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mardi 27 septembre 2016

J’ai testé le site internet de campagne électorale de François Hollande

Aujourd’hui, des sympathisants ont mis en ligne un site à la gloire de l’actuel président français, baptisé « notre idée de la France ».

Ce media clame « oui ça va mieux » et nous invite à le vérifier, chiffres à l’appui, département par département.
Les résultats pour l’Isère, où je réside, sont, pour le moins, maigrelets.

Extrait du site « notre idée de la France »

Chômage

« 611 créations nettes d’emplois depuis 2012 »
La population active de l’Isère avoisine 800 000 personnes.
Le gouvernement en place a donc accru l’emploi en 5 ans dans une proportion de 1 pour 1 300.
Mon professeur de physique de terminale aurait qualifié cet exploit d’épaisseur du trait.

Jeunesse

« 1 171 jeunes ont bénéficié d’un emploi d’avenir »
La phrase complète n’étant pas très claire, il est difficile de déterminer si cette valeur se rapporte à la seule année 2015 ou à l’ensemble du mandat présidentiel.
Le trait a bien grossi, un jeune isérois sur 200 est concerné.

Enseignement

« 1 304 postes créés depuis 2012 dans l’académie de Grenoble »
Le territoire départemental étant un peu étriqué, il a été étendu à l’académie, c’est à dire à 4 autres départements limitrophes.
Le trait devient poutre. Les effectifs de l’Éducation Nationale ont augmenté de 2% en 5 ans !

Entreprises

« 2 562 entreprises sont soutenues par BPI France », la banque publique d’investissement.
La poutre se confirme à 2% des sociétés dauphinoises.

Retraites

« 8 972 retraités ont bénéficié d’un départ anticipé depuis 2012 »
Le compteur s’emballe à 3.5% des pensionnés isérois !

Impôts

« 174 618 foyers ont bénéficié d’une baisse d’impôt sur le revenu en 2015 »
Cette fois, le match se joue presque à guichets fermés. Près d’un ménage sur trois a été moins ponctionné par les percepteurs de l’Isère l’an dernier.
Il manque toutefois la statistique des augmentations de prélèvements obligatoires de 2012 à 2016.

Supporter une équipe reléguable ressemble parfois à un sacerdoce.

Factuellement votre

Références et compléments
L’image et les citations sont issues du site « notre idée de la France » le mardi 27 septembre 2016 vers 18 heures.

Les valeurs ayant permis l’étalonnage des données hollandaises proviennent de l’INSEE et de l’Académie de Grenoble.

samedi 20 février 2016

Les Trains Express Régionaux étaient bien pires sous Napoléon III

​Aux dires de beaucoup de leurs passagers, les Trains Express Régionaux de Rhône-Alpes - plaisamment acronymisés TER - sont un modèle de service déplorable et d'irrégularité.

Toutefois un coup d'œil vers le passé permet de relativiser quelque peu ...


Le numéro du dimanche 12 mai 1867 du journal "Le Dauphiné - revue littéraire et artistique - courrier des eaux thermales de la région" nous informe en dernière page des horaires et tarifs de train entre Grenoble et Lyon.

Un train de sénateur

Relier par le rail la capitale des Alpes à celle des Gaules grâce à une locomotive à vapeur émettant des doses conséquentes de CO2 et de particules demandait alors près de 4.5 heures.

Aujourd'hui, lorsque la voie est libre de conflits sociaux et d'incidents, 80 minutes suffisent à des trains électriques décarbonés, presque exclusivement nucléaires et hydrauliques.

Sous le second empire, il n'y avait que 4 départs depuis la gare de Grenoble : 6H00, 10H05, 15H42 et 17H45.
Désormais, pas moins de 30 circulations ferroviaires quotidiennes sont assurées.



Des tarifs prohibitifs

Vers 1867, un ouvrier était rémunéré 2 francs pour une journée de travail de 10 heures qui se répétait 6 fois par semaine.
Il va sans dire que les charges sociales et l'impôt sur le revenu étaient inexistants et qu'ainsi ce salaire était vraiment "net net".

Le ticket de troisième classe coûtait 7.45 francs, c'est à dire 37 heures de labeur, presque 4 jours !
Pas étonnant qu'avec de tels prix, le départ des habitants des Alpes vers Paris - comme le fit mon arrière-arrière-grand-mère - prenaient des allures d'émigration définitive.

La première classe était le refuge des riches. Les tarifs doublés éloignaient efficacement les prolétaires des banquettes en velours.

En 2016, le billet de seconde classe de TER sans aucune réduction ou abonnement vaut 22.5 €, c'est à dire 2.3 heures de SMIC, 16 fois moins que sous Napoléon III.

Les nouveaux bus impulsés par Emmanuel Macron, le sémillant ministre français de l'économie, font encore mieux. La plupart de leurs billets sont à 9 €, juste en dessous de l'heure de travail ouvrier.
Une économie d'un facteur 40 par rapport aux débuts du chemin de fer.

Empiriquement votre

Références et compléments
Voir aussi la chronique "un destin français : Françoise Arbenne-Reinier migrante" ainsi que d'autres billets sur l'évolution des prix au fil du temps :

Merci à Roland qui a dégotté la collection complète du journal Le Dauphiné de 1867.

L'idée d'étalonner les prix dans la longue durée avec les temps salariaux provient du livre de Jean Fourastié et Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

jeudi 14 janvier 2016

​La Pravda ressuscite à Meylan

​Imaginez que le maire de votre ville se présente à votre logis familial en fin d'année, au moment où pompiers et facteurs proposent leurs calendriers, exige que vous lui remettiez 50 € et vous promette la livraison d'un bon demi kilo de papier dans les semaines à venir.

Contrairement aux apparences, je ne suis pas devenu gâteux ou alcoolique car cette scène improbable se répète - à l'exclusion du déplacement domiciliaire de l'élu - depuis une grande lurette à Meylan, commune de la banlieue de Grenoble où je réside.


Une tonne de paplard pour l'ensemble de la commune

En effet, tous les 2 mois, ma boîte aux lettres reçoit "Meylan ma ville", le journal de la municipalité.

Ce canard de 24 pages en couleur propose 90 grammes d'informations municipales de haute volée.

Pesée avec une balance de cuisine du n°117 de "Meylan ma ville" : 91 grammes

Une ode au maire

Pas moins de 17 mentions ou photographies de Damien Guiguet, actuel maire de Meylan, apparaissent au fil des articles.
Son action désintéressée et novatrice au service du bien commun est mise en valeur dans ses moindres détails.

Dans la dernière livraison en date, on apprend que l'édile en chef a le 11 novembre dernier, "célébré le 97ème anniversaire de l'armistice de 1918".
Puis, le 16 novembre, il remettait le couvert pour honorer les "victimes des attentats de Paris".

Un peu plus loin, l'élu nous prie de ne "pas minimiser la délinquance" et proclame qu'il est "résolu à amplifier la fermeté".

Toutefois, probablement pour rester dans une veine patriote mais en aucun cas nationaliste, Damien Guiguet annonce, en page 3, cliché à l'appui, s'être débarrassé en Angleterre de son écharpe tricolore.

Un magazine littéraire

Le maire, aux talents polymorphes, est aussi critique de livres.
Il recommande, dans l'éditorial, la lecture du roman de Boualem Sansal intitulé 2084.

Pour un prochain numéro, je lui signale que je connais personnellement au moins un excellent auteur meylanais et que je peux, s'il le souhaite, les mettre en relation.

Des écologistes gaspillant du papier

Comme aux meilleures heures de la regrettée URSS ou du non moins regretté Ben Ali, l'opposition municipale reste bouche bée face aux réalisations indépassables de la majorité.
Aussi l'espace "d'expression politique" qui lui est réservé est tout simplement vide.

Dans la rubrique "expression politique" du n°117 de "Meylan ma ville" l'opposition est aphone

Une coûteuse propagande

Cette réclame politique aux ficelles usées jusqu'à la corde serait risible et dérisoire si elle n'était financée avec notre argent.

La feuille de chou de Damien Guiguet coûte grosso modo 200 000 € par an en deniers publics, soit 12 € par habitant, quasiment 50 € pour une famille de 4 personnes.

Ces chiffres sont reconstruits et approximatifs car, à ce jour, le site web de la mairie de Meylan ne propose pas de documents économiques détaillés explicitant l'emploi de nos taxes et impôts.
Malgré tout, je suis confiant dans l'ordre de grandeur de mon calcul.

Et si la réduction des dépenses publiques c'était maintenant ?

Qui à Meylan est prêt à débourser quelques dizaines d'euros annuels pour s'abonner à une réincarnation soft de la Pravda ?

Aussi, je met au défi la municipalité de réaliser, grandeur nature, une expérience de contraction budgétaire.
Pour ce faire, je lui propose de cesser, pendant un semestre, la publication et la diffusion de "Meylan ma ville" et de relever combien des 17 500 meylanais vont se plaindre de la disparition de cet Everest de la presse.

De surcroît, avec les sommes économisées, Damien Guiguet pourrait inviter les Chœurs de l'Armée Rouge à se produire dans notre ville !


Soviétiquement votre

Références et compléments
Voir aussi les autres chroniques sur Meylan, notamment "tout savoir (ou presque) des finances municipales".

L'auteur rappelle qu'il n'a aucune affiliation politique locale ou nationale. Cette chronique est celle d'un citoyen, contribuable et électeur ordinaire.

Le chiffre approximatif de 200 000 € annuels pour le journal "Meylan ma ville" a été obtenu comme suit :
  • Coûts de rédaction : 8 personnes sont citées dans "l'ours" du journal municipal (sans compter les photographes et l'élu chapeautant la publication).
    Elles ne travaillent certainement pas à plein temps pour cette publication. J'ai donc considéré l'équivalent de 2.5 personnes au coût salarial complet de 70 k€/an.
  • Coûts d'impression : j'ai consulté les sites de Saxoprint et Grandes Imprimeries.
    Leurs devis sont similaires, autour de 3 000 € pour un tirage à 11 000 exemplaires.
    Au passage, le lecteur attentif notera qu'il y a environ 10 000 foyers fiscaux à Meylan.
  • Coûts de distribution : les devis en ligne sont très variables.
    J'ai effectué une moyenne à 1 000 € par parution.
Je propose aux élus de Meylan (majorité et opposition) un droit de réponse sur ce blog à la condition impérative qu'ils en profitent pour diffuser des chiffres économiques fiables et vérifiables sur le coût de l'organe municipal de propagande.

La livraison de "Meylan ma ville" citée dans cette chronique est le n°117 (décembre 2015 - janvier 2016).
Les 8 élus d'opposition à l'expression politique vide sont Aurélie Alfonsi, Christophe Batailh, Philippe Cardin, Mélina Herenger, Antoine Jammes, Marie-Odile Novelli, Christel Refour, Michel Bernard.
Pour la majorité, en plus du maire Damien Guiguet, Jean-Claude Pétrone, Françoise Balas, Chantal Allouis et Jean-Claude Peyrin sont cités dans la Pravda meylanaise.

J'ai conscience que les deux photos de "Meylan ma ville" que j'ai réalisé ne respectent pas pleinement les règles de propriété intellectuelle en vigueur.
Toutefois comme je participe à l'insu de mon plein gré au financement de cette gazette, toute remarque sur ce point serait particulièrement déplacée.

La photo de la une de la Pravda de mai 1919 provient de Wikimedia Commons et est issue des archives de RIA Novosti.

dimanche 3 janvier 2016

Discrimination des gauchers à Meylan dans la banlieue de Grenoble

​Les voies et chemins de Meylan apportent au piéton de multiples occasions de méditation et d'étonnement.
Après avoir évoqué dans ces colonnes un trottoir philosophique et le multilinguisme des pancartes, je vous propose d'examiner en images le tropisme directionnel mis en place par les services techniques municipaux.

Serait-ce une piste cyclable discriminatoire autorisée aux seuls droitiers ?

Les gauchers cordialement invités à éviter la commune de Meylan

Renseignements pris, les agents de la municipalité ont cherché à tester l'acuité intellectuelle et visuelle du chroniqueur myope et gaucher afin qu'il puisse mettre un peu d'ambiance en ce début d'année.
Le lecteur de ce blog est, par voie de conséquence, invité, lui aussi, à challenger son acuité intellectuelle et visuelle en regardant attentivement à droite (et non à gauche) du N de Meylan.
Très bonne année 2016

Oxymoro-photographiquement votre

Références et compléments
- Photos prises par l'auteur à Meylan (sympathique commune du non moins sympathique département de l'Isère située dans la banlieue Est de Grenoble) le 3 janvier 2016.

- Voir aussi les chroniques :
. Lettre ouverte à Barack Obama sur le rattachement de la Crimée de l'Isère aux USA
. Un trottoir vers nulle part ou comment creuser les déficits et le sol simultanément

vendredi 26 juin 2015

Attentats en Tunisie et en France : les mots manquent

Après les attentats de Saint Quentin Fallavier et de Port El Kantaoui survenus ce matin, les mots manquent.

Les mots manquent pour dénoncer le comportement abject de ces touristes qui préfèrent se dorer au soleil plutôt que de se confire en dévotion.

Les mots manquent pour fustiger ces salariés qui, au lieu de louer les bontés du Seigneur et les exploits des saigneurs, préfèrent gagner leur vie en produisant des gaz industriels.

Les mots manquent pour stigmatiser ces personnes qui osent aller à l'étranger durant leur temps libre.

Les mots manquent pour déplorer ces soit-disant démocrates qui préfèrent régler leurs différents par les débats, les urnes et les prétoires quand une bonne rafale ou un coup de sabre peuvent suffire.

Les mots manquent pour vouer aux gémonies ces pompiers qui, non contents d'avoir à éteindre un incendie, ont scandaleusement outrepassé leur mission en mettant le grappin sur un djihadiste au meilleur de sa forme.

Les mots manquent pour saluer une décapitation réalisée dans les règles de l'art.

Les mots manquent pour valoriser ce magnifique tireur d'élite qui, avec une arme automatique de guerre, a su dégommer des cibles difficiles à atteindre car allongées immobiles sur le sable.


Les mots manquent surtout pour exprimer notre tristesse vis à vis des victimes et notre soutien à leurs proches.

Les mots manquent encore pour dire que ces actes barbares nous touchent mais ne nous ferons pas changer.

Les mots manquent enfin pour affirmer, haut et fort, que la liberté de pensée et l’humour sont des armes non létales mais beaucoup plus radicales, dans la durée, que celles des terroristes.

No pasaran

vendredi 13 mars 2015

Que coûte vraiment la politique locale en France ?

Imaginez que chaque jour de l'année - dimanches, fêtes et vacances inclus - quatre vigiles fassent le planton devant l'entrée de votre domicile et réclament pour vous laisser passer que chaque membre de votre foyer - y compris les bébés et grabataires - leur verse quotidiennement un peu d'argent.
  • Le premier cerbère, vêtu aux couleurs de votre région, exige 1 € par personne et par jour.
    En échange, il vous promet de s'occuper de transports, d'éducation, de voirie, d'emploi, de protection sociale, de sécurité, de culture et de quelques autres missions assez peu définies, parmi lesquelles le sponsoring d'équipes sportives, la distribution mensuelle dans votre boîte à lettre d'un journal inepte ainsi que le défraiement d'élus et de leurs cabinets.
     
  • Pour faire bonne mesure, la seconde sentinelle, vêtue aux couleurs de votre département, exige 3 € par personne et par jour.
    En échange, il vous promet de s'occuper de transports, d'éducation, de voirie, d'emploi, de protection sociale, de sécurité, de culture et de quelques autres missions assez peu définies, parmi lesquelles le sponsoring d'équipes sportives, la distribution mensuelle dans votre boîte à lettre d'un journal inepte ainsi que le défraiement d'élus et de leurs cabinets.
     
  • Pour ne pas être en reste, le troisième garde, vêtu aux couleurs de votre communauté de communes ou de votre métropole, exige aussi 3 € par personne et par jour.
    En échange, il vous promet de s'occuper de transports, d'éducation, de voirie, d'emploi, de protection sociale, de sécurité, de culture et de quelques autres missions assez peu définies, parmi lesquelles le sponsoring d'équipes sportives, la distribution mensuelle dans votre boîte à lettre d'un journal inepte ainsi que le défraiement d'élus et de leurs cabinets.
     
  • Enfin, le quatrième guichetier, survitaminé et vêtu aux couleurs de votre ville, exige le double, 6 € par personne et par jour.
    En échange, il vous promet de s'occuper de transports, d'éducation, de voirie, d'emploi, de protection sociale, de sécurité, de culture et de quelques autres missions assez peu définies, parmi lesquelles le sponsoring d'équipes sportives, la distribution mensuelle dans votre boîte à lettre d'un journal inepte ainsi que le défraiement d'élus et de leurs cabinets.
Au total, 13 € par jour. Avec ce système, une famille de 4 personnes débourserait en péages individuels chaque année, de l'ordre de 18 mois de SMIC.

Si une telle situation se produisait en France, à n'en pas douter, l'esprit de 1789, des 3 glorieuses de 1830, de 1848, de la Résistance et de mai 68 renaîtrait de ses cendres et balaierait, dans un grand soulèvement populaire, ces iniques percepteurs.

Pourtant, nous vivons chaque jour cet état de fait.
Les chiffres et les missions sont ceux de l'actuel mille-feuille administratif français, plus précisément de la région Rhône-Alpes, du département de l’Isère, de Grenoble-Alpes-Métropole et de la commune de Meylan où je réside.
Les ordres de grandeurs ailleurs dans l'Hexagone sont identiques ...

Localo-énerviquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique “Comment politiques et institutions pourraient sortir de leur discrédit ?”
- Mes remerciements sincères à l'internaute pieveml qui a su rectifier mes chiffres initialement déficients.

mercredi 23 juillet 2014

Frontière fossile entre Isère et Savoie

Je vous invite à regarder attentivement la photo ci-dessus.
Si vous n'y distinguez rien de particulier, je vous conseille de consulter votre ophtalmologiste préféré car un magnifique fossile trône au milieu de l'image.

En effet, jusqu'en 1860, le torrent appelé le Guiers Vif, qui circule au fond de cette vallée du massif alpin de la Chartreuse et que le feuillage cache en très grande partie, marquait la limite entre la France, à gauche du cliché, et ce qui n’était pas encore l'Italie, mais le Royaume de Piémont-Sardaigne, de l'autre côté.
Cette frontière a été défendue et gardée plusieurs siècles, jusqu'à ce que les péripéties du Risorgimento - l'unification italienne - la fasse disparaître comme par enchantement.
Désormais, le Guiers sépare les départements de l'Isère et de la Savoie.

70 km vers l'est, l'actuelle limite franco-italienne, grâce à l'Union Européenne et au traité de Schengen, ne se remarque guère plus.
La frontière germano-française, pour laquelle, pourtant, ont péri des millions de combattants de la première guerre mondiale, est désormais aussi peu marquée.
Pareillement, l'ancien rideau de fer, où les Vopos tiraient à vue sur les émigrants, n'est plus visible lors d'un trajet autoroutier de Varsovie à Francfort ou de Venise à Ljublajna.

Toutefois, cette extinction progressive des frontières européennes émeut de nombreux défenseurs de la nature, pardon de l'ordre soit disant naturel des choses.
Ces bons esprits expliquent doctement que notre vague à l'âme et notre économie poussive proviennent de la disparition des bonnes vieilles limites nationales.
D'après ces spécialistes ès vestiges, seul le rétablissement des postes de douanes et du bornage inter-pays, voire des clôtures, peut nous ramener la paix et la prospérité d'antan.

Bien entendu, ces savants autoproclamés, en fonction d'où ils parlent, divergent sur la détermination exacte de ces limites à réinstituer.
À Budapest, par exemple, historiens et politiques réclament haut et fort la remise en cause du traité de Trianon conclu en 1919 et le retour à l'imposante Hongrie de l'empire des Habsbourg.
De même, sous prétexte de mémoire et de généalogie, des associations de descendants d'allemands des Sudètes militent ouvertement pour que le chancelier berlinois gouverne aussi des portions de la République Tchèque et de la Pologne.

Plus au sud et à l'est, on est encore plus entreprenant.
Ces derniers jours, d'héroïques patriotes ont eu le courage de quitter l'univers feutré des paroles et des idées pour passer aux actes concrets.
En Ukraine, en Palestine-Israël, en Irak et en Syrie, de glorieux combattants ont pris les armes et n'hésitent pas à sacrifier civils et voisins pour redessiner une frontière à leur convenance.
Verser du sang autour de futurs fossiles est, à en croire les propagandistes de tous les camps, plus que jamais, une nécessité impérieuse et un devoir moral.

Pour conclure ce billet, désireux de me conformer à l'ambiance du moment et d'apporter ma pierre à la reconstruction des nations, je rétablis donc, à ma façon, l'ancestrale frontière franco-sarde de Savoie.

Frontièro-patriotiquement votre

Références et compléments
- La photo a été prise par mes soins dans le massif de la Chartreuse, à la limite des départements français actuels de l'Isère et de la Savoie, sur la route des Entremonts située sur la rive iséroise du Guiers Vif, à l'aplomb du tunnel du Frou.
- L'excellent logo “coexist” provient de la campagne éponyme.

lundi 7 avril 2014

La politique française à marée basse

C'est à marée basse qu'on découvre ceux qui nagent sans maillot.
Warren Buffet
Les récentes élections municipales françaises sont un formidable désaveu de la classe politique dans son ensemble, avant d'être une défaite pour la majorité de gauche ou une victoire de la droite et de l'extrême-droite .

Pour en juger, j'ai recalculé les résultats, non pas en fonction des suffrages exprimés, mais d'après le nombre d'inscrits. J'ai aussi regroupé tous ceux qui se sont mis hors vote, soit en s'abstenant, soit en votant blanc ou nul.

Nationalement, au premier tour, 2 électeurs sur 5 ont déserté le scrutin.
La droite et le centre, qui se sont autoproclamés premier parti de France, n'ont rallié qu'un citoyen sur 3.
Les tenants de François Hollande n'ont pas dépassé 1 sur 6.
Les extrêmes et inclassables de tous poils n'ont attiré qu'une personne sur 10.

Résultats du 1er tour des élections municipales françaises de 2014

Dans presque chaque commune, les scores sont similaires et aux antipodes des titres de la presse.

Ainsi, en Isère, à Meylan où je réside, l'amère maire sortante a été réélue par un tout petit tiers des électeurs, presque autant que la liste de gauche.
Les hors vote ont représenté plus d'un inscrit sur 3.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Meylan (Isère)

À Grenoble, à écouter gazettes et gagnants, un raz de marée daltonien - vert et rouge - redessinerait les contours d'une nouvelle gauche.
Ce n'est pourtant qu'une vague vaguelette !
Seul un petit quart des grenoblois a soutenu la liste menée par Eric Piolle, alors que plus de 4 électeurs sur 10 ont boudé les urnes.
L'équipe sortante, totalement déconfite, n'a convaincu qu'un citoyen sur 6.
Quant aux candidats de droite, ils ont obtenu un résultat inversement proportionnel à leur performance judiciaire.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Grenoble (Isère)

À Béziers, le triomphe de l'extrême-droite n'est qu'une petite victoire aux points.
Robert Ménard, le reporter du front d'hier, n'a attiré que 2 biterrois sur 7.
Même dans cette ville où l'enjeu symbolique était élevé et où quatre listes se disputaient le second tour, un tiers des habitants a refusé le vote.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Béziers (Hérault)

Abstentionniquement votre

Références et compléments
- Les graphiques et pourcentages ont été déterminés à partir des chiffres officiels du ministère de l'intérieur français.

lundi 31 mars 2014

Lettre ouverte à Barack Obama sur le rattachement de la Crimée de l'Isère aux USA

Très cher Barack Obama

Vous l'ignorez probablement mais dans la banlieue nord-est de Grenoble, la petite commune de Montbonnot Saint Martin pratique une anglophonie et une américanophilie du meilleur aloi.
À l'instar des citoyens de Crimée qui se sont auto-rattachés à leur mère-patrie russe avec l'assistance musclée et bienveillante de Vladimir Poutine, les bonimontains aimeraient rallier vos glorieux États-Unis d'Amérique et devenir leur quatorzième territoire non incorporé.

Je vous propose de découvrir en images cette étonnante enclave.
À peine franchi le chemin des Chartreux qui marque la limite avec Meylan, les langues latines chères à Saint Bruno s'effacent pour laisser place à l'idiome d'Alan Turing et de John Von Neuman.

 

  
   
  

Afin de répondre à l'appel pressant de la majorité anglophone de Montbonnot cernée de toute part par d'agressifs et minoritaires francophones, je vous suggère de parachuter quelques GIs pour prendre possession de la base militaire française située au cœur de l'enclave.
Vos soldats ne devraient guère rencontrer d'opposition. À part un feu d'artifice annuel, les troupes qui occupent Montbonnot ne font guère montre d'esprit belliqueux.


Vos régiments devraient être accueillis en libérateurs par une très forte majorité de bonimontains. Néanmoins, vos hommes devront rester attentifs à ne pas succomber aux provocations de rares éléments asociaux très minoritaires.
Quelques crypto-basques risquent de faire de la résistance passive et les fameux Tatars de Saint Martin pourraient bien hisser encore plus haut leur vert étendard. Dès que votre autorité sera clairement établie sur Montbonnot, ces trublions rentreront dans le rang ou s'exileront à Meylan et Grenoble.


Afin de limiter les risques de réactions diplomatiques défavorables, les chancelleries raffolant du poisson, je vous suggère d'intervenir dès demain 1er avril.
Pour faire bonne mesure, un référendum le week-end de Pâques démontrerait la ferveur populaire vis à vis de l'Amérique et entérinerait définitivement la situation.

Je sais pouvoir compter sur votre détermination ainsi que sur votre sens des responsabilités et espère vous saluer très bientôt sur l'ex-avenue de l'Europe, rebaptisée USA avenue, lors de votre triomphal défilé marquant la fusion de la Crimée du Dauphiné avec le pays de Georges Washington.

Annexiquement votre

Références et compléments
- Billet spécialement dédié à Jean de Bayonne et de Montbonnot réunis.
- Les photos (non retouchées) ont toutes été réalisées par l'auteur samedi 29 mars 2014 dans la zone d'activités "Inovallée" de Montbonnot Saint Martin.
- Dans la même veine, voir aussi mon reportage photo aux confins de l'Union Européenne.
- Le drapeau de l'Arabie Saoudite n'est qu'à quelques encablures de ce prytanesque pensionnat militaire.

lundi 24 mars 2014

Pompiers vs ministre : dialogue de sourds à Grenoble

De l'avis général, à défaut d'être unanime, notre beau pays de France souffre, depuis au moins trois décennies, de maux récurrents qu'il ne parvient pas à soigner : chômage important, pauvreté croissante, désagrégation d'une partie du tissus social, faible efficacité de pans entiers du secteur public.

Les nombreux talents et atouts dont dispose la patrie de Pasteur et de Molière ne parviennent pas à se mobiliser collectivement pour résorber ces difficultés. Et pourtant, nous possédons en nous-même de suffisamment de ressources pour nous sortir de la grisâtre mouise où nous aimons nous complaire.

Pendant ce temps, nos politiques de tous poils et de toutes obédiences, au lieu de comporter en aiguillon, voire en leader, s'embourbent dans leur marigot avec notre bénédiction électorale.
Manque d'imagination, déconnexion de la réalité tangible, faible souci de l'intérêt général, soupçons d'irresponsabilité et, parfois, bouffées de malhonnêteté intellectuelle ou pécuniaire se conjuguent dans une spirale délétère.
Nos élus préfèrent s'écouter plutôt que d'écouter le pays.

Parmi les dernières illustrations en date, la récente visite de Manuel Valls, présentement ministre de l'intérieur, à Grenoble.

Depuis environ 6 mois, beaucoup de sapeurs-pompiers de l'Isère sont en opposition ouverte avec leur hiérarchie au sommet de laquelle se trouvent plusieurs édiles du conseil général.

Je n'ai pas bien compris les raisons de ce conflit et n'ai aucune opinion à son sujet.
Il n'empêche, depuis l'automne dernier, casernes et véhicules de secours sont couverts de tags revendicatifs. Une manifestation devant la préfecture a même dégénéré et un jeune pompier y a perdu un œil.

Bien évidemment, lors de la venue de leur tuteur ministériel, les soldats du feu s'étaient rassemblés devant la préfecture pour l'accueillir. L'échange verbal enregistré en vidéo par le Dauphiné Libéré est consternant.
Un mur d'incompréhension sépare le ministre et les pompiers.

Visuellement, chacun porte sa tenue tenue de travail, les uns des treillis bleus à bandes fluo, l'autre et sa suite des costumes-cravates dignes d'une première communion.

Un pompier ayant refusé de lui serrer la main, droit comme un I et mâchoires serrées, le n°1bis du gouvernement en appelle, avec des trémolos dans la voix, au respect des Valeurs de la République et donne des leçons de morale au petit personnel.

Ce piteux spectacle se termine quand un leader des pompiers s'interpose et apaise la situation.

À aucun moment, Manuel Valls, apparemment plus soucieux de photographies que de résolution de problèmes, n'aborde, ne serait-ce que pour les réfuter, les raisons du conflit persistant des soldats du feu.

Les camions rouges isérois risquent d'être encore longtemps couverts d'inscriptions blanches. Dans ces conditions, comment s'étonner que les urnes soient brunes et désertées ?

Tristement votre

Références et compléments
- La vidéo du face à face entre Manuel Valls et les pompiers de l'Isère peut être vue sur le site du journal Le Dauphiné Libéré.

lundi 13 janvier 2014

Le politburo du soviet suprême de Grenoble nouvelle nomenklatura

Vendredi 10 janvier 2014, le soviet suprême de Grenoble, pardon le conseil de la communauté de communes Grenoble-Alpes-Métropole alias "La Métro", pour fêter l'arrivée de 21 nouvelles municipalités, a renouvelé les cadres de son politburo.

Cet organisme, expression de la volonté populaire unanime, est dirigé par un secrétaire général, pardon président, et 40 secrétaires généraux adjoints, pardon vice-présidents, choisis parmi les plus estimables personnalités dauphinoises.

En échange de leur abnégation et de leur engagement sans limite pour l'essor de l'Y grenoblois, ces méritants citoyens-élus du peuple ne reçoivent qu'une microscopique indemnité de 1558 € mensuels.

Le scrutin municipal approchant à grands pas, le blog Humeurs Mondialisées, avant-garde toujours désireuse d'éclairer les masses, dresse ci-après la liste exhaustive de ces leaders inspirés afin que les citoyens de leurs communes leur assurent des scores électoraux à la hauteur de leurs valeureuses actions et dignes de la regrettée URSS.
Ce triomphe annoncé sera le signe indiscutable de l'attachement du peuple envers ses visionnaires dirigeants.

Habitants de Grenoble et des environs, voici l'héroïque et vaillante nomenklatura, essentiellement masculine, qui vous devez impérativement réélire massivement en mars prochain :

- Marc BAÏETTO, leader du soviet municipal d'Eybens et secrétaire général du soviet suprême de Grenoble (5845 €/mois)

- Jérôme SAFAR, leader désigné du soviet municipal de Grenoble et premier premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (7737 €/mois)

- Renzo SULLI, leader du soviet municipal d'Échirolles et deuxième premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (4979 €/mois)

- Daniel BROCARD, délégué du soviet municipal du Sappey-en-Chartreuse et troisième premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Norbert GRIMOUD, leader du soviet municipal de Saint Georges de Commiers et quatrième premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Yannik OLLIVIER, leader du soviet municipal de Saint Martin le Vinoux et deuxième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (3649 €/mois)

- Christophe FERRARI, leader du soviet municipal de Pont-de-Claix et troisième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (4029 €/mois)

- Jacques NIVON, leader du soviet municipal de Champ-sur-Drac et quatrième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Georges CLAVERI, délégué du soviet municipal de Vizille et cinquième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Jean-Philippe MOTTE, délégué du soviet municipal de Grenoble et sixième premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Christiane RAFFIN, leader du soviet municipal de Proveysieux et septième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Yannick BOULARD, leader du soviet municipal de Fontaine et huitième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (4979 €/mois)

- Gilles MOULIN, leader du soviet municipal de Murianette et neuvième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (3193 €/mois)

- Marcel REPELLIN, commissaire politique aux incendies, leader du soviet municipal de Seyssinet-Pariset et dixième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Gilles STRAPPAZZON, leader du soviet municipal de Saint-Barthélémy-de-Séchilienne et onzième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Michel DOFFAGNE, commissaire politique pour le Sud Grenoblois, délégué du soviet municipal de Jarrie et douzième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Olivier NOBLECOURT, délégué du soviet municipal de Grenoble et treizième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- René PROBY, leader du soviet municipal de Saint-Martin-d'Hères et quatorzième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Morad BACHIR-CHÉRIF, délégué du soviet municipal de Grenoble et quinzième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Gérard CRET, leader du soviet municipal de Séchilienne et seizième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Gérard DARCUEIL DREYFUS,  délégué du soviet municipal de Vaulnaveys-le-Bas et dix-septième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Michel BAFFERT, délégué du soviet municipal de Seyssins et dix-huitième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Eric GRASSET, délégué du soviet municipal de Grenoble et dix-neuvième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Catherine KAMOWSKI, leader du soviet municipal de Saint-Égrève et vingtième secrétaire générale adjointe du soviet suprême de Grenoble (4029 €/mois)

- François DIAZ, leader du soviet municipal de Saint-Paul-de-Varces et vingt-et-unième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (3193 €/mois)

- Claude GABELLE, délégué du soviet municipal de Vaulnaveys-le-Haut et vingt-deuxième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Francis CARRÉ, commissaire politique au tri sélectif, délégué du soviet municipal de Notre-Dame-de-Mésage et vingt-troisième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Guy JULLIEN, leader du soviet municipal de Veurey-Voroize et vingt-quatrième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (3193 €/mois)

- Christophe MAYOUSSIER, commissaire politique aux eaux pluviales, leader du soviet municipal du Gua et vingt-cinquième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Michel DESTOT, commissaire politique aux relations avec les pays frères, membre du soviet suprême de la république française, futur-ex-leader du soviet municipal de Grenoble et vingt-sixième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (9857 €/mois)

- Robert MEYER, leader du soviet municipal de Brié-et-Angonnes et vingt-septième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Jean-Luc POULET, délégué du soviet municipal de Quaix-en-Chartreuse et vingt-huitième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Abderrahmane DJELLAL, délégué du soviet municipal de Grenoble et vingt-neuvième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Pierre VERRI, leader du soviet municipal de Gières et trentième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Alberte DESSARTS, commissaire politique aux sentiers,  déléguée du soviet municipal de Gières et trente-et-unième secrétaire générale adjointe du soviet suprême de Grenoble

- Georges GADUEL, délégué du soviet municipal de Saint-Paul-de-Varces et trente-deuxième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Jean-Pierre AMPHOUX, délégué du soviet municipal du Gua et trente-troisième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Fabrice HUGELÉ, commissaire politique à l'extension du territoire, leader du soviet municipal de Seyssins et trente-quatrième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Françoise GERBIER, leader du soviet municipal de Venon et trente-cinquième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Luc PUISSAT, leader du soviet municipal de Miribel-Lanchâtre et trente-sixième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Françoise CLOTEAU, commissaire politique à la biodiversité, déléguée du soviet municipal de Champagnier et trente-septième secrétaire générale adjointe du soviet suprême de Grenoble

Résidant personnellement à Meylan, je suis profondément dépité que les délégués de la commune au soviet suprême ne soit pas assez méritants pour obtenir au moins un poste de secrétaire général adjoint.
J'exhorte donc solennellement le peuple à tirer, sans faillir, les conclusions qui s'imposent lors du prochain scrutin.

En conclusion, plusieurs maires du Dauphiné ont réussi l'exploit de s'octroyer une pension alimentaire et de se la faire payer rubis l'ongle.

Soviétiquement votre

Références et compléments
- Sur l'opacité budgétaire de "La Métro" voir aussi la chronique "Merci aux élus locaux et à l'équipe de rugby de Grenoble".

- La liste des membres du bureau de la communauté de communes Grenoble-Alpes-Métropole, dite La Métro, provient du site web de cette fringante et dépensière collectivité publique. Cette chronique est conforme à la liste en ligne le 13 janvier 2014.

- Les revenus issus de leurs activités électives des principaux politiques de la région grenobloise a été publiée par Capital entre le 12 et le 15 avril 2013.

- L'élection des quarante nouveaux vice-présidents de la Métro et leur copieuse indemnité ont été rendues publiques par le site GreNews Grenoble City Local News le 11 janvier 2014.

jeudi 2 janvier 2014

Tout savoir (ou presque) sur les finances municipales de Meylan

En ces temps de crise aiguë et de déficit public abyssal, j'ai empoigné le petit bout de la lorgnette pour analyser les finances de Meylan, la sympathique commune où je réside, à proximité de Grenoble dans le département de l'Isère.

Fidèle aux us et coutumes de ce blog, je me suis rendu sur le site de la mairie pour tenter de récupérer des données du budget 2014.
À l'instar de la communauté de communes "la Métro" alpaguée dans une précédente chronique, les informations financières communales sont pour le moins fractionnées et filandreuses. Le document de présentation du budget comporte plus de texte que de chiffres.
Meylan, qui ne compte pourtant que 17 500 habitants, dispose quand même de 4 budgets distincts : un pour le "fonctionnement", un pour les "investissements", un pour des opérations immobilières dans une zone d'activités économiques et un petit dernier pour l'eau potable.
Sensiblement 1 euro sur 5 dépensés par la mairie est répertorié dans des "annexes".
À croire que la municipalité sortante souhaite entourer sa gestion d'un écran de fumée.

Dans un souci de clarté, j'ai donc effectué les additions jugées inutiles par les élus de la majorité comme de l'opposition et regroupé les finances meylanaises en un seul compte.
Emporté par mon élan, j'ai aussi commis quelques divisions afin d'exprimer les valeurs en euros mensuels par meylanais afin de pouvoir les comparer à des revenus et dépenses familiales.

Le budget 2014 de Meylan est légèrement inférieur à 37 millions d'euros.
Cette somme représente pour chaque habitant, 2 100 €, soit 2 SMIC mensuels, environ 175 € par mois.

Les recettes municipales proviennent à quatre cinquièmes de notre fiscalité, 140 € mensuels par meylanais.
Les impôts dits locaux fournissent la plus grosse part, 120 € par mois.
Les 20 € restants sont assurés par des dotations de l'état et quelques très menues subventions, dont le financement, ne l'oublions jamais, est aussi fiscal.

20% des recettes, 35 € mensuels par tête, sont issus des ventes de services ou de biens effectuées par la mairie.

Recettes municipales 2014 de Meylan en euros mensuels par habitant
La rémunération du personnel communal représente la moitié des dépenses, 90 € mensuels par habitant.
Les achats ainsi que les dépenses inclassables sont le second poste, un petit tiers du budget, 50 € mensuels par habitant.
Les véritables investissements ne pèsent qu'un dixième des dépenses communales, 20 € par mois.
Ils sont suivis de près par les intérêts d'emprunt, 12 € mensuels par meylanais, et par le remboursement de la dette communale, 6 € par mois.

Dépenses municipales 2014 de Meylan en euros mensuels par habitant
La dette de Meylan s'élève à environ 25 millions d'euros, 1 400 € par tête, un mois et demi de SMIC.
Le budget étant légèrement excédentaire, ces emprunts devraient baisser d'environ 1 million en 2014, après un accroissement d'un quart depuis 2008.
Les emprunts municipaux représentent 8 mois des recettes de la ville, à comparer à l'ensemble de la dette publique française qui culmine presque deux ans d'impôts et cotisations.

Dette publique de Meylan et de la France exprimée en mois de recettes
L'éducation, essentiellement maternelle et primaire, est la première dépense municipale, un gros cinquième du budget, 40 € mensuel par habitant.

Immédiatement derrière vient le fonctionnement de la mairie, ce que l'on nomme dans les entreprises frais généraux ou frais de structure.
Tous les mois, chaque meylanais fournit 35 € - un peu plus d'un euro par jour - pour assurer la marche des services municipaux.
La mairie de Meylan auto-consomme un cinquième de ses recettes.

En troisième et quatrième position arrivent les aménagements urbains et la culture avec 25 et 20 € par mois et par tête.

Le développement économique n'est guère une priorité. Il ne représente qu'un quatorzième du budget de Meylan, 12 € mensuels par habitant.
Le sport suit de près avec 9 € par mois.

La sécurité, l'action sociale et l'habitat sont les parents pauvres des finances communales avec respectivement 7, 5 et 4 euros par mois et par meylanais. Moins de 10% de l'activité communale pour l'ensemble de ces trois politiques !

Dépenses municipales 2014 de Meylan en euros mensuels par habitant
Les élections municipales approchant à grands pas, j'espère que ces quelques données économiques permettront à chacun de préciser son opinion sur le mandat de l'équipe sortante et sur les propositions des futurs candidats à la mairie de Meylan.

Meylanaisement votre

Références et compléments
- Chronique rédigée et publiée début janvier 2014.

- Voir aussi d'autres chroniques
- Les chiffres cités dans cette chronique proviennent de regroupements et recoupements effectués par mes soins d'après le trop verbeux document "Budgets primitifs 2014" présenté au conseil municipal de Meylan le 16 décembre 2013 mis en ligne sur le site meylan.fr.
Les valeurs ont été arrondies dans un souci de lisibilité.

- L'auteur, citoyen libre, est totalement indépendant, n'est membre d'aucune formation politique et ne soutient aucun candidat aux élections municipales de Meylan.
Les 4 graphiques de ce billet ne sont pas libres de droit et ne peuvent, en aucun cas, être utilisés sans autorisation à des fins électorales ou journalistiques.
Le texte de la chronique y compris ses chiffres sont mis à disposition conformément à un contrat de licence Creative Commons 2.0 (paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique). Le respect de cette licence libre est particulièrement impératif en cas d'usage électoral ou journalistique.

- Comme à chaque fois que j'épingle des politiques sur ce blog, je rappelle que ces colonnes leur sont ouvertes pour un droit de réponse.

samedi 14 décembre 2013

Les fumeurs vont payer la pénalisation des clients de la prostitution

Le récent vote par l'assemblée nationale d'une proposition de loi "renforçant la lutte contre le système prostitutionnel" illustre, à la limite de la caricature, l'essoufflement du système politique français.
Jugez sur pièces.

Déni de réalité
Peu de personnes contestent l'objectif de la nouvelle loi, lutter contre la traite des êtres humains et l'esclavage sexuel.
Toutefois sa mesure phare - la pénalisation des clients des péripatéticiennes et péripatéticiens - risque de ne pas produire l'effet escompté.
La Suède et la Norvège appliquent cette disposition depuis plus d'une dizaine d'années. Les études sérieuses et indépendantes sur son effet réel sont rares et surtout peu probantes.
Les prostituées ont disparu de l'écran radar scandinave mais personne ne peut affirmer dans quel sens leur activité et leur nombre ont évolué.
D'une manière générale, depuis que le monde est monde, les prohibitions de l'alcool, des drogues ou du sexe ont, avant tout, servi à enrichir les réseaux criminels.
Nos députés ont donc adopté un texte à l'efficacité inconnue, en se contentant de demander au gouvernement de pondre un vague rapport après deux ans d'application.

Efficacité absente
Même si la menace pénale comporte un caractère dissuasif, tout nouveau délit entraîne inévitablement de nouveaux contrevenants.
A titre d'exemple, en se basant sur les annonces internet et la présence récurrente de jeunes femmes court vêtues au bord des routes et boulevards, de l'ordre de 150 à 300 prostituées exercent leur art ancestral dans la région de Grenoble.
Quelques multiplications rapides conduisent à évaluer leur activité à plus de 100 000 prestations payantes de services sexuels par an.
En 2012, à titre de comparaison, les cambriolages recensés dans l'ensemble du département de l'Isère ont été légèrement inférieurs à 45 000.
La police et la justice étant pour le moins encombrées, la pénalisation des michetons soit sera exceptionnelle, soit s'obtiendra aux dépens de la poursuite d'autres délinquants.
Nos sympathiques parlementaires ne se sont, en aucune manière, souciés de ces menues contingences matérielles, qu'il est pourtant facile d'estimer avec de simples règles de trois.

Logique peu cartésienne
Nos élus ont décidé de rendre hors la loi l'achat d'un service dont la vente reste légale.
Pourquoi ne pas faire la même chose avec l'héroïne, laisser commercer les dealers et coffrer exclusivement les toxicos ?
De surcroît, la publicité pour les amours tarifées, plaisamment appelée racolage, un temps interdite, va même être à nouveau autorisée.

Procédures législatives surannées
L'élaboration de ce brillant texte a été laborieuse.
Il est d'ailleurs dommage que Marcel Proust n'ait pas confié la rédaction de sa "recherche du temps perdu" au parlement français. Des générations de bacheliers auraient ainsi évité de disserter sur les états d'âme d'un riche oisif neurasthénique. Écrite à un train de sénateur, sa pesante œuvre de 2400 pages se serait limitée à sa première phrase.
Pour accoucher d'un texte de 2035 mots, environ deux fois cette chronique, il aura fallu réunir :
- 1 grosse centaine de députés signataires,
- 1 commission ad hoc de 88 membres,
- 1 rapporteuse se fendant d'un filandreux rapport,
- la rédaction d'un copieux et indigeste exposé des motifs,
- 66 amendements,
- 3 séances plénières,
- 1 vote solennel auquel, toutefois, 171 députés, un petit tiers de l'hémicycle, au nom probablement de l'exemplarité civique, n'ont pas participé.
Bien entendu, tout cela n'est que la première escarmouche.
La balle est désormais dans le camp du sénat qui mettra en branle, à une date non encore planifiée, le même processus qui devrait ensuite déboucher sur une commission paritaire puis sur une seconde lecture.
A ce stade, il n'est pas non plus exclu que conseil constitutionnel ajoute son grain de sel et censure une partie du texte ...

Lois illisibles
Le résultat de ce travail forcené de nos députés manque de clarté.
Ainsi le texte débute par :
"Le 7 du I de l’article 6 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique est ainsi modifié : au troisième alinéa, après la dernière occurrence du mot : « aux », sont insérées les références : « 225-4-1, 225-5, 225-6 »."
Cependant, si cette loi démarre difficilement, elle se termine nettement mieux.
L'avant-dernier article, soucieux de lutter contre les discriminations dont sont victimes les belles de nuit tahitiennes ou kanaks, nous rassure en stipulant que :
"la présente loi est applicable à Wallis-et-Futuna, en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie".
Fumeuse augmentation des impôts
Si la pipe vénale va bientôt être hors la loi, la consommation de tabac reste, par contre, fortement encouragée.
La nouvelle loi, de la bouche du pauvre tapin retirant le morceau de pain, a prévu de soutenir les filles de joie en mal de revenus et de clientèle.
Pour ce faire, le prix des cigarettes va être accru comme le précise explicitement l'article 21 :
"les charges pour l’État, [...] les charges pour les collectivités territoriales [...] et les charges pour Pôle Emploi sont compensées à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle aux droits mentionnés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts".
Amis fumeurs, vous l'ignoriez surement, mais la taxation de votre goudron et de vos volutes bleutées se nomme dans le langage fleuri des gabelous 575 & 575A !
Frapper dans la même réglementation le sexe et les cigarettes frise le chef d'œuvre.
J'espère ardemment que les sénateurs, afin de parachever ce bel édifice législatif, réussiront à y adjoindre une petite redevance sur le vin ainsi que sur les grosses berlines allemandes à 4 roues motrices.

Tapiniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "racolage champêtre près de Grenoble"
- Je conseille à Jean le détonateur, que je remercie pour ses échanges vivifiants, de s'asseoir et de mettre un casque avant la lecture de cette chronique. Merci aussi à Laurent qui m'avait suggéré ce thème plusieurs semaines en arrière.
- Le lecteur attentif aura reconnu un extrait de la chanson de Georges Brassens "concurrence déloyale".
- Les chiffres de la délinquance en France sont publiés par le ministère de l'intérieur dans un rapport annuel.
- Rue89 a récapitulé et décortiqué les études sur la pénalisation des michetons suédois dans un article fouillé du 25 juillet 2013.

mercredi 4 septembre 2013

Merci aux élus locaux et à l'équipe de rugby de Grenoble

Depuis dimanche dernier, comme la plupart des habitants de l'agglomération de Grenoble, je suis à la fois heureux et exaspéré.
Malgré la rentrée scolaire, la capitale du Dauphiné croule littéralement sous les visiteurs. Hôtels et restaurants sont complets, les délais d'attente pour accéder au musée ou au téléphérique de la Bastille dépassent deux heures. Rocade et boulevards sont embouteillés encore plus que de coutume et la gare est quasi-inaccessible.
Plus étonnant, la chambre de commerce et les différentes institutions de recherche ont, dans l'urgence, embauché des standardistes et du personnel d'accueil pour faire face à l'afflux de demandes de renseignements professionnels et de projets d'implantations dans la région.
Cela augure d'une activité économique soutenue dans mon bassin d'emploi préféré mais rend le quotidien pénible, les déplacements et l'accès aux commerces étant devenu très difficiles.

La cause de cette affluence massive dans l'Y grenoblois est une campagne de communication très efficace menée par les élus de la communauté d'agglomération, plaisamment baptisée Métro.
L'audacieux président métropolitain, entouré de ses 20 vice-présidents, de ses 12 conseillers délégués et des 42 conseillers communautaires ordinaires, a eu la riche idée d'utiliser les deniers publics qu'il gère pour parrainer le match de rugby Grenoble-Toulon du 31 août.
Le slogan imaginé pour cette occasion était particulièrement percutant "avancer ensemble pour gagner ensemble".
Cette sentence indépassable, couplée au logo ornithologique emblème officiel de l'agglomération dauphinoise, a été affichée régulièrement au cours durant la rencontre.


L'effet a été immédiat. L'immense cohorte de téléspectateurs de la chaîne payante qui retransmettait l’événement, éblouie par tant de hardiesse communicante et d'esthétique d'avant-garde, n'a eu de cesse, une fois le match remporté par l'équipe iséroise, de se précipiter dans la ville de Lesdiguières, pour tourisme, affaires et plus si affinités.

Perpétuellement soucieux du développement économique de ma région, je tiens à remercier ses élus pour leur vision, leur hardiesse et leur efficacité.
En cette période de l'année où les feuilles d'impôts se succèdent à rythme soutenu, je constate avec plaisir et satisfaction qu'au moins mes taxes d'habitation et foncières ne sont pas dépensées en pure perte au sein d'une bureaucratie grisâtre mais investies au service d'une véritable stratégie de soutien à l'activité locale.

Bien sur, cette ardeur de la Métro a aussi pour conséquences quelques menus travers qu'il serait injuste de ne pas tolérer. Toute omelette nécessite le bris de quelques œufs.

Totalement engagés au service du bien commun, les 75 dirigeants et les 850 employés de la communauté de communes n'ont guère de temps disponible pour mettre à jour leur site web.
Ainsi le budget de près de 350 millions d'euros, grosso modo 900 € annuels par grenoblois, y est expédié en 8 petites lignes dans lesquelles la communication et le sponsoring n'apparaissent pas. Cela n'a guère d'importance vu le succès incroyable de ces démarches.

De même, je comprends que le FCG, club de rugby grenoblois, soit soucieux de ne pas mettre ses parrains en porte-faux avec des pages internet plus informatives que celles de la Métro. Aussi, bien que recevant de l'argent public, prudemment, il se garde bien de publier le moindre état financier.

J'approuve aussi qu'édiles et dirigeants sportifs, dans un souci de rayonnement de Grenoble, entretiennent imperturbablement deux grands stades afin que les fiers rugbymen rouges et bleus ne prennent pas le risque de marcher sur les pieds de l'équipe de football pensionnaire de division 4.

Pour conclure, j'espère, un peu égoïstement, que la Métro, sur sa lancée, ne répétera pas la même opération de promotion avec les équipes de volley-ball ou de badminton de Meylan et des autres communes de banlieue.
L'affluence dans l'agglomération risquerait de continuer à croître, ce qui me forcerait à coucher au boulot pour éviter la thrombose de la rocade.

Fiscalo-rugbystiquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Une excellente vidéo d'une conférence du Réseau Citoyen de Grenoble décortiquait en 2013 les subventions de la municipalité de Grenoble (et non pas de la Métro). Le sport professionnel arrivait en tête, le ruban bleu revenant au GF38 club de football de division 4 dont les maillots de joueurs devait être recouverts de platine rhodié.

- J'ai reçu l'image présentée dans cette chronique le 30 août 2013 dans un mail promotionnel envoyé par le FCG qui m'incitait à acheter une place pour la rencontre Grenoble-Toulon en mettant bizarrement en avant le sponsoring de la Métro.

- Site web de la Métro, communauté d'agglomération Grenoble-Alpes Métropole, avec sa description budgétaire très sommaire et la présentation de sa gouvernance qui fait pâlir d'envie les forces armées du Mexique.

- Site web du FCG Grenoble Rugby, dans lequel je n'ai pas réussi à dégoter un quelconque élément financier.
Fort heureusement, le soutien fiscal aux rugbymen grenoblois leur a au moins permis de battre les champions d'Europe toulonnais 28 à 26.

- Comme à chaque fois que j'alpague des politiques sur ce blog, je rappelle que ces colonnes leur sont ouvertes pour un droit de réponse.
De même, si par extraordinaire, le FCG souhaitait publier ses états financiers, je me ferai un devoir de les reproduire.

vendredi 26 juillet 2013

Justice moyenâgeuse et magouilles présumées à Meylan

Le 23 juillet 2013, à l'issue de plus de 30 heures de garde à vue, Marie-Christine Tardy, maire de Meylan, bourgade de la banlieue de Grenoble où je réside, a été mise en examen, ainsi que son mari, pour prise illégale d'intérêts. 
Cette action judiciaire fait suite à une plainte déposée fin avril par un conseiller de la majorité municipale accusant l'édile d'avoir favorisé le cabinet d'architecte de son époux pour des programmes immobiliers réalisés dans la commune.

Je n'ai jamais fait mystère de ne pas porter dans mon cœur l'actuelle première magistrate de Meylan.
Néanmoins, je n'ai pas la moindre idée si Marie-Christine Tardy et son mari ont, de près ou de loin, commis les faits qui leur sont reprochés. Aussi je n'évoquerais pas le fond du dossier dans ce billet.
Toutefois, cette réplique dauphinoise des scandales politico-financiers nationaux est une double illustration de l'inefficacité de notre machinerie publique.

Les faits reprochés au couple Tardy sont anciens, exclusivement économiques et sans aucune violence.
La plainte ayant mis en marche le lourd paquebot judiciaire date de près de 3 mois.
De plus, tant qu'aucun jugement ne sera définitif, ces deux personnes resteront présumées innocentes.
Dans ces conditions, la garde à vue qui jette en cabane pendant 48 heures le premier suspect venu et soumet son emploi du temps au bon vouloir des policiers est une pratique infamante d'un autre âge qui fleure bon l'inquisition et l'ancien régime. Son but manifeste est de faire avouer le coupable putatif et pas de confronter des versions contradictoires.
La patrie des Droits de l'Homme s'honorerait à limiter l'usage de cette contrainte moyenâgeuse exclusivement aux cas de violence et de flagrance.
Pour toutes les autres circonstances, l'appareil judiciaire devrait se contenter de convoquer les mis en cause, avec un préavis suffisant, toujours en présence d'avocats, uniquement durant des heures sensiblement ouvrées et avec une limitation raisonnable des durées d'interrogatoire.
Il ne s'agit, en aucune façon, de vouloir punir moins durement les coupables avérés mais de respecter, dans la phase transitoire où le statut de personnes soupçonnées est incertain, leur droit à se défendre et leur présomption d'innocence.
De surcroît, pousser la justice à s'appuyer plus sur des faits que sur des témoignages ou des aveux toujours sujets à caution limiterait les risques d'erreur.

L'autre point étonnant des malheurs de Marie-Christine Tardy est que, malgré les milliers de pages de textes juridiques en tous genres régissant le fonctionnement des communes et des marchés publics, des conflits, voire même des prises illégales, d'intérêts peuvent survenir sans que cela soit immédiatement visible et vérifiable.
Comment se fait-il que gouvernements, cabinets, administrations, parlementaires et organes judiciaires centraux ne soient pas fichus de pondre un système qui soit simultanément simple à opérer et aisé à vérifier ?
La plupart des personnes travaillant dans la sphère publique et devant réaliser des achats s'arrachent les cheveux face à la lourdeur des procédures.
Malgré, ou peut-être à cause de, cela, peu d'entre nous sont étonnés qu'un maire soit suspecté de bricolage à son profit.
A moins de recruter nos futurs élus dans abbayes ou des ashrams (et encore !), il est illusoire de penser que le personnel politique puisse plus résister aux tentations que la moyenne de ses électeurs. Il serait plus efficace de rendre nos représentants non soupçonnables via une transparence notablement accrue !

Une fois de plus, je suggère d'étendre les pratiques de l'industrie, plaisamment baptisées lean et agilité, à l'état et aux collectivités locales.
Des processus limpides et rapides, dotés de contrôles clairs aux bons niveaux, permettraient, simultanément, de réduire les dépenses publiques et de rétablir un peu de confiance vis à vis du personnel politique.
La complexité induit la lourdeur et l'opacité qui créent la défiance.
Une bonne façon de réussir cette transformation serait de forcer le parlement à diviser par quatre ou cinq, avant la fin de la législature actuelle, le nombre de pages dans le code des marchés publics.

Meylaniquement votre

Références et compléments
- Les articles du Dauphiné Libéré et de Place Gre'Net relatant les derniers épisodes judiciaires en date du couple Tardy.

jeudi 2 mai 2013

Loi "Florange" : enfumage ou incompétence ?

Plusieurs députés socialistes, dont François Brottes élu de l'Isère, ont annoncé à grand renfort de médias le prochain dépôt d'une proposition de loi, surnommée "Florange", visant à empêcher les fermetures de sites industriels réputés rentables.

Le journal en ligne Les Echos a publié ce texte, pour l'instant introuvable sur le site de l'Assemblée Nationale.
La lecture de la future loi "Florange" m'a proprement stupéfait.
Soit, ses rédacteurs et leurs conseillers ont une connaissance très limitée des entreprises.
Soit, ils font semblant de réformer tout en laissant l'industrie agoniser tranquillement.
Jugez sur pièces.

- Le présupposé initial est pour le moins étonnant.
D'après le trio de députés ayant tenu le porte-plume, qui s'est répandu dans les radios et gazettes, la plupart des fermetures d'usines affecteraient des sites rentables et de nombreux repreneurs seraient dans les starting-blocks pour continuer leur exploitation.
C'est oublier qu'une entreprise est une association à but lucratif. Je connais peu de personnes mues par l'appât du gain prêtes à sacrifier une activité profitable.
La réalité des restructurations est triple :
    . Les difficultés économiques - c'est à dire quand les ventes ne réussissent plus a minima à équilibrer les coûts - sont la cause la plus fréquente.
    Dans ce cas, beaucoup d'entreprises sont contraintes à se séparer de secteurs entiers, souvent violemment, pour tenter d'éviter une mort annoncée.
    Il est rare qu'une telle situation attire des candidats à la reprise car qui a envie d'acheter un business non rentable ?
    De surcroît, l'intérêt de l'entreprise est de vendre, et non pas de ferrailler, les activités sacrifiées afin d'obtenir de l'argent frais.

    . Viennent ensuite les délocalisations.
    Fermer un atelier en France pour le rouvrir dans un pays "low cost" permet souvent - mais moins systématiquement qu'on ne le pense - d'abaisser les coûts, donc d'améliorer les profits.
    Là aussi, les repreneurs potentiels ne se bousculent pas car ils ont le même intérêt économique à s'implanter loin de la France.

    . Enfin, dans les secteurs en surproduction structurelle, les fermetures d'usine sont un moyen terrible de réduire la voilure.
    Des concurrents mieux placés seraient souvent intéressés à une reprise afin de pouvoir mieux étouffer, à terme, l'entreprise vendeuse, avec des conséquences sur l'emploi encore plus fortes.
    Vendre à un concurrent direct est généralement un suicide à effet retard.
- Le premier article de la proposition de loi plante un décor bizarre : "la fermeture d'un établissement employant habituellement au moins 50 salariés".
La notion d'établissement est particulièrement floue en droit social.
C'est en fait une sorte de circonscription géographique au sein de l'entreprise définissant l'élection des délégués du personnel et du comité d'établissement.
Les établissements sont habituellement définis par un accord entre direction et syndicats sur des base géographiques pouvant être vastes.
Dans la pratique, dans beaucoup de grandes, et mêmes de moyennes, entreprises industrielles, un établissement regroupe plusieurs sites et plusieurs activités. Les seules exceptions que je connaisse sont les très grandes usines mono-produit comme celles fabriquant des automobiles.
Lors de restructurations, une entreprise envisage généralement de restreindre ou de fermer une activité et non pas un établissement complet au sens légal.
La proposition de loi "visant à redonner des perspectives à l'économie réelle et à l'emploi industriel" n'est donc pas applicable dans la très grande majorité des cas.
Ainsi le trop célèbre Mittal n'a fermé pour l'instant "que" les hauts fourneaux au sein de l'établissement de Florange. Ce nouvel arsenal législatif ne l'aurait même pas concerné.

- Le seuil de 50 salariés ouvre une voie aisée de contournement.
Le chef d'entreprise qui souhaiterait supprimer un établissement complet aurait juste à lancer un très mal nommé Plan de Sauvegarde de l'Emploi - en français courant, une bonne grosse vague de licenciements - pour réduire l'effectif en dessous du seuil fatidique.
Quelques semaines plus tard la fermeture définitive du site pourra passer comme une lettre à la poste.

- L'entreprise sera soumise à une obligation de moyens, pas de résultats.
L'entreprise qui, envers et contre tout, voudrait fermer illico un établissement aura seulement à "rechercher un repreneur" et à motiver ses réponses "aux offres de reprises reçues".
Quiconque ne voudra pas vendre devra juste à expliquer, avec des termes soigneusement pesés pondus par des juristes patentés, que le prix proposé est trop faible ou que le repreneur a une sale gueule.

- La proposition de loi "Florange" n'évoque ni les marques, ni les outillages, ni les brevets.
Si la maison-mère ou les clients conservent ces trois joyaux, qui va vouloir acheter une coquille vide ?

- Le summum est atteint avec l'obligation pour l'employeur d'informer et consulter le comité d'établissement.
J'ai siégé durant un an dans un comité d'établissement.
Avec les autres élus, j'ai voté un nombre incalculable d'avis et de délibérations sur des sujets les plus variés allant de l'implantation d'une caméra de surveillance à la délocalisation d'un département.
A aucun moment, ces votes n'ont eu la moindre influence sur la marche de l'entreprise. Si les obligations légales de consultation sont pléthoriques, aucun texte ne force une entreprise à tenir compte des avis émis.
La seule précaution que doit prendre la direction est de respecter scrupuleusement les formes et délais afin que le processus ne puisse être cassé par un tribunal qui ne statue jamais sur le fond.
Ces mécanismes bureaucratiques et kafkaïens fournissent de l'emploi aux juristes du travail mais ne protègent pas ceux des ouvriers et ingénieurs.
Nos brillants députés se proposent d'ajouter une couche inutile de plus.

Le maintien et le redéveloppement de l'industrie sont cruciaux pour l'avenir.
Sans industrie, un pays ne peut être durablement prospère.
Trois grandes voies sont indispensables et reposent sur un large consensus. Très simples dans leur principe, elles supposent toutefois un véritable courage politique pour les mettre en pratique.

- Tout d'abord, abaisser, de façon perceptible et aisément compréhensible, les charges portant sur les salaires.
Les nécessaires fiscalités et solidarités sociales doivent reposer sur les revenus, la consommation et le patrimoine, pas sur l'emploi dont nous manquons cruellement !

- Ensuite, simplifier les contraintes pesant sur les entreprises, notamment la trop touffue législation du travail, en échange d'une participation accrue du personnel à la gouvernance de l'entreprise.
Le véritable deal que syndicats et patronats pourraient passer serait d'alléger et même supprimer la plupart des procédures de consultation des représentants du personnel en échange d'un avis décisionnel, et non plus  simplement consultatif, sur quelques domaines clefs.
Dans toutes les entreprises cotées, un quart du conseil d'administration devrait être constitué d'élus du personnel.
Pour ce faire, les élections professionnelles doivent devenir véritablement démocratiques, c'est à dire ouvertes à toutes les candidatures, y compris en dehors des syndicats patentés.
De même, les accords d'entreprise, pour être applicables, devraient être réellement majoritaires et non minoritaires comme aujourd'hui.

- Enfin, pousser, au sein des entreprises mais aussi des territoires, vers beaucoup plus de gestion prévisionnelle.
Plutôt que de retarder les inévitables mutations, il est préférable des les accompagner.
Ce qui est indispensable lorsqu'un site ferme ou rétrécit, c'est de réindustrialiser la zone et de former correctement les personnes licenciées, pas de retarder l'échéance de quelques mois.
De la même façon, les bassins d'emploi avec une seule activité économique devrait faire l'objet, de la part des pouvoirs publics, de plans d'urgence visant à leur diversification.

La proposition de loi "Florange" est étrangement muette sur tous ces sujets.
Combien faudra-t-il d'usines fermées et de chômeurs supplémentaires avant que nos élus de tout poil réagissent ?

Industriellement votre.

Référence et compléments
- Voir aussi la chronique industrielle "Lettre ouverte à Olivier Veran députe de l'Isère"
- Article des Echos du 30 avril 2013 sur la loi "Florange".
- Le rapport Gallois de l'automne 2012 explicitait, pour bonne part et avec une crédibilité plus forte que la mienne, les pistes de soutien à l'industrie que j'évoque.