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mercredi 14 septembre 2016

Quand les émirs du pétrole régnaient sur l'Europe

Les monarques d'Arabie et du Golfe, avec leur train de vie fastueux et kitsch ainsi que leur autoritarisme teinté de religion nous choquent.
Pourtant, l'essentiel du patrimoine culturel européen est l'œuvre de souverains aussi peu exemplaires.

Des monarchies archaïques et pourtant prospères

Avec la Renaissance, au 16ème siècle, a débuté, en Europe, une ère de progrès agricoles, techniques et sanitaires qui, pas à pas et dans la douleur, a boosté productions, villes et populations.

Ces changements économiques ont toutefois tardé à se transformer en évolutions politiques.
Clergé et noblesse s'empressaient de rappeler au bon peuple que cet ordre des choses pyramidal et inégalitaire était, pour l'éternité, un don de Dieu.
Aussi les monarchies absolues et leurs cortèges de féodaux ont bénéficié, pendant presque trois siècles, des fruits juteux à souhait de la rente foncière et des multiples taxes.

Peu soucieux de redistribution sociale, les rois et leurs obligés s'ingéniaient à dépenser illico ces sommes prodigieuses en guerres mais aussi en constructions ostentatoires, tant civiles que religieuses.

Palais royal de Turin

Paraitre pour être 

Le 18ème siècle fut l'apogée de ce système.
Les styles baroques et rococo, avec leurs cargaisons de dorures et de décorations, reflètent de goûts et envies de nouveaux riches.
Un palais royal ou ducal devait d'abord en mettre plein la vue !

Mobilier rococo au pavillon de chasse de Stupinigi

Le roi de France Louis XIV - alors souverain le plus puissant d'Europe - fit bâtir le gigantesque château de Versailles pour montrer qui était le patron en impressionnant ses sujets et ses voisins.

Dans le même temps, les émirs de Savoie, qui régnaient, depuis Turin, sur la province éponyme mais aussi sur le nord de l'Italie actuelle, voulurent se mettre en évidence. Pourtant la première garnison française n'était qu'à une trentaine de kilomètres de leur capitale.
Les rois de Piémont-Sardaigne - comme ils aimaient se faire appeler - érigèrent en un temps record une multitude de palais non loin du Pô ainsi qu'un pavillon de chasse somptuaire à quelques encablures.

Coupole du pavillon de chasse de Stupinigi

Les fastes royaux en héritage 

En bon touriste, j'ai récemment arpenté Turin et visité plusieurs de ses monuments.
Désormais, cet imposant patrimoine - les anglo-saxons disent heritage - procure émotions et plaisir à ses hôtes tout en propulsant l'activité économique.
Pourtant, ces palais et églises ont été commandités par des monarques dépensiers aux motivations douteuses et financés une paysannerie miséreuse essorée par l'impôt.

Pavillon de chasse de la maison de Savoie à Stupinigi
Peut-être, dans quelques années, irons-nous, de même, à Riyadh ou Dubaï admirer en flânant les oeuvres des rois du pétrole...

Baroquement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :
- Rimbaud + McDo + Dubaï = le plateau ivre
- Le Vatican : des Saouds bien de chez nous
- Daech s'est déjà implanté deux fois en Europe

Site web de l'office du tourisme de Turin / Torino

Photos prises par l'auteur à Turin / Torino et Stupinigi le 10 septembre 2016.

dimanche 1 mai 2016

Deux rayons de soleil dans un ciel européen grisâtre

Trop souvent nous préférons porter notre attention sur les déraillements plutôt que sur les trains qui arrivent à l’heure à bon port.
Les colonnes de ce blog ne font pas, en ce domaine, exception.


Aussi, une fois n’est pas coutume, je voudrais relater deux rayons de soleil ayant dardé cette semaine. Bien que ténus et fragiles, ils possèdent l’immense mérite de contraster avec la morosité de l’heure.

Des docteurs qui changent le monde

« Mais soyons vrais, docteur, quand la jeunesse et l'amour sont d'accord … »
Beaumarchais - Le barbier de Séville
La semaine dernière, j’ai eu l’opportunité et la chance d’assister à des présentations par des « doctorants » grenoblois de leurs travaux et d’échanger avec plusieurs d’entre eux.

Le néologisme « doctorant » désigne un étudiant en train de réaliser une thèse de doctorat, c’est à dire d’approfondir durant environ trois ans un sujet de recherche très précis qui n’a encore été défriché par personne.

Optimisme et dynamisme se dégageaient de ces exposés variés.

Demain bouillonne et émerge dès aujourd'hui dans les laboratoires de recherche.
Des jeunes des quatre coins de la planète, s’exprimant indifféremment en anglais ou en français, s’acharnent à faire émerger des caméras sans fil ni pile, des trains plus économes, des bâtiments plus agréables et moins énergivores, des puces en diamant, des accès encore plus aisés à internet ou des avions plus surs, pour ne citer que quelques uns des thèmes des 500 doctorats en « electrical engineering » en cours dans la région de Grenoble.

Bien entendu, certaines de ces recherches ne déboucheront pas mais la plupart - directement mais aussi de manière inattendue - modifieront dans le futur nos quotidiens personnels et professionnels.
Notre avenir apparaissait, au cours de cette conférence, déjà palpable.

Erasmus ou l’amour saute-frontières

« Vos filles et vos fils vont la main dans la main
Faire l'amour ensemble et l'Europe de demain »
Georges Brassens - Les deux oncles
À peu près au même moment, Sandro Gozi donnait une interview au magazine français Le Point à l’occasion de la sortie de son livre « Génération Erasmus - Ils sont déjà au pouvoir ».

Je m’excuse auprès de mes amis transalpins mais, jusqu’alors, j’ignorais l’existence de Sandro Gozi qui est un professeur et homme politique italien, actuellement secrétaire d’état aux affaires européennes.

Dans son entretien, ce ministre polyglotte explique que les premiers étudiants à avoir bénéficié du programme universitaire européen Erasmus - il fut l’un d’entre eux dans les années 1990 à Paris et Bruxelles - occupent désormais des postes de responsabilité et « qu’ils doivent sauver l’Europe ».

Plus étonnant et plus énergisant, il rappelle aussi qu’Erasmus a eu pour conséquence la formation de nombreux couples transfrontaliers qui ont « l’Europe inscrite dans leur ADN ».
Environ un quart des étudiants ayant bénéficié de ce programme vit avec une personne d’une autre nationalité que la sienne.
Désormais presque 500 000 couples - sensiblement 1 ménage européen sur 200 - doivent leur rencontre à Erasmus.

Le chiffre du million de bébés Erasmus rendu public par la commission de Bruxelles et repris par Sandro Gozi n’est pas encore atteint mais devrait l’être d’ici 5 ans.

Tous comptes faits, les « deux oncles » de Brassens sont en passe de « devenir des soldats inconnus ».


Scène du film de Cédric Klapisch « casse-tête chinois » avec Romain Duris.
Ce film est le dernier volet d’une trilogie composée aussi de « l’auberge espagnole » et des « poupées russes » qui retraçe la vie d’étudiants Erasmus se rencontrant initialement à Barcelone au début des années 2000.

« C’est en croyant aux roses qu’on les fait éclore »
Anatole France

Optimistement votre

Références et compléments
Je remercie Gérard Meunier pour m’avoir invité à la journée des doctorants de EEATS.
Toutes les informations sur les doctorats en « electrical engineering » dans la région de Grenoble sont disponibles sur le site de l’école doctorale EEATS.

La chanson « les deux oncles » de Georges Brassens - qui choqua beaucoup lors de sa sortie en 1964 - prône la réconciliation européenne après les deux conflits mondiaux.
Le texte met en scène deux oncles décédés à la guerre, l’un « ami des Tommies » c’est à dire des anglais, l’autre autre « ami des Teutons » autrement dit des allemands, dont l’auteur se sert pour appeler à dépasser leur opposition passée « maintenant que vos controverses se sont tues ».

L’interview de Sandro Gozi a été évoquée par Jacques Munier sur France Culture dans son billet quotidien « le journal des idées ».
Elle est disponible en ligne sur le site du Point (consultation payante).

Page sur le site des Éditions Plon au sujet du livre de Sandro Gozi « Génération Erasmus - Ils sont déjà au pouvoir ».

Articles Wikipedia sur Erasmus et sur Sandro Gozi.

La photo extraite du film de Cédric Klapisch « casse-tête chinois » a été trouvée dans un article de Libération sur le million de bébés Erasmus et provient de StudioCanal.

dimanche 29 novembre 2015

Mes valeurs

​Les attentats en France, en Tunisie et dans de nombreux pays ont relancé le débats sur nos valeurs et leur défense.
Liberté, égalité, fraternité, laïcité, diversité, ces mots en "é" et quelques autres sont magnifiques mais, comme souvent avec les concepts, un peu abstraits.

N'étant ni philosophe, ni juriste, je vous propose une déclinaison personnelle et concrète de ces réflexions.


Multi-bienvenue - Huile sur toile d'Amal Mejdouba

J'ai deux pays, la France et la Tunisie.

La France, j'y suis né, comme mes enfants et comme, avant moi, mes parents, grands-parents et aussi mes arrière-grands-parents, j'y vis, j'en suis citoyen, j'y paie régulièrement des impôts et j'ai même, à l'insu de mon plein gré, porté un an son uniforme.

La Tunisie est ma patrie de coeur.
Je l'ai découverte à la charnière des années 1970 et 1980, je m'y rends régulièrement et, au fil du temps, j'y ai noué de multiples relations personnelles, familiales et amicales.

Désormais, j'ai vécu des deux côtés de la Méditerranée des moments intenses, des joies profondes et, aussi, quelques peines.
J'y ai de la famille et des amis.

Beaucoup de personnes de ce réseau improvisé se connaissent et s'estiment, ne serait-ce qu'à distance.
Lorsque des vents mauvais, intimes ou publics, soufflent, au nord ou au sud, ils sont nombreux à se faire du souci et à prendre des nouvelles.
Et, quand les circonstances permettent des rencontres, les sourires sur les lèvres signent les liens qui rassemblent ce petit monde.

J'ai deux pays et bien plus encore !
Au gré de la vie personnelle et professionnelle, mon cercle amical et social s'est incroyablement étendu.
Ainsi, au jour de l'an, j'envoie et reçois des voeux dans une trentaine de pays.
Et - le croirez-vous ? - j'ai même d'excellents amis proches dans des contrées aussi exotiques que l'Inde et l'Italie.

Ce regroupement improbable est composite et bigarré.
Langues, ethnies, religions, nationalités, opinions, cultures, orientations, goûts, comportements et croyances y foisonnent.
Cela ne nous empêche pas de nous apprécier et de nous fréquenter, bien au contraire.

Alors n'en déplaise aux barbares, extrémistes et conservateurs, à poils longs ou à poils ras, cette vie sans prétentions, cosmopolite et variée me plait et je n'ai guère, comme la plupart de mon entourage, envie d'en changer.

Je comprends même que certains préfèrent le confort illusoire de l'entre-soi aux chocs enrichissants mais déstabilisants des cultures.
Qu'à cela ne tienne, je ne souhaite pas transformer leur façon d'être.
Je leur demande simplement de laisser les autres vivre comme ils l'entendent !

Mondialement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "tentative d'explication de la laïcité française à mes amis hors de l'Hexagone"

mercredi 2 septembre 2015

La frontière et la mer

À Kelibia, au nord-est de la Tunisie, lorsque la météo est de la partie, l'île italienne de Pantelleria, montagne dressée en Méditerranée, est visible depuis le littoral.
Sur l'horizon, depuis une plage de Kelibia, au coeur de la brume maritime et numérique, l'île de Pantelleria et sa Montagna Grande

De même, sur la colline du fort et sur certaines plages, il est possible de capter des opérateurs téléphoniques transalpins.

L'opérateur téléphonique italien TIM reçu à Kelibia

Pourtant, faisant fi de la liberté des ondes - aux deux sens du terme - quelque part en mer passe une invisible mais bien réelle frontière entre le pays du jasmin et celui de la pizza, entre l'Afrique et l'Europe.
Des milliers de migrants, au péril de leur vie, sur des embarcations de fortune payées à prix d'or à des mafieux, se jettent à l'assaut de cette limite mythique.

Même si ma tête me rappelle que les frontières sont des éléments - si j'ose m'exprimer ainsi - incontournables de real politik, mon cœur ne peut s'empêcher de souhaiter leur disparition.
Ces lignes arbitraires de démarcation accentuent, en pratique, les différences entre des personnes aux nombreux points communs.

Peut-être, devrions-nous nous souvenir que Méditerranée se disait en latin mare nostrum, notre mer ...
À quand une Schengen-Méditerranée devenue un lac intérieur ?
Mosaïque d'Ulysse du musée du Bardo de Tunis, symbole d'une Méditerranée unie
Humainement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :
Images réalisées par l'auteur à Kelibia et au musée du Bardo en août 2015

lundi 3 août 2015

Le monde n'est pas encore foutu, la pizza va le sauver

J'ai passé mon enfance en Picardie à une centaine de kilomètres au nord de Paris. À cette époque - années 1960, début des années 1970 - la pizza y était totalement inconnue.

Ma mère n'en cuisinait jamais et les rares restaurants du village de Ribécourt n'en proposaient pas.
Les surgelés étant à leurs balbutiements, le plat napolitain ne se déclinait pas non plus en version esquimau.
Je n'ai pas de souvenir précis mais je suis presque certain de ne pas avoir mangé de pizza avant, au moins, l'âge de 15 ans.

Pareillement, lorsque je suis venu pour la première fois en Tunisie en 1981, aucune pizzeria n'existait dans la bourgade de Kelibia, pourtant située juste en face de la Sicile et de l'île de Pantelleria.

Depuis lors, notre alimentation s'est mondialisée. La pizza est devenue planétaire.
J'ai personnellement expérimenté, avec des fortunes diverses, cette tarte italienne en Inde, en Egypte, aux USA, à Dubaï et en Chine.
Pizzaïolo est devenu une profession courue tant en France qu'en Tunisie. Les pizzerias sont désormais si nombreuses à Kelibia que je ne sais les dénombrer.
Menu de la pizzeria "La Siciliana" à Kelibia en juillet 2015
Nous avons tellement l'habitude de focaliser sur ce qui va de travers et nous divise que nous oublions, trop souvent, de relever ce qui nous rapproche.
Silencieusement mais irrémédiablement, la pizza - et aussi le yaourt - sont en train d'unir le monde.
Détester quelqu'un qui mange comme soi est un exercice difficile.

Marguerite de Savoie, reine d'Italie, en popularisant la pizza à la fin du dix-neuvième siècle, a contribué, sans le vouloir ni le savoir, à rendre notre Terre plus vivable.
Aussi, l'UNESCO serait bien inspirée en répondant positivement à la demande de 2011 du gouvernement italien qui souhaitait l'inscription de "l'art traditionnel des pizzaiuoli de Naples" au Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité.

Margheritalement votre

dimanche 28 juin 2015

Le niveau de la classe politique européenne en chute libre

L'imbroglio grec et l'incapacité - à l'heure où j'écris ces lignes - des différentes parties à trouver un compromis raisonnable illustre jusqu'à la nausée la dégradation du personnel politique partout en Europe.
18 gouvernements, 18 parlements et de multiples institutions dites communautaires sont incapables d'avancer sur un dossier où chaque pays a beaucoup à perdre si aucune solution viable n'émerge.

Un mélange délétère d'incompétence, d'impuissance bureaucratique, d'inexpérience, de cynisme, d'excès de communication et de manque de hauteur de vue caractérise désormais les politiciens de tous pays, bords et poils.
La médiocrité est devenue la règle.
Pour preuve, ce petit test : pouvez-vous citer les noms de 3 politiciens européens actuels avec lesquels vous auriez plaisir à partir en vacances ?

Même les partis récents ne relèvent pas le niveau.
L'irréalisme nationaliste de Syriza en Grèce ou les pantalonnades de Beppe Grillo en Italie sont la preuve que les "nouveaux" mouvements issus de la contestation populaire ne valent pas mieux que leurs aînés.

Désormais, partout en Europe, les meilleurs talents fuient la politique.
C'est simultanément un très bon et un très mauvais symptôme.

D'un coté, cela illustre que nos sociétés, sous l'effet des changements technologiques et sociaux, sont en voie "d'horizontalisation" et que les anciens processus "verticaux" ont de moins en moins de prise sur la marche du monde.

Mais, dans le même temps, cette transition est loin d'être achevée.
La phase turbulente dans laquelle nous sommes serait moins âpre si, comme le disait Rudyard Kipling, nous avions des dirigeants "sachant conserver leur courage et leur tête".

Deux menaces pèsent en permanence sur les démocraties libérales - les anciennes comme les plus jeunes - la tentation autoritaire mais aussi l'impuissance des démocrates.
Hitler a atteint le pouvoir autant par ses propres actes que par l'incapacité pathologique de la république de Weimar a surmonter la grande crise économique débutée dans les années 1920.
De même, "l'étrange défaite" de 1940 est moins une victoire de l'Allemagne nazie qu'un écroulement de la troisième république française.

Un sale fumet d'années 1930 flotte de manière persistante au dessus du Vieux Continent et nulle brise ne semble en vue pour le faire partir.

Tristement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "l'étrange défaite de Marc Bloch étrangement actuelle".
- Chronique rédigée le dimanche 28 juin 2015 vers 18:30

lundi 1 juin 2015

Si on mettait les immigrés dans des bus ?

En France, l'immigration est devenue une obsession nationale.
J'ai déjà utilisé vis à vis de cette fixette le froid étalon des statistiques.

Toutefois, de bons esprits, de gauche comme de droite, m'ont rétorqué que nous n'étions pas dans le domaine des chiffres mais dans celui de l'identité, des perceptions et des sensations.

Soucieux de me conformer à l'air du temps et - comme aurait dit le regretté Georges Brassens - de complaire aux sycophantes, j'ai choisi d'illustrer l'immigration au fil du temps plutôt de la décompter.

Les transports en commun étant des endroits de brassage de la population, j'ai fait monter dans des bus une cinquantaine de personnes représentatives de la France de leur époque.

En 1930, en moyenne, un bus Renault TN6 emportait 47 français, 2 italiens et 1 polonais

En 1960, un bus Renault TN6 véhiculait 47 français, 1 italien et 2 européens d'autres origines


En 2015, un très moderne autobus MAN NG313 transbahute 46 français, 1 européen, 1 algérien, 1 marocain et 1 personne venant du reste du monde

Mélangiquement votre

Références et compléments
- Pour voir les illustrations en plus grand format, cliquer dessus.

- Voir aussi la chronique “Combien d'immigrés musulmans en France ?”

- J'ai beaucoup de plaisir à indiquer que le daltonien que je suis peine à distinguer les "badges drapeaux" français et italiens.
Le myope-presbyte que je suis aussi confond les autres !

- Le nombre de passagers est issu des très sérieuses statistiques de l'INSEE que je me suis contenté d'arrondir avant de les faire grimper dans les autobus.

- Les photos des bus de la RATP proviennent de Wikimedia Commons
. bus Renault TN6
. bus Somua OP5
. bus MAN NG313

- Les "badges drapeaux" sont l'oeuvre de Nordic Factory

samedi 2 août 2014

Tunisie Italie, si lointaines si proches

Dans ce bassin où jouent
Des enfants aux yeux noirs,
Il y a trois continents
Et des siècles d'histoire …

Plusieurs fidèles lecteurs ayant manifesté leur appréciation à propos de la photographie de la frontière fossile de Savoie, je me permet de vous proposer une nouvelle image captée sur une plage de Kelibia en Tunisie.
Distinguez-vous une forme montagneuse, sur l'horizon, au centre de la photo, estompée par une brume conjointement maritime et numérique ?

Au centre, sur l'horizon, au cœur de la brume, l'île de Pantelleria
Cette montagne au milieu de la mer est l'île italienne de Pantelleria / Pantiddirìa.

Ici, au nord-est de la Tunisie, à l’instar des eaux du canal de Sicile, deux univers voisins s'entremêlent.

Le nom de ce territoire italien vient de l’arabe : بنت الرياح / Bint al-Riyāḥ, la fille des vents.
Il est situé à 70 km de la côte tunisienne et est parfaitement visible du Cap Bon lorsque la météo s’y prête.

Quelque part au milieu de l'image, en pleine mer, passe la triste limite sud de l'espace dit Schengen.
Ces flots paradisiaques et ceux plus au sud autour de l’île cousine de Lampedusa sont devenus un calvaire et même un cimetière pour les candidats toujours plus nombreux à l'émigration.
Partis de Tunisie, de Libye et aussi d'Afrique subsaharienne, les “brûleurs” tentent de rejoindre l'Europe et son opulence dans des embarcations de fortune payées au prix de la business class aérienne auprès de passeurs, véritables trafiquants modernes d'esclaves.

Non loin, à El Haouaria, à l'extrémité du Cap Bon, par nuit claire, on distingue aisément les lumières de la côte sud-ouest de la Sicile.
Marsala / Mars al-Allah / le port de Dieu où débarquèrent en 1860 les milles chemises rouges de Garibaldi parties de Bergamo / Bergame ainsi que Porto Empedocle, la ville de Vigata dans les romans d'Andrea Camilleri, semblent à portée.
Le commissaire Montalbano rode à quelques encablures.

Les radios italiennes s'écoutent sans difficulté dans tout le Cap Bon. Radio 24 indique un bouchon sur la tangenziale de Milano / Milan, mais reste muette au sujet des rues encombrées du cente de Kelibia.
Souvent, sur le littoral, les téléphones accrochent le signal des opérateurs transalpins.

Le dialecte tunisien s'orne des langues de Dante et de Pirandello.
À table, on utilise une fourguitta. On pêche et on mange de délicieux scombri. Dans les cafés, on peut boire des capucins et jouer à la scopa / chkobba / شكبة .

Cette photo, avec un peu d'imagination et d'optimisme, laisse entrevoir un monde - le mien, le votre sûrement, le notre j'espère - fait de plusieurs cultures connexes, de nombreuses relations et de peu de barrières.

Ce monde, l'histoire et beaucoup trop d’hommes s'ingénient à le fracasser.
À trois heures de route d'ici, des barbares à poil long tentent, par les armes et la terreur, d'imposer leur façon d'être et de croire.
Trois heures d'avion plus à l'est, les vers de Georges Moustaki sont, tragiquement, toujours actuels.

Il y a des oliviers
Qui meurent sous les bombes
Là où est apparue
La première colombe,
Des peuples oubliés
Que la guerre moissonne.

Fort heureusement, la géographie et d'autres hommes - en pratique, d'ailleurs, surtout des femmes - refusent l'isolement fratricide et, tels Sisyphe, remettent obstinément sur le métier notre monde rêvé et connecté.

Il y a un bel été
Qui ne craint pas l'automne,
En Méditerranée ...

Voici, pour terminer, une version simultanément franco-grecque et publique de la chanson “En Méditerranée” de Georges Moustaki dont des extraits illustrent ce billet.


Méditerranéennement votre

Références et compléments
- Quelques éléments italiens ou siciliens dans la chickchoucka linguistique tunisienne :
. Fourguitta : fourchette
. Scombri : maquereau
. Scopa / chkobba / شكبة : jeu de cartes italien, littéralement le balai.
. Capucin : café au lait, cappucino

- Photographie prise à Kelibia, avec les moyens du bord c'est à dire avec un téléphone soi-disant intelligent, le 1er août 2014 sur la plage du Petit Paris (autre référence transculturelle).

- Voir aussi la chronique "Fossile à revivifier en Isère et Savoie".

mardi 29 juillet 2014

Exigeons une commémoration par jour !

L'été, comme l'automne, l'hiver et le printemps, nous procure son lot de jours fériés venant rappeler à notre bon souvenir des événements mémorables. 14 juillet et 15 août en France. 25 juillet, Aïd el Fitr et 13 août en Tunisie.

Tout cela est excellent mais reste trop modeste.
En partant du principe que les peuples qui ignorent leur histoire s’exposent à la revivre, il devient impératif pour émerger de la mouise actuelle d’accroître sensiblement le nombre de commémorations.

Afin de contribuer à la mise en place de cette mesure impérieuse de redressement, voici mes suggestions pour la première quinzaine d’août 2014.

1er août - 14 thermidor - jour du basilic
Commémoration de la naissance de la Comtesse de Ségur, auteur des "Petites Filles Modèles", il y a 215 ans.

2 août - 15 thermidor - jour de la brebis
Commémoration de la bataille de Canne della Battaglia où Hannibal, à la tête des armées de Carthage, l'ancêtre de la Tunisie, au terme d’un festival offensif, mit une pilée aux légions de Rome, prédécesseur de l'Italie, il y a 2230 ans.

3 août - 16 thermidor - jour de la guimauve
Outre une célébration privée que je m'interdis de détailler plus, commémoration du déclenchement de la première guerre mondiale, paroxysme du crétinisme nationaliste, il y a 100 ans.

4 août - 17 thermidor - jour du lin
Commémoration de la découverte du procédé d’élaboration du Champagne par le regretté Dom Pérignon, il y a 321 ans.

5 août - 18 thermidor - jour de l'amande
Commémoration de la naissance de Neil Armstrong - premier homme à avoir marché sur la Lune - il y a 84 ans.

6 août - 19 thermidor - jour de la gentiane
Commémoration du couronnement de Louis VIII de France et de son immaculée épouse Blanche de Castille, il y a 791 ans.

7 août - 20 thermidor - jour de l'écluse
Commémoration du décès de Joseph Kosma, musicien, coauteur avec Jacques Prévert de la chanson “les Feuilles Mortes”, il y a 45 ans.

8 août - 21 thermidor - jour de la carline
Commémoration du départ, avec un billet aller simple, de Napoléon Bonaparte pour l'île de Sainte Hélène, il y a 199 ans.

9 août - 22 thermidor - jour du câprier
Commémoration de l'invention du premier janvier comme jour de l'an grâce à la promulgation de l'édit de Roussillon par le regretté roi français Charles IX, il y a 450 ans.

10 août - 23 thermidor - jour de la lentille
Commémoration de la naissance d'Henri Nestlé, industriel suisse, fondateur de la marque éponyme, il y a 200 ans.

11 août - 24 thermidor - jour de l'aunée
Commémoration de l'instauration du suffrage universel en France, il y a 222 ans.

12 août - 25 thermidor - jour de la loutre
Commémoration de la naissance du regretté Erwin Schrödinger, physicien autrichien, auteur de l'équation éponyme et grand ami des chats, il y a 127 ans.

13 août - 26 thermidor - jour de la myrte
Commémoration de la naissance de Luis Mariano, artiste lyrique espagnol, interprète indépassable de la rengaine “on a chanté les politiques qui posent une gerbe pour les commémos”, il y a 100 ans.

14 août - 27 thermidor - jour du colza
Commémoration de la naissance de Ali III ben Hussein Bey, souverain éponyme de Tunis, impuissant face à la colonisation française, il y a 197 ans.

15 août - 28 thermidor - jour du lupin
Commémoration de la bataille de Roncevaux, seconde d'une grande série de défaites triomphales des armées françaises, il y a 1236 ans.

Commémoriquement votre

Références et compléments
- Il y a une grande lurette que je m'étais donné comme objectif d’utiliser au moins trois fois dans une chronique le joli adjectif éponyme. C'est désormais chose faite.

- Voir aussi les chroniques :
. “Le premier janvier a été inventé en Isère”
. “L'insoutenable ambiguïté du défilé du 14 juillet”
. “L'insoutenable ambiguïté des monuments aux morts”

- Le soi-disant air de Luis Mariano est un détournement de la chanson “Mexico” de l'opérette de Francis Lopez “le chanteur éponyme” (+1).

- Les dates indiquées sont celles du calendrier dit grégorien mais aussi celles du calendrier révolutionnaire français qui, non seulement, avait changé les mois traditionnels mais aussi remplacé les saints du jour par une commémoration zoo-botanique.

- Merci à Wikipedia qui a grandement facilité la rédaction.

mercredi 23 juillet 2014

Frontière fossile entre Isère et Savoie

Je vous invite à regarder attentivement la photo ci-dessus.
Si vous n'y distinguez rien de particulier, je vous conseille de consulter votre ophtalmologiste préféré car un magnifique fossile trône au milieu de l'image.

En effet, jusqu'en 1860, le torrent appelé le Guiers Vif, qui circule au fond de cette vallée du massif alpin de la Chartreuse et que le feuillage cache en très grande partie, marquait la limite entre la France, à gauche du cliché, et ce qui n’était pas encore l'Italie, mais le Royaume de Piémont-Sardaigne, de l'autre côté.
Cette frontière a été défendue et gardée plusieurs siècles, jusqu'à ce que les péripéties du Risorgimento - l'unification italienne - la fasse disparaître comme par enchantement.
Désormais, le Guiers sépare les départements de l'Isère et de la Savoie.

70 km vers l'est, l'actuelle limite franco-italienne, grâce à l'Union Européenne et au traité de Schengen, ne se remarque guère plus.
La frontière germano-française, pour laquelle, pourtant, ont péri des millions de combattants de la première guerre mondiale, est désormais aussi peu marquée.
Pareillement, l'ancien rideau de fer, où les Vopos tiraient à vue sur les émigrants, n'est plus visible lors d'un trajet autoroutier de Varsovie à Francfort ou de Venise à Ljublajna.

Toutefois, cette extinction progressive des frontières européennes émeut de nombreux défenseurs de la nature, pardon de l'ordre soit disant naturel des choses.
Ces bons esprits expliquent doctement que notre vague à l'âme et notre économie poussive proviennent de la disparition des bonnes vieilles limites nationales.
D'après ces spécialistes ès vestiges, seul le rétablissement des postes de douanes et du bornage inter-pays, voire des clôtures, peut nous ramener la paix et la prospérité d'antan.

Bien entendu, ces savants autoproclamés, en fonction d'où ils parlent, divergent sur la détermination exacte de ces limites à réinstituer.
À Budapest, par exemple, historiens et politiques réclament haut et fort la remise en cause du traité de Trianon conclu en 1919 et le retour à l'imposante Hongrie de l'empire des Habsbourg.
De même, sous prétexte de mémoire et de généalogie, des associations de descendants d'allemands des Sudètes militent ouvertement pour que le chancelier berlinois gouverne aussi des portions de la République Tchèque et de la Pologne.

Plus au sud et à l'est, on est encore plus entreprenant.
Ces derniers jours, d'héroïques patriotes ont eu le courage de quitter l'univers feutré des paroles et des idées pour passer aux actes concrets.
En Ukraine, en Palestine-Israël, en Irak et en Syrie, de glorieux combattants ont pris les armes et n'hésitent pas à sacrifier civils et voisins pour redessiner une frontière à leur convenance.
Verser du sang autour de futurs fossiles est, à en croire les propagandistes de tous les camps, plus que jamais, une nécessité impérieuse et un devoir moral.

Pour conclure ce billet, désireux de me conformer à l'ambiance du moment et d'apporter ma pierre à la reconstruction des nations, je rétablis donc, à ma façon, l'ancestrale frontière franco-sarde de Savoie.

Frontièro-patriotiquement votre

Références et compléments
- La photo a été prise par mes soins dans le massif de la Chartreuse, à la limite des départements français actuels de l'Isère et de la Savoie, sur la route des Entremonts située sur la rive iséroise du Guiers Vif, à l'aplomb du tunnel du Frou.
- L'excellent logo “coexist” provient de la campagne éponyme.

lundi 9 juin 2014

Faut-il remplir les prisons pour réduire la délinquance ?

L'examen parlementaire de la nouvelle loi pénale dite Taubira a ravivé le sempiternel débat entre les tenants de la répression et les supporters de l’humanisme.
Goûtant toujours aussi peu les dogmes et fidèles aux habitudes de ce blog, j’ai cherché à départager les deux camps grâce aux statistiques et aux comparaisons avec nos voisins européens.

En quelques clics, l'excellent site de la communauté européenne Eurostat fournit deux séries de données, le nombre de personnes incarcérées par pays ainsi que la quantité d’infractions déclarées annuellement aux forces de police.
En divisant ces chiffres par la population de chaque état, on peut comparer des politiques judiciaires et carcérales très diverses.

En Europe, en permanence, 1 personne sur 700 dort en prison, soit grosso modo un total de 800 000 taulards, l’analogue de Marseille, d’Amsterdam ou d’un petit Turin.

La France se situe nettement en dessous de la moyenne avec un ratio de 1/1 000, soit environ 65 000 détenus, l’équivalent de Troyes, Valence, Mérignac ou Levallois-Perret.
Belgique, Grèce, Italie, Portugal et Croatie font sensiblement aussi bien que la patrie des droits de l’homme.
Allemands et hollandais mettent en taule 20% moins souvent.

Slovènes et finlandais sont nettement moins répressifs. À Helsinki ou à Ljubljana, on n’enferme qu’une personne pour 1 700 habitants.

À l'inverse, Royaume-Uni, Espagne et Roumanie coffrent 1.5 plus fréquemment qu'en France.
La palme du bouclage est détenue par les baltes. En Lettonie et Lituanie, pourtant peu réputées pour leur ensoleillement, 1 habitant sur 300 est autoritairement mis à l'ombre.

Mesurer la délinquance est beaucoup plus compliqué que de compter les types retenus derrière des barreaux.
Grosso modo, deux méthodes existent pour évaluer la criminalité.

La première, que les spécialistes baptisent plaisamment enquêtes de victimation, consiste à demander à un échantillon, que l’on espère représentatif de la population, si on lui a fait du mal récemment.
Ce type d’analyse possède les avantages, mais surtout les défauts, des sondages d'opinion.
Seules les déclarations des personnes qui répondent sont prises en compte, sans possibilité de recouper leurs dires. Les biais sont nombreux et dans tous les sens possibles.
De surcroît, ces questionnaires ne concernent qu’un nombre limité de pays, avec des méthodologies variées, ce qui rend les comparaisons illusoires.

La seconde manière de procéder est de dénombrer les déclarations officielles déposées par les victimes supposées auprès des services de police.
Là encore, les biais sont légion.
La confiance dans la police, sa probité et son efficacité varie grandement en Europe.
De surcroît, les incitations à porter plainte sont très diverses. Par exemple, le signalement des cambriolages à la maréchaussée dépend de la couverture d’assurance et de l’exigence ou non par les compagnies d’un papier officiel pour procéder à l’indemnisation.
Malgré tous ses défauts, le taux d’infractions déclarées par habitant est le seul indicateur statistique réellement international.

Annuellement, les européens indiquent à la police de l’ordre de 30 millions d’infractions, près de 2.5 fois la quantité de voitures neuves immatriculées.
Autrement dit, une personne sur 20 se rend chaque année dans un commissariat pour porter plainte, soit un ratio de 50 faits délictueux déclarés pour 1 000 habitants.
L’entourage familial, amical et professionnel de chacun d'entre nous comprend, en moyenne, entre 100 et 300 personnes. Aussi, trimestriellement, voire mensuellement, nous connaissons personnellement quelqu'un ayant contacté les forces de l’ordre pour un dommage ou une agression.
Cette fréquence relationnelle nourrit le sentiment d’insécurité.

Dans ce domaine, la France, à l’instar de l’Italie, du Portugal, de l’Espagne ou de la Hongrie, se situe juste sur la moyenne européenne.
Anglais et allemands se rendent plus souvent chez les pandores, avec des taux respectivement de 65 et 75 plaintes pour 1 000 têtes de pipe.

La Suède est championne d’Europe de la plainte avec 150 déclarations pour 1 000 habitants. Chaque année, les collègues du commissaire Wallander reçoivent un citoyen sur 7. Pas étonnant qu’ils apparaissent légèrement neurasthéniques dans les romans policiers.

À l’autre extrémité de l'échelle, les policiers grecs, bulgares, roumains et baltes ne sont que modérément interpellés par leur population. À peu près une personne sur 50 seulement consent chaque année à leur donner du travail.

En croisant les statistiques européennes de prisonniers et d’infractions déclarées, on obtient une vue d’ensemble passablement hétérogène.

Comparaison européenne des ratios pour 1 000 habitants de prisonniers et d'infractions déclarées à la police (chiffres Eurostat 2012)
[Cliquer sur l'image pour l'agrandir]
Sans lunettes, le nuage de points donne l’impression que beaucoup coffrer diminue les plaintes.
Toutefois, à y regarder de plus près, les exceptions pullulent.
Suède et Norvège ont le même taux d’incarcération, alors que les plaintes y varient d’un facteur 3.
Autre exemple, on emprisonne 3 fois plus en Lituanie qu'en Grèce avec un ratio similaire d'infraction déclarées.

Avec des chiffres aussi peu probants et autant sujets à caution, les discussions enflammées sur le degré nécessaire de répression pénale ne vont pas se tarir de sitôt.
Peut-être s'agit-il d’un sujet trop passionnel pour que nous l'abordions sereinement ...

Sarkotaubiriquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
. Quand sondage rime avec bidonnage
. Pauvre Claude G. !

- Les valeurs présentées dans cette chronique proviennent des chiffres 2012 d'Eurostat. Les ratios ont été arrondis pour faciliter leur compréhension.

- Les pays européens sont nommés sur le graphique par leurs codes ISO.

lundi 14 avril 2014

Lettre à Elżbieta Łukacijewska

Chère Madame (ou Mademoiselle, je ne sais)

À ma très courte honte, je dois avouer que, quelques heures en arrière, j'ignorais votre existence.
Fort heureusement, un site de rencontres m'a fait découvrir vos nombreux charmes.

Elżbieta Łukacijewska
Cette agence matrimoniale un peu particulière s'appelle VoteWatch Europe et s'est donnée pour mission de surveiller et de rendre publique l'action des députés européens.
En plus de nombreuses statistiques civiques, ce service internet propose un speed dating politique.
L'internaute remplit un formulaire avec onze questions politiques, économiques et sociétales. VoteWatch Europe classe ensuite les parlementaires de Strasbourg en fonction de la proximité de leurs votes avec les opinions exprimées par le visiteur.

Eh bien, chère Elżbieta, j'ai le plaisir de vous annoncer que vous arrivez première dans mon hit-parade personnel !
84% de vos suffrages dans l'hémicycle communautaire sont en accord avec mes inclinaisons personnelles.

Vous avez réussi à coiffer sur le poteau Iva Zanicchi, une chanteuse et députée italienne, ainsi qu'Artur Zasada, un de vos compatriotes polonais.
Les 10 premiers de ma liste personnelle sont 5 italiens, 4 polonais et un espagnol. Comme quoi, tropismes géographiques et généalogie ont peut-être une importance politique insoupçonnée.

Iva Zanicchi, désormais députée berlusconienne au parlement européen, a interprété en italien dans les années 1970 des chansons de Mikis Theodorakis.

L'escadron polono-italien, dont vous assurez le leadership, a relégué au diable vauvert l'équipe de France.
Le premier député bleu-blanc-rouge dans mon classement est Gilles Pargneaux. Il pointe seulement à la douzième place et semble surtout connu de sa propre famille.
Sa seconde est Bernadette Vergnaud qui n'a réussi qu'une minable trente-septième position.

Beaucoup de députés français se retrouvent dans mon grupetto personnel.
Ainsi M.L.P. (je suis toujours affecté de la même crampe aux doigts qui m'empêche d'écrire ce nom en entier) est antépénultième dans l'ordre de mes préférences. Elle n'est battue que par le libéral irlandais Brian Crowley et le populiste xénophobe britannique Godfrey Bloom.

Fasciné par notre complicité naissante, j'ai, chère Elżbieta, visité vos pages et posts sur internet.
Votre biographie révèle de nombreux points communs entre nous deux : nous sommes de la même génération, vous avez fait vos études dans un institut polytechnique et avez quelques qualifications en marketing.

Comme malheureusement je capte peu l'idiome de Lech Walesa, vos interventions à Strasbourg et vos prises de position me sont resté hermétiques. Mais vu notre osmose intellectuelle naissante, cela n'a guère d'importance.

J'ai toutefois noté une petite ombre au tableau. Vous entretenez un clientélisme du meilleur aloi en sponsorisant une compétition de football pour enfants.
Pour gagner définitivement mes faveurs, je vous suggère de laisser tomber la discipline - si j'ose m'exprimer ainsi - de Zidane et Materazzi pour introduire le beau jeu de rugby dans la patrie de Chopin.

Européo-poloniquement votre

Références et compléments
- Comme à chaque fois que j'aborde des thèmes politiques, les colonnes de ce blog sont ouvertes pour un droit de réponse. Chère Elżbieta Łukacijewska, je me ferai un plaisir de publier votre réaction, y compris dans la langue de Czesław Miłosz.
- Dans une veine proche, la chronique photographique sur les "Confins de l'Union Européenne".
- Le site VoteWatch Europe. Il m'a été signalé par Didier que je remercie.
- Site web et page Wikipedia en polonais d'Elżbieta Łukacijewska.
- La photo d'Elżbieta Łukacijewska provient de sa page Wikipedia.
  

samedi 27 avril 2013

Vu d'avion, l'ordre règne en Syrie

Bien que les temps soient au mariage pour tous, le monde, contrairement aux apparences, n'est pas bi mais tri.
Je parle, bien entendu, des dimensions qui définissent l'espace dans lequel nous évoluons.

Grâce à Clément Ader, aux frères Wright et aux compagnies d'aviation, des personnes de plus en plus nombreuses s'envoient régulièrement en l'air.
A chaque instant, environ 700 000 humains - l'équivalent de l'agglomération de Grenoble - planent au dessus des 7 milliards d'autres scotchés au plancher des vaches.
Avec la complicité active d'Airbus et Boeing, cette nouvelle aristocratie, à l'instar des anciennes hiérarchies féodales, profite de privilèges dont ne peuvent jouir ceux qui, par choix ou obligation, restent au sol.
Pour preuve, un confortable voyage aérien effectué cette semaine dans un appareil affrété par un émir entre la calme Genève et la kitschissime Dubaï.

- Un sympathique apéro a permis aux 300 passagers de surmonter sans effort la crise politique italienne.

- Durant le repas, les Balkans furent avalés sans encombre.
Toutefois à Sarajevo, un attentat fut commis contre la propreté de ma chemise par des gouttelettes de café fuyant à vitesse stratosphérique une cuillère tombée de ma main gauche à l'insu de mon plein gré.

- Le passage en Turquie s'est effectué comme un seul homme.
A l'heure de la sieste, les différences entre Anatolie et Kurdistan ne se remarquent guère. Manifestement, le récent processus de paix a déjà porté ses fruits dans la haute atmosphère.

- Les désordres de la guerre civile syrienne sont très surfaits.
Malgré une observation attentive, je n'ai pas réussi à détecter un seul dommage aux populations civiles ou au patrimoine.

- D'Erbil à Basra, en passant par Bagdad, la traversée de l'Irak fut aussi peu remarquable que celle du pays des Omeyyades.
Le fracas du conflit ethnique et électoral qui ensanglante à nouveau la Mésopotamie n'a pas suffi à troubler la sérénité du cockpit.
Vol au dessus de Bagdad (Irak)
Vol au dessus de Bagdad / بغداد
- L'émirat du Kuwait a été expédié en quelques minutes.
Si Voltaire avait été à bord de cet avion parti de son ancienne propriété de Ferney, il n'aurait pas manqué de souligner que naguère on s'y battit pour quelques arpents de pétrole.

- Les pétarades des bolides de Formule 1 et des pétoires de la police de Bahreïn sont strictement inaudibles à 11 000 mètres au dessus du niveau de la mer.
Cela a évité que les cris des victimes de la répression gênent l'équipage peu de temps avant qu'il amorce la descente.

- Le Qatar et sa bonbonne souterraine de gaz ressemblent, d'en haut, à un confetti.
La première syllabe est particulièrement appropriée pour cette dictature d'opérette qui coffre ses poètes et qui finance, en vrac, djihadistes et footballeurs inconstants.

- L'approche finale s'effectue dans le corridor de la démocratie : l'Arabie Saoudite à droite et l'Iran - qui l'eût cru ? - à gauche.
J'ai cru un court instant que le souffle de la Liberté et de l'Humanité secouait l'appareil jusqu'à ce qu'une hôtesse nous mette en garde contre des turbulences.

- Pour finir, l'opulence ostentatoire et gaspilleuse de Dubaï ne se remarque qu'au sol.
Depuis le ciel, les émirats soit disant arabes et unis sont d'abord un gigantesque tas de sable.

Aériennement votre

Références et compléments
- Chronique rédigée au dessus du Moyen Orient alors qu'un Boeing 777 reliant Genève à Dubaï m'avait envoyé en l'air.
  

samedi 16 mars 2013

En 1848, la France révolutionnaire renvoyait les savoyards chez eux

Autres temps, autres mœurs proclame la sagesse ancestrale des nations.
Personnellement, j'en doute et inclinerais plutôt en faveur de l'éternel bégaiement de l'histoire.
Pour preuve, les troublants échos de l'épisode révolutionnaire français de 1848 avec le passé récent, tant dans l'Hexagone qu'en Tunisie.

En février 1848, trois jours d'émeutes et de fusillades à Paris poussent le roi Louis-Philippe en bout de course vers l'exil.
Profitant de la confusion, républicains, libéraux et socialistes, avec le poète Lamartine à leur tête, abolissent la monarchie, proclament la République et établissent un gouvernement provisoire.

Mal préparés, les révolutionnaires font face à de nombreuses difficultés, notamment un chômage ouvrier massif et un mécontentement social explosif.
Pour tenter de faire baisser la pression, le gouvernement crée une commission hétéroclite qui va accoucher des Ateliers Nationaux, structure publique d'embauche des sans-emploi. Ceux-ci sont employés dans des chantiers sans véritables buts. Faute de financement, l'expérience dure trois mois et s'achève dans la répression anti-syndicale.

Dans les grandes villes, l'immigration économique, qui a commencé en France dès la fin du XVIIIème siècle, bat déjà son plein. Les nouveaux républicains doivent faire face à des demandes contradictoires.
De nombreux ouvriers réclament ouvertement l'expulsion des étrangers qui "volent le travail des français".
Ainsi, une affiche anonyme qui orne les murs de Paris, s'en prend ouvertement aux savoyards, alors sujets de la monarchie de Turin, le royaume de Piémont-Sardaigne.
    "Des étrangers, les Savoyards inondent la capitale.
    Cette peuplade envahissante porte un grand préjudice au pays, ne serait-il pas temps d'y mettre un terme et d'arrêter ce torrent qui déborde sur la France.
    Le gouvernement doit protection à la classe ouvrière. Est-il juste que des étrangers viennent moissonner les ressources du pays ? [...]
    Les pièces de 5 francs rentrent dans leur gousset et n'en ressortent plus ! [...]
    En Savoie, ils appellent la France leur Californie ! Expatriez-vous Français ! Faites place aux Savoyards ! [...]
    S'ils n'étaient pas là, on ne verrait plus d'ouvriers sans ouvrage, plus de domestiques sans place, plus de vagabonds. Il y a parmi eux des fils de fermiers, des gens aisés. Seuls les malheureux restent dans leur pays pour cultiver les terres. [...]"
Dans le même temps de nombreuses délégations d'étrangers - savoyards mais aussi italiens, polonais et même irlandais - demandent au gouvernement provisoire de prendre la tête d'un mouvement de libération de leur pays et de mettre en pratique la solidarité internationale revendiquée durant l'opposition au régime de Louis-Philippe.
Alphonse de Lamartine se charge de leur expliquer que le temps doit d'abord suspendre son vol et qu'il est urgent d'attendre. L'écrivain, devenu apprenti politicien, déclare même que "nous l'avons dit et nous voulons que les paroles de la République soient des paroles de vérité : nous ne romprons pas la paix du monde !".
Le gouvernement provisoire incite toutefois les étrangers chômeurs à rentrer dare dare dans leur patrie. Pour ce faire, il octroie des passeports gratuits et verse même des indemnités de route, prototype de l'actuelle aide au retour.

Les nouvelles autorités de Lyon réussissent le tour de force de faire encadrer 1 300 chômeurs savoyards par environ 200 "voraces" - version locale des "exagérés", terme alors usité pour ce que nous nommons extrême-gauche - et à expédier ce beau monde à pied à Chambéry afin d'y proclamer la République Française et d'arracher la Savoie à son monarque.
Cette troupe improbable et à peine armée atteint la capitale savoyarde en cinq jours et prend sans résistance la ville le 3 avril 1848.
Le lendemain, les paysans des alentours dirigés par leurs curés rétablissent, aux cris de "à bas la république, vive le Roi", le pouvoir de la monarchie piémontaise. Pour faire bonne mesure, ils lynchent une douzaine d'exagérés et expédient un millier de personnes en prison.
Magnanime, le gouvernement de Turin, en pleine guerre ratée avec l'Autriche, les fait élargir dans la quinzaine suivante.

Fin 1848, alors que la désillusion est forte, les élections amènent au pouvoir une majorité nettement conservatrice.
Louis-Napoléon Bonaparte, neveu du despote corse, devient le premier président de la République Française élu au suffrage universel.
Petit à petit, il étend ses pouvoirs, initialement limités. Le 2 décembre 1852, lors d'un coup de force, il envoie définitivement valser le reliquat d'état de droit et s'autoproclame empereur, en prenant le dossard Napoléon III.
En 1860, en échange de son soutien à la monarchie turinoise dans son unification manu militari de l'Italie, Napoléon III rattache la Savoie et Nice à la France.
Cette annexion fût ratifiée par un référendum hautement démocratique où le oui l'emporta à 99%, malgré une absence massive de bulletins non.
Les savoyards, sous la pression de la pauvreté, continuèrent à émigrer massivement dans les grandes villes françaises où il n'étaient plus étrangers.

Républicainement votre

Références et compléments
- Je remercie "Catherine de Savoie" dont l'envoi du texte de l'affiche parisienne anti-savoyards est au point de départ de cette chronique.
- Beaucoup de détails historiques proviennent du site web de l'UMAS (l'Union Mondiale des Associations de Savoyards).
- Une de mes ancêtre, Françoise Arbenne Reinier, a fait partie de ces nombreuses personnes ayant émigré de Savoie vers Paris. J'ai brièvement évoqué sa biographie tragique dans la chronique "Un enfant c'est un papa et une marâtre !".
- Les articles historiques et philatéliques du site histoirepostale.net sur la Savoie et le comté de Nice.

mercredi 4 mai 2011

Italie, Brésil, Inde, on nous ment - Chronique indienne


A force de voyager pour des motifs professionnels, je suis parvenu à la conclusion regrettable que les géographes et les guides touristiques nous bourrent gravement le mou !

En effet, ils omettent systématiquement d'indiquer que, dans les pays de travail, le jour est beaucoup plus court qu'ailleurs sur la planète.
Je n'ai pas d'explication astronomique à ce phénomène singulier, mais si vous mettez le nez dehors, presque chaque fois, il fait nuit !
Les monuments historiques que vous croisez sont affectés souvent par une éclipse de soleil.
Il aura fallu que j'aille à Bergame, mensuellement, pendant plus de deux ans pour que l'Astre Suprême veuille bien honorer de ses rayons Citta Alta.
En Inde, c'est pareil ! La route menant du centre de Bangalore à l'aéroport n'est manifestement pas le meilleur endroit pour bronzer. Je me demande, d'ailleurs, comment mes collègues locaux font pour avoir la peau si mate.

Le patrimoine de ces contrées de labeur est aussi très surfait.
Qui sont donc les infographistes de talent qui réussissent à nous faire croire à l'existence du Taj Mahal, de la basilique Saint Marc ou du pain de sucre carioca ?
Les rares curiosités visitables et visitées sont le génie autoroutier des XXèmes et XXIèmes siècles, le manque récurrent d'harmonie des zones industrielles et l'universalité patente des immeubles de bureaux !
Les entreprises multinationales ont rendu réelle l'utopie du regretté Karl Marx : les prolétaires (et même un peu plus) de tous les pays sont désormais vraiment unis, au moins dans leur environnement de travail.

Afin de lutter contre les lamentables mensonges du complexe touristico-géographique, je vous conseille, s'il vous prend l'idée étrange de vous rendre dans les patries de Dante, de Santos-Dumont ou de Gandhi, de balancer dans la poubelle la plus proche vos guides verts, bleus ou blancs.
En contrepartie, il est prudent, avant tout départ, de se procurer un manuel de procédures industrielles du meilleur aloi qui vous facilitera grandement la communication avec les autochtones.

Professionnellement votre …