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jeudi 21 août 2014

Photos de vacances et interview emblèmes du décalage de François Hollande

Au delà des éléments conjoncturels, la crise dans laquelle nous sommes englués depuis 2008 est le fruit des mutations de la troisième révolution industrielle.
L'essentiel des emplois et de l'activité d'aujourd’hui, et encore plus de demain, sont directement ou indirectement liés au numérique. Aussi, sortir du marasme ambiant suppose, a minima, de comprendre les évolutions très profondes qui remuent société et économie..
Rien de tel pour ce faire que de se forcer à l'usage concret et personnel des éléments les plus caractéristiques et grand public des changements en cours.

À quelques jours d’intervalle, François Hollande a fait, à deux reprises, la démonstration de son décalage patent avec le monde actuel.

Premier épisode, des photos de vacances - semble-t-il prises à son insu - montrent le président à la plage en train de lire un quotidien national payant dans sa version papier.
Notre élu suprême est-il au courant que le lectorat de ce type de publication chute de plusieurs pourcents chaque année ?
Sait-il que cette pratique est devenue minoritaire ?
Est-il conscient que les moins de 30 ans - pourtant priorité de son quinquennat - sont étrangers à l'univers de la presse papier ?
Ne devrait-il pas au contraire profiter de la pause estivale pour s'initier à l'information et à la lecture numériques ?

Second épisode, soucieux de valoriser son action et de montrer que la barre est fermement tenue, le même François Hollande a donné une longue interview écrite plus propice aux explications structurées que le traditionnel ping pong télévisuel.
Pour cette tribune, il a choisi le Le Monde, figure de proue de la presse dinosaure.
Certes, le site internet du journal a publié le dialogue du président avec ses journalistes, mais exclusivement dans sa version payante pour ses abonnés.
Résultat, l’immense majorité des internautes qui auraient souhaité lire l'interview présidentielle n'a eu accès qu'aux résumés plus ou moins fidèles des autres sites web.
À coup sur, cette communication d'un autre âge n'a atteint que très peu de personnes de moins de cinquante ans.

Ce travers n'est pas spécifique à François Hollande, mais commun à la plus grande part des leaders politiques. Si Nicolas Sarkozy était sorti vainqueur de l'élection présidentielle, j'aurais pu écrire un billet similaire.

Comment penser un monde dont on ne maîtrise plus les codes de base ?
Pourquoi continuons-nous à porter au pouvoir des personnes autant éloignées de notre réalité ?

Numériquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques
. “François Hollande allergique au numérique ?”
. "Allons-nous renoncer encore longtemps ? Réaction épidermique aux élections européennes"

- Je dédie cette chronique au twittonaute @YvesCohenTanugi qui relaie souvent mes chroniques. Je ne suis pas systématiquement d'accord avec lui mais c'est une personne de convictions, passionnante à suivre, avec qui le débat est aisé et respectueux. Et quand l'essentiel est en cause, nous nous retrouvons !

mercredi 2 janvier 2013

Les politiciens devraient s'inspirer de l'industrie qu'ils font mine de défendre

Le conseil constitutionnel français vient de censurer la taxation à 75% des très hauts revenus, mesure emblématique annoncée par François Hollande durant sa campagne présidentielle.
Plus de six mois de textes en tout genre, de discussions solennelles, de petites phrases et de votes parlementaires auront été nécessaires pour aboutir à une absence de changement de l'impôt des plus riches.
Tout cela, parce qu'un président de la république, plusieurs ministres, leurs cabinets pléthoriques et leurs hauts fonctionnaires ainsi qu'un petit millier de parlementaires ont oublié, qu'en France, l'imposition s'effectue, non pas par personne, mais par foyer fiscal. N'importe quel contribuable qui remplit lui-même sa déclaration annuelle sait cela !

Faisant partie des français de plus en plus rares travaillant dans l'industrie, je vais utiliser le vocabulaire de mon activité professionnelle pour montrer que ce récent fiasco est d'abord un pur gaspillage de deniers et de temps publics.

La production législative doit être conforme à la constitution, véritable système qualité politique, à l'instar de celui prôné par les normes ISO 9000.
Un service national d'assurance qualité, le conseil constitutionnel, atteste que les lois françaises respectent ce standard.
Depuis 2010, via la Question Prioritaire de Constitutionalité (QPC), les sages du Palais Royal sont même en charge de la garantie après-vente du stock de lois existantes.

Si le souci de qualité législative est louable, son organisation est totalement archaïque.
Dans l'industrie, afin de limiter les coûts et d'obtenir des délais courts, il y a une grande lurette que les vérifications qualité sont situées le plus en amont possible de la production voire même de la conception. Cette façon de faire limite les fabrications de produits finis qui doivent être réparées voire jetées. Dans la mesure du possible, il est toujours plus économique de "faire bien du premier coup" que de reprendre ou rebuter.
Un tel principe, au bon sens ancestral, transposé à la production législative amènerait le conseil constitutionnel a effectuer ses contrôles préalablement au dépôt d'un projet de loi et non pas postérieurement à son vote.
De même, l'opposition parlementaire devrait pouvoir déposer un recours en début de discussion législative et non pas exclusivement à l'issue de la clôture du trop long débat.
Chaque loi française coûte en moyenne 15 millions d'Euros (1200 ans de SMIC), je n'ose imaginer les surcoûts d'une loi censurée. Sans parler du trou supplémentaire de 500 millions d'Euros dans le budget national de 2013 qu'il faudra bien combler d'une façon ou d'une autre ...

Depuis plus de 30 ans, le personnel politique français de tous bords accélère tranquillement l'agonie de l'industrie en faisant porter le coût de la protection sociale presque exclusivement sur le travail, en alourdissant les contraintes réglementaires et en laissant se scléroser le dialogue syndical.
Au lieu de faire semblant dans leurs discours convenus et leurs parcimonieuses visites d'usines de nous protéger, les élus de gauche et de droite feraient mieux de reprendre à leur compte les méthodes industrielles. Ils augmenteraient grandement leur efficacité et, corrélativement, diminueraient quelque peu dépenses publiques et surtout coût du travail.

Productivement votre

Références et compléments