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dimanche 3 avril 2016

Syndicats et patronat français consternantes coquilles vides

L’actuel débat stérile sur la loi dite « travail El Khomri » illustre, jusqu’à la nausée, l’absence de dialogue social et sociétal constructif en France.
Ce vide abyssal vient pour bonne part de la faiblesse des organisations syndicales et patronales qui, dépourvues de bases sur lesquelles s’appuyer, sont incapables d’une quelconque négociation.

Comme à l’habitude, je vous propose d’employer la froide rigueur des chiffres pour aborder ce sujet passionnel.

Des syndicats non représentatifs

Les organisations françaises de salariés s’illustrent par le nombre microscopique de leurs adhérents.

Le derniers chiffre à peu près fiable - vieux de presque 15 ans - est de 790 000 syndiqués dans le secteur privé, toutes obédiences confondues.
En le rapportant aux 2.9 millions de chômeurs additionnés aux 17.8 millions de salariés, on obtient un ratio de syndicalisation inférieur à 4%.

Les dirigeants syndicaux minimisent l’impact de ce score rachitique en arguant d’une spécificité hexagonale. Leur légitimé, à l’instar de celles des politiques, proviendrait des élections professionnelles et non des adhésions.

Les faits contredisent ce discours lénifiant.
4 salariés du privé sur 10 sont privés de démocratie sociale puisque seuls 12 millions sur 20 peuvent voter pour désigner des représentants.
Le taux d’abstention de ces heureux inscrits dépasse 60%

Tous comptes faits, plus de 3 français concernés sur 4 se situent involontairement ou délibérément en dehors du fait syndical.
À titre de comparaison, 8 électeurs sur 10 ont participé à la présidentielle de 2012.

Participation aux élections professionnelles dans les entreprises françaises entre 2011 et 2013 ramenée au total des chômeurs et des salariés du secteur privé

Les suffrages exprimés par le quart des salariés du privé se dispersent sur 7 syndicats principaux.

CGT et CFDT arrivent en tête et représentent chacune 1 salarié sur 15.
Quand Laurent Berger (CFDT) est présenté dans les gazettes comme le ministère du travail bis et son compère Philippe Martinez (CGT) comme le principal opposant à la casse sociale, cela laisse songeur.

La très vocale FO n’attire les suffrages que d’un travailleur sur 25. Avec un tel soutien, son lider maximo Jean-Claude Mailly serait bien inspiré de baisser d’un ton.

Les rachitiques CFE-CGC et CFTC se situent à environ 1 sur 45. Une loupe permet de détecter UNSA et Solidaires autour du pour-cent.

Résultats des élections professionnelles dans les entreprises françaises entre 2011 et 2013 ramenés au total des chômeurs et des salariés du secteur privé

Le roi patronal encore plus nu que le roi syndical

Pour éviter soigneusement toute contestation, les organisations patronales françaises - MEDEF, CGPME, UPA - ne publient aucun chiffre vérifiable d’adhésion.

Leurs organisations - probablement issues des amours incestueuses entre raffineries et usines à gaz - semblent construites pour permettre à une bureaucratie de prospérer sans jamais rendre de comptes.

Des sondages réalisés par le ministère du travail peinent à établir des données acceptables.
Leurs résultats observés avec des lunettes très roses donneraient un taux d’adhésion autour de 40%. Un regard moins amène situe le score entre 10% et 20% avec de fortes disparités sectorielles.
Le plus étrange est que certaines entreprises sont simultanément membres de plusieurs organisations patronales. On n’est jamais trop prudent !

Les élections aux chambre de commerce et d’industrie (CCI) pourraient constituer une mesure de l’audience du MEDEF et de ses acolytes.
Les 17% de participation - 1 établissement employeur privé sur 6 - sont cohérents avec les adhésions.
Pour éviter d’exposer au grand jour la faible représentativité des syndicats patronaux, les candidats et les élus aux CCI restent discrets sur leur(s) appartenance(s) et aucune analyse post-électorale n’est effectuée.

Le ton péremptoire de Pierre Gattaz (MEDEF) est un rideau de fumée camouflant les maigres effectifs de chefs d'entreprise qui le soutiennent.

Participation aux dernières élections aux chambres de commerce et d'industrie (CCI) de 2010 ramenée au nombre d'établissements employeurs privés en France

Et dire que ce petit monde étriqué - syndical et patronal - est officiellement jugé « représentatif » et apte à signer des accords modifiant nos conditions professionnelles et personnelles de vie  ...

Démocratiquement et énerviquement votre

Références et compléments
Voir aussi la chronique « les syndicats derniers bastion du surréalisme ».
Je remercie les fidèles lecteurs qui, à l’issue de sa publication, m’ont incité à écrire celle-ci.

Les chiffres, arrondis pour faciliter leur compréhension, ont été obtenus en croisant et recoupant de multiples données et rapports de l’INSEE, de l’ACOSS, du ministère du travail, de Wikipedia et du réseau des CCI de France.
Seul le secteur privé a été analysé dans ce billet.

Qui aime bien, châtie et rigole bien !
L’auteur - réservoir ambulant de contradictions - adhère à un des fort peu représentatifs syndicats cités dans cette chronique statistique.

mercredi 30 mars 2016

Les syndicats dernier bastion du surréalisme

Alors que le débat sur la loi baptisée « travail El Khomri » bat son plein, l’examen des statuts des principaux syndicats français est un exercice revigorant que n’auraient pas désavoué les regrettés Alfred Jarry et Franz Kafka.

FO meilleur soutien d’Uber

Après s’être longuement référée au « Congrès Confédéral d’Amiens de 1906 », la charte de FO, pourtant révisée en 2007, débute par un article stipulant :
« la Confédération Générale du Travail Force Ouvrière […] a pour but de grouper […] toutes les organisations composées de salariés conscients de la lutte à mener […] pour la disparition du salariat … »

Je soupçonne les dirigeants d’Uber, AirBnB et autres acteurs de l’économie dite numérique - dont le credo alchimique est de changer les salariés en auto-entrepreneurs et leurs patrons en donneurs d’ordre - d’être secrètement membres de FO.

CGT Marx sort de ce corps

La Picardie en général, et Amiens en particulier, exercent une attirance magnétique sur les syndicalistes puisque la CGT se réclame aussi du congrès de 1906.
Pour faire bonne mesure et rétablir un certain équilibre géographique, elle cite aussi longuement sa convention tenue à Toulouse en 1936.

L’article premier date manifestement de ces temps lointains et héroïques : « Prenant en compte l’antagonisme fondamental et les conflits d’intérêts entre salariés et patronat, entre besoins et profits, elle combat l’exploitation capitaliste et toutes les formes d’exploitation du salariat. C’est ce qui fonde son caractère de masse et de classe. »

CFDT le mal c’est vilain

Benjamin dans l’univers syndical hexagonal, la CFDT minimise les rappels historiques et ne remonte qu’en 1964.

Le préambule des statuts est une litanie d’évidences difficiles à contredire.
Petit extrait : « l’aliénation des personnes, les atteintes portées à leur dignité, la violation de leurs droits fondamentaux qu’elle qu’en soit la forme sont contraires aux valeurs humanistes, démocratiques et laïques, au progrès social et à l’efficacité de l’économie à long terme. Elles recouvrent des formes diverses, parfois complexes, selon le statut, le genre, le lieu et le moment, l’origine ou les croyances de chacun. »

Chacun d’entre nous ou presque devrait adhérer à une si louable organisation.

CFE-CGC des cadres hors cadre

Dès la première ligne, la CFE-CGC se définit comme une organisation catégorielle au service du « personnel d'encadrement [qui] constitue, à l'intérieur du monde du travail […] une entité particulière qui s'identifie par la nature de ses fonctions comportant responsabilité, initiative, technicité et fréquemment commandement de personnel. »

Toutefois, 3 paragraphes plus loin, cette belle sélectivité vole en éclats :
« la Confédération a vocation à rassembler tous ces professionnels […] exerçant ou non des responsabilités d’encadrement, de même que ceux qui aspirent à en faire partie […]. »
Bref, si une fois dans votre vie, légèrement éméché, vous avez esquissé le rêve d’être éventuellement ingénieur ou contremaître, ce syndicat vous tend les bras.

Quelques lignes plus loin, la CFE-CGC se déclare ouverte aux « non salariés », « préretraités », « retraités » et même « nouveaux ressortissants en situation d’inactivité ».
Du catégoriel universel en quelque sorte.

CFTC chrétiens mais pas trop

La Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, au premier alinéa de sa charte, campe le décor. Elle « se réclame et s'inspire dans son action des principes de la morale sociale chrétienne ».

Un peu après, ce syndicat appelle de ses voeux une sorte de catéchisme pour adultes déficients :
« elle entend d'autre part faire appel au concours des forces intellectuelles, morales et religieuse susceptibles de servir la formation des travailleurs. »

Toutefois, la christianisation du monde du travail laissant à désirer, la CFTC affirme aussi « assumer la pleine responsabilité de cette action qu'elle détermine indépendamment de tout groupement extérieur, politique ou religieux. »

MEDEF promoteur méconnu du progrès social

Le patronat, soucieux de ne pas froisser ses interlocuteurs du « dialogue social constructif », n’est pas en reste.

Sa principale organisation se donne pour « missions » de « favoriser les progrès du management » et « d'exprimer la volonté de progrès des entrepreneurs et les convictions qu'ils tirent de leur expérience nationale et internationale sur les conditions générales du progrès économique et social ».

Fort heureusement, pour rendre hommage à ce blog et me mettre de bonne humeur, le MEDEF met aussi en avant « l’économie mondialisée ».

Confédéralement votre

Références et compléments
Les passages entre guillemets sont des extraits authentiques des statuts publiés sur le web des syndicats cités.
L’intégrale de cette superbe prose peut être lue en suivant ces liens :


Cette chronique doit beaucoup à Jean et à la caféine.

Qui aime bien, châtie et rigole bien !
L’auteur, qui n’en est pas à une contradiction près, est l'heureux membre d’une des organisations syndicales objet de ce billet d’humeur.

samedi 27 septembre 2014

Grève chez Air France : travailleurs vs consommateurs

Les pilotes d'Air France poursuivent une grève entamée depuis presque deux semaines.

Ces chevaliers du ciel ont un métier exaltant, une paie enviée par bien des ministres et une durée de travail apte à propulser Martine Aubry en extase.

La direction de l'entreprise, prenant prétexte de l'existence de quelques compagnies soit-disant low cost, souhaiterait que ses aviateurs travaillent plus pour gagner moins.
Comment dans ces conditions, ne pas résister de toutes ses forces à une telle régression ?

Toutefois, mon honnêteté foncière m'oblige à confesser que, de la même manière que je suis responsable du déclin des librairies, je trouble aussi la quiétude socio-professionnelle des amis de Mermoz.
Je prends beaucoup plus l'avion qu'il y a 20 ou 30 ans mais plus du tout aux mêmes conditions.

Mon employeur m'expédie régulièrement un peu partout sur la planète. Malheureusement, il y a une belle et grande lurette qu'il ne me paie plus la business class.
Pire même, il me force à comparer les prix des différentes alternatives et m'oblige à choisir la moins coûteuse. Aussi, ces derniers temps, j'ai plus volé avec des descendants de Manfred von Richthofen que de Georges Guynemer.

Étonnamment, quand je me déplace pour des motifs familiaux ou personnels, je pratique de la même façon, en écumant le web pour tenter d'y dégoter le meilleur compromis entre disponibilité, volume de bagages et prix.

L'époque, pas si lointaine, où l'agence Air France située place Victor Hugo à Grenoble était "le" lieu d'achat dans le Dauphiné de voyages aériens à prix quasi-fixes semble définitivement révolue.

Pour terminer cette chronique, j'aimerais soumettre quelques questions aux pilotes grévistes.

  • Êtes-vous l'heureux utilisateur d'un smartphone ou d'une tablette ?
  • Vous arrive-t-il de faire des achats en ligne ?
  • Succombez-vous, parfois, face à plusieurs options d'achat, à la tentation du plus bas prix ?
  • Téléchargez-vous, de temps à autres, musiques, films ou livres sans verser d'obole aux ayants droit ?
  • Avez-vous déjà investi dans des placements défiscalisés ?
  • Possédez-vous une voiture d’une marque autre que Citroën, Peugeot ou Renault ?
  • Râlez-vous quand les personnels de la SNCF ou du contrôle aérien cessent le travail ?
Je vous fiche mon billet - d'avion cloué au sol - que l'essentiel des occupants des cockpits d'Air France répond positivement aux questions ci-dessus.

Lorsque, durant notre temps libre, nous pratiquons la belle activité de consommateur, il nous est très difficile de ne pas tordre notre propre bras, celui des travailleurs et chômeurs que nous sommes tous.

Le jour où des vestes bleu marine à galons dorés seront présentes devant les usines et les bureaux qui ferment, je réviserai mon opinion sur le mouvement social des pilotes.

Mutationniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique “J’ai tué la librairie Arthaud de Grenoble”.

dimanche 27 avril 2014

Comment politiques et institutions pourraient sortir de leur discrédit ?

Politiques, syndicalistes et, dans une moindre mesure, appareil judiciaire souffrent d'un discrédit exacerbé par les bouleversements technologiques et sociétaux induits par l'informatique et les télécommunications.

Les digital natives - les homo sapiens informaticus - sont désormais des adultes accomplis. Les plus vieux d'entre eux ont de 25 à 30 ans et commencent à avoir des enfants.
Dans moins de 10 ans, cette génération aura définitivement transformé notre présent et sera aux manettes ou, plus exactement, sera les manettes.
Les manière de vivre, de travailler et d'appréhender le monde de ces défricheurs sont contagieuses et irriguent l'ensemble de notre société.

Le rapport à l'espace-temps se modifie sous nos yeux.
"Partout et maintenant" est la nouvelle devise. Nous entrons dans un monde compact, rapide, mouvant.
À titre d'exemple, je rédige ce billet à Tunis, à l'aide de deux applications hébergées dans deux clouds différents, bien calé dans un canapé où une télévision diffusée par internet transmet une série américaine doublée en français et un match de football au Qatar avec des joueurs japonais et allemands.

Parallèlement, les intermédiaires traditionnels sont soumis à rude épreuve.
Tous ceux que leurs connaissances ou leurs statuts transformaient en points de passage obligés, sont systématiquement remis en cause. Des places de marché et des agoras numériques, interconnectées et de tailles très variées, les supplantent.
Ainsi, vous lisez ces lignes parce que je les ai publiées sur un de ces nombreux forums. Ni vous, ni moi n'avons eu besoin des services d'un éditeur ou d'une rédaction pour être mis en contact.

Agences de voyage, marchands de musique, journaux ont été, depuis de nombreuses années, les premiers sur la ligne de front.
Désormais, plus un seul intermédiaire n'est à l'abri.
Les technologies numériques permettent de contourner aisément les réglementations et les monopoles enserrés dans les frontières des vieilles nations.
Les taxis parisiens en font l'amère expérience. Une société localisée au Luxembourg, en Irlande, voire en Papouasie Nouvelle Guinée, peut, sans difficulté majeure, géolocaliser et vendre des prestations de transport dans l'antique Lutèce.
Ne pas savoir où sont stockées et comment sont distribuées mes humeurs mondialisées n'est pas un obstacle pour les lire ou les écrire.

Politiques, syndicalistes et juristes, au sens large de ces termes, sont des intermédiaires ancestraux qui commencent à sentir le vent des boulets.
Les digital natives ne toléreront plus très longtemps des pratiques et méthodes forgées aux XVIIIème et XIXème siècles.
Les manières de fonctionner de nos élus ainsi que de nos juges et avocats ne sont plus adaptées à notre époque. Sans réforme d'envergure, ils connaîtront sous peu le sort funeste des disquaires et des libraires.

Pour se transformer, ils doivent, tout d'abord, nettement accélérer.
Que des décisions concernant un divorce ou un permis de construire soient engluées plusieurs mois, alors qu'elles nécessitent un travail juridique cumulé de quelques heures, n'est plus acceptable.
De même, indépendamment de l'approbation ou des critiques qu'il suscite, le "pacte de responsabilité" annoncé par François Hollande 4 mois en arrière n'est toujours pas concrétisé par une seule mesure effectivement en application.
Ce train de sénateur n'est pas celui du web. Politique et justice ne sont pas assez lean et agiles.

L'espace embrassé par le politique est trop petit pour être vraiment utile.
Malgré les crispations populistes très fortes - qui sont un symptôme et en aucun cas une solution - la nation traditionnelle n'est plus un cadre adapté au monde interconnecté.
Entreprises, consommation, travail et loisirs sont devenus transnationaux. Par contre, nos cadres de régulation n'ont pas suivi le mouvement.

Politiciens et syndicalistes manquent aussi d'efficacité.
Leur mission devrait être de penser les changements en cours afin de les rendre intelligibles et d'en atténuer les effets néfastes.
Pour ce faire, l'anticipation est, de loin, plus importante que la conservation de l'existant.
Les élus de tous bords peinant de plus en plus dans cette activité, leurs émoluments, privilèges et faiblesses deviennent intolérables.
La classe politique actuelle n'est probablement pas plus malhonnête que du temps de Stavisky ou des ventes de légions d'honneur. Par contre, sa légitimité qui découle de sa performance en berne, fond à vue d'œil.

Nos institutions n'ont guère besoin d'un surcroît d'éthique mais surtout de reprendre la main sur les enjeux et les mutations de la troisième révolution industrielle.
Si les pouvoirs publics ne réussissent pas cette transformation, je suis prêt à parier que les digital natives feront très vite émerger des substituts privés, numériques et, peut-être même, a-nationaux.
De la crowd politics en quelque sorte ...

Agilopolitiquement votre

Références et compléments
- N'étant pas à un paradoxe près, je remercie la sénatrice Nathalie Goulet pour avoir suggéré le thème de cette chronique.

samedi 30 novembre 2013

Plaidoyer pour Philippe Varin qui aurait mérité de garder son chapeau

Philippe Varin, présentement futur-ex PDG de la maison automobile Peugeot Citroën, à l'issue d'un lynchage syndicalo-politico-médiatique, a été contraint, cette semaine, de renoncer à une pension dite chapeau que la famille gouvernant l'entreprise s'était engagé à lui verser.

Trop peu de voix se sont élevées pour défendre cet infortuné patron.
Refusant de me joindre au chœur des hyènes, je vais tenter, à ma façon, de plaider la cause de cet éminent polytechnicien en vous proposant de vous mettre dans la peau de Philippe Varin et d'imaginer l'extrême complication de sa vie professionnelle mais aussi personnelle.

En 2009, ayant restructuré et vendu à un conglomérat indien la dernière compagnie sidérurgique européenne indépendante, Philippe Varin est recruté par la tribu Peugeot pour diriger ses fabriques de voitures.
Il prend alors la tête d'une entreprise dans la tourmente dont les pertes avoisinent 1 000 000 000 €.
Très rapidement, son action est couronnée de succès. En 2010 et 2011, les marques au lion ou aux chevrons repassent dans le vert.

Toutefois, le 8 août 2012, franchissant le cap symbolique de la soixantaine, Philippe Varin se met à envisager sa retraite.
Mu par un sens aigu de la moralité et de la probité tout à son honneur, il se met en ordre de bataille pour rendre la société à ses actionnaires dans l'état où il l'avait trouvé en y arrivant : en déficit !
Compétiteur dans l'âme et perfectionniste compulsif, ce PDG réussit même à exploser la pâle performance de son prédécesseur et termine l'année avec un trou total de 5 000 000 000 €, 25 000 € par salarié.
Creuser aussi rapidement et aussi profondément suppose une activité hors pair, un excellente agilité intellectuelle et une mobilisation de tous les instants.
Au regard de tous ces efforts, le salaire annuel de 1 300 000 € de Philippe Varin me parait plus qu'amplement justifié. Les critiques de ce type de rémunération méconnaissent l'ampleur des défis auxquels sont confrontés les dirigeants des grands groupes.

Malheureusement pour eux, les top managers ne doivent pas se contenter d'exploits professionnels. Leurs trop rares moments de loisirs ne leur appartiennent guère.
Recevoir une rémunération de 3 500 € par jour, dimanches et jours fériés inclus, est aisé. La dépenser est une autre paire de manches !

Prenons quelques instants la place de ce pauvre Philippe Varin, chaque soir vers 22 heures, après une journée harassante consacrée à imaginer comment fermer usines ou services et faire racheter sa boîte par des chinois sans qu'Arnaud Montebourg et les Peugeot y trouvent à redire.
Au lieu de nous affaler dans notre canapé et de siroter une camomille au Canderel en regardant un épisode du commissaire Navarro récupéré sur YouTube, nous voilà forcé de planifier comment, le lendemain, notre famille et nous-même allons pouvoir claquer plus de trois SMIC mensuels et demi avant le coucher du soleil. Cette tâche est d'autant plus ardue que notre contrat de travail nous interdit l'achat de BMW, Porsche et autres Rolls-Royce et que notre entreprise finance l'essentiel de nos repas, voyages et hébergements.

Au bord du burnout, Philippe Varin aurait confié cette semaine à ses confrères du MEDEF qu'il avait accueilli la hollandaise et arlésienne taxe à 75% avec soulagement et qu'il regrettait même son taux bien trop faible et sa mise tardive en application.

Richement votre.

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "hôpital Montebourg vs charité PSA ?"  et "face au CAC, le SMIC prend une claque !".
Le billet "les constructeurs automobiles devraient cesser de faire des voitures" revient sur la méforme actuelle des constructeurs automobiles français.

- Mes remerciements chaleureux et amicaux aux deux détonateurs de cette chronique consacrée aux malheurs des riches, Alain et Jean, très élégant dans sa nouvelle nuisette.

- Les chiffres, arrondis pour faciliter la compréhension, sont issus des rapports financiers officiels de la maison PSA Peugeot Citroën.

- D'après Wikipedia, Philippe Varin serait né le 8 août 1952 à Reims.
  

samedi 26 octobre 2013

Nos données personnelles sont une mine d'or pour les géants de l'internet

Régulièrement, experts et médias, relayant le lobby de la presse papier et des éditeurs, s'émeuvent que les services gratuits disponibles sur internet transforment chacun d'entre nous en produit.
Nos données personnelles collectées par ces sites web seraient une mine d'or avec laquelle Bill Gates, Larry Page, Marc Zuckerberg et quelques autres magnats du web feraient un beurre bien crémeux.
Fidèle à la tradition de ce blog et soucieux de vous laisser juger sur pièces, je me suis livré à un petit test.

Une grande partie de ma vie numérique est hébergée par Google.
J'utilise les applications de la firme de Mountain View pour, entre autres, effectuer des recherches sur le web, lire et expédier mes mails personnels, regarder des vidéos, stocker et partager mes photos et même pour publier ces Humeurs Mondialisées.
Google possède donc une masse considérable d'informations sur ma petite personne. À en croire les gazettes, celles-ci sont revendues à des annonceurs qui les utilisent pour ajuster leurs messages promotionnels à mes goûts et attentes.

Afin de vérifier l'efficacité de ce dispositif, j'ai observé attentivement les publicités que Google affiche dans son service de courrier électronique après que ses automates aient analysé le contenu des messages que je reçois.
Voici les résultats.

Un hôtel d'Amsterdam me confirme la réservation que j'ai effectué.
Google m'incite à envisager un séjour dans un "Hôtel Saint-Tropez". J'ignorais jusqu'alors qu'on trouvait sur les rivages méditerranéens les mêmes types de végétaux fumables et de vitrines qu'à proximité des polders.

Leanpub, l'éditeur en ligne qui a publié mon dernier livre Humeurs Économiques, m'adresse sa lettre d'informations.
Google pense que je devrais changer de forfait téléphonique "dès 2.99 €/mois".

Mon fils, actuellement étudiant à l'étranger, me donne de ses nouvelles.
Google me pousse à comparer les tarifs des mutuelles.

Un des mes "amis" de Facebook et ci-devant producteur de musique "m'invite" à payer ma place au prochain concert qu'il organise.
Google estime que je ferais mieux de me plonger dans le "Magazine Apnea, tout sur l'apnée et la pêche sous-marine".

Mon syndicat préféré envoie son dernier tract sur la situation sociale dans l'entreprise où je travaille.
Google conjecture que "8 heures pour tout savoir sur le trading" me sont nécessaires.

Un site de généalogie en ligne suspecte m'avoir dégotté de nouveaux ancêtres.
Google m'encourage à me rendre illico au "Salon Baby à Grenoble" pour "profiter des Conseils, ateliers, échantillons".
J'ai, une fois n'est pas coutume, cliqué sur le lien conseillé. Il s'agit d'une publicité mensongère. Dans le programme détaillé, il n'est absolument pas question de distribuer des échantillons d'enfants aux visiteurs.

Ma dernière tête de turc en date, le club de rugby grenoblois FCG, m'incite à venir remplir dare dare ses caisses percées.
Google est persuadé que je ferais mieux de me rendre au Brésil l'été prochain à l'occasion de la Coupe du Monde de Football grâce à des "Packs Exclusifs".

L'université où je donne quelques cours m'informe d'un changement d'emploi du temps.
Google me suggère un "Loueur Meublé" et de "récupérer jusqu'à 19.6% de la TVA", soit sensiblement 3.8%.

La société d'autoroutes qui dessert le Dauphiné aimerait augmenter son chiffre d'affaire via son badge de télépéage en me poussant à aller visiter une exposition en Ardèche.
Google, obstinément, insiste au sujet de la location meublée.

L'excellent site meteo-grenoble.com m'expédie son bulletin quotidien de prévision et annonce 23°C cet après-midi.
Google, au mieux de sa forme, persiste à vouloir me refourguer un meublé.

Twitter me signale qu'un de mes gazouillis a été repris par d'autres twittonautes.
Google, dont le magasin digital semble fort peu achalandé, s'acharne à me jeter dans les bras de son "Loueur Meublé".

Ma fille, présentement en déplacement, me demande des nouvelles sur la crise politique et sécuritaire qui secoue la Tunisie.
Google, tel Toinette dans le Malade Imaginaire, s'exclame une fois de plus "Loueur Meublé" !
Finalement, face à tant de sollicitations si soigneusement ciblées, je vais me décider à signer un bail pour une ou deux cages à lapins dûment équipées.
Rached Ghannouchi, Ali Larayedh et leurs consorts d'Ennadha pourront venir y trouver un asile que les tunisiens ont bien mérité !

Personnellement votre

Références et compléments (euphémismes pour auto-publicité)
- Les chroniques "Rugby opaque et dans le rouge à Grenoble" et "le Malade Twimaginaire"
- Mon nouveau livre "Humeurs Économiques - Déchiffrer nos mutations"
- Mes chroniques sur la Tunisie
- Test réalisé dans la matinée du samedi 26 octobre 2013 avec des courriels que j'ai reçu via le service Gmail. Les citations entre guillemets sont strictement authentiques, y compris l'excès de majuscules qui fait ressembler la graphie de Molière à celle de Goethe.
   

dimanche 29 septembre 2013

20 Droits de l'Homme méconnus

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.


يولد جميع الناس أحراراً متساوين في الكرامة والحقوق، وقد وهبوا عقلاً وضميراً وعليهم أن يعامل بعضهم بعضاً بروح الإخاء

Saoláitear na daoine uile saor agus comhionann ina ndínit agus ina gcearta. Tá bauidh an réasúin agus an choinsiasa acu agus dlíd iad féin d'iompar de mheon bhrthreachais i leith a chéile.

Dans le précédent billet, j'ai évoqué les Droits Élémentaires de la Personne Humaine à propos de l'ouverture des magasins de bricolage le dimanche.
Je pensais être sarcastique alors que la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme adoptée par l'ONU en 1948 aborde explicitement ce sujet controversé.

À ma courte honte, en relisant ce beau texte simultanément fondateur et fondamental, j'ai découvert que j'ignorais la plupart de la trentaine de droits dont tout citoyen de notre planète peut se prévaloir, à défaut de pouvoir en jouir pleinement.
En voici, en vrac, quelques uns :

- Droit au mariage libre et pleinement consenti (Article 16)
Aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion n'est opposable à ce droit.

- Protection de la famille par la société et par l'État (Article 16)

- Non discrimination des enfants (Article 25)
Notamment, la naissance au sein d'un mariage ou en dehors de ce lien sacré ne doit déboucher sur aucune différence de traitement.

- Interdiction des arrestations, des détentions et des exils arbitraires (Article 9)

- Droit d'asile face aux persécutions (Article 14)
L'asile ne peut toutefois pas être évoqué pour se soustraire à des "poursuites réellement fondées sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies".

- Droit à la propriété (Article 17)
Celle-ci peut-être individuelle ou collective.
L'expropriation arbitraire est explicitement interdite par la déclaration universelle.

- Interdiction absolue de l'esclavage (Article 4)

- Droit à la nationalité (Article 15)
De surcroît, "nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité".

- La volonté du peuple unique source de l'autorité des pouvoirs publics (Article 21)
Pour ce faire, des élections honnêtes, au suffrage universel égal et au vote secret sont organisées périodiquement avec pleine liberté du vote.

- Liberté de pensée, de conscience, de religion, d'opinion et d'expression (Articles 18 & 19)
Ces dispositions incluent la possibilité de partager et de manifester ses vues en public ainsi que de changer de religion ou d'opinion.

- Droit au travail et à la protection contre le chômage (Article 23)
Cette disposition comprend aussi la possibilité de choisir librement son boulot.

- Droit à un niveau de vie correct (Article 25)
Le niveau de vie de chacun d'entre nous doit nous permettre d'assurer note santé, notre bien-être et ceux de notre famille, notamment pour "l'alimentation, l'habillement, le logement et les soins médicaux"

- Droit aux services sociaux (Article 25)
Chacun de nous a droit à "la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté".

- Droit à la rémunération équitable de son travail (Article 23)
Cette rétribution doit assurer au travailleur ainsi qu'à sa famille "une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale".

- Droit au syndicalisme (Article 23)

- Droit à l'éducation  (Article 26)
L'éducation "élémentaire et fondamentale" doit être gratuite.

- Devoir d'éducation (Article 26)
"L'enseignement élémentaire est obligatoire".

- Droit des parents de choisir l'éducation de leurs enfants (Article 26)

Je conclus cette liste à la Prévert avec les deux droits que je préfère mais dont l'application laisse beaucoup à désirer.

- Droit à ce que le concert des nations ne ressemble pas à une jungle ou à une foire d'empoigne (Article 28)
Bien entendu, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme a été rédigée par le regretté René Cassin dans une langue plus juridique que la mienne .
Le texte officiel stipule que "toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet".

- Droit à la paresse (Article 24)
Dans l'expression de l'ONU, il est question d'un "droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques".

Humainement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Travail de nuit et du dimanche : camarades législateurs encore un effort !"
- Texte intégral de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, adoptée par l'Assemblée Générale de l'Organisation des Nations Unies réunie le 10 décembre 1948 au Palais de Chaillot à Paris.
- Historique de la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme présenté sur le site de l'ONU.
- L'exergue de cette chronique est l'article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme en français, en arabe et en gaélique d'Irlande.
  

jeudi 2 mai 2013

Loi "Florange" : enfumage ou incompétence ?

Plusieurs députés socialistes, dont François Brottes élu de l'Isère, ont annoncé à grand renfort de médias le prochain dépôt d'une proposition de loi, surnommée "Florange", visant à empêcher les fermetures de sites industriels réputés rentables.

Le journal en ligne Les Echos a publié ce texte, pour l'instant introuvable sur le site de l'Assemblée Nationale.
La lecture de la future loi "Florange" m'a proprement stupéfait.
Soit, ses rédacteurs et leurs conseillers ont une connaissance très limitée des entreprises.
Soit, ils font semblant de réformer tout en laissant l'industrie agoniser tranquillement.
Jugez sur pièces.

- Le présupposé initial est pour le moins étonnant.
D'après le trio de députés ayant tenu le porte-plume, qui s'est répandu dans les radios et gazettes, la plupart des fermetures d'usines affecteraient des sites rentables et de nombreux repreneurs seraient dans les starting-blocks pour continuer leur exploitation.
C'est oublier qu'une entreprise est une association à but lucratif. Je connais peu de personnes mues par l'appât du gain prêtes à sacrifier une activité profitable.
La réalité des restructurations est triple :
    . Les difficultés économiques - c'est à dire quand les ventes ne réussissent plus a minima à équilibrer les coûts - sont la cause la plus fréquente.
    Dans ce cas, beaucoup d'entreprises sont contraintes à se séparer de secteurs entiers, souvent violemment, pour tenter d'éviter une mort annoncée.
    Il est rare qu'une telle situation attire des candidats à la reprise car qui a envie d'acheter un business non rentable ?
    De surcroît, l'intérêt de l'entreprise est de vendre, et non pas de ferrailler, les activités sacrifiées afin d'obtenir de l'argent frais.

    . Viennent ensuite les délocalisations.
    Fermer un atelier en France pour le rouvrir dans un pays "low cost" permet souvent - mais moins systématiquement qu'on ne le pense - d'abaisser les coûts, donc d'améliorer les profits.
    Là aussi, les repreneurs potentiels ne se bousculent pas car ils ont le même intérêt économique à s'implanter loin de la France.

    . Enfin, dans les secteurs en surproduction structurelle, les fermetures d'usine sont un moyen terrible de réduire la voilure.
    Des concurrents mieux placés seraient souvent intéressés à une reprise afin de pouvoir mieux étouffer, à terme, l'entreprise vendeuse, avec des conséquences sur l'emploi encore plus fortes.
    Vendre à un concurrent direct est généralement un suicide à effet retard.
- Le premier article de la proposition de loi plante un décor bizarre : "la fermeture d'un établissement employant habituellement au moins 50 salariés".
La notion d'établissement est particulièrement floue en droit social.
C'est en fait une sorte de circonscription géographique au sein de l'entreprise définissant l'élection des délégués du personnel et du comité d'établissement.
Les établissements sont habituellement définis par un accord entre direction et syndicats sur des base géographiques pouvant être vastes.
Dans la pratique, dans beaucoup de grandes, et mêmes de moyennes, entreprises industrielles, un établissement regroupe plusieurs sites et plusieurs activités. Les seules exceptions que je connaisse sont les très grandes usines mono-produit comme celles fabriquant des automobiles.
Lors de restructurations, une entreprise envisage généralement de restreindre ou de fermer une activité et non pas un établissement complet au sens légal.
La proposition de loi "visant à redonner des perspectives à l'économie réelle et à l'emploi industriel" n'est donc pas applicable dans la très grande majorité des cas.
Ainsi le trop célèbre Mittal n'a fermé pour l'instant "que" les hauts fourneaux au sein de l'établissement de Florange. Ce nouvel arsenal législatif ne l'aurait même pas concerné.

- Le seuil de 50 salariés ouvre une voie aisée de contournement.
Le chef d'entreprise qui souhaiterait supprimer un établissement complet aurait juste à lancer un très mal nommé Plan de Sauvegarde de l'Emploi - en français courant, une bonne grosse vague de licenciements - pour réduire l'effectif en dessous du seuil fatidique.
Quelques semaines plus tard la fermeture définitive du site pourra passer comme une lettre à la poste.

- L'entreprise sera soumise à une obligation de moyens, pas de résultats.
L'entreprise qui, envers et contre tout, voudrait fermer illico un établissement aura seulement à "rechercher un repreneur" et à motiver ses réponses "aux offres de reprises reçues".
Quiconque ne voudra pas vendre devra juste à expliquer, avec des termes soigneusement pesés pondus par des juristes patentés, que le prix proposé est trop faible ou que le repreneur a une sale gueule.

- La proposition de loi "Florange" n'évoque ni les marques, ni les outillages, ni les brevets.
Si la maison-mère ou les clients conservent ces trois joyaux, qui va vouloir acheter une coquille vide ?

- Le summum est atteint avec l'obligation pour l'employeur d'informer et consulter le comité d'établissement.
J'ai siégé durant un an dans un comité d'établissement.
Avec les autres élus, j'ai voté un nombre incalculable d'avis et de délibérations sur des sujets les plus variés allant de l'implantation d'une caméra de surveillance à la délocalisation d'un département.
A aucun moment, ces votes n'ont eu la moindre influence sur la marche de l'entreprise. Si les obligations légales de consultation sont pléthoriques, aucun texte ne force une entreprise à tenir compte des avis émis.
La seule précaution que doit prendre la direction est de respecter scrupuleusement les formes et délais afin que le processus ne puisse être cassé par un tribunal qui ne statue jamais sur le fond.
Ces mécanismes bureaucratiques et kafkaïens fournissent de l'emploi aux juristes du travail mais ne protègent pas ceux des ouvriers et ingénieurs.
Nos brillants députés se proposent d'ajouter une couche inutile de plus.

Le maintien et le redéveloppement de l'industrie sont cruciaux pour l'avenir.
Sans industrie, un pays ne peut être durablement prospère.
Trois grandes voies sont indispensables et reposent sur un large consensus. Très simples dans leur principe, elles supposent toutefois un véritable courage politique pour les mettre en pratique.

- Tout d'abord, abaisser, de façon perceptible et aisément compréhensible, les charges portant sur les salaires.
Les nécessaires fiscalités et solidarités sociales doivent reposer sur les revenus, la consommation et le patrimoine, pas sur l'emploi dont nous manquons cruellement !

- Ensuite, simplifier les contraintes pesant sur les entreprises, notamment la trop touffue législation du travail, en échange d'une participation accrue du personnel à la gouvernance de l'entreprise.
Le véritable deal que syndicats et patronats pourraient passer serait d'alléger et même supprimer la plupart des procédures de consultation des représentants du personnel en échange d'un avis décisionnel, et non plus  simplement consultatif, sur quelques domaines clefs.
Dans toutes les entreprises cotées, un quart du conseil d'administration devrait être constitué d'élus du personnel.
Pour ce faire, les élections professionnelles doivent devenir véritablement démocratiques, c'est à dire ouvertes à toutes les candidatures, y compris en dehors des syndicats patentés.
De même, les accords d'entreprise, pour être applicables, devraient être réellement majoritaires et non minoritaires comme aujourd'hui.

- Enfin, pousser, au sein des entreprises mais aussi des territoires, vers beaucoup plus de gestion prévisionnelle.
Plutôt que de retarder les inévitables mutations, il est préférable des les accompagner.
Ce qui est indispensable lorsqu'un site ferme ou rétrécit, c'est de réindustrialiser la zone et de former correctement les personnes licenciées, pas de retarder l'échéance de quelques mois.
De la même façon, les bassins d'emploi avec une seule activité économique devrait faire l'objet, de la part des pouvoirs publics, de plans d'urgence visant à leur diversification.

La proposition de loi "Florange" est étrangement muette sur tous ces sujets.
Combien faudra-t-il d'usines fermées et de chômeurs supplémentaires avant que nos élus de tout poil réagissent ?

Industriellement votre.

Référence et compléments
- Voir aussi la chronique industrielle "Lettre ouverte à Olivier Veran députe de l'Isère"
- Article des Echos du 30 avril 2013 sur la loi "Florange".
- Le rapport Gallois de l'automne 2012 explicitait, pour bonne part et avec une crédibilité plus forte que la mienne, les pistes de soutien à l'industrie que j'évoque.

mercredi 2 janvier 2013

Les politiciens devraient s'inspirer de l'industrie qu'ils font mine de défendre

Le conseil constitutionnel français vient de censurer la taxation à 75% des très hauts revenus, mesure emblématique annoncée par François Hollande durant sa campagne présidentielle.
Plus de six mois de textes en tout genre, de discussions solennelles, de petites phrases et de votes parlementaires auront été nécessaires pour aboutir à une absence de changement de l'impôt des plus riches.
Tout cela, parce qu'un président de la république, plusieurs ministres, leurs cabinets pléthoriques et leurs hauts fonctionnaires ainsi qu'un petit millier de parlementaires ont oublié, qu'en France, l'imposition s'effectue, non pas par personne, mais par foyer fiscal. N'importe quel contribuable qui remplit lui-même sa déclaration annuelle sait cela !

Faisant partie des français de plus en plus rares travaillant dans l'industrie, je vais utiliser le vocabulaire de mon activité professionnelle pour montrer que ce récent fiasco est d'abord un pur gaspillage de deniers et de temps publics.

La production législative doit être conforme à la constitution, véritable système qualité politique, à l'instar de celui prôné par les normes ISO 9000.
Un service national d'assurance qualité, le conseil constitutionnel, atteste que les lois françaises respectent ce standard.
Depuis 2010, via la Question Prioritaire de Constitutionalité (QPC), les sages du Palais Royal sont même en charge de la garantie après-vente du stock de lois existantes.

Si le souci de qualité législative est louable, son organisation est totalement archaïque.
Dans l'industrie, afin de limiter les coûts et d'obtenir des délais courts, il y a une grande lurette que les vérifications qualité sont situées le plus en amont possible de la production voire même de la conception. Cette façon de faire limite les fabrications de produits finis qui doivent être réparées voire jetées. Dans la mesure du possible, il est toujours plus économique de "faire bien du premier coup" que de reprendre ou rebuter.
Un tel principe, au bon sens ancestral, transposé à la production législative amènerait le conseil constitutionnel a effectuer ses contrôles préalablement au dépôt d'un projet de loi et non pas postérieurement à son vote.
De même, l'opposition parlementaire devrait pouvoir déposer un recours en début de discussion législative et non pas exclusivement à l'issue de la clôture du trop long débat.
Chaque loi française coûte en moyenne 15 millions d'Euros (1200 ans de SMIC), je n'ose imaginer les surcoûts d'une loi censurée. Sans parler du trou supplémentaire de 500 millions d'Euros dans le budget national de 2013 qu'il faudra bien combler d'une façon ou d'une autre ...

Depuis plus de 30 ans, le personnel politique français de tous bords accélère tranquillement l'agonie de l'industrie en faisant porter le coût de la protection sociale presque exclusivement sur le travail, en alourdissant les contraintes réglementaires et en laissant se scléroser le dialogue syndical.
Au lieu de faire semblant dans leurs discours convenus et leurs parcimonieuses visites d'usines de nous protéger, les élus de gauche et de droite feraient mieux de reprendre à leur compte les méthodes industrielles. Ils augmenteraient grandement leur efficacité et, corrélativement, diminueraient quelque peu dépenses publiques et surtout coût du travail.

Productivement votre

Références et compléments

vendredi 7 décembre 2012

La Tunisie frappée par le syndrome des 4 I

En Tunisie, la révolution exemplaire de janvier 2011 qui avait surpris et enchanté s'enlise !
Depuis plusieurs mois désormais, l'économie stagne, les incidents violents se multiplient et le système politique issu des élections libres est grippé.

Le gouvernement dit la "troïka" mené par les islamistes d'Ennadha auxquels se sont acoquinés deux partis dits laïques est atteint du "syndrome des 4 I" :

Indifférence
Les préoccupations du personnel politique issus des élections libres d'octobre 2011 sont très éloignées du sort et des aspirations de beaucoup de tunisiens.

Inconséquence
Même si la plupart des nouveaux gouvernants ont passé de longues années en prison ou exil, bien peu se sont inspirés de Nelson Mandela pensant la future Afrique du Sud post-apartheid au fond de sa cellule de Robben Island.

Improvisation
La mauvaise préparation des partis au pouvoir couplée aux envies multiples de la population débouche sur des décisions chaotiques et à courte vue.

Incohérence
Si quelqu'un peut m'expliquer clairement la ligne politique de la "troïka", je me ferai un plaisir de le publier sur ce blog !

Tunisianiquement votre

Références et compléments
- Merci à Yannick de m'avoir soufflé puis rappelé les "4 I".
- Lire aussi l'autre chronique cri du cœur "Plaidoyer pour la Tunisie de toujours".

vendredi 16 novembre 2012

Lettre ouverte à Olivier Véran, député de Grenoble

Avertissement aux lecteurs
La chronique ci-dessous est très inhabituelle puisqu'elle dit plutôt du bien d'un homme politique. Elle risque donc de heurter les personnes sensibles ou fragiles.
Âmes délicates, passez votre chemin !


J'ai découvert sur internet, un peu par hasard, une émission de télévision où Olivier Véran, le député de ma circonscription, visite et, surtout, travaille toute une journée devant les caméras chez Clappaz et Locker, petite entreprise d'usinage de Meylan dans la banlieue de Grenoble.
Ce reportage est original et intéressant à plusieurs titres.

J'ai apprécié le courage d'Olivier Véran de se confronter publiquement et physiquement aux réalités de l'industrie et de l'entreprise. Ce médecin et député s'est littéralement sali les mains plusieurs heures d'affilée. Ce type d'attitude est suffisamment rare pour être soulignée.
La capacité d'écoute et de dialogue du parlementaire m'a agréablement surpris. Au fil de la journée, l'élu échange avec de nombreuses personnes : ouvriers usineurs, chef d'atelier, secrétaire, projeteurs du bureau d'études, dirigeant de l'entreprise. Les paroles qui lui sont adressées diffèrent sensiblement des discours convenus des appareils politiques et des syndicats de tout poil.

L'émission a surtout le mérite rarissime de montrer de manière longue et non caricaturale l'industrie. Ce coeur de l'économie dont la productivité assure le fonctionnement du reste de la société, y compris la santé et les services publics, est tragiquement absent des médias et même, désormais, des représentations collectives.
Les caméras qui suivent Olivier Véran dans l'atelier et au bureau d'études dévoilent la réalité complexe et contradictoire des entreprises industrielles.
On y voit tour à tour :

- La grande interdépendance des entreprises qui forment le tissus industriel, ainsi Clappaz et Locker a vu son chiffre d'affaire baisser de 40% lors de la crise de 2008.

- La très forte concurrence et, par voie de conséquence, la compétition permanente pour la qualité, les délais courts et les baisses de coût.

- La combinaison indispensable de travail manuel et de technologies.

- Le professionnalisme et la passion du travail bien fait qui sont le point commun entre les ouvriers, le bureau d'études, l'encadrement et la direction.

- L'écart important et ancestral, y compris dans une petite structure familiale, entre les points de vue des dirigeants, de l'encadrement et des ouvriers.
La lutte des classes n'est pas qu'un concept marxiste mais une réalité ancrée dans le quotidien des personnes travaillant dans l'industrie. Plusieurs fois dans le reportage, les paroles contraires des uns et des autres surprennent le député.

Sur ce dernier point, la position d'Olivier Véran relève, de mon point de vue, du vœu pieu puisqu'il en appelle au dialogue et au consensus entre partenaires dits sociaux, c'est à dire entre syndicats de salariés et d'employeurs.
Malheureusement, ces derniers - et c'est un sujet que je connais de l'intérieur - sont des appareils bureaucratiques sans réelle représentativité, particulièrement dans l'industrie compétitive et les petites entreprises. Messieurs Thibaut et Chérèque ainsi que Madame Parisot ne sont pas les porte-paroles des salariés et des entreprises, mais des permanents syndicaux qui les élisent.
Pour que cette situation évolue, trois conditions sont nécessaires à défaut d'être suffisantes :
- Les élections professionnelles doivent devenir véritablement démocratiques, c'est à dire ouvertes à toutes les candidatures, y compris en dehors des syndicats patentés.
- La législation sociale doit donner sur certains sujets clefs un pouvoir décisionnel, et non consultatif, aux représentants élus du personnel. Comme contrepartie, beaucoup de procédures très lourdes où seul un avis est requis pourraient être allégées voire supprimées.
- Les accords d'entreprise, pour être applicables, devraient être réellement majoritaires et non minoritaires comme aujourd'hui.

Industriellement votre

Références et compléments
- Emission de LCP "J'aimerais vous y voir" - Episode "Olivier Véran dans une PME"
- Olivier Véran est député socialiste de la première circonscription de l'Isère (une partie de Grenoble ainsi que banlieue nord-est). Il est le suppléant de Geneviève Fioraso devenue ministre dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault.
Je précise que je ne le connais pas personnellement et que je ne fais pas (encore ???) partie de ses électeurs. Si Olivier Véran souhaite apporter un commentaire ou une réponse à cette chronique, les colonnes de ce blog lui sont naturellement ouvertes.
- Site web d'Olivier Véran

dimanche 22 juillet 2012

Fin d'été - Chronique nostalgique

Bien que cela ne soit mentionné dans aucun éphéméride, l'été se termine réellement aujourd'hui, aux deux tiers du juillet, lorsque le Tour de France atteint Paris.

Pendant quelques semaines encore, la belle saison va tenter de faire illusion mais le coeur n'y sera plus.
Des jours de canicule sont probablement encore à venir, les vacances d'août se profilent et les Jeux Olympiques essaieront de faire croire qu'ils sont un évènement sportif populaire.
Mais le peloton cycliste gagnant Lutèce n'est pas, si j'ose m'exprimer ainsi, le seul des signes avant-coureurs.
L'automne nous guette avec délectation :

- Des feuilles sèches ou malades commencent à se détacher des arbres.

- Après un répit allant des feux de la Saint Jean aux bals du 14 juillet, les jours se sont mis à raccourcir sérieusement. Le jeûne du Ramadan qui a l'immense mérite de nous apprendre l'astronomie, diminue quotidiennement de trois minutes.

- Pour nous préparer aux temps froids et sombres, François Hollande, le tout nouveau président de la République française, visite son prédécesseur corrèzien, le grand moderniste Jacques Chirac.
La même semaine, Moncef Marzouki, le provisoire et anémique président de la République tunisienne a certifié au Palais Bourbon que l'hiver islamiste n'avait pas (encore ?) frappé le printemps de janvier. Malheureusement pour lui, son discours est passé inaperçu car il a harangué les députés français pendant la grande étape des Pyrénées du Tour de France et la victoire de Thomas Voeckler.

- Les plus précoces des juillettistes reprennent le travail dès demain.

- Profitant du relâchement général, le parlement, comme souvent, vote quelques menus impôts supplémentaires.
Cet alanguissement est aussi propice aux fermetures d'usines. Ainsi la direction de Peugeot annonce une hémorragie d'emplois.
Pendant ce temps, pour masquer leur impuissance, les leaders syndicaux promettent, comme à l'accoutumée, une rentrée chaude, bien que de mémoire d'homme, l'été indien social n'ait jamais eu lieu.

J'espère que cette chronique ne vous a pas trop mis le bourdon mais comment regrouper autrement mes sujets de prédilection ?
Pour me faire pardonner, je vous souhaite, selon vos préférences aoûtiennes ou juillettistes, de profiter pleinement de ce début d'automne, soit en vacances, soit dans un travail épanouissant et rémunérateur.

Saisoniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Tour de France, carnaval des transgressions".

samedi 14 juillet 2012

Tour de France, carnaval des transgressions

Autant l'avouer, j'adore le Tour de France.
Habitant dans les Alpes, je suis au bord de sa route à peu près tous les ans et, chaque jour, j'essaie de suivre l'étape autant que faire se peut.

Pourtant, en y réfléchissant, cette course cycliste regroupe beaucoup d'éléments que je n'apprécie guère dans la vie courante.

- Habituellement, je déteste la foule et les files d'attente.
Lors du Tour de France, je suis capable de faire le pied de grue quatre heures au bord d'une route pour apercevoir vingt secondes un peloton lancé à plus de 40 km/h.

- Habituellement, ma consommation télévisuelle est réduite et toujours en soirée.
Dès que le Tour de France s'élance, je me précipite chaque fin d'après-midi devant la retransmission en direct de la course.

- Habituellement, je suis réservé, voire critique, vis à vis des corps constitués.
Le Tour de France est d'abord le festival annuel de la gendarmerie nationale. Et les grandes centrale syndicales ont une place de choix dans la caravane.


- Habituellement, je n'aime pas que les intérêts ou les biens publics soient bradés.
La route du Tour de France est très officiellement, et très gracieusement, privatisée et concédée par l'Etat à ASO, la société organisatrice.

- Habituellement, je n'adresse pas aisément la parole à des personnes que je ne connais pas.
Au bord de la route du Tour de France, j'engage des débats passionnés et fort civils avec des inconnus sur la tactique des cyclistes, le dopage et la qualité de la caravane.

- Habituellement, je ne trouve aucun réconfort dans le malheur d'autrui.
Défaillances et chutes font partie intégrante du spectacle du Tour de France.

- Habituellement, j'évite les publicités.
Assister à l'étape du Tour de France perd de son charme si l'on manque le passage de la caravane publicitaire. Et quel plaisir, d'arborer maillots, casquette et gadgets attrapés au vol !

- Habituellement, j'abhorre mafias, lobbies et groupes de pression.
Au Tour de France, il est parfaitement acceptable que huit solides gaillards - tels des siciliens d'opérette - entourent leur chef, cadenassent le peloton et distribuent les bons de sortie selon leur bon plaisir.


- Habituellement, je ne prise guère le trafic de drogue.
Le Tour de France fait défiler, sous la protection des forces de l'ordre et en direct à la télévision, deux cents toxicomanes et leurs fournisseurs de dope devant quinze millions de personnes rassemblées au bord de la route.

Tout compte fait, la vraie fonction du Tour de France ne serait-elle pas d'être un rite d'inversion ?
A l'instar des carnavals du Moyen-Age où l'ordre féodal était temporairement bouleversé, tous les ans, durant trois semaines, toutes les transgressions deviennent autorisées et même souhaitées, pour mieux nous aider à supporter, le reste du temps, les contraintes de la vie en société ...

Cyclistement votre

P.S. social : En ces temps d'annonces de fermetures d'usines automobiles, je me souviens d'une époque hélas révolue où les voitures officielles du Tour de France étaient des Peugeot, pas des Skoda ...

Références et compléments
- Voir aussi, à propos du Tour de France, la chronique "Fin d'été".
- Les deux photos ont été prises le 13 juillet 2012, au bord de la route de la douzième étape du Tour de France à Izeaux en Isère. Les autres photos de cette étape du Tour de France 2012 sont regroupées dans un album.
Voir aussi mes photos du contre la montre du Tour de France 2011 à Grenoble.
- Le site officiel du Tour de France

vendredi 6 mai 2011

Réveil spirituel - Chronique indienne

L'Inde est le berceau de nombreuses religions. Encore aujourd'hui, la spiritualité joue un grand rôle dans la vie quotidienne.

Ainsi, l'usine que j'ai visitée est une usine syndiquée.
L'adhésion au syndicat est obligatoire pour les ouvriers. Le syndicat est confessionnel, de religion hindoue. Il est dirigé, de l'extérieur, par un "gourou" qui négocie avec la direction et décide du sort des accords sociaux.
Le syndicat a obtenu qu'un petit temple soit édifié dans l'enceinte de l'usine afin d'apporter sur celle-ci croissance économique, prospérité et emploi.
Un jour par an, les ouvriers viennent mais ne travaillent pas. Ils nettoient les machines et équipements, les couvrent de fleurs et de rubans et effectuent en pèlerinage le tour des ateliers afin d'attirer quelques bonnes grâces sur la santé économique de la boutique.

La spiritualité emprunte parfois un tour encore plus moderne. Les technologies de communication sont devenues des auxiliaires précieux de la sagesse ancestrale.
Ainsi, la nuit dernière, vers trois heures, l'arrivée d'un SMS énigmatique émis par un étrange barbu a interrompu mon sommeil.
L'interrogation contenue dans le message a déclenché chez moi une introspection salutaire : "si tu as une heure de libre à Paris, vas-tu au Louvre ou au musée d'Orsay ?".
J'ai répondu derechef à mon gourou virtuel "Orsay !".
Le maître ne tarda pas à me faire part de sa satisfaction par un second SMS : "Déjà ! Tu ne dors donc pas …".
Ravi que mon maître éthéré ait constaté mon réveil spirituel, je tentais de retourner dans les bras de Morphée en comptant les Monet et les Pissarro.

Laurentiquement votre … (il se reconnaitra !)