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dimanche 29 novembre 2015

Mes valeurs

​Les attentats en France, en Tunisie et dans de nombreux pays ont relancé le débats sur nos valeurs et leur défense.
Liberté, égalité, fraternité, laïcité, diversité, ces mots en "é" et quelques autres sont magnifiques mais, comme souvent avec les concepts, un peu abstraits.

N'étant ni philosophe, ni juriste, je vous propose une déclinaison personnelle et concrète de ces réflexions.


Multi-bienvenue - Huile sur toile d'Amal Mejdouba

J'ai deux pays, la France et la Tunisie.

La France, j'y suis né, comme mes enfants et comme, avant moi, mes parents, grands-parents et aussi mes arrière-grands-parents, j'y vis, j'en suis citoyen, j'y paie régulièrement des impôts et j'ai même, à l'insu de mon plein gré, porté un an son uniforme.

La Tunisie est ma patrie de coeur.
Je l'ai découverte à la charnière des années 1970 et 1980, je m'y rends régulièrement et, au fil du temps, j'y ai noué de multiples relations personnelles, familiales et amicales.

Désormais, j'ai vécu des deux côtés de la Méditerranée des moments intenses, des joies profondes et, aussi, quelques peines.
J'y ai de la famille et des amis.

Beaucoup de personnes de ce réseau improvisé se connaissent et s'estiment, ne serait-ce qu'à distance.
Lorsque des vents mauvais, intimes ou publics, soufflent, au nord ou au sud, ils sont nombreux à se faire du souci et à prendre des nouvelles.
Et, quand les circonstances permettent des rencontres, les sourires sur les lèvres signent les liens qui rassemblent ce petit monde.

J'ai deux pays et bien plus encore !
Au gré de la vie personnelle et professionnelle, mon cercle amical et social s'est incroyablement étendu.
Ainsi, au jour de l'an, j'envoie et reçois des voeux dans une trentaine de pays.
Et - le croirez-vous ? - j'ai même d'excellents amis proches dans des contrées aussi exotiques que l'Inde et l'Italie.

Ce regroupement improbable est composite et bigarré.
Langues, ethnies, religions, nationalités, opinions, cultures, orientations, goûts, comportements et croyances y foisonnent.
Cela ne nous empêche pas de nous apprécier et de nous fréquenter, bien au contraire.

Alors n'en déplaise aux barbares, extrémistes et conservateurs, à poils longs ou à poils ras, cette vie sans prétentions, cosmopolite et variée me plait et je n'ai guère, comme la plupart de mon entourage, envie d'en changer.

Je comprends même que certains préfèrent le confort illusoire de l'entre-soi aux chocs enrichissants mais déstabilisants des cultures.
Qu'à cela ne tienne, je ne souhaite pas transformer leur façon d'être.
Je leur demande simplement de laisser les autres vivre comme ils l'entendent !

Mondialement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "tentative d'explication de la laïcité française à mes amis hors de l'Hexagone"

vendredi 13 mars 2015

My tailor writes a mail - Anglais international tous terrains

L'anglais est la lingua franca du business et du travail.

Malheureusement, converser et écrire, en milieu professionnel, dans la langue de Bill Gates ou de Lakshmi Mittal, est souvent, pour les francophones, un pénible parcours d'obstacles.

Notre bagage scolaire, pourtant péniblement acquis, résiste mal à la réalité de la globalisation.
Il est rare, au boulot, d'échanger avec un présentateur de la BBC.
Fréquemment, nous devons interagir avec des personnes dont l'accent, le vocabulaire et la grammaire, à l'instar des nôtres mais différemment, feraient perdre son flegme à Sa Très Gracieuse Majesté britannique.
Je vous propose de retrouver sur mon site kelibia.eu quelques astuces, expérimentées "on the field" par votre serviteur, pour mieux négocier les haies anglophones les plus hautes.

Ces petits dopants linguistiques hérisseront les défenseurs de la pureté du parler d'Oxford, mais permettent d'éviter de grosses bévues en contexte international.

Lien

mercredi 19 juin 2013

En pyjama dans la véranda du bungalow - Exercice de style franco-indien

La langue française, réceptacle quasi-universel, recèle quelques mots venus d’Inde, beaucoup d’origine tamoule, certains autres issus du sanskrit  La plupart de ces vocables ont transité par l’arabe, le portugais ou l’anglais avant d’atterrir dans le langage de Molière.
Afin de clôturer une longue et belle série, entamée il y a plus de deux ans, de déplacements professionnels au pays de Gandhi et de rendre hommage à mes hôtes, voici un court récit imaginaire reprenant l’essentiel du glossaire indo-français.

Désireux d’expérimenter le nirvana en ce bas monde et de ne plus être traité en paria, je quittais sans regret l’Europe aux anciens parapets et rejoignais en catamaran un atoll indien.

Délaissant ma chemise, je ne m’habillais que de châles et de pyjamas et passait le plus clair de mon temps dans la véranda d’un bungalow ombragé. Sirotant un punch frais et sucré et grignotant quelques biscuits au tapioca, je savourais les senteurs de patchouli et de vétiver de la jungle toute proche.

L'excès d’alcool troubla un peu ma vision, je crus apercevoir l'avatar d’un tank, ce n’était qu’une pagode construite par d’anciens coolies, en haut de laquelle sifflaient, menaçants, quelques anacondas. Me prenant pour un barde, voire pour un gourou, j'agitais un calicot pour tenter de mettre en fuite ces inquiétants serpents.

Furieux de mon imprudence, mes voisins me passèrent un savon, pardon un shampoing au camphre !
Pour faire cesser ce vigoureux traitement, je dus promettre d’aller m'inscrire à une séance de yoga afin de retrouver ma sérénité et d’améliorer mon karma.

Indiennement votre

अलविदा बंगलौर   ಗುಡ್ಬೈ ಬೆಂಗಳೂರು   Goodbye Bangalore

Références et compléments
- A part chemise, je n'ai pas cité dans cette chronique les mots indo-européens très anciens que l'on retrouve tant en sanskrit que dans les langues européennes. Je me suis limité aux vocables originaires de l'Inde et passés en français depuis la Renaissance.
- Dans la même veine linguistique : "du satin sur le divan du toubib : il y a de l'arabe dans le français" et "la braguette du druide : il reste du gaulois dans le français".
- Voir aussi les autres chroniques indiennes
- Principale source : article sur les mots français d'origine indienne du Wiktionnaire.

jeudi 27 décembre 2012

L'amant français - Notes de lecture franco-indiennes


Si l'Inde et la France vous intéressent, je vous recommande la lecture "l'amant français", un roman de Taslima Nasreen, écrivaine de Bangladesh exilée sous la pression des barbus à neurone court en Inde puis en Europe et aux USA.
Ce livre, écrit en bengali, raconte l'odyssée d'une indienne de Calcutta qui se marie avec un compatriote établi comme restaurateur à Paris et quitte sa ville natale pour s'établir au pays de Baudelaire.
Si le récit fait la part belle au thème de la condition des femmes, les différences culturelles entre la France et l'Inde sont aussi (d'abord ?) au cœur de chaque page.
Je vous en confie trois et vous laisse découvrir les autres dans l'ouvrage de Taslima Nasreen.

"L'amant français" dépeint la France à travers les yeux de Nila, une indienne du Bengale.
Elle a beaucoup de difficultés, lors de ses premiers contacts avec des français, de faire comprendre que l'Inde n'est pas exclusivement le pays de la pauvreté. Ainsi, son "amant français" (et moi aussi par la même occasion) découvre avec stupeur que Madhusudan Dutta, un des plus grands poètes bengalis, a vécu en région parisienne au XIXème siècle et y a composé une grande partie de son œuvre.

Les indiens sont les champions de la phonétique alors que les français adorent l'orthographe.
Dans "French Lover", version anglaise éditée en Inde, presque tous les noms propres français sont écorchés. Le personnage qui donne son titre au livre se prénomme "Benoir". Nila habite un moment près du parc "George Brassein" avant d'aller loger à "Sandani". Seuls Simone de Beauvoir et Versailles sont écrits à la française. Toutefois les jardins du château de Louis XIV restent le fruit du travail de "La Notre".
Malheureusement, l'édition française a aseptisé la graphie phonétique.

La politesse est très différente entre les deux pays.
L'héroïne passe pour mal polie et égoïste auprès de ses premières collègues françaises car elle ne dit pas assez souvent "merci".
A l'inverse, celles-ci tombent des nues quand Nila débarque à l'improviste vers 22 heures un jour de semaine.

En espérant avoir suscité l'envie de lire "l'amant français", franco-indianiquement votre.

Références et compléments
- Sur l'usage récurrent de la phonétique par les indiens, voir aussi les chroniques "Des noix et des rouleaux" et "Rosbif au curry".
- "L'amant français" de Taslima Nasreen a été édité en français par Stock mais est aujourd'hui épuisé. Il est toutefois possible de le trouver en furetant sur des sites de livres d'occasion.
En anglais, le livre est intitulé "French Lover' et est publié par Penguin.
- Pour découvrir la biographie et l'œuvre de Taslima Nasreen - aussi orthographiée Taslima Nasrin (!) - féministe, athée, écrivaine engagée et persécutée, les articles Wikipedia en français et en anglais sont de bons points d'entrée.
Taslima Nasreen / Nasrin est active sur Twitter sous l'alias @taslimanasreen
 

dimanche 25 novembre 2012

Des noix et des rouleaux au coeur de l'Inde

L'humanité est une espèce dure de la feuille. Quelles que soient nos origines, nous avons en commun de difficilement détecter les sons absents de notre langue maternelle, ce qui ne facilite pas l'apprentissage des idiomes dits étrangers.
A l'inverse, l'orthographe et, même, la grammaire, sont des spécialités françaises et britanniques. Plus on s'éloigne dans l'espace et dans le temps de Molière et Shakespeare, moins l'écriture juste est valorisée.
Quelques exemples glanés au cours d'une récente visite à Bangalore en Inde.

- Un collègue indien, cloué au lit par une vis dans le genou, m'a envoyé un sympathique  petit mail pour me souhaiter la bienvenue à Bangalore et regretter de ne pouvoir me rencontrer. Soucieux de montrer sa francophilie, le message débutait par "Bonojo", transcription phonétique de bonjour pour des oreilles habituées aux sonorités du kannada, la langue du Karnataka.

- Le buffet de desserts du restaurant de l'hôtel où j'ai séjourné proposait de succulents rouleaux au profit, des "profit rolls". Fort heureusement, cette gourmandise chocolatée n'était pas nappée de sauce financière.

- Bizarrement, j'ai découvert dans un document que nous proposions de voler des noix - "steal nuts" - pour améliorer le produit industriel sur lequel nous travaillons.  J'ai fini par comprendre qu'il s'agissait d'ajouter des écrous en acier, "steel nuts".

Phonétiquement votre

Références et compléments
- Les joies de la phonétique, des distorsions auditives et de l'orthographe ont été abordées plusieurs fois dans Humeurs Mondialisées.
. A propos de l'Inde, voir "Rosbif au curry".
. Au sujet de la Tunisie, voir "Un après-midi chez Marthe" et "Survie linguistique en Tunisie".

dimanche 27 mai 2012

Lettre ouverte à Manuel Valls

Mon cher Manuel

Tout d'abord, je te prie d'excuser le tutoiement mais, que veux-tu, j'adopte les us et coutumes de la police dite nationale que tu diriges depuis quelques semaines.

Ensuite, si je te dérange si tôt après ta prise de fonction, c'est pour éviter que tu prennes la place de Claude G., ton prédécesseur au ministère de l'intérieur, comme tête de turc favorite de ce blog.
Un type qui, à ton instar, s'habille en permanence comme s'il était le témoin de mariage de son meilleur pote ne devrait pas être foncièrement mauvais. Et puis, François Hollande a su faire montre de son sens aigu du calembour en choisissant comme responsable en chef des contredanses un dénommé Valls. Comment s'en plaindre ?
Toutefois, si tu souhaites sortir de ma ligne de mire, il va falloir que tu ailles sérieusement au charbon.

Je viens d'effectuer un déplacement professionnel en Inde. Samedi 26 mai, à mon retour à l'aéroport Charles de Gaulle de Roissy, j'ai pu constater que les pratiques de la police de l'air et des frontières n'avaient pas évolué depuis ton arrivée place Beauvau.

Dès notre sortie de l'avion, nous sommes attendus par des fonctionnaires de la PAF pour un contrôle surprise à la tête du client. Devant moi, le papy de plus de 70 ans devait avoir une sale tronche puisqu'il a été prié d'attendre qu'on daigne s'occuper de lui. Ma bobine casquettée et moustachue, beaucoup plus avenante il est vrai, est passée sans encombre.
Je m'étonne de cette vérification inopinée. Jusqu'ici, je croyais naïvement qu'il était impossible de quitter la zone internationale de l'aéroport sans passer par un guichet de police.
Si c'est bien le cas, quelle est l'utilité du comité d'accueil au pied de l'avion si ce n'est de diminuer le nombre de policiers présents au contrôle habituel et donc d'allonger les files d'attente.
Si, par contre, il y a des trous dans la raquette policière de Roissy, il serait peut-être urgent d'y remédier avec une organisation fiable plutôt que de mettre en place des bouche-trous aléatoires. Pour t'aider, mon cher Manuel, je peux te présenter d'excellents spécialistes des méthodes industrielles, du contrôle qualité et de la logistique.

Quelques minutes après, je suis en vue du poste de vérification des passeports. A l'heure d'arrivée de tous les long-courriers, seuls deux guichets sur une dizaine sont ouverts. Baptisée "tous passeports", une queue forte d'une bonne centaine de voyageurs y mène.
Une autre file étiquetée "Union Européenne" ne contenant que cinq ou six personnes conduit à des cabines fermées. Instruit par l'expérience kafkaïenne de mes passages précédents, je la choisis envers et contre tout.
Voyant que des passagers privilégiés étaient sur le point de commencer à attendre, le policier en faction a réexpédié un "tous passeports" sans ménagement dans sa file en lui criant "out". D'un geste autoritaire du doigt, il a sommé, un par un, les "Union Européenne" de se présenter devant son hygiaphone. Ce fonctionnaire, à l'uniforme taché et débraillé, n'a pas cru bon de répondre à mon salut pourtant courtois et s'est contenté d'un coup d'œil expéditif à mon passeport qu'il m'a rendu en grommelant.

Après un voyage aérien, le premier contact avec un pays s'effectue toujours avec les services de l'immigration.
Par exemple, à Bangalore ou à Mumbai en Inde, cette fonction est tenue par des fonctionnaires souriants et en civil. Une grande pancarte indique qu'il sont heureux de vous accueillir. Cette politesse n'exclut pas les contrôles très tatillons qu'ils exercent.
Mon cher Manuel, ton gouvernement s'est engagé dans le "redressement productif". Pour réussir ce louable objectif, la France a un besoin impératif des étrangers, que ce soit pour nos exportations ou pour notre tourisme. Aussi, il faudrait vraiment que tu profites de ton état de grâce auprès des pandores pour rappeler les basiques de l'accueil et de la politesse à la police de l'air et des frontières.
Pour ce faire, je t'incite à t'interroger sur ce que penserait Charles de Gaulle de l'image de la France que projette "ta" police dans l'aéroport qui porte son nom ...

Cosmopolitement votre

Références et compléments
- Sur le même thème, deux précédents chroniques : "Narita, Roissy, Carthage, même art martial" & "Lettre ouverte à Mr Claude G."

dimanche 18 mars 2012

La mondialisation ne date pas de la dernière mousson

C'est ainsi que nous avons ouvert ces mers,
Qu'aucune génération n'avait jamais ouvertes,
En vue des îles nouvelles et des espaces nouveaux
Que le généreux Henri avait découverts.
Extrait des Lusiades - chant V - Luís Vaz de Camões


Le monde est mondial depuis une magnifique lurette. Pour nous en convaincre, décrivons les réalités d'autrefois avec les mots d'aujourd'hui.

Au milieu du quinzième siècle, les portugais, sous l'impulsion du roi Henri le Navigateur, prirent d'assaut le marché des océans. En environ un siècle, ils obtinrent une sérieuse part de l'Afrique et de l'Amérique du Sud, créèrent des filiales en Inde et en Chine ainsi qu'une joint venture dans le sud du Japon.
Par la même occasion, le Portugal établit un commerce - un business model - florissant.
Leur croissance fut alimentée par un recours à la main d'œuvre locale, tant dans la sphère économique que dans le développement de l'empire. Les soldats portugais reçurent de fortes incitations pour s'établir dans les nouvelles colonies et engrosser les femmes dites indigènes.

Les vestiges de cette mondialisation lusitanienne sont omniprésents dans l'Etat de Goa sur la côte ouest de l'Inde.
Les noms de lieu et de famille sont portugais. L'hôtel où je viens de séjourner était situé dans la ville de Vasco da Gama, les réceptionnistes se nommaient Michel Gomes et Ana D'Souza et un porto local était gracieusement proposé.
Le vieux Goa rassemble une dizaine d'édifices chrétiens bâtis autour de 1600, dont trois immenses églises. Leur architecture très typée ressemble à s'y méprendre à celle d'églises de la même époque visitées au Brésil. L'affluence aux messes dominicales y est importante et déborde sur les parvis.
A plus de dix mille kilomètres de Lisbonne, les avancées militaires et marchandes du Portugal ont été accompagnées de la diffusion de sa culture de masse : langue portugaise, religion catholique et architecture baroque.

Cette conquête planétaire a été réalisée sous la houlette de managers exceptionnels, capitaines au long cours et jésuites, aux ambitions affirmées et aux objectifs démesurés. Le Portugal n'hésita pas à recruter les meilleurs talents. Il fit même appel à l'outsourcing. Ainsi Saint François Xavier, leur plus célèbre business developper en Orient, était basque. Ce cadre expatrié fit de nombreux passages au regional corporate headquarters de Goa. Il prospecta les Philippines et les îles Moluques. Il poussa même jusqu'à Oita au Japon où ses statues ornent encore les rues. Un malheureux et mortel accident du travail l'empêcha de prendre pied en Chine.
Comble de la passion professionnelle, même décédé, il continua de servir ses employeurs. Son exceptionnelle atteinte des objectifs lui valut une canonisation, sorte de promotion post-mortem.
Sa dépouille momifiée est toujours exposée à Goa où elle alimente la dévotion des clients, pardon, des fidèles.

Le Portugal a cessé d'être une économie leader depuis plus de trois cent ans. Il ne sut pas prendre la mesure de son expansion. Très vite, capitaux, technologies et ressources humaines cessèrent de se renouveler et signèrent l'arrêt de mort de cette globalisation catholico-commerçante.
Soudards, missionnaires, négociants et colons portugais se sont fort heureusement évaporés. Toutefois, un peu partout sur la planète, à l'instar de Goa, Oita et Embu, les traces culturelles du royaume de Lisbonne perdurent.
N'est-ce pas là l'essentiel ?

Obligeamment votre

Compléments et références
- Tous mes remerciements à Mahesh qui m'a fait découvrir Goa et à Jean dont la conversation stimulante a alimenté cette chronique.
- Les chroniques sur Oita au sud du Japon
- Mes photos des églises de Old Goa / Velha Goa
- Les églises et couvents de Old Goa / Velha Goa classés au Patrimoine Mondial de l'Humanité / World Heritage de l'UNESCO
- Quelques articles Wikipedia pour aller plus loin : Goa, histoire de Goa, Old Goa / Velha Goa, Saint François Xavier, Henri le Navigateur, Oita au sud Japon (article en anglais), Embu près de Sao Paulo au Brésil (article en anglais)
- Version originale en langue portugaise des vers cités en exergue extraits du poème épique Les Lusiades / Os Lusíadas de Luís Vaz de Camões :
Assim fomos abrindo aqueles mares,
Que geração alguma não abriu,
As novas ilhas vendo e os novos ares,
Que o generoso Henrique descobriu.

jeudi 8 mars 2012

Misère en Inde

Même après cinq voyages en un peu plus d'un an, il est impossible de s'habituer à l'écart abyssal de niveau de vie entre l'Inde et la France.

En déplacement professionnel au pays de Gandhi, salles de réunion climatisées, hôtels de luxe et focalisation sur le "business" ne suffisent pas à vous éviter le contact avec la misère absolue.
Dans les villes, des huttes discrètes sont érigées sur chaque terrain vague et, notamment à Mumbai, les trottoirs peuvent devenir des logements.
Hier, à Bangalore, devant l'usine, des travaux avaient lieu pour équiper "Electronics City" de fibres optiques afin que les entreprises disposent d'internet à haut débit. Parmi les dizaines de manœuvres, un adolescent de quinze ans creusait une tranchée avec un simple fer à béton. L'équiper d'une pelle et d'une pioche aurait probablement coûté beaucoup plus cher que son salaire.

Un ouvrier indien d'une entreprise de sous-traitance mécanique gagne, dans une grande ville, environ 90 euros par mois. Ce revenu mirobolant fait de lui un privilégié par rapport aux journaliers du secteur dit "informel" ou de l'agriculture.
Que les bons esprits économiques se rassurent, à ce prix là, ni impôts ni charges sociales ne sont exigés. Cela tombe d'ailleurs plutôt bien, car, à part des écoles à la pédagogie sommaire et une police corrompue, la majorité de la population ne bénéficie d'aucun service public ou protection sociale.

Toutefois la comparaison entre France et Inde n'est pas exempte de paradoxes.
Est-ce une conséquence du système hiérarchiques des castes, la patrie de Nehru ne semble avoir aucun problème pour étaler sa misère en tous lieux, y compris dans les zones huppées.
A l'inverse, la France, dont l'égalité figure pourtant dans la devise nationale, a un problème avec le bas de sa pyramide. Ils sont relégués dans des quartiers spécifiquement dédiés. Ils sont aussi mis à l'écart du langage officiel, les expressions "défavorisés", "rmistes" ou encore "populations fragiles" sont préférées à pauvres ou miséreux.

Indianiquement votre

jeudi 26 janvier 2012

Rosbif au curry : le charme de l'anglais en Inde

L'anglais en Inde diffère singulièrement de ses cousins d'Angleterre et d'Amérique.
La traduction mot à mot permet de goûter à la saveur de ce rosbif très particulier. La précision dans les chiffres et l'orthographe phonétique ne sont pas les moindres de ses charmes.

Voici quelques exemples issus de situations professionnelles.
Pour avoir une idée de la langue parlée, prononcez les phrases indiennes avec l'accent du Québec.

Français : Il y a trois semaines, je vous ai invité à une réunion fin février.
Rosbif au curry : Une unvitation a été mise à l'eau vingt-deux jours en arrièrre pour une réunnion fin fev.

Français : Nous utilisons une huitaine de vis et une dizaine de rivets.
Rosbif au curry : Nou uttilisons des visses, au nombre de neuf, et des rivaits, au nombre de dix.

Français : Vous trouverez dans les mails ci-dessous les informations concernant le changement de couleur. Il aura lieu lors du démarrage de la production.
Rosbif au curry : Sil vou plait, trouvez dans les mails tracées si-dessou la communication sur le chengemant de couleure. Ce changemant de couleur as besoin d'être unplémenté le long du démmarage de production.

Français : A partir des informations fournies par chacun d'entre vous, j'ai rédigé une synthèse envoyée au fournisseur. J'ai aussi réservé l'espace nécessaire dans l'entrepôt.
Rosbif au curry : Aprais havoir colecthé les details de vous tous, la maime chose a été consolidé et poussait o vendeur. Une fois cela fée, l'allotement de l'espace de l'entrepau a u lieue.

Français : La pièce existante en cuivre doit être adaptée pour pouvoir utiliser de l'aluminium.
Rosbif au curry : L'existant Cu doit être adopté pour AL.

Français : Chaque pièce doit être mesurée.
Rosbif au curry : Chak et toute piaisses seras mezurait.

En guise de conclusion, je rappelle aux pédagogues de la langue de Shakespeare de nos collèges et lycées français que le nombre d'anglophones en Inde excède celui de la Grande Bretagne et des Etats-Unis d'Amérique réunis …

Anglo-indianiquement votre

Compléments
D'après le Trésor de la Langue Française Informatisé, plusieurs graphies de rosbif sont possibles en français : la franchouillarde rosbif, la semi-britannique rosbeef, la totalement rosbif roast-beef et même la semi-francisée rostbeef.
A en croire cette référence de la langue française, l'emploi du mot rosbif pour désigner les anglais provient "des habitudes culinaires du peuple anglais".

dimanche 22 janvier 2012

Sur la route de Nashik

Nashik est une charmante bourgade indienne d'environ un million et demi d'habitants située à deux cent kilomètres à l'Est de Mumbai.
"L'express road" qui relie les deux cités méritait bien une chanson, d'autant que les quatre heures de trajet laissent le temps de l'écrire.
La voici, d'après "La route de Memphis" d'Eddy Mitchell.


Je lisais mes SMS
Dans la voiture qui cahotait
Sur la route de Nashik
Sur la route de Nashik

Et les klaxons hululaient
Sans s’arrêter, sans s’arrêter
Sur la route de Nashik
Sur la route de Nashik

Je viens vers toi
Tu m’attends en sari orange
L’amour mahrati
Ressemble un peu à Diwali

Sur le siège avant, le chauffeur
Klaxonnait gaiement en regardant l'heure
Sur la route de Nashik
Sur la route de Nashik

A la place du mort, un collègue
Me jetait un regard un peu fou
Sur la route de Nashik
Sur la route de Nashik

Je viens vers toi dans un tuktuk noir et jaune
En pyjama un peu élimé aux manches
Je peux savourer l’air conditionné
Et la poussière de la chaussée
Sur la route de Nashik
Sur la route de Nashik

Pour une fois que je suis en Inde
Vers chez toi je ne fais que passer
Sur la route de Nashik
Sur la route de Nashik

jeudi 5 janvier 2012

Glaciation 2 - chronique franco-indienne


Quelques semaines en arrière, je brocardais l'amour infini de l'Inde pour la climatisation qui avait eu raison de ma voix lors de mon dernier séjour au pays de Gandhi.
Alors que la température extérieure oscillait entre 18°C et 25°C, les torrents d'air glacé fournis par la ventilation maintenaient les bureaux nettement en dessous de 20°C.
Malgré ces conditions frisquettes, mes camarades indiens, plus robustes que moi sur le plan ORL, n'étaient alors vêtus que de chemises légères à manches courtes.

En ce moment, des collègues de Bangalore sont en visite à Grenoble.
S'il est indéniable que l'ambiance du Dauphiné en hiver est nettement plus fraiche que celle du Karnataka, nos locaux ont le bon goût d'être chauffés à environ 20°C.
Toutefois, nos amis indiens peinent à y survivre. Seuls des anoraks  et des pulls très épais portés en permanence leur permettent de surmonter le froid glacial régnant dans nos bureaux et hôtels polaires.

La frilosité a ses raisons que le thermomètre ne connait point.

Climatiquement votre

Compléments
- Merci à Laurent qui m'a soufflé le thème de cette chronique.

jeudi 24 novembre 2011

Visions politiques - Chronique franco-tunisienne


Depuis le 5 octobre 2011, un quart de l'humanité est orphelin d'un représentant emblématique. L'arrivée imminente de Moncef Marzouki à la présidence de la république tunisienne devrait combler ce trou béant.

Le décès de Steve Jobs a laissé les myopes de la planète sans icône. L'ami des pommes avait choisi d'arborer fièrement ses lunettes, sans chercher à les escamoter à l'aide de lentilles ou de chirurgie au laser. Il avait ainsi revitalisé le poste d'ambassadeur universel des binoclards, vacant depuis l'assassinat en 1948 du Mahatma Gandhi.

Cette fois, le délai de carence aura duré moins de deux mois. Les accords politiques, fruits des élections en Tunisie, ont amené sur le devant de la scène une vraie taupe, fière de l'être. La grande tribu des bigleux a retrouvé un leader à sa mesure. Pour preuve, le symbole de son parti sur les bulletins électoraux était une paire de bésicles.

La France, régulièrement en retard sur la Tunisie en matière de parité politique, a décidé de reprendre à l'antique Carthage le poste tant convoité de miro en chef. Les écologistes ont donc propulsé dans l'arène électorale Eva Joly, la verte aux lunettes rouges. Depuis une semaine, elle se démène pour faire le buzz, espérant éclipser la prochaine accession à la magistrature suprème du champion tunisien des lorgnons.

Entre Moncef et Eva, je dois avouer que mon coeur balance. Les lunettes du premier me rappellent mes années 70 de lycéen myope alors que l'ex-dauphine de Miss Norvège, en jouant délibérément sur le contraste de couleurs, ravit les daltoniens.
Pour résoudre mon dilemme, je n'entrevois comme issue pour nos deux héros des miros que leur mariage et leur installation en Sardaigne, à mi-chemin de la Tunisie et de la France ...

Bigleusement votre

mercredi 9 novembre 2011

Le silence me joue des tours - Chronique indienne


L'Inde est le pays des sagesses et spiritualités ancestrales.
L'hindouisme est la plus vieille religion du monde, elle est attestée depuis au moins huit mille ans.
Le judaïsme, avec ses quatre mille ans d’existence, manque encore un peu de maturité. Vus d'ici, le christianisme et l'Islam sont vraiment de jeunes freluquets.
D'ailleurs, forte de son ancienneté sur le marché du spirituel, l'hindouisme est une des rares religions à ne pas se proclamer universelle et à admettre l'existence, à ses côtés, d'autres croyances.

Bref, tout cela, pour vous annoncer que, depuis hier, j'ai cessé de médire et me suis mis, derechef, à méditer.
Je ne sais pas si j'ai trouvé la voie mais, une chose est sure, j'ai perdu la voix.
La climatisation omniprésente a eu raison de mes cordes vocales. Comme je ne peux plus causer, je pense … en tous les cas, j'essaie !

Cette situation a beaucoup d'aspects positifs. Je ne fais plus aucune faute grammaire ou de prononciation en anglais et tous mes collègues comprennent désormais ce que je dis. La Pentecôte a du passer par Bangalore car je suis capable de m'exprimer de façon identique dans tous les idiomes de la terre.

Toutefois, pour surmonter mon déficit d'expression orale, j'envisage très sérieusement de me mettre au langage des sourds-muets, notamment demain où je dois participer à une conférence téléphonique professionnellement importante. D'un coté de la ligne, l'effet apaisant doit être certain et, de l'autre, quelques sourires devraient apparaître.

Du fond de mon silence méditatif, je me pose une question existentielle : un gaucher baragouinant en langue des signes ne serait-il pas l'avatar d'un indien parlant le français comme une vache sacrée espagnole ?

Méditativement votre

Compléments
Je vous recommande l'article Wikipedia sur les "tours du silence" ainsi que le roman La Morte du Bombay Express de Sarah Dars qui évoquent ces bizarres monuments religieux et funéraires des parsis, version indienne des zoroastriens, une des cinquante et quelques religions recensées au pays de Gandhi.

lundi 7 novembre 2011

Austère 7 novembre - Chronique tuniso-indienne


Dans la Tunisie pré-révolutionnaire, le 7 novembre était le jour où un agent publicitaire pour teintures capillaires, s'auto-congratulait en célébrant l’anniversaire du coup d'état médical l’ayant porté au pouvoir.

Pour ce premier 7 novembre sans Ben Ali, j'ai délibérément choisi d'aller dans un pays où cette date est restée fériée envers et contre tout.
Aujourd'hui, à Bangalore, c'était, simultanément, le Bakrid musulman et une fête hindoue dont je n’ai pas capté le nom. Bakrid est la version locale de l'Aïd El Kebir. Les chèvres et boucs qui remplacent les moutons ne supportant pas la mousson ont été sacrifiés hier, mais la grande fiesta avait lieu aujourd'hui, ne me demandez pas pourquoi.

La journée a commencé avec mon PC sonnant à tue-tête pour m'annoncer la "fête nationale tunisienne". Le programmeur du calendrier a manifestement survécu au bug de l'an 2000 mais pas à celui du 14 janvier.

Ensuite, pour des raisons trop longues à expliquer, il m'a fallu aller travailler. Cela n’a pas été trop désagréable. La climatisation glaciaire et les néons - plus religieux qu'on ne croit - avaient décidés de s’accorder une journée de répit.
Nous n’étions que 7 (tiens donc !) dans l’immense "open space" accueillant habituellement une centaine de personnes. Seul un poster grandeur nature du PDG, nous surveillait en permanence. Vers quatre heures, satisfaits de notre œuvre, nous avons décidé de plier les gaules.

Rentré à l'hôtel, au bord de la piscine, sous un ciel limpide, bercé par une petite brise, je me suis connecté à France Info, histoire d’avoir des nouvelles fraiches du pays natal.
Décalage horaire oblige, j'ai eu le droit, en direct, à la belle voix grave de l'austère François Fillon égrenant les nouvelles mesures de rigueur budgétaire visant à conserver notre triple A. Quand il a annoncé le gel de son salaire, j'ai failli tomber du transat tellement c'était émouvant.

Pour me remettre de ces intenses émotions, j'ai interrompu la radio et écouté de la musique grecque. Puis, je suis allé manger une pizza …

Rigoureusement votre

dimanche 6 novembre 2011

Le monde est mondial - Chronique indienne


Hier, j’ai testé, avec un collègue indien, la mondialisation dans les zones commerciales de Bangalore.

Notre première destination a été "Old Bangalore", lacis inextricable de ruelles et d'échoppes grouillant de monde et de véhicules, le tout baignant dans une odeur de deux temps mal réglé et un boucan assourdissant. A coté de cela, le souk du lundi dans notre rue de Kelibia, c'est la Suède ou la Suisse !
A l'exclusion des produits frais, tout s'y vend : sarees, soutien-gorge, peluches, cadres, plomberie, ventilateurs,  purificateurs d’eau, téléphones, lampes, petit mobilier …
Sans oublier, bien sur, des disjoncteurs ! Nous sommes entrés dans plusieurs boutiques étroites où des vendeurs nous ont déballé les modèles en vogue. Parmi eux, des produits, désormais fabriqués au pays de Gandhi, dont j’avais participé au développement il y a presque vingt ans. A l’époque, l'Inde était une économie fermée, quasi-soviétique, symbole de pauvreté et de malnutrition. Il était alors inconcevable d’imaginer que ces gammes, conçues pour l'Europe de l'Ouest, pourraient, un jour, y être commercialisées.

Ensuite, nous nous sommes rendus dans un des nombreux "shopping malls"  (centre commerciaux) qui poussent comme des champignons (rien qu'hier, j'en ai compté huit différents). La moitié des marques présentes sont internationales et les boutiques sont les mêmes qu'à Grenoble, Sao Paulo ou Madrid.
La clientèle est nettement moins diverse qu'à "Old Bangalore". Seule, la "classe moyenne" vient communier en masse dans ces temples de la consommation. Ces nouveaux croyants sont chaque jour plus nombreux à venir gouter la modernité avec avidité. Ainsi, à plusieurs reprises, j'ai observé des familles hésiter au bord des escalators qu'ils empruntaient manifestement pour la première fois. Des petits gamins endimanchés, ravis de ces nouvelles sensations, enchainaient à un rythme infernal montées et descentes mécanisées, pendant que leurs grands-parents les couvaient des yeux avec un large sourire.

Nous avons terminé dans un "restaurant français" où des familles indiennes dégustaient spaghetti bolognese, mezze, pizza margharita, goulash, camembert et baklawas.
Ayant vu sur le "feedback form" (formulaire de satisfaction quasi-systématique dans les restaurants où je suis allé) que j'étais français, le patron nous a rattrapé alors que nous sortions pour me dire personnellement et dans la langue de Molière "au revoir et merci".

Franco-globalement votre

samedi 5 novembre 2011

Glaciation - Chronique indienne


Même si la semaine dernière, l'Inde célébrait Diwali, la fête de la lumière, l'éclairage est franchement intermittent.
Le déficit d'électricité est colossal. La demande de consommation excéderait de 20% les capacités nationales de production. Résultat des courses, les différents quartiers de la ville sont successivement et sans préavis mis dans le noir par l'EDF locale.
Pour le pékin moyen, pardon le bangalore inférieur, les conséquences sont désastreuses : lumière, TV et réfrigérateur s'arrêtent des heures entières. Pour les gens un peu aisés et les entreprises, ce n'est guère un problème. Des myriades, pardon des lakhs, de groupes électrogènes rétablissent le courant après quelques secondes de coupure.

Etrangement, à Bangalore ou à Mumbai, où l’activité tertiaire prédomine, l'essentiel de l’électricité sert à conditionner l'air.
Quand la température extérieure excède 35°C, cela se comprend, même si il est permis de douter que refroidir les lieux de vie à 20°C soit optimal.
Actuellement, le mercure oscille entre 18°C et 25°C. Pourtant dans les bureaux, à l'hôtel et dans les taxis, la climatisation reste à bloc. En conséquence, depuis une semaine, je me les gèle ! J'enfile un pull, non pas en sortant, mais en entrant dans les bâtiments. A ce rythme, on pourra bientôt croiser des eskimos sous les tropiques.
A l'inverse de votre serviteur, mes collègues semblent satisfaits de travailler dans un entrepôt frigorifique et de passer l’année enrhumés et enroués.
Dans leurs bureaux, des posters enjoignent d’économiser l’énergie, aussi chacun éteint assidument les néons inutiles, pourtant très frugaux en électricité. Dans le même temps, des mètres cube d’air polaire, voraces en kilowattheures, vous coulent sur la tête.

Face à cette gabegie d’électrons et de carbone, seule ma diplomatie légendaire m'interdit, entre deux frissons et en utilisant l’acronyme anglais, de dire à mes amis indiens que pour avoir plus de lumière(s), il suffit d’avoir moins l’aircon.

Frigorifiquement votre

jeudi 3 novembre 2011

Back to sixties - Chronique indienne


Si vous souhaitez revivre ou connaître l'ambiance en France dans les années 60, venez en Inde.
Bien sur, le climat y est plus chaud et les habitants plus bronzés, mais, à part ces menus détails, tout est pareil.

La croissance bat son plein et change la vie quotidienne.
Ainsi, un de mes collègues vient de s'offrir une nouvelle voiture, version moderne et coréenne de la regrettée Renault 16 de naguère. Cette Hyundai I-20 a la même allure générale quoique moins taillée à la serpe, la même cible : les familles de 4 personnes et la même praticité avec hayon arrière & banquette rabattable. Le tout est accommodé d'une touche de technologie du meilleur aloi avec une dent bleue permettant de téléphoner en toute impunité en faisant semblant de causer à son volant.
Bref, ce soir sur le parking, mon pote avait la même fierté que mon père venant m'attendre à la sortie de l'école avec sa R16 neuve.
Les collègues ingénieurs et techniciens indiens accumulent les premières : moto, voiture, maison, electro-menager, tourisme, voyages en avion ... Le tout financé avec des taux d'intérêts inférieurs à l'inflation, signes d'un indéniable optimisme collectif.

À propos de haillons, me direz vous, l'Inde est quand même couverte de bidonvilles. C'est exact. Mais il faut toutefois avoir en mémoire que la France des trente glorieuses aussi. Le regretté abbé Pierre en avait fait son fond de commerce, ici des vénérables de tout poil assurent le business de la charité. Ainsi derrière les bureaux de mes collègues trône un superbe hôpital à l'architecture moghole et aux techniques dernier cri, financé par la fondation de Sri Sathya Sai, guru pileux de son état comme notre sympathique ecclésiastique.

Même l'idéologie, pardon la pratique, du Congrès, parti politique au pouvoir, ressemble à celle du gaullisme : une bonne dose de nationalisme, une grosse louche d'étatisme colbertien, un positionnement attrape-tout et quelques sympathiques scandales de corruption.
Par contre difficile de confondre la fluette Sonia Gandhi avec feu notre Général.
Autre différence, en Inde, par deux fois, les attentats du Petit Clamart ont funestement réussi.

Congressiquement votre

mercredi 2 novembre 2011

Régime sans zèle - Chronique aérienne


Effectuer un vol entre la France et l'Inde un jour de "grève d'une certaine catégorie de personnel" d'Air France est une expérience savoureuse. Jugez sur pièces.

Alors que le mouvement social a forcé la compagnie à réduire le nombre de passagers par vol pour faire face à la pénurie de stewards et d'hôtesses, des policiers escortent à l'embarquement deux indiens manifestement expulsés. Il est rassurant de se savoir dirigé par un gouvernement ayant un sens aigu des priorités.

Bien que l'avion soit au tiers vide, le personnel en grève au travail (à moins que cela ne soit le contraire) ne peut ou ne veut servir de repas chauds ou végétariens. Résultat des courses, la moitié des passagers mange du pain alors que le reste des voyageurs se délecte d'un poulet figé accompagné d'une glace parfum pâtes au pesto.
Toutefois, les provisions de pain ne manquent pas. Les hôtesses ont proposé trois fois du rab. J'aurais du emporter un doggy bag.

Fort heureusement, l'approvisionnement en boissons est normal. J'ai pu savourer une bière au dessus de Pilsen, ville tchèque qui a légué ce breuvage au patrimoine mondial de l'humanité, tout en me faisant brasser par des turbulences.
Par contre, le café semble aussi en grève du zèle. Au rythme où il met à arriver, je suis presque certain qu'il est décaféiné.

Des photos satellite agrémentent la carte du vol. Leurs légendes sont décoiffantes : Vallée du Rhône est traduite en anglais par Rhine Valley. La convergence franco-allemande souhaitée par Nicolas Sarkozy semble être déjà entrée dans les faits. La Luftwaffe, pardon la Lufthansa, va-t-elle racheter la descendante de l'Aéropostale ? L'aéroport de Lyon Saint-Exupéry va-t-il être rebaptisé Kronprinz Flughafen ?

Alors que l'appareil approche de l'Iran et que sur la carte s'affichent Damas, Téhéran, Bahreïn, comment ne pas penser à ces printemps perdurant dans une phase hivernale ? Le zèle répressif des dictatures arabes et perses rend bien dérisoire le syndical manque d'envie du "personnel naviguant cabine".

Avioniquement votre ...

vendredi 13 mai 2011

Orientations successives - Chronique indienne


Beaucoup d'indiens semblent posséder un trait culturel commun. Pour réaliser une tâche complexe, ils préfèrent se lancer dans l'action, procéder par petites étapes et effectuer des réajustements successifs plutôt que de commencer par établir un plan de bataille général et ensuite essayer de s'y tenir.
Cette façon d'agir qui permet une adaptation rapide aux imprévus et aux environnements changeants est très efficace en développement de logiciels ou de produits nouveaux.

Toutefois, pour les trajets en voiture, les résultats peuvent être surprenants.
Apparemment, tout chauffeur de taxi qui se respecte se lance vers ce qu'il espère être la direction générale de la destination finale et avise en cours de route sans véritablement d'états d'âme.

Ainsi, cette semaine, en fin de journée, mon collègue et moi devions aller de notre lieu de travail, d'abord à notre hôtel déposer nos affaires, puis chez des amis qui nous avaient invité à diner.
Le taxiste bangalorien avait lui un autre agenda. Il souhaitait d'abord se rendre dans une station service. Pour ce faire, nous partîmes à quatre vingt dix degrés de la direction de l'hôtel, sans autre explication que "Oil India". Arrivé aux pompes, notre conducteur ne fit pas remplir son réservoir mais récupéra quelques billets de banque des mains d'un passant.

En repartant de cet étonnant ravitaillement, un second virage à angle droit nous fit carrément tourner le dos à l'hôtel.
Une amorce de discussion tourna court car notre panoplie linguistique (français, anglais, basque) s'avéra peu utile pour dialoguer en kannada ou en hindhi.
J'appelais alors notre ami par téléphone pour qu'il reprogramme à distance le chauffeur. Notre conducteur, ne connaissant pas notre hôtel, avait pris sur lui de shunter cette étape.
A force de discussions, il finit par capter que nous avions un arrêt à effectuer avant de traverser toute la ville et que notre hôtel était situé à environ deux kilomètres d'un restaurant où il savait se rendre.
En s'approchant de l'hôtel, il voulut piquer droit sur le restaurant, ce qui nécessita une nouvelle reprogrammation. Tel Jean-Luc Mélenchon, je lui criais "left, left, left, left !" jusqu'à ce qu'il se décide à effectuer une acrobatique arabesque au milieu d'un carrefour bondé.
Après nous être changé, nous réussîmes, quelque temps plus tard, à rejoindre nos amis, après seulement deux autres réorientations téléphoniques.

Une petite précision pour conclure : Bangalore est la capitale mondiale du logiciel et la plupart des GPS y sont programmés …

Je me reconfigure en mode gaulois tout en restant indianiquement votre …

Compléments lexicaux et linguistiques
- Oil India, littéralement Huile Indienne, première marque de carburant en Inde.
- Le kannada est la langue couramment parlée dans l'état indien du Karnataka dont la capitale est Bangalore.
- L'hindi est la langue nationale indienne, dérivée du sanscrit et assez proche du mahrati, la langue parlé autour de Mumbai / Bombay.
- Left est le terme anglais pour gauche.

jeudi 12 mai 2011

Six fois six trente-sept - Chronique indienne


Si la majorité de la planète se passionne pour le football, le sous-continent indien ne jure que par le cricket. Lors de la récente coupe du monde, entre février et avril de cette année, Bangladesh, Pakistan, Sri Lanka et Inde ont concouru pour les meilleures places.

Dimanche dernier, invité par des collègues, j'ai assisté à un match de l'IPL - India Premier League, équivalent cricketologique de la Ligue des Champions - entre l'équipe de Bangalore et celle de Calcutta.
Le cricket résiste par bien des aspects à la logique cartésienne. Aussi, je vais tenter de vous le décrire mais certainement pas de vous l'expliquer.

Comme au football, deux équipes de onze joueurs s'affrontent en deux manches successives. Toutefois, le terrain est circulaire.
Une des équipes aligne la totalité de son effectif mais l'autre n'envoie sur le terrain que deux représentants munis de jambières, d'un casque et d'une batte.

Ce jeu est en fait un hybride du hockey et du handball.
Le handball est pratiqué par l'équipe dont les onze joueurs sont sur le terrain : un tireur de penalties et dix gardiens de buts.
Les deux joueurs casqués tentent avec leurs battes de repousser avec leur crosse les penalties qui leur sont adressés, à l'instar des hockeyeurs.
Lorsque la balle part loin, un des dix goals essaie de la récupérer avant qu'elle ne sorte. Parfois, les deux batteurs, après avoir dégagé leur camp, courent un peu, probablement pour rester chauds, en dépit des trente-cinq degrés à l'ombre.
Le meilleur moyen de marquer des points est d'envoyer la balle en touche.
Quatre points, pardon quatre runs, sont marqués lorsque la touche est indirecte et six si elle est directe.
Faire un "six" est l'équivalent de l'essai transformé au rugby (qui rappelons-le vaut sept points).
Deux cages microscopiques, instables et sans filet situées derrière les batteurs complètent le dispositif.
Si le tireur de penalties ou un  gardien de but réussit un poteau et bousille la cage, la clameur du stade devient intense, bien que l'impact sur le score ne soit pas évident.

Chacun des onze joueurs présents est, tour à tour, tireur de penalties. Il shoote six fois d'affilée. Cette série de lancers s'appelle un over.
Mes collègues m'ont expliqué que, par over, un maximum de trente-six runs est possible : six tirs pouvant chacun faire l'objet d'un "six" (soit en rosbif au curry "six sixes"). Une telle succession est exceptionnelle en compétition de haut niveau.
Pourtant, ce dimanche 8 mai 2011, au stade Chinnaswamy de Bangalore, Chris Gayle, joueur caribéen de l'équipe de Bangalore, a réussi trente-sept runs en un seul over. Il a systématiquement balancé la balle dans les tribunes à grands coups de batte et le public était proche de la transe.
A en croire le journal le lendemain, il s'agit de la seconde meilleure performance de l'histoire du cricket. En 1998, un obscur anglais du Surrey a atteint trente-huit runs en un over.

Comment ces types ont-ils franchi le mur apparemment fatidique des trente-six runs par over, je n'en sais strictement rien. Un sport inventé par les britanniques et adopté par les indiens ne peut révéler sa substantifique moelle en une seule après-midi …

Cricketiquement votre …