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dimanche 25 septembre 2016

J'ai testé l'indemnisation en ligne des retards d'avion

L'été dernier, le vol ramenant au bercail un membre de ma famille, à l'issue de vacances méritées, s'est posé avec 5H45 de retard.
J'en ai profité pour essayer un service internet de dédommagement des passagers.



Les ailes protectrices de l’Europe

Depuis 2004, l'Union Européenne impose aux transporteurs aériens d'indemniser leurs clients victimes d'annulation de vol, de refus d'embarquement ou de retard conséquent.

J'en profite pour relever que l'Europe - que nous adorons vilipender - a de nombreuses conséquences positives dans notre quotidien.
Ainsi, cette réglementation favorable aux consommateurs est une initiative bruxelloise pour répondre à l'incapacité de chaque état à peser face aux géants de l'aviation.

Des compagnies aériennes tous aérofreins dehors

Pour des raisons compréhensibles à défaut d'être morales, les transporteurs ont fait preuve d'un enthousiasme limité dans l'application spontanée des lois européennes.
Absences de réponse et trainages de pieds ont souvent été opposés aux passagers demandant un dédommagement.

Le combat des pots de terre contre les avions en fer était mal engagé.

Des e-juristes prennent leur envol

Toutefois, un peu partout en Europe, des startups ont été créées pour proposer, en ligne, assistance juridique et collecte d'indemnisation aux passagers floués.

Ces entreprises, qui font commerce de la défense des consommateurs, n'hésitent pas à aller au tribunal à chaque fois qu'une compagnie aérienne refuse d'appliquer la législation.
Ainsi, petit à petit, elles gagnent en crédibilité auprès du public mais aussi dissuadent les manœuvres dilatoires.

La plupart de ces services internet ne demandent aucun frais préalable à leurs clients car ils se financent par une commission sur l'indemnité obtenue.

Essai transformé

J'ai donc fait appel à Flightright, entreprise berlinoise qui, d'après les gazettes et Google réunis, serait le leader dans son domaine.

En quelques clics, j'ai fourni sur le web mon identité, les paramètres du voyage retardé et mes coordonnées bancaires.
J'ai ensuite reçu, au fil des jours, quelques mails décrivant les étapes de la procédure suivie.

Au final, six semaines plus tard, Flightright a conservé 25% de l'indemnité reçue de la compagnie aérienne et m'a versé 175 €, légèrement plus que le coût du billet d'avion.

Vu la simplicité et l'efficacité de ce service de dédommagement en ligne, je les réutiliserai si je subis, à nouveau, une annulation ou un fort retard lors d'un voyage aérien.

Vivement la suite !

Pour conclure, je lance un appel simultané à Bruxelles et aux dirigeants de Flightright pour qu'ils étendent, respectivement, leur législation et leurs services aux trains et aux autoroutes.

Pourquoi ne pas être sérieusement indemnisé quand un train régional affiche une heure de retard pour un trajet d'une heure ?
Pourquoi payer le péage plein tarif lorsqu'une autoroute est totalement bouchée ou couverte de travaux ?

E-consumériquement votre

Références et compléments
Les lecteurs intéressés peuvent fureter sur le site de Flightright.
Pour lever toute ambiguïté, je précise que mon seul lien avec Flightright est l'indemnisation relatée dans cette chronique.
Avant août 2016, j'ignorais l'existence de cette entreprise.

Voir aussi le texte intégral et parfaitement soporifique du règlement européen CE 261/2004 "établissant des règles communes en matière d'indemnisation et d'assistance des passagers en cas de refus d'embarquement et d'annulation ou de retard important d'un vol".

Comme à l'accoutumée, si des politiques européens, des responsables de Flightright ou encore ceux des compagnies aériennes, ferroviaires et autoroutières souhaitent réagir à ce billet, les colonnes du blog leur sont ouvertes, de préférence sous forme d'une interview.

L'image qui montre le trafic aérien au dessus de l'Europe le dimanche 25 septembre à 10H20 provient du site flightradar24.com.

samedi 20 février 2016

Les Trains Express Régionaux étaient bien pires sous Napoléon III

​Aux dires de beaucoup de leurs passagers, les Trains Express Régionaux de Rhône-Alpes - plaisamment acronymisés TER - sont un modèle de service déplorable et d'irrégularité.

Toutefois un coup d'œil vers le passé permet de relativiser quelque peu ...


Le numéro du dimanche 12 mai 1867 du journal "Le Dauphiné - revue littéraire et artistique - courrier des eaux thermales de la région" nous informe en dernière page des horaires et tarifs de train entre Grenoble et Lyon.

Un train de sénateur

Relier par le rail la capitale des Alpes à celle des Gaules grâce à une locomotive à vapeur émettant des doses conséquentes de CO2 et de particules demandait alors près de 4.5 heures.

Aujourd'hui, lorsque la voie est libre de conflits sociaux et d'incidents, 80 minutes suffisent à des trains électriques décarbonés, presque exclusivement nucléaires et hydrauliques.

Sous le second empire, il n'y avait que 4 départs depuis la gare de Grenoble : 6H00, 10H05, 15H42 et 17H45.
Désormais, pas moins de 30 circulations ferroviaires quotidiennes sont assurées.



Des tarifs prohibitifs

Vers 1867, un ouvrier était rémunéré 2 francs pour une journée de travail de 10 heures qui se répétait 6 fois par semaine.
Il va sans dire que les charges sociales et l'impôt sur le revenu étaient inexistants et qu'ainsi ce salaire était vraiment "net net".

Le ticket de troisième classe coûtait 7.45 francs, c'est à dire 37 heures de labeur, presque 4 jours !
Pas étonnant qu'avec de tels prix, le départ des habitants des Alpes vers Paris - comme le fit mon arrière-arrière-grand-mère - prenaient des allures d'émigration définitive.

La première classe était le refuge des riches. Les tarifs doublés éloignaient efficacement les prolétaires des banquettes en velours.

En 2016, le billet de seconde classe de TER sans aucune réduction ou abonnement vaut 22.5 €, c'est à dire 2.3 heures de SMIC, 16 fois moins que sous Napoléon III.

Les nouveaux bus impulsés par Emmanuel Macron, le sémillant ministre français de l'économie, font encore mieux. La plupart de leurs billets sont à 9 €, juste en dessous de l'heure de travail ouvrier.
Une économie d'un facteur 40 par rapport aux débuts du chemin de fer.

Empiriquement votre

Références et compléments
Voir aussi la chronique "un destin français : Françoise Arbenne-Reinier migrante" ainsi que d'autres billets sur l'évolution des prix au fil du temps :

Merci à Roland qui a dégotté la collection complète du journal Le Dauphiné de 1867.

L'idée d'étalonner les prix dans la longue durée avec les temps salariaux provient du livre de Jean Fourastié et Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

samedi 13 février 2016

Un porte-conteneurs est-il plus écologique qu'une Twingo ?

​Porte-conteneurs géants, début de construction de l'autoroute de la soie pour relier Chine et Europe, projet de tunnel sous le détroit de Béring...
Les transports internationaux sont en effervescence.


Au delà des considérations géopolitiques et des défis techniques que soulèvent ces nouveautés, j'ai souhaité aborder l'aspect énergétique et écologique.

Les porte-conteneurs, mastodontes frugaux

Ces navires démesurés impressionnent par leur gigantisme.
Les plus récents, longs de 400 mètres et armés par moins de 20 personnes, emportent 18 000 conteneurs, c'est à dire, grosso modo, l'équivalent de 9 000 camions semi-remorque.
Ils effectuent les 20 000 km de traversée entre la Chine et l'Europe en une grosse trentaine de jours.

Porte-conteneurs géant Bougainville aux environs de Hambourg (photo Wikimedia Commons)
Le passage à la pompe d'un tel rafiot réjouit les émirs pétroliers.
Pour aller de Shenzhen au Havre, la consommation s'élève à pas moins de 4.5 millions de litres de fuel, soit 100 000 pleins de ma Twingo diesel.
Chaque voyage absorbe l'énergie dépensée annuellement par 1 500 français.

Toutefois, ces chiffres astronomiques masquent une grande efficacité.
Transbahuter 100 kg au sein d'un conteneur entre le pays de Confucius et celui de Descartes ne demande qu'un peu plus de 4 kg de CO2.
Autant que pour les véhiculer en camion sur 1 500 km.

Tout est dans l'effet d'échelle, le transport de marchandises équivalentes par péniche requiert 6 fois plus de combustible.

Pour être complet, il convient de préciser que si les porte-conteneurs sont économes en carbone, ils recrachent des volumes importants de dioxyde de soufre et de particules fines car le fuel lourd qu'ils emploient est une immonde cochonnerie plus proche du goudron que du carburant pour Formule 1.
La photo ci-dessus montre d'ailleurs un intéressant panache de fumée noirâtre.

Les poids-lourds, flexibles mais gourmands

Si, après-demain, l'autoroute de la soie est construite, la Cité Interdite se trouvera à 10 000 km terrestres de la Tour Eiffel.
Avec un système de relais de chauffeurs, le fret devrait mettre environ 8 jours entre les capitales chinoises et françaises.

Ce gain de temps et la plus grande finesse de choix des points de départ et d'arrivée sera loin d'être gratuite.
Les coûts salariaux seront 2 000 fois plus importants que pour un trajet maritime et la dépense énergétique 10 fois plus élevée, autour de 40 kg de CO2 pour 100 kg.

Le train, un excellent compromis

Sur longue distance, le ferroviaire pourrait s'avérer un client sérieux.
Vitesse commerciale plus qu'honorable et régularité - 4 à 5 jours de Beijing à Paris sont imaginables - se conjuguent avec une sympathique efficacité énergétique.

Tracté au diesel ou mu par de l'électricité d'origine thermique, un train émet 3 fois plus de CO2 pour une même cargaison qu'un porte conteneur mais quand même 4 fois moins que des semi-remorques.

Alimentés par de l'électricité non carbonée, c'est-à-dire hydraulique ou nucléaire, les cheminots battent les marins et leurs navires géants à plates coutures.

Seul bémol, le rail demande plus d'investissements que la route ou la mer.
Un porte-conteneurs géant ne coûte qu'entre 100 et 500 km de voies ferrées.
De surcroît, la production électrique est encore plus vorace en finances. Une centrale thermique, suivant sa taille, vaut de 3 à 15 bateaux géants.

La voiture, gloutonne méconnue

Même les toutes petites cylindrées ne réussissent pas à rivaliser avec les transports de masse.

Si je rabat les sièges de ma Renault Twingo et que je la charge à bloc, les 400 kg embarqués demanderont par kilomètre parcouru autant de gazole que 50 tonnes acheminées par porte-conteneurs ou que 4 tonnes roulant dans un camion.

L'avion, quoiqu'un peu moins mauvais, tient compagnie à la bagnole en queue de peloton.

Shenzhen - Rotterdam, Rotterdam - Lyon et Lyon - Grenoble même combat !

Distance en kilomètres pouvant être parcourue par 100 kg de marchandises pour une même émission de 4 kg de CO2 en fonction des modes de transport.
30 000 km en train alimenté par de l'électricité non fossile ou 150 km en voiture individuelle ont le même impact carbone.

Pour rendre ces données plus palpables, je vous propose pour conclure un petit scénario récapitulatif.

Un tailleur de clefs à pipe du sud de la Chine réussit à séduire un importateur hollandais à qui il expédie un conteneur rempli à ras bord de ces denrées coudées.
Le transport transcontinental requiert 4 kg de CO2 pour 100 kg de quincaille.

L'entreprise batave trouve un distributeur au coeur de la nouvelle région Rhône-Alpes-Auvergne qui se fait fort de fourguer un semi-remorque complet de ces superbes outils.
Cette partie du trajet demande elle aussi 4 kg de CO2 pour 100 kg de camelote.

Tel le bon samaritain soucieux de plaire à son entourage, j'effectue une commande groupée que je vais chercher avec ma voiture personnelle dans la capitale des Gaules afin de la ramener et la disperser dans celle des Alpes.
Ce dernier parcours nécessite, comme ses prédécesseurs, 4 kg de CO2 pour 100 kg de clefs à pipe chinoises.

Carboniquement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :

Merci à Laurent qui m'a soufflé le thème de cette chronique et qui, en retour, devrait être soufflé par les chiffres qui y figurent.

Probablement admiratifs de cette chronique, les très démocratiques gouvernements chinois et iraniens ont le 15 février 2016 (2 jour après la parution de ce billet) ouvert une "route de la soie" ferroviaire en reliant par train de fret Beijing à Téhéran via l'Asie Centrale en 14 jours.
Plus de détails grâce à l'AFP en suivant ce lien.

Les données proviennent :
L'image du porte-conteneurs Bougainville de CMA CGM provient de Wikimedia Commons. Elle a été diffusée par "Buonasera" et est couverte par une licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported.

mercredi 12 août 2015

Avons-nous cessé de manger : quelle est notre vraie consommation ?

Nombre d'analyses de la consommation en France se focalisent exclusivement sur les pourcentages.
Leurs auteurs peuvent ainsi nous expliquer doctement que nos dépenses d'alimentation et d'habillement s'écroulent alors que celles consacrées aux télécommunications et aux loisirs explosent.
À les croire, les entreprises de victuailles ou de textile devraient dare-dare se reconvertir dans l'internet ou, à défaut, mettre la clef sous la porte.

La réalité est plus subtile. Je propose que nous l'examinions ensemble.

En 50 ans, notre consommation a doublé

Vers 1960, la génération de mes parents - une fois soustraits impôts et épargne - dépensait en moyenne mensuelle un peu moins de 600 € (valeur 2007) par personne.
Actuellement, nous approchons des 1 200 € par français.
Hors inflation des prix, en moins de deux générations, nous avons multiplié par 2 nos achats.

Dépenses mensuelles de consommation en France en euros constants (valeur 2007) par personne

La bouffe toujours largement en tête

Un quart de notre consommation est consacré à manger, boire et fumer, 300 € mensuels par bouche à nourrir.
En 1960, 210 € suffisaient. À l'époque, cela équivalait à un gros tiers des dépenses des ménages. L'expression "gagner son pain" conservait alors tout son sens.
Un demi-siècle plus tard, nous ne mangeons pas plus mais notre alimentation est devenue plus élaborée et plus diverse.

Avoir un toit nuit gravement à son portefeuille

Juste après le couvert, le gîte est le second adversaire de nos comptes en banque.
Un cinquième de nos dépenses, 220 € par mois et par personne, sert à nous abriter de la pluie et des embruns.
En 1960, s'abriter coûtait 80 € mensuels, mais le confort actuel et d'alors sont-ils comparables ?

De plus en en plus mobiles

Aujourd'hui, comme durant les trente glorieuses, les transports en tous genres constituent le troisième poste de nos dépenses.
Un sixième de nos achats sert nous transbahuter, 200 € par mois et par tête de pipe.
Soit le triple qu'en 1960, l'automobile mais aussi aux transports collectifs nous ont donné la bougeotte.

Habillement et loisirs progressent gentiment

Vers 1960, un français consacrait de l'ordre de 60 € mensuels à chacun de ces deux types de consommations.
Actuellement, ces valeurs ont presque doublé. Pas si mal pour des montants soit-disant en recul !

Télécommunications et informatique arrivent de nulle part

Lorsque la moitié de la France attendait sa ligne téléphonique et l'autre moitié la tonalité, les dépenses de communication se limitaient à l'achat de timbres et de papier à lettre, soit à peine 1 € mensuel par personne.
En 2007, téléphonie mobile, ordinateurs et internet obligent, cette somme s'était envolée à 70 €.
Depuis la progression n'a pas cessé et ne semble pas décidée à stopper.

De plus en plus de services

Santé, éducation, assurances, finances ... toutes ces activités contribuent à trouer notre porte-monnaie de 180 € chaque mois. Deux fois et demi plus qu'en 1960.
Toutes catégories confondues, un petit tiers de nos achats est devenu immatériel.

Toujours plus ?

N'en déplaise aux prophètes grisâtres, malgré les vicissitudes et surtout les inégalités, en moyenne, notre consommation ne cesse de croître.
De toutes les rubriques détaillées suivies par la comptabilité nationale française, une seule a diminué en volume depuis 1960, la réparation des biens de consommation courante. Nous préférons désormais jeter plutôt que de retaper.

Toutefois, certains produits ou services tirent mieux leur épingle du jeu que d'autres. Même avec beaucoup de bonne volonté, il est vraiment difficile de manger deux fois plus, par contre notre soif d'information - au sens étymologique - est potentiellement illimitée.
La stratégie des entreprises doit s'adapter à cette donne.
Ainsi, le secteur agro-alimentaire doit rechercher l'augmentation de la valeur de ses productions alors que télécommunications & informatique ont intérêt, pour l'instant, à être obsédées par les volumes.

Consumériquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
- L'idée de cette chronique m'a été soufflée, il y a très longtemps, par le twittonaute @gael2010

- Tous les valeurs proposées dans ce billet sont issues, directement ou après recalcul, du dossier de l'INSEE, l'institut français de statistiques économiques, "la consommation des ménages depuis 50 ans" publié sur la base de données de 2007.
Ce sont, malheureusement, les chiffres détaillés les plus récents que j'ai réussi à dégoter.
Les valeurs sont exprimées, hors inflation, en euros constants de 2007.
Il s'agit de la consommation et non pas des revenus. Impôts, cotisations sociales et épargne viennent s'intercaler entre ces deux agrégats.
La catégorie santé recouvre exclusivement les cotisations aux mutuelles ainsi que les dépenses non remboursées.
Les chiffres ont été arrondis pour faciliter la compréhension.

mardi 30 juin 2015

Taxis vs Uber, baroud d'honneur des fabricants de lampes à huile

Malgré un précédent historique funeste, un chômage stratosphérique, des attaques terroristes et une construction européenne en capilotade, la France s'offre le luxe de rejouer la ligne Maginot.
Le gouvernement, de plus en plus en mal d'inspiration, rétrécit la liberté économique et mobilise, toutes affaires cessantes, 200 policiers pour lutter contre l'influence pernicieuse des smartphones. Plus exactement, pour abriter les taxis derrière une illusoire répression des applications et des chauffeurs de la société Uber.

Il est vrai que la situation française du transport de personnes dans des automobiles est un chef d'oeuvre de clarté et de cohérence que le monde entier nous envie.
Je vous propose de l'admirer sur pièces.

Si je passe l'examen idoine et que j'achète plusieurs dizaines, voire centaines, de milliers d'euros à un futur confrère une licence distribuée gratuitement par l'état, j'ai le droit d'utiliser ma voiture pour y trimbaler des gens moyennant rétribution.
Heureux entrepreneur régulé par l'omnisciente administration, je suis le seul à pouvoir afficher taxi sur mon véhicule. Mes multiples tarifs sont strictement définis par les pouvoirs publics, pourtant garants de la concurrence libre et non faussée.
Je peux même allègrement balader des malades. La Sécurité Sociale, qui n'en est pas à un déficit près, ne cherche aucunement à faire baisser mes prix ou à rationaliser mes prestations.

Si, simultanément serviable et cupide, chaque week-end, je véhicule mes voisins vers leur maison familiale en échange de quelques discrets billets de banque, j'exerce une activité illégale mais ne court pratiquement aucun risque d'être repéré par les pandores et les gabelous.

Si, tout aussi soucieux de la planète que de mon portefeuille, je propose publiquement sur BlaBlaCar d'amener, moyennant finance, des personnes de Grenoble à Brive la Gaillarde demain soir à 18 heures, je suis un aimable et écologique covoitureur qui ne doit rien ni au fisc, ni aux assurances sociales.

Si, patient, j'attends tranquillement l'attribution selon le bon plaisir de Manuel Valls et de Bernard Cazeneuve d'une licence plaisamment affublée du bel acronyme de VTC, dès l'obtention du précieux sésame, je peux faire payer des prestations de transport et les déclarer au percepteur.

Si, souhaitant beurrer mes épinards, je m'enregistre très officiellement comme auto-entrepreneur, que je transbahute des clients consentants dégotés grâce à Uber Pop et que je paie mes charges et impôts, je suis un infâme salopard ultra-libéral destructeur de l'ordre social qu'il convient de pourchasser avec la plus grande fermeté.

Allez comprendre ...

Les taxis français - ainsi que nous gouvernants - gagneraient à se souvenir d'urgence que, dans de nombreux pays, leurs voitures sont jaunes, couleur des cocus.

Ubériquement votre

samedi 28 juin 2014

Petit exercice de prospective

Dans un billet récent, j'ai esquissé des réponses à la question “quels métiers choisir pour surmonter la révolution industrielle ?”.
Je mettais en lumière que les savoir-être, plus que les connaissances et les savoir-faire, seraient déterminants.
De fidèles lecteurs m'ont alors enjoint d'illustrer ce point.
Pour ce faire, je vous propose de tester vos envies de futur à l'aide d'un exemple fictif mais néanmoins représentatif des mutations de notre époque.

Supposons qu'à Rodez ou à Béja, un professeur de physique en retraite, féru d'expériences et d'internet, ait mis au point un système de téléportation, en quelques minutes, d'objets inanimés de moins de 10 kg, en tous points du globe terrestre.

Le procédé nécessite deux bases, une pour l'expédition et une pour la réception, connectées ensemble par internet. Il s'agit d’assemblages assez simples de composants électroniques et de pièces métalliques qui coûtent environ 200 € l'unité.
La consommation d'énergie de ces appareils de téléportation est très faible, de l'ordre du centième de la consommation de carburant nécessaire au même trajet en camion ou en avion.
Le génial retraité, peu attiré par le business, a publié l'intégralité de sa découverte sur le web sous couvert d'une licence libre.

Je vous suggère, à partir de ce scénario, d'imaginer votre réaction si une personne de votre entourage vous apprenait, au détour d'un mail ou d'une conversation, cette invention.

Voici quelques propositions, non limitatives, pour initier votre réflexion :

- Vous reprenez la pratique régulière du vélo.

- Vous contactez votre famille en Tunisie et vous mettez en place un service régulier Meylan-Kelibia.
Votre entreprise actuelle vous accorde un congé sabbatique qui vous permet d'ouvrir un dépôt de pâtisseries et de poissons tunisiens frais dans le Grésivaudan à proximité de Grenoble.

- Vous ne tenez aucun compte de l'information et, quelques jours plus tard, vous diversifiez votre portefeuille boursier en achetant des actions de Vinci Autoroutes et de Volvo Trucks.

- Vous vous dites que c'est un mauvais coup supplémentaire porté à l'industrie automobile. Vous lancez alors une pétition en ligne pour limiter et réglementer cette activité en France.

- Vous ne vous sentez pas concerné, le transport de marchandise n'étant ni votre truc, ni votre profession.

- Vous contactez immédiatement une de vos connaissances indirectes travaillant dans la logistique et vous lui proposez d'associer son savoir-faire avec vos talents de bricoleur et aussi avec une partie de vos économies.

- Vous pensez que Google, Amazon ou Apple vont une nouvelle fois profiter indûment d'une avancée technologique et que l'Europe ainsi que le Bassin Méditerranéen vont s'enfoncer encore plus dans le déclin.

- Très vite, vous fabriquez deux bases, vous essayez le procédé et vous testez des améliorations afin d'accroître la taille des colis transportables, voire même d'envisager des passagers vivants (au départ comme à l'arrivée).

- Vous vous sentez renforcé dans votre conviction que la technologie va trop loin et nous déshumanise. Cette énième goutte d'eau fait déborder votre vase personnel. Vous plaquez tout et créez un ashram œcuménique au cœur du massif de la Chartreuse.

… … … … ...

Je publierai sur ce blog vos meilleures propositions vis-à-vis de ce scénario imaginaire.

Futuriquement votre

Références et compléments
- Un immense merci à tous ceux qui réagissent à mes chroniques et à mes facéties. Une mention spéciale pour Laurence qui m’a incité, devant le zinc d'un bar très aseptisé, à retrouver le chemin du clavier et à Fabien le king de la téléportation.
- Voir aussi la chronique quels métiers choisir pour surmonter la révolution industrielle ?

dimanche 22 septembre 2013

Énergie, gazole, carbone, que consommons-nous vraiment ?

En France, un parti politique ayant réussi le score exorbitant de 2% aux élections nationales et le président de la république ont ranimé récemment un débat éminemment pollué sur l'écologie et la fiscalité.
L'occasion faisant le larron, je vous propose de prendre un peu de hauteur en évaluant les sources et les usages de l'énergie, non pas en Mtep, PJ ou TWh qui peuplent les rapports officiels, mais en litres tant décriés de carburant pour moteurs diesel.

L'équivalent de 65 pleins de gasoil par français chaque année
Chaque habitant de notre bel Hexagone dépense annuellement, tous ages et usages confondus, une énergie équivalente à un peu moins de 2 800 litres de gazole, un plein de carburant tous les 6 jours, une soixantaine de janvier à décembre.
Cette valeur est en retrait de 4% depuis le pic historique de 2008. Nous n'avons pas le recul suffisant pour déterminer s'il s'agit d'un effet de la crise économique ou d'une amorce de changement structurel.

Les hydrocarbures, pétrole et gaz, se taillent la part du lion avec l'équivalent de 1 800 litres de gazole, une quarantaine de pleins, par personne et par an, deux tiers de l'énergie que nous utilisons.
Cette très forte dépendance à l'or noir permet à Vladimir Poutine et aux dictatures arabo-persiques, nos meilleurs fournisseurs, de dormir tranquille. A court terme, nous ne risquons pas de chercher des noises à ces antipathiques détenteurs de derricks.

Petit mais costaud, l'atome décroche la médaille d'argent. Uranium et plutonium assurent à chacun de nous un bon demi-mètre cube de gasoil annuel, une dizaine de pleins.

Les sources renouvelables, essentiellement l'hydraulique et le bois, talonnent le nucléaire et représentent 400 litres de diesel par an et par tête de pipe, 9 pleins.
L'éolien et le solaire, chers au parti à 2% d'électeurs, ont une contribution symbolique, respectivement 20 et 7 litres d'équivalent gazole, un demi-plein annuel !

Enfin, le charbon, jadis flamboyant, ferme la marche avec une quote-part de 100 misérables litres de carburant par français, soit 2 pleins.

Répartition de la consommation énergétique de la France en 2012 par type de source
(litres d'équivalent gazole par français et par an)

Presque moitié moins d'émissions de CO2 qu'il y a 30 ans
Au total, près de 70% de notre énergie contient du carbone qui se transforme, lors de la combustion du gaz, du charbon et des dérivés du pétrole, en dioxyde de carbone, le célèbre et désormais infamant CO2.
Chaque français produit ainsi, en moyenne annuelle, un peu plus de 5 tonnes de CO2 par an en provenance de combustibles fossiles, le contenu de 1 000 gros extincteurs, 10 fois le volume que nous créons par notre respiration.
Cette valeur, qui peut paraître énorme, a fortement chuté depuis le sommet de 1980 où nous culminions à quasiment 10 tonnes annuelles par personne, le double d'aujourd'hui.
Nous sommes actuellement revenus au niveau d'émissions de CO2 d'origine fossile de 1960.

Emissions de CO2 fossile par habitant en France de 1960 à 2012
(tonnes de CO2 par français par an)

Deux tiers de l'énergie française pour les transports & le logement
Un tiers de l'énergie que nous consommons est consacré aux transports qui dépendent des hydrocarbures à plus de 90%, malgré l'électrification de la plupart des réseaux ferrés.
Ce montant se répartit en deux parties sensiblement égales. Environ 500 litres de gazole par français assure les déplacements individuels, essentiellement en voiture.
La part restante permet le transport des marchandises. Chaque travailleur de ce secteur brûle l'équivalent de 20 000 litres de diesel à l'année.

Les logements suivent de près avec 800 litres d'équivalent gasoil par résident.

Les activités productives, industrie et agriculture, signe de leur déclin mais aussi de leur efficacité, absorbent à peine le quart de l'énergie nationale, grosso modo 6 500 litres de gazole par emploi dans ces secteurs.

Le tertiaire arrive bon dernier avec seulement un sixième de l'énergie française.
Votre serviteur, à l'instar des autres salariés des bureaux, de la santé et des services, s'échine, par et pour son travail, à dissiper annuellement 1 500 litres d'équivalent gasoil, dont une petite moitié d'origine nucléaire.

Répartition de la consommation énergétique de la France en 2012 par type d'usage
(litres d'équivalent gazole par français et par an)

Énergiquement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :

Les valeurs arrondies présentées dans cette chronique proviennent de recoupements de données publiées dans :