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samedi 1 octobre 2016

La résilience remède à l’hystérie

Une image vaut mille mots, parait-il.


Cette photo, intitulée « la lettre », est l'œuvre de l'anglais Cecil Beaton.
Il l'a prise, en 1940, à Londres que l’aviation allemande bombardait sans relâche afin de faire plier le dernier pays européen à s’opposer aux nazisme.

Cecil Beaton, photographe mondain, avait été affecté au ministère de l’information. Sa mission consistait à montrer la résistance des sujets de Sa Très Gracieuse Majesté sur le home front (le front domestique).

Jusqu'à maintenant, on ignore si ce cliché est spontané ou posé, son auteur ayant alterné les deux types de travail.
Quoiqu'il en soit, l'image reflète la résilience dont ont fait montre les britanniques durant la période dramatique du blitz.

Alors que les périls s'amoncellent sur la France, peut-être, pourrions-nous - en lieu et place de l'hystérie collective qui nous gagne - emprunter à cette jeune anglaise son flegme tranquille et résolu au milieu des décombres.
« We shall never surrender, never, never! »

« Ne jamais renoncer, jamais, jamais ! »

Winston Churchill
Résolument votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques « mes valeurs » et « 10 citations contre le terrorisme et la barbarie ».

Article Wikipedia sur le photographe britannique Cecil Beaton.

dimanche 25 mars 2012

Hommage à Charles de Vion d'Alibray

Loys Bonod, professeur de lettres dans un lycée parisien, a fait le bonheur récent des gazettes en racontant comment il a "piégé le Net pour donner une bonne leçon à ses élèves".
Pendant plusieurs semaines, il a systématiquement posté sur Wikipedia, sur des forums et sur des sites spécialisés en corrigés de devoirs des informations erronées ou fantaisistes sur le célèbre écrivain du dix-septième siècle Charles de Vion d'Alibray.
Ensuite, ses élèves de première ont eu à rédiger un commentaire à propos d'un quatrain de ce poète "bachique et érotique".
Mus par un désintérêt pour "l'épicurisme insouciant et badin" et par une fainéantise certaine, beaucoup de lycéens sont tombés dans le panneau et ont recopié des passages entiers trouvés sur le web dont leur enseignant était l'auteur véritable.
Ce dernier conclut son expérience par des propos désabusés. Selon lui, les élèves manquent de la "maturité nécessaire pour tirer un quelconque profit du numérique" qui d'ailleurs "creuse la tombe de l'école républicaine".

Je comprends l'ire de ce pédagogue. Charles de Vion d'Alibray est un monument de la littérature française. Que de jeunes écervelés, plutôt que de frotter leur matière grise à la pensée féconde d'un spécialiste de la "poésie de cabaret", préfèrent la facilité de Google et de la copie digitale a de quoi énerver.

De nos jours encore, les vers du grand Charles continuent de nous éclairer sur bien des aspects de l'actualité. Vion d'Alibray aurait d'ailleurs, excusez du peu, inspiré Jean Jaurès, le Mahatma Gandhi, François Hollande et le professeur Barnard.
Jugez sur pièces :

- Le dérèglement climatique
Maintenant qu'un air doux nous ramene un beau Jour [...]
Ah si cette saison ne fond enfin ta glace [...]
Ce n'est qu'un vent qui bruit autour de ma maison
- La lutte contre le fanatisme
N'asservis point ton coeur sous un vil esclavage
Et ne demande point chaque jour le trépas
- La vanité des destins politiques et des campagnes électorales
Qu'est enfin un Cesar, et qu'est un Alexandre
Dont les armes ont mis tant de peuples en deuil ? [...]
Cependant il n'en reste après tant de merveilles [...]
Qu'un peu de poudre au vent, et de bruit aux oreilles
- Les maladies cardio-vasculaires
Ma pauvre veine en est tarie,
Et mon coeur en est consumé
- Le pacifisme
Je ne vais point aux coups exposer ma bedaine [...]
Ne me conte donc plus qu'en l'ardeur des combats
On se rend immortel par un noble trépas
- L'exhibitionnisme
Ton corps plus doux que ton esprit
S'exposait hier à ma vue [...]
Et sous le gant qui la couvrit
Ta main m'apparut demi nue [...]
Ton sein poussait hors de ta robe
- L'accroissement de l'age de départ en retraite
Mais compte avec tes maux, mais compte avec ton age
- Le soutien à la viticulture en danger
Toutefois dans le vin je trouve une raison,
Ou, si tu l'aimes mieux, une comparaison [...]
Car, après avoir bu treize ou quatorze coups
Des esprits tournoyant dans notre cervelle ivre
Font que tout semble aussi tourner autour de nous
Injustement boudées par les éditeurs, les poésies de Charles Vion d'Alibray sont fort heureusement accessibles sur le web où je les ai, à l'instar des lycéens de Loys Bonod, découvert.
Ce professeur, confronté à un métier difficile, a
[...] d'un style trop rude exprimé sa douleur. 
Il faut dire qu'à cause de ses élèves
[...] il n'a ressenti que de dures épines
Dont il n'a peu cueillir seulement une fleur.
Finalement
je ne sais si ces vers sont dignes de mémoire.
Mais décidément,
non, je n'approuve point ces superbes Esprits
qui, comme Loys Bonod le professeur trolleur, mettent sur piédestal trop haut pour de jeunes lycéens la Littérature, ses Commentaires et ses Dissertations.

Bachotiquement votre

Références et compléments
- Les phrases en italiques sont des extraits de poèmes de Charles de Vion d'Alibray trouvés au gré du web. A ce jour, je n'ai pas réussi à déterminer qui en est l'auteur véritable. La plupart d'entre eux proviennent du site de poésie française par Webnet.
- Les citations entre guillemets sont issues de l'article de Wikipedia sur Charles de Vion d'Alibray. Leur véracité et leur validité est laissée à la libre appréciation du lecteur.
L'historique de cet article indique que Wikipedia l'a protégé du "vandalisme volontaire et pédagogique d'un professeur".
L'article mentionne les nombreuses graphies du nom de notre chantre des "joies du vin et de la bonne chère, des plaisirs amoureux et de la vie facile" : Charles de Vion, Charles de Vion d’Alibray, Charles Vion d’Alibray, Charles Dalibray ...
Cet "homme à la vie mal connue" aurait-il, à l'instar de ses oeuvres, plusieurs facettes ?
- Mon autre chronique sur le même thème : Dissertations indignées
- Plusieurs très bonnes réactions sur le web à cette expérience pédagogique discutable :
. Superbe synthèse de André Gunthert "Saboter Wikipedia, ou l'école vengée"
. David Monniaux, sur son blog "La vie est mal configurée", a rédigé une critique de l'expérience pédagogique de Loys Bonod dont je recommande la lecture. Elle est intitulée "Un prof trolle ses élèves sur Internet, la belle affaire !".
. Un autre très bon billet sur cette expérience pédagogique "Eduquons à l'esprit critique, pas au mépris du travail es autres" a été publié sur son blog par Rémi Mathis.
. Le billet de Damien Babet "Pourriture pédagogique" (cité par André Gunthert)

dimanche 8 janvier 2012

Timbres, iPhone et salaires ouvriers

En France, vers 1860, sous Napoléon III, la journée ouvrière de 10 heures est payée 2 Francs. Un kilogramme de pain s'achète 30 centimes, soit une heure et demie de travail.
A cette époque, alors que la Révolution Industrielle bat son plein, les communications sont bouleversées. Le train et le timbre ont fait exploser le trafic postal. Affranchir une lettre nécessite 20 centimes, soit une heure de travail. L'acheminement est rapide et fiable, deux jours suffisent pour traverser l'Hexagone. Beaucoup de plis sont distribués le lendemain de leur envoi, parfois le jour même.

En 2012, avec un SMIC horaire net à 7.2 € et une baguette de 250 grammes à environ 1 €, il faut travailler trois fois moins longtemps pour s'acheter du pain.
Pour le courrier, la baisse est encore plus spectaculaire, puisque la lettre standard à 0.6 € ne représente plus que 5 minutes de SMIC, une division par 12 en 150 ans.
Toutefois, la fiabilité d'acheminement s'est amenuisée. Pour obtenir le même service que sous le Second Empire, Colissimo s'avère nécessaire. Le délai de 2 jours est garanti en échange de 8.1 €, une grosse heure de SMIC, autant qu'en 1860. Ne parlons pas de Chronopost qui assure l'acheminement en une demi-journée au prix de 3 heures de travail ouvrier (22.5 €) !

Toutefois, l'usage de la lettre comme moyen de communication semble désormais révolu.
Internet et télécommunications mobiles bousculent les coûts et les usages à l'instar du timbre au XIXème siècle.
L'utilisation d'un smartphone s'établit grosso modo à 50 € par mois, soit 7 heures de SMIC. Cet engin permet d'émettre et recevoir communications téléphoniques, SMS, mails, pages web, photos, musiques, videos et bien d'autres contenus. Il nous coûte mensuellement autant que 7 lettres en 1860, avec un abonnement pour un volume de données correspondant à plus de 1000 à 2000 missives !

Timbriquement votre

Références et compléments
- La chronique "le prix de l'essence et des voitures en forte baisse !" reprend la même méthode de comparaison des prix avec le SMIC pour mettre en perspective le coût du carburants et des automobiles.
J'ai aussi appliqué le même procédé de comparaison avec les salaires au coût du logement.

- Le site histoirepostale.net, réalisé par Roland Goutay et votre serviteur, résume l'histoire postale de chaque pays d'Europe vers 1860, au moment où nait la Poste moderne et où le volume de courrier s'emballe.
La comparaison avec les communications d'aujourd'hui est très instructive notamment l'invention du premier timbre en 1840 en Grande Bretagne par Rowland Hill et la naissance du timbre "20 centimes Cérès" en France en 1849.

- L'idée de comparer les tarifs postaux aux salaires sous Napoléon III et aujourd'hui est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).