Pour calculer la clientèle de la prostitution en France, j'ai effectué le raisonnement suivant :
  • 30 000 prostituées actives en France.
    Les chiffres varient entre 10 000 et 40 000 suivant les sources.
    30 000 est la valeur faisant - sans jeu de mot - consensus.
  • En moyenne, on peut supposer qu'une prostituée travaille 20 jours par mois et fournit des prestations à environ 10 clients quotidiens.
  • Parallèlement, on peut estimer que chaque client de prostituée recourt à des services sexuels mensuellement.
  • On aboutit ainsi à 6 millions de clients.
  • En faisant varier les hypothèses, on déduit la fourchette de 2 à 8 millions.

samedi 21 juin 2014

Mode d’emploi à l’usage des partisans de Mélenchon afin de passer pour des bêtes de sexe dans les sondages

Parmi les derniers sondages en date, une étude plaisamment baptisée “les français, la politique et le sexe” révèle, entre autres croustillances, que les supporters de Marine L. P. (je suis toujours affecté par ma crampe aux doigts) et de Jean-Luc Mélenchon copulent un tiers plus fréquemment que les partisans de François Bayrou ou de Cécile Duflot.

À partir de ces chiffres et de quelques autres, l'hebdomadaire ayant commandité l'enquête a réussi l'exploit littéraire de pondre cinq pages complètes d'analyses socio-sexo-politiques.

Plutôt que de commenter ces commentaires, Humeurs Mondialisées a infiltré un de ses nombreux journalistes pour qu'il assiste incognito à la fabrication du sondage.
Voici son reportage vérité.

— Allô

— Bonjour monsieur.
Je travaille pour l'Institut BMC-SOFLOP qui réalise actuellement une enquête auprès des français.
Auriez-vous, s'il vous plaît, quelques minutes à m'accorder pour ce sondage d'opinion ?

— [voix peu compréhensible en arrière-plan]

— Euh … Oui

— Merci beaucoup. L'enquête comporte en tout six questions.
Première question, de quel parti politique estimez-vous être le plus proche ?
1) Front National 
2) UMP 
3) UDI - Modem 
4) PS
5) Europe Écologie Les Verts
6) Front de Gauche - Parti Communiste
7) Nouveau Parti Anticapitaliste
8) Vous ne savez pas

— [en arrière-plan] Chéri, tu sais combien il nous reste d'œufs dans le frigo ?

— Euh … 6 …

— Merci beaucoup.
Seconde question, au total, au cours de votre vie, avec combien de personnes différentes avez-vous eu des rapports sexuels ?
1) Aucune
2) Une
3) Deux à trois
4) Quatre à cinq
5) Six à neuf
6) Dix et plus
7) Vous ne savez pas

— [en arrière-plan] Et combien il nous reste de bouteilles de jus d'orange ?

— Euh … 6 aussi …

— Merci beaucoup.
Troisième question, pouvez-vous indiquer combien, approximativement, vous avez eu de rapports sexuels au cours des quatre dernières semaines ?
1) Aucun
2) Moins de un par semaine
3) De un à moins de deux par semaine
4) De deux à trois par semaine
5) De quatre à cinq par semaine
6) Plus de cinq par semaine
7) Vous ne savez pas

— [en arrière-plan] Et des boîtes de céréales pour les enfants ?

— Euh … encore 6 aussi …

— Merci beaucoup.
Quatrième question, il y en a six en tout. Actuellement, vous définissez-vous comme ... ?
1) Hétérosexuel
2) Bisexuel
3) Homosexuel
4) Aucun des 3 précédents
5) Vous ne savez pas

— [en arrière-plan] Et des paquets de biscuits pour le goûter ?

— Euh … 2 je crois …

— Merci beaucoup.
Cinquième et avant-dernière question. Êtes-vous satisfait de votre vie sexuelle actuelle ?
1) Très satisfait
2) Assez satisfait
3) Peu satisfait
4) Pas satisfait du tout
5) Vous ne savez pas

— [en arrière-plan] Tu pourrais pas venir ? Qu'est-ce que tu fabriques ?

— Hein !?!

— Merci beaucoup.
Sixième et dernière question. Avez-vous déjà eu des rapports sexuels avec un ou une prostitué(e) ?
1) Oui
2) Non
3) Vous ne savez pas

— [en arrière-plan] Mais enfin ! Tu viens oui ou non ? Tu parles à qui d’ailleurs ?

— Hein !?!

— Au nom de l’Institut BMC-SOFLOP je vous remercie pour le temps que vous m’avez accordé et vous souhaite une excellente soirée en famille.

Sondagiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique “Quand sondage rime avec bidonnage”
- Les questions sont plus que très fortement inspirées de celles posées dans le sondage “les français, la politique et le sexe / pratiques sexuelles des français” réalisé par IFOP pour l'hebdomadaire Marianne le 23 mai 2014.
   

samedi 14 décembre 2013

Les fumeurs vont payer la pénalisation des clients de la prostitution

Le récent vote par l'assemblée nationale d'une proposition de loi "renforçant la lutte contre le système prostitutionnel" illustre, à la limite de la caricature, l'essoufflement du système politique français.
Jugez sur pièces.

Déni de réalité
Peu de personnes contestent l'objectif de la nouvelle loi, lutter contre la traite des êtres humains et l'esclavage sexuel.
Toutefois sa mesure phare - la pénalisation des clients des péripatéticiennes et péripatéticiens - risque de ne pas produire l'effet escompté.
La Suède et la Norvège appliquent cette disposition depuis plus d'une dizaine d'années. Les études sérieuses et indépendantes sur son effet réel sont rares et surtout peu probantes.
Les prostituées ont disparu de l'écran radar scandinave mais personne ne peut affirmer dans quel sens leur activité et leur nombre ont évolué.
D'une manière générale, depuis que le monde est monde, les prohibitions de l'alcool, des drogues ou du sexe ont, avant tout, servi à enrichir les réseaux criminels.
Nos députés ont donc adopté un texte à l'efficacité inconnue, en se contentant de demander au gouvernement de pondre un vague rapport après deux ans d'application.

Efficacité absente
Même si la menace pénale comporte un caractère dissuasif, tout nouveau délit entraîne inévitablement de nouveaux contrevenants.
A titre d'exemple, en se basant sur les annonces internet et la présence récurrente de jeunes femmes court vêtues au bord des routes et boulevards, de l'ordre de 150 à 300 prostituées exercent leur art ancestral dans la région de Grenoble.
Quelques multiplications rapides conduisent à évaluer leur activité à plus de 100 000 prestations payantes de services sexuels par an.
En 2012, à titre de comparaison, les cambriolages recensés dans l'ensemble du département de l'Isère ont été légèrement inférieurs à 45 000.
La police et la justice étant pour le moins encombrées, la pénalisation des michetons soit sera exceptionnelle, soit s'obtiendra aux dépens de la poursuite d'autres délinquants.
Nos sympathiques parlementaires ne se sont, en aucune manière, souciés de ces menues contingences matérielles, qu'il est pourtant facile d'estimer avec de simples règles de trois.

Logique peu cartésienne
Nos élus ont décidé de rendre hors la loi l'achat d'un service dont la vente reste légale.
Pourquoi ne pas faire la même chose avec l'héroïne, laisser commercer les dealers et coffrer exclusivement les toxicos ?
De surcroît, la publicité pour les amours tarifées, plaisamment appelée racolage, un temps interdite, va même être à nouveau autorisée.

Procédures législatives surannées
L'élaboration de ce brillant texte a été laborieuse.
Il est d'ailleurs dommage que Marcel Proust n'ait pas confié la rédaction de sa "recherche du temps perdu" au parlement français. Des générations de bacheliers auraient ainsi évité de disserter sur les états d'âme d'un riche oisif neurasthénique. Écrite à un train de sénateur, sa pesante œuvre de 2400 pages se serait limitée à sa première phrase.
Pour accoucher d'un texte de 2035 mots, environ deux fois cette chronique, il aura fallu réunir :
- 1 grosse centaine de députés signataires,
- 1 commission ad hoc de 88 membres,
- 1 rapporteuse se fendant d'un filandreux rapport,
- la rédaction d'un copieux et indigeste exposé des motifs,
- 66 amendements,
- 3 séances plénières,
- 1 vote solennel auquel, toutefois, 171 députés, un petit tiers de l'hémicycle, au nom probablement de l'exemplarité civique, n'ont pas participé.
Bien entendu, tout cela n'est que la première escarmouche.
La balle est désormais dans le camp du sénat qui mettra en branle, à une date non encore planifiée, le même processus qui devrait ensuite déboucher sur une commission paritaire puis sur une seconde lecture.
A ce stade, il n'est pas non plus exclu que conseil constitutionnel ajoute son grain de sel et censure une partie du texte ...

Lois illisibles
Le résultat de ce travail forcené de nos députés manque de clarté.
Ainsi le texte débute par :
"Le 7 du I de l’article 6 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique est ainsi modifié : au troisième alinéa, après la dernière occurrence du mot : « aux », sont insérées les références : « 225-4-1, 225-5, 225-6 »."
Cependant, si cette loi démarre difficilement, elle se termine nettement mieux.
L'avant-dernier article, soucieux de lutter contre les discriminations dont sont victimes les belles de nuit tahitiennes ou kanaks, nous rassure en stipulant que :
"la présente loi est applicable à Wallis-et-Futuna, en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie".
Fumeuse augmentation des impôts
Si la pipe vénale va bientôt être hors la loi, la consommation de tabac reste, par contre, fortement encouragée.
La nouvelle loi, de la bouche du pauvre tapin retirant le morceau de pain, a prévu de soutenir les filles de joie en mal de revenus et de clientèle.
Pour ce faire, le prix des cigarettes va être accru comme le précise explicitement l'article 21 :
"les charges pour l’État, [...] les charges pour les collectivités territoriales [...] et les charges pour Pôle Emploi sont compensées à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle aux droits mentionnés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts".
Amis fumeurs, vous l'ignoriez surement, mais la taxation de votre goudron et de vos volutes bleutées se nomme dans le langage fleuri des gabelous 575 & 575A !
Frapper dans la même réglementation le sexe et les cigarettes frise le chef d'œuvre.
J'espère ardemment que les sénateurs, afin de parachever ce bel édifice législatif, réussiront à y adjoindre une petite redevance sur le vin ainsi que sur les grosses berlines allemandes à 4 roues motrices.

Tapiniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "racolage champêtre près de Grenoble"
- Je conseille à Jean le détonateur, que je remercie pour ses échanges vivifiants, de s'asseoir et de mettre un casque avant la lecture de cette chronique. Merci aussi à Laurent qui m'avait suggéré ce thème plusieurs semaines en arrière.
- Le lecteur attentif aura reconnu un extrait de la chanson de Georges Brassens "concurrence déloyale".
- Les chiffres de la délinquance en France sont publiés par le ministère de l'intérieur dans un rapport annuel.
- Rue89 a récapitulé et décortiqué les études sur la pénalisation des michetons suédois dans un article fouillé du 25 juillet 2013.

samedi 28 septembre 2013

Travail de nuit et du dimanche : camarades législateurs encore un effort !

Ces derniers jours, deux décisions de justice ont montré avec éclat que, dans notre beau pays de France, il reste suffisamment de magistrats intègres et que la délinquance ne saurait menacer durablement l'ordre républicain.

Les deux sinistres malfaiteurs que les tribunaux ont courageusement exposés au banc d'infamie et condamnés à faire amende honorable sont les parfumeries Sephora et l'enseigne de bricolage Castorama. Au mépris de la Législation et des Droits Élémentaires de la Personne Humaine, ces commerces avaient l'outrance de rester ouverts respectivement nuitamment et dominicalement.

Personnellement, je me réjouis que dans une époque où nos valeurs vont à vau-l'eau, un coup d'arrêt ait pu être mis à des dérives délétères.
Les repos nocturnes et dominicaux sont essentiels et doivent être défendus bec et ongles par les pouvoirs publics.

Soutenu par l'impulsion récente donnée par les juges de Paris et de Bobigny, je profite de cette tribune pour lancer un appel pressant à nos parlementaires de tous bords à voter, d'urgence et dans un sursaut d'union nationale, un réarmement de notre arsenal législatif pour que chaque français puisse profiter de ses nuits et dimanches.

Afin d'aider nos députés et sénateurs dans cette noble tâche, voici les principales dispositions que cette nouvelle Loi sur le Repos Dominical et Nocturne devrait contenir.

- Les restaurants devront cesser d'accueillir de nouveaux clients après 18H30 afin que le personnel ait le temps de faire la vaisselle et de ranger la salle avant le couvre-feu de 21H00.
Les individus asociaux, prisant peu les joies simples d'un repas pris dans son foyer au sein de son cercle familial réuni après une journée de labeur, devront désormais se contenter de goûter vers 16H00 et non pas de dîner.
Bien entendu, cette mesure s'appliquera aussi aux cinémas, théâtres, musées, débits de tabac et autres cabarets.
De la même façon, radios et télévisions s'abstiendront de toute émission en direct passé neuf heures du soir.

- Les enseignants des écoles, collèges, lycées et universités devront cesser de donner des devoirs et des programmes de révision forçant élèves et étudiants à bachoter durant les veillées et le week-end.
Cette réorganisation de l'emploi du temps de la jeunesse pourrait aussi doper la croissance en relançant l'industrie du jeu vidéo et du smartphone, voire aussi celle du préservatif.

- Les pyromanes et terroristes ne pourront plus déposer leurs engins de mort après 16H00 de manière à ce que SAMU, pompiers, policiers et médecins légistes puissent, après avoir nettoyé la scène de crime, bénéficier, comme n'importe quel travailleur, de leur soirée.
Par voie de conséquence, les revendications expédiées après 17H00 ne seront plus acceptées et les attentats commis en dehors de l'horaire légal ne seront plus considérés comme valides.

- La prostitution sera légalisée en échange du charte horaire stricte.
Les tapins n'auront le droit d'exercer leur activité ancestrale qu'en matinée du lundi au jeudi afin qu'aucune excitation superflue ne viennent troubler les périodes d'accalmie collective.

- Les églises catholiques, réformées et orthodoxes seront priées d'adapter leurs cultes afin de cesser cette pratique d'un autre âge qui soumet leurs salariés à un pic d'activité professionnelle le dimanche.
Pour ce faire, curés, pasteurs et popes seront incités via une allocation spéciale à se rapprocher des imams musulmans, qui en exerçant leur ministère hebdomadaire le vendredi en début d'après-midi, ont de longue date rendu sacré le repos dominical.
A tout le moins, les chrétiens pourraient s'aligner sur le judaïsme et accomplir leurs dévotions le samedi.
La République se réserve le droit d'employer à l'encontre des églises récalcitrantes les mesures coercitives expérimentées avec bonheur et succès en 1904.

- Enfin, le dernier article de la nouvelle Loi sera consacré aux parlementaires eux-mêmes.
Leurs interminables séances de nocturnes seront désormais illégales.
Afin d'éviter tout risque d’empiétement horaire, l'Assemblée Nationale et le Sénat se réuniront exclusivement le premier mercredi de chaque mois à 13H30 pour approuver à main levée et en moins de 10 minutes l'intégralité des mesures décrétées par le gouvernement depuis la précédente session.
De même, les élections, qui se tiennent systématiquement un dimanche, seront supprimées. Nos députés actuels deviendront titulaires d'un mandat définitif transmissible à leur conjoint ou à leurs enfants en cas de décès.
Il en sera de même pour le président de la république. François Hollande, Combattant Suprême de la Corrèze, rejoindra ainsi le regretté Habib Bourguiba dans le club très fermé des présidents à vie.

J'arrête ici mes propositions car il est hors de question que je publie cette chronique à la nuit tombée ou bien encore un dimanche.

Nocturnement votre

Références et compléments
- Voir aussi le banc d'essai des textes réglementant le travail du dimanche
- Merci à Myriam qui m'a soufflé, hier soir juste avant le couvre-feu, le thème de cette chronique.
  

samedi 11 mai 2013

La crise vue de Bilbao

À Bilbao et dans ses alentours, la crise qui ravage actuellement l'Espagne est partout. Même en jouant au touriste en goguette, il est impossible d'y échapper.

Exceptées deux ou trois artères de l'hyper-centre, chaque rue possède son lot de commerces fermés, à louer ou à vendre. Les banlieues ouvrières ont des allures de villes sinistrées et même les villages de campagne ne respirent pas la santé.
Beaucoup d'appartements et de maison sont aussi à céder.

Sur la côte cantabrique, de nombreuses constructions récentes ont pris la place des anciennes mines de fer et défigurent la façade maritime de la route de Compostelle.
Des pavillons et des chalets aux dimensions cossues ont poussé un peu partout, y compris devant des décharges ou des usines chimiques qui, elles aussi, contemplent la baie de Biscaye.
Plusieurs de ces hameaux d'un nouveau style sont entièrement inoccupés. A l'entrée de ces lotissements fantômes, petit à petit, la pluie lessive les affiches aux promesses fallacieuses des promoteurs immobiliers.

Le port de Bilbao, pourtant très étendu le long d'un estuaire, a une activité anémique. Peu de bateaux sont à quai, beaucoup de zones de stockage sont vides et les grues de chargement sont à l'arrêt.
Les parages, jadis couverts d'usines, sont désormais des friches industrielles. Le grand site sidérurgique, dont une partie appartient à Mittal, agonise : parkings désertés, façades défraîchies et peu de fumées.
Même les bordels kitsch - pourtant grande spécialité ibérique - piquent du nez. Au milieu des usines fermées, un château-fort en carton-pâte défendu par des naïades nues en plâtre est à vendre ...

Les commerces survivants m'ont presque procuré un bain de jouvence.
De nombreux magasins sont des boutiques familiales aux saveurs d'autrefois : drogueries, merceries, chapelleries, "articles de mode", corseterie, bonneterie ...
Disparus en France durant les années 1970 et 1980, ces commerces traditionnels représentent encore sensiblement un bon tiers des magasins basques.
Autre relent traditionnel, le centre de Bilbao est totalement fermé durant la pause de la mi-journée, c'est à dire entre 14 et 16 heures. Du coup, bars et restaurants, très nombreux, sont relativement pleins. Que faire d'autre que de picoler et fumer en attendant que bureaux et boutiques veuillent bien rouvrir ?
Bien entendu, entreprises de grande distribution, chaînes de franchise et marques internationales font nettement plus que pointer le bout de leur nez. En banlieue, les centres commerciaux commencent à succéder aux usines et tentent d'attirer non-stop le chaland.
L'issue de ce combat inégal est connu et risque de prolonger la crise. La transformation, qui a eu lieu en France durant les années de croissance échevelée baptisées trente glorieuses, va survenir en Espagne en période de dépression.

Un seul type de commerce sort bizarrement du lot. Les agences de banques et d'institutions financières sont pléthoriques. Je n'ai pas réussi à en repérer une seule de fermée.
Ces officines, qui sont les responsables majeurs du marasme ambiant, semblent s'être multipliées. J'estime qu'elles sont grosso modo deux à quatre fois plus nombreuses qu'en France.
Heureusement, beaucoup de ces agences sont recouvertes de graffitis et d'affiches syndicaux pointant leurs responsabilités dans le déclenchement de la crise.
Au cœur de Bilbao, une magnifique statue de Mercure trône au sommet d'un bâtiment historique de la banque BBVA. Cette divinité romaine est le dieu du commerce et des voyages. C'est aussi celui des voleurs ...

Criso-basquement votre

dimanche 17 juin 2012

Racolage champêtre près de Grenoble

Les elus et la population de Domene disent non a la prostitution et au racolage - Nuit champetre

Hier, à l'entrée de la bonne ville de Domène, dans la banlieue de Grenoble, deux pancartes superposées ont retenu mon attention.
La première avertit de l'organisation d'une "nuit champêtre" avec repas, bal et "animation".
La seconde indique rageusement "les élus et la population disent NON à la PROSTITUTION et au RACOLAGE".

La concomitance de ses deux annonces m'intrigue.
- La "nuit champêtre" ne serait-elle pas une manière subtile de promouvoir le plus vieux métier du monde ? "L'animation" durant cette fête ne sera-t-elle que musicale ? Dans cette hypothèse, pourquoi afficher aussi nettement une telle contradiction ?
- Les élus qui récusent les péripatéticiennes ont-ils dit oui à la "nuit champêtre" ? Vont-ils mettre en place des patrouilles de police municipale pour s'assurer que les tapins n'exerceront pas ?
- Comment être certain que la population, ou à tout le moins sa majorité, dit vraiment non au racolage ? Si je souhaite me prononcer personnellement sur cette "façon de recruter par des moyens plus ou moins honnêtes", comment puis-je faire ? A qui dois-je m'adresser ? La mairie de Domène a-t-elle prévu de mettre à jour sa pancarte sur le mode "x% de la population dit non à la prostitution, y% dit oui et z% n'a aucun avis" ?

Nocturnement votre

Références et compléments
- Photographie prise par l'auteur le samedi 16 juin 2012 rond-point Jean Moulin à Domène (Isère).
- La définition du mot racolage provient du Trésor Langue Française Informatisé (TLIF).