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mardi 12 août 2014

Les mariages en Tunisie concurrents du Tour de France

La Tunisie, à l'instar de l'Irlande et de ses jeux gaéliques, est le berceau de plusieurs sports injustement méconnus.
Outre le Marthathlon, déjà évoqué qui se pratique au moment de l'Aïd, la compétition la plus spectaculaire est incontestablement le mariage.

Ce challenge nuptial par équipe procède simultanément du concours de mode, de l'épreuve d'endurance et de la course cycliste par étapes.

Tout commence, quelque temps avant le véritable tournoi, par des éliminatoires permettant de choisir l'équipe-type et les remplaçants.
La sélection s'effectue via le transport et le rangement des affaires, voire des meubles, de la mariée dans sa future maison.
Étrangement, histoire de désorienter les compétiteurs de faible acabit, on parle des possessions de la mariée et non pas du couple.
Positionner correctement assiettes, couverts et tapis requiert une réelle maîtrise du jeu que peu possèdent pleinement et qui vous désigne d'emblée pour recevoir les faveurs des coachs.
Habituellement, uniquement des Marthe chevronnées réussissent à se qualifier sans coup férir.

Une fois ce tri effectué, l'épreuve officielle peut débuter.
Plusieurs étapes vont se succéder à un rythme infernal, mettant à mal psychismes et organismes.
Seules des équipes au collectif soudé, au mental d'airain et à la condition physique hors du commun peuvent espérer approcher la victoire.

Une attention particulière est portée à la diététique des athlètes.
Les étapes sont ponctuées par de copieux couscous qui apportent aux sportifs les sucres lents qu'ils brûlent en quantité durant les matchs.
Au plus fort de la course, thés, gazouzes et baklavas donnent, via des sucres rapides, le surcroît d'énergie indispensable à la victoire au sprint.
Parfois, des salés sont glissés perfidement dans la nourriture. Ce piège grossier accroît la sensation de soif et oblige à quitter le peloton pour aller au ravitaillement liquide.

Des cousins éloignés ou des voisins sont parfois de vrais faux amis et tentent des déstabilisations.
Ils ont la riche idée de proposer une compétition alternative durant les test-matches.
La seule façon de ne pas lâcher la proie pour l'ombre est de déléguer vos remplaçants pour vous représenter dans ce challenge de seconde division.

Généralement, la première étape un peu sérieuse consiste à faire signer par les deux principaux protagonistes la feuille de match.
Le mariage tunisien est le seul sport au monde où cet acte administratif fait partie intégrante du jeu.
Cette phase, propice aux escarmouches, permet de jauger les compétiteurs en présence et de mettre en place une tactique que l'on espère gagnante dans la durée.

Vient ensuite la seconde étape qui consiste à ce que la mariée et une grande part des compétitrices se parent des peintures de guerre que ne renieraient pas Cheyennes et Comanches. Le mariage tunisien prend ainsi un petit coté football américain du meilleur aloi.
À partir de ce moment crucial, approximations et amateurisme n'ont plus leur place, les deux prochains cols sont systématiquement hors catégorie.

Le peloton gravit d'abord l'outillage où les équipières se parent de maillots originaux et innovants où dominent les teintes flashy et dorées.
Toutefois, dans un souci de respect de l'éthique sportive et de l'olympisme, les logos des sponsors sont bannis de ces compétitions officielles, à l'exclusion des lunettes et des smartphones.
Les éléments masculins, habillés de manière nettement moins seyante, peinent souvent dans cette montée et sont généralement relégués dans le gruppetto.

Soumis à des intensités sonores dépassant les 87 décibels fatidiques, les plus faibles sont irrémédiablement éliminés par l'otite et la surdité.
Le plaquage des joueuses étant interdit, les tympans deviennent une cible de choix.
Les plus résistants doivent aussi supporter le supplice de la baffle saturée qui peine à camoufler les fausses notes.
Mélomanes, ce sport si particulier n'est pas pour vous !

L'arrivée est jugée au sommet de la cérémonie nuptiale.
La plupart des matchs étant arrangés à l'avance, les deux avants-centre parcourent cette étape déjà juchés sur le podium, revêtus de maillots d'apparat.
Par voie de conséquence, les autres compétiteurs, dans un harnachement à peine moins voyant, redoublent d'efforts pour figurer au palmarès. En désespoir de cause, ils finissent par envahir en vagues le podium pour tenter d'influencer le jury.

Malgré de multiples photos finish, rien n'y fait !
Les deux vainqueurs désignés terminent la soirée en se congratulant, arborent fièrement la bague de la victoire puis s'éclipsent dans une nuit qu'on leur souhaite pleine d'étoiles.

Les plus jeunes joueurs, et leurs familles, bien que non médaillés, font contre mauvaise fortune bon cœur et se mettent à espérer une prochaine victoire dans une autre finale.

Toutes mes félicitations aux mariés pour leur superbe succès au terme d'une compétition de très haut niveau et à leurs parents pour la qualité du match.

Tuniso-matrimonialement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "le Marthathlon sport méconnu en Tunisie".

- Pour les très rares lecteurs de ce blog, peu au fait du jargon tuniso-nuptialo-cycliste, quelques précisions sémantiques :
  • Gazouze est un terme dialectal tunisien désignant les sodas gazeux comme Coca ou Fanta.
  • Gruppetto qui signifie petit groupe en italien est un groupe de coureurs lâchés en montagne par le gros du peloton.
  • Outillage / outia est la "fête de la mariée" qui a lieu quelques jours avant la véritable cérémonie de mariage
  • Les cols les plus longs et les plus raides des Alpes et des Pyrénées lors du Tour de France sont dits hors catégorie.
  • Marthe : se reporter à la chronique "un après-midi chez Marthe" (la première de toutes ces chroniques)
  • Les salés sont petit fours salés, comme leur nom le laisse supposer.
  • Le sprint est une très forte accélération lorsque le peloton cycliste arrive groupé au terme d'une étape. Les sprinters, acrobates zigzaguant sur leur vélo à plus de 70 km/h, produisent un effort bref et intense et ne sont généralement départagés que par quelques centimètres.
  • Test-match est un terme anglais de rugby et de cricket qui désigne les compétitions officielles entre équipes des hémisphères nord et sud.
- Merci à Myriam qui m'a soufflé l'idée de cette chronique sportivo-tunisienne.

mercredi 4 septembre 2013

Merci aux élus locaux et à l'équipe de rugby de Grenoble

Depuis dimanche dernier, comme la plupart des habitants de l'agglomération de Grenoble, je suis à la fois heureux et exaspéré.
Malgré la rentrée scolaire, la capitale du Dauphiné croule littéralement sous les visiteurs. Hôtels et restaurants sont complets, les délais d'attente pour accéder au musée ou au téléphérique de la Bastille dépassent deux heures. Rocade et boulevards sont embouteillés encore plus que de coutume et la gare est quasi-inaccessible.
Plus étonnant, la chambre de commerce et les différentes institutions de recherche ont, dans l'urgence, embauché des standardistes et du personnel d'accueil pour faire face à l'afflux de demandes de renseignements professionnels et de projets d'implantations dans la région.
Cela augure d'une activité économique soutenue dans mon bassin d'emploi préféré mais rend le quotidien pénible, les déplacements et l'accès aux commerces étant devenu très difficiles.

La cause de cette affluence massive dans l'Y grenoblois est une campagne de communication très efficace menée par les élus de la communauté d'agglomération, plaisamment baptisée Métro.
L'audacieux président métropolitain, entouré de ses 20 vice-présidents, de ses 12 conseillers délégués et des 42 conseillers communautaires ordinaires, a eu la riche idée d'utiliser les deniers publics qu'il gère pour parrainer le match de rugby Grenoble-Toulon du 31 août.
Le slogan imaginé pour cette occasion était particulièrement percutant "avancer ensemble pour gagner ensemble".
Cette sentence indépassable, couplée au logo ornithologique emblème officiel de l'agglomération dauphinoise, a été affichée régulièrement au cours durant la rencontre.


L'effet a été immédiat. L'immense cohorte de téléspectateurs de la chaîne payante qui retransmettait l’événement, éblouie par tant de hardiesse communicante et d'esthétique d'avant-garde, n'a eu de cesse, une fois le match remporté par l'équipe iséroise, de se précipiter dans la ville de Lesdiguières, pour tourisme, affaires et plus si affinités.

Perpétuellement soucieux du développement économique de ma région, je tiens à remercier ses élus pour leur vision, leur hardiesse et leur efficacité.
En cette période de l'année où les feuilles d'impôts se succèdent à rythme soutenu, je constate avec plaisir et satisfaction qu'au moins mes taxes d'habitation et foncières ne sont pas dépensées en pure perte au sein d'une bureaucratie grisâtre mais investies au service d'une véritable stratégie de soutien à l'activité locale.

Bien sur, cette ardeur de la Métro a aussi pour conséquences quelques menus travers qu'il serait injuste de ne pas tolérer. Toute omelette nécessite le bris de quelques œufs.

Totalement engagés au service du bien commun, les 75 dirigeants et les 850 employés de la communauté de communes n'ont guère de temps disponible pour mettre à jour leur site web.
Ainsi le budget de près de 350 millions d'euros, grosso modo 900 € annuels par grenoblois, y est expédié en 8 petites lignes dans lesquelles la communication et le sponsoring n'apparaissent pas. Cela n'a guère d'importance vu le succès incroyable de ces démarches.

De même, je comprends que le FCG, club de rugby grenoblois, soit soucieux de ne pas mettre ses parrains en porte-faux avec des pages internet plus informatives que celles de la Métro. Aussi, bien que recevant de l'argent public, prudemment, il se garde bien de publier le moindre état financier.

J'approuve aussi qu'édiles et dirigeants sportifs, dans un souci de rayonnement de Grenoble, entretiennent imperturbablement deux grands stades afin que les fiers rugbymen rouges et bleus ne prennent pas le risque de marcher sur les pieds de l'équipe de football pensionnaire de division 4.

Pour conclure, j'espère, un peu égoïstement, que la Métro, sur sa lancée, ne répétera pas la même opération de promotion avec les équipes de volley-ball ou de badminton de Meylan et des autres communes de banlieue.
L'affluence dans l'agglomération risquerait de continuer à croître, ce qui me forcerait à coucher au boulot pour éviter la thrombose de la rocade.

Fiscalo-rugbystiquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Une excellente vidéo d'une conférence du Réseau Citoyen de Grenoble décortiquait en 2013 les subventions de la municipalité de Grenoble (et non pas de la Métro). Le sport professionnel arrivait en tête, le ruban bleu revenant au GF38 club de football de division 4 dont les maillots de joueurs devait être recouverts de platine rhodié.

- J'ai reçu l'image présentée dans cette chronique le 30 août 2013 dans un mail promotionnel envoyé par le FCG qui m'incitait à acheter une place pour la rencontre Grenoble-Toulon en mettant bizarrement en avant le sponsoring de la Métro.

- Site web de la Métro, communauté d'agglomération Grenoble-Alpes Métropole, avec sa description budgétaire très sommaire et la présentation de sa gouvernance qui fait pâlir d'envie les forces armées du Mexique.

- Site web du FCG Grenoble Rugby, dans lequel je n'ai pas réussi à dégoter un quelconque élément financier.
Fort heureusement, le soutien fiscal aux rugbymen grenoblois leur a au moins permis de battre les champions d'Europe toulonnais 28 à 26.

- Comme à chaque fois que j'alpague des politiques sur ce blog, je rappelle que ces colonnes leur sont ouvertes pour un droit de réponse.
De même, si par extraordinaire, le FCG souhaitait publier ses états financiers, je me ferai un devoir de les reproduire.

vendredi 9 août 2013

Le Marthathlon, sport méconnu en Tunisie

À la fin du mois de ramadan, le jour de l'Aïd, se tient, à Kelibia au nord-est de la Tunisie, une compétition sportive injustement ignorée, le Marthathlon.

Il faut dire que, pour une raison mal élucidée, les femmes de la famille s'appellent toutes Marthe. Ce prénom très français est bizarrement systématiquement associé à un prénom masculin local : Marthe-Ali, Marthe-Habib, Marthe-Hamadi, Marthe-Mahmoud et même, désormais, Marthe-Didier.

Le Marthathlon, véritable course par étapes, consiste à visiter l'ensemble des Marthe à cadence élevée.
Comme au Tour de France, deux classements coexistent.

Le classement par points, dont le leader est distingué par une chéchia verte, récompense la régularité.
L'absorption d'un gâteau sec rapporte un point, une pâtisserie tunisienne deux, un thé trois, une citronnade quatre et un grand verre de "gazouze", tel un essai au rugby, pas moins de cinq points.
La "gazouze" light sans sucre est assimilée à du dopage, ne rapporte rien et, en cas de récidive, vous élimine du Marthathlon.

Les arrivées chez les premières Marthe, en quelque sorte des étapes de plaine, sont favorables aux sprinters qui se ruent à vive allure sur les sodas.

Toutefois, assez rapidement, la Marthe de montagne se profile qui propose deux tournées successives. Lestés de trois Cocas et deux biscuits obtenus aisément dans la plaine, seuls des athlètes d'exception réussissent à enchaîner un thé et une citronnade accompagnés de makrouths et de baklavas.

Le premier au classement général est récompensé par la djellaba jaune.
Décrocher cette distinction est une lutte contre la montre. À l'instar du golf, le par est fixé à 10 minutes par Marthe. L'écart, positif ou négatif, entre votre temps effectif et cet objectif s'additionne à votre score.

La plupart des Marthe sont des compétitrices redoutables qui s'ingénient à exploser votre timing.
Pour commencer, la Marthe vous claque pas moins de 4 bises.
Ensuite, elle vous demande des nouvelles de votre famille, en détaillant chacun de ses membres.
Après ces salutation d'usage, elle vous fait asseoir et enchaîne par un ravitaillement solide et liquide accroissant votre classement par points.
Lorsque vous faites mine de partir, la Marthe appelle à sa rescousse la célèbre Mademoiselle Bikri qui se place en travers de la sortie en répétant "c'est trop tôt, c'est trop tôt".

Une volonté de fer et une pratique régulière de plusieurs décennies du Marthathlon sont indispensables pour être plus rapide que le par et revêtir la tunique safran.
Personnellement, cette année, j'ai terminé le Marthathlon une vingtaine de minutes au-dessus de l'objectif mais avec 18 points dans ma besace. Une performance honorable mais trop loin des podiums.

Marthathloniquement votre

Références et compléments
- "Marthe" suivi d'un prénom signifie "femme de" en dialecte tunisien. Ainsi Marthe-Habib est l'épouse de Habib.
- "Gazouze" est le mot dialectal pour les sodas sucrés et gazeux, comme Coca, Fanta ou Apla.
- "Mademoiselle Bikri", ou plutôt "mzel bikri", veut dire littéralement "c'est trop tôt".
- Merci à Myriam & Karim qui m'ont soufflé l'idée de cette chronique
- Voir aussi les chroniques tunisiennes "Un après-midi chez Marthe" et "Précis de survie linguistique en Tunisie".

mercredi 13 mars 2013

Conclave sportif

Le catholicisme a perdu, en France, beaucoup de sa superbe et de sa pratique. Pourtant, le conclave des cardinaux réuni au Vatican pour désigner un nouveau pape occupe médias et conversations de bistrot.
Cet engouement paradoxal provient de la proximité de cette tradition, pourtant vieille de 700 ans, avec nos modernes rencontres sportives.

Les deux types d'évènements sont étonnamment similaires :

- Des règles simples, faciles à comprendre et à mémoriser.
Une partie de tennis se joue en deux ou trois sets gagnants. Un pape s'obtient à la majorité des deux tiers.

- Un déroulement parfaitement spécifié et balisé.
Si, au stade, une sirène marque la mi-temps, au Vatican, des émissions de fumées rythment le conclave.

- Un rituel tranchant avec notre quotidien.
Ainsi, les éminents électeurs papaux, à l'instar de footballeurs ou de jockeys, revêtent, pour la compétition, des habits spéciaux et colorés.

- Un véritable suspens.
Même en présence de favoris, l'issue du match n'est pas connue à l'avance.

- La remise d'un trophée au vainqueur.
Le cycliste champion du monde endosse un maillot arc-en-ciel, le pape élu passe de la pourpre au blanc.

- Une dramaturgie savamment entretenue.
A peine vainqueur, le nouveau pape se choisit un pseudonyme adapté à sa personnalité comme n'importe quel catcheur.

Le seul point sur lequel je m'interroge encore est de savoir si encens et hosties peuvent être considérés comme des produits dopants ...

Papalement votre

Post Scriptum : précisions chronologiques
Cette chronique a été initialement publiée le mercredi 13 mars 2013 à 18H55.
La fumée blanche émise par la cheminée de la Chapelle Sixtine annonçant l'élection du nouveau pape est apparue dans le ciel du Vatican à 19H06.
L'énoncé de la formule célèbre "Habemus Papam" et l'apparition du tout neuf pontife François Ier au balcon de la Basilique Saint Pierre ont eu lieu peu après 20 heures.

mercredi 3 octobre 2012

Nos impôts ne doivent pas servir à financer la chasse aux handballeurs

J'habite l'agglomération de Grenoble qui s'est illustrée ces dernières semaines par des faits divers violents et, désormais, barbares.
Dans le même temps, votre serviteur et plusieurs de ses connaissances dauphinoises ont été victimes d'actes plaisamment appelés de "petite délinquance" qui oscillent entre l'énervant et le franchement ennuyeux.
Pour prévenir et diminuer ces crimes et délits, des actions supplémentaires de police et justice sont indispensables. Malheureusement, à en croire les discours des politiques et des syndicalistes, ces deux institutions sont à court d'effectifs et d'argent. Aussi, aucune amélioration notable de la situation sécuritaire n'est à envisager.
Je serais prêt à croire ces belles et tristes paroles, si les unes des médias ne leur apportaient pas, depuis trois jours, un cinglant démenti.

Au bas mot, une bonne trentaine de policiers, un procureur, un juge d'instruction et quelques auxiliaires de justice sont mobilisés, toutes affaires cessantes, pour démêler une sombre histoire de paris sportifs présumés truqués.

Je n'ai toujours pas compris la raison de l'intervention de responsables de l'ordre public dans un domaine exclusivement privé.
Aucune personne ou bien n'a été menacé, l'atteinte aux droits fondamentaux n'est pas manifeste et la régularité des compétitions n'est pas une prérogative régalienne.

Les joueurs et dirigeants sont tous des professionnels produisant un divertissement d'apparence sportive. Un travailleur du handball qui estimerait que son activité pèche par manque d'éthique conserve la possibilité de changer de métier, ce que peu de smicards ont le loisir de faire.
Un spectacle sportif est financé par son public des stades et de la télévision qui, si le show ne lui convient pas, peut, à tout moment, choisir de dépenser son temps et son argent différemment.

Une escroquerie à l'encontre des parieurs n'est pas non plus envisageable. Les fans du Loto Sportif ou de Betclic, humanitaires méconnus, apportent volontairement leur contribution à un marché de dupes : plus du tiers de leurs mises sont dirigées vers l'état, les salariés et les actionnaires des bookmakers.
La véritable motivation du parieur ne réside pas dans un banal appât du gain mais dans la satisfaction intérieure de participer anonymement à la lutte contre les déficits et le chômage.

S'il est avéré que les frères Karabatic et leurs dulcinées ont tripoté le résultat d'un match sans intérêt pour beurrer leurs épinards, la très versatile morale sportive aura subi une légère éraflure mais l'appareil d'état, que nos impôts peinent à entretenir, n'est, en aucune manière, concerné.

Notre redémarrage économique suppose un assainissement profond et rapide des comptes publics. Pour ce faire, l'augmentation des prélèvements est insuffisante et probablement peu efficace.
Seul, un état moins dépensier réalisant avec diligence ses missions de base peut nous éviter la spirale dépressive infernale.
Afin de donner l'exemple, la police devrait, dare dare, se concentrer sur les meurtres, agressions et cambriolages et cesser la chasse aux téléchargeurs de musique, aux chaptaliseurs de vin, aux cyclistes dopés et aux handballeurs spéculateurs ...
Cela suppose que nos coûteux parlementaires abrogent d'urgence quelques articles de loi stupides voire scélérats.

Libertariquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "Combien coûte une loi ?", "Appel à François Hollande pour qu'il gracie le condamné d'Hadopi" et "Tour de France, carnaval des transgressions".
- Le chiffre du tiers de prélèvements sur les paris provient du rapport d'activité 2011 de la Française des Jeux.
- Betclic est une société enregistrée à Malte qui, bien qu'affichant une ancienne gloire du football et de la morale sportive, ne communique ni sur son actionnariat ni sur ses comptes.
Il y a fort à parier, si j'ose m'exprimer ainsi, que sa ponction sur les mises est, a minima, du même ordre de grandeur que celle de la Française des Jeux.


mardi 12 juin 2012

Grossièreté subventionnée et défiscalisée

Hier, 11 juin 2012, à Donetsk en Ukraine, lors du match France - Angleterre, le footballeur Samir Nasri a cru bon, à l'issue d'un but, de crier distinctement face à une caméra de télévision "ferme ta gueule !". Soucieux de ne pas discriminer les sourds et malentendants, ce dynamique sportif a aussi traduit sa déclaration en langue des signes.

Si, lors d'un salon professionnel, sur le stand de l'entreprise qui m'emploie, face à des ingénieurs conseils représentant des clients, il me venait l'idée saugrenue d'imiter le comportement du sieur Nasri, je serai licencié sur le champ.
Apparemment, les mœurs du football sont très différentes. Aujourd'hui Mr Blanc, supérieur hiérarchique direct du grossier buteur, n'y a publiquement rien trouvé à redire et a considéré qu'il s'agissait d'une affaire personnelle.

Le sieur Nasri est payé par son club de Manchester City 10.7 millions d'Euros par an, soit environ 813 SMIC.
Il faudrait 19 vies de travail à un ouvrier non qualifié pour égaler cette rémunération annuelle.
La parade du silence devant les caméras a duré environ 30 secondes, laps de temps durant lequel le compte en banque de son auteur a augmenté d'un Euro.

L'employeur momentané du sieur Nasri, la Fédération Française de Football, a perçu en 2011 une subvention de presque 3 millions d'Euros de l'état français, pourtant gravement déficitaire. Ce subside est en augmentation de 4% par rapport à 2010.

Travaillant et habitant en Angleterre, le sieur Nasri ne paie ni impôt ni cotisations sociales en France.

En résumé, chaque français débourse annuellement 5 centimes d'Euro pour qu'un jeune footballeur, totalement défiscalisé, puisse, avec l'assentiment de ses employeurs, proférer des grossièretés tout en arborant les couleurs nationales.
Incontestablement, le sport possède une immense valeur éducative.

Silencieusement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Les autres chroniques "déchiffrage"

- La rémunération astronomique de Samir Nasri par Manchester City est indiquée par de nombreux sites web dont cet article de Challenge

- Le montant de la subvention publique à la Fédération Française de Football est planqué à la note 14 de son rapport financier 2010 /2011 publié sur le site du Journal Officiel.
Fort heureusement, la loi impose à toute association recevant plus de 300 000 Euros de subvention de certifier ses comptes et de les publier au Journal Officiel. La FFF ne s'exécute que depuis la triste mésaventure sud-africaine de 2010.

- Articles Wikipedia sur Samir Nasri et sur le SMIC

mardi 17 avril 2012

Cyclisme politique

Les analyses de la dernière vague de sondages à propos de l'élection présidentielle française mettent en avant la grande proportion d'indécis qui pourrait bien changer les qualifiés pour le second tour.

En réalité, les commentateurs politiques ont une tâche aussi ardue que leurs confrères sportifs.
Lorsqu'un match est plié, il faut à tout prix conserver les téléspectateurs jusqu'à la fin pour éviter de doper les audiences de la concurrence. Si le suspens disparait, il faut le récréer à tout prix.
Ainsi lors du dernier Paris - Roubaix, pendant une heure, France 2 a expliqué que Tom Boonen, pourtant seul en tête avec une belle avance, pouvait fort bien perdre la course voire, sait-on jamais, renoncer au cyclisme.

Et bien, cette année, le premier tour de la présidentielle ressemble à l'Enfer du Nord : les jeux sont faits ! Nicolas Sarkozy et François Hollande iront en finale.

Actuellement les sondages indiquent :
- Sarkozy et Hollande largement échappés avec environ 25%,
- Mélenchon et M. L. P. (je n'arrive pas à écrire son nom) en "chasse patate" vers 15%,
- Bayrou décroché à 10%,
- un peloton de cinq lâchés juste devant la voiture balai,
- un tiers des électeurs toujours non décidés.

Les ondoyants et les versatiles ne peuvent modifier l'issue du scrutin que si leur comportement est radicalement différent de celui des français déjà fixés sur leur choix.
Pour qu'un des deux candidats leader finisse, dimanche prochain, à 20%, il faudrait qu'il n'obtienne que 10% - deux fois et demi moins - chez les indécis.
De même, un des deux challengers à 15% n'atteindrait les mêmes 20% qu'en bondissant à 30% chez les indéterminés, deux fois leur performance actuelle.

Alors, certes, nous ne savons pas encore si l'étape du 22 avril sera gagnée au sprint par Nico ou Fanfan, ni qui de Jean-Luc ou de M. recevra le maillot à pois comme lot de consolation, mais nous devons nous faire une raison : le prochain président sera une fois de plus un mâle issu des rangs du PS ou de l'UMP.

Cycliquement votre

Références et compléments
- Merci à Laurent qui m'a donné l'idée de disserter sur les pronostics politiques