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jeudi 14 janvier 2016

​La Pravda ressuscite à Meylan

​Imaginez que le maire de votre ville se présente à votre logis familial en fin d'année, au moment où pompiers et facteurs proposent leurs calendriers, exige que vous lui remettiez 50 € et vous promette la livraison d'un bon demi kilo de papier dans les semaines à venir.

Contrairement aux apparences, je ne suis pas devenu gâteux ou alcoolique car cette scène improbable se répète - à l'exclusion du déplacement domiciliaire de l'élu - depuis une grande lurette à Meylan, commune de la banlieue de Grenoble où je réside.


Une tonne de paplard pour l'ensemble de la commune

En effet, tous les 2 mois, ma boîte aux lettres reçoit "Meylan ma ville", le journal de la municipalité.

Ce canard de 24 pages en couleur propose 90 grammes d'informations municipales de haute volée.

Pesée avec une balance de cuisine du n°117 de "Meylan ma ville" : 91 grammes

Une ode au maire

Pas moins de 17 mentions ou photographies de Damien Guiguet, actuel maire de Meylan, apparaissent au fil des articles.
Son action désintéressée et novatrice au service du bien commun est mise en valeur dans ses moindres détails.

Dans la dernière livraison en date, on apprend que l'édile en chef a le 11 novembre dernier, "célébré le 97ème anniversaire de l'armistice de 1918".
Puis, le 16 novembre, il remettait le couvert pour honorer les "victimes des attentats de Paris".

Un peu plus loin, l'élu nous prie de ne "pas minimiser la délinquance" et proclame qu'il est "résolu à amplifier la fermeté".

Toutefois, probablement pour rester dans une veine patriote mais en aucun cas nationaliste, Damien Guiguet annonce, en page 3, cliché à l'appui, s'être débarrassé en Angleterre de son écharpe tricolore.

Un magazine littéraire

Le maire, aux talents polymorphes, est aussi critique de livres.
Il recommande, dans l'éditorial, la lecture du roman de Boualem Sansal intitulé 2084.

Pour un prochain numéro, je lui signale que je connais personnellement au moins un excellent auteur meylanais et que je peux, s'il le souhaite, les mettre en relation.

Des écologistes gaspillant du papier

Comme aux meilleures heures de la regrettée URSS ou du non moins regretté Ben Ali, l'opposition municipale reste bouche bée face aux réalisations indépassables de la majorité.
Aussi l'espace "d'expression politique" qui lui est réservé est tout simplement vide.

Dans la rubrique "expression politique" du n°117 de "Meylan ma ville" l'opposition est aphone

Une coûteuse propagande

Cette réclame politique aux ficelles usées jusqu'à la corde serait risible et dérisoire si elle n'était financée avec notre argent.

La feuille de chou de Damien Guiguet coûte grosso modo 200 000 € par an en deniers publics, soit 12 € par habitant, quasiment 50 € pour une famille de 4 personnes.

Ces chiffres sont reconstruits et approximatifs car, à ce jour, le site web de la mairie de Meylan ne propose pas de documents économiques détaillés explicitant l'emploi de nos taxes et impôts.
Malgré tout, je suis confiant dans l'ordre de grandeur de mon calcul.

Et si la réduction des dépenses publiques c'était maintenant ?

Qui à Meylan est prêt à débourser quelques dizaines d'euros annuels pour s'abonner à une réincarnation soft de la Pravda ?

Aussi, je met au défi la municipalité de réaliser, grandeur nature, une expérience de contraction budgétaire.
Pour ce faire, je lui propose de cesser, pendant un semestre, la publication et la diffusion de "Meylan ma ville" et de relever combien des 17 500 meylanais vont se plaindre de la disparition de cet Everest de la presse.

De surcroît, avec les sommes économisées, Damien Guiguet pourrait inviter les Chœurs de l'Armée Rouge à se produire dans notre ville !


Soviétiquement votre

Références et compléments
Voir aussi les autres chroniques sur Meylan, notamment "tout savoir (ou presque) des finances municipales".

L'auteur rappelle qu'il n'a aucune affiliation politique locale ou nationale. Cette chronique est celle d'un citoyen, contribuable et électeur ordinaire.

Le chiffre approximatif de 200 000 € annuels pour le journal "Meylan ma ville" a été obtenu comme suit :
  • Coûts de rédaction : 8 personnes sont citées dans "l'ours" du journal municipal (sans compter les photographes et l'élu chapeautant la publication).
    Elles ne travaillent certainement pas à plein temps pour cette publication. J'ai donc considéré l'équivalent de 2.5 personnes au coût salarial complet de 70 k€/an.
  • Coûts d'impression : j'ai consulté les sites de Saxoprint et Grandes Imprimeries.
    Leurs devis sont similaires, autour de 3 000 € pour un tirage à 11 000 exemplaires.
    Au passage, le lecteur attentif notera qu'il y a environ 10 000 foyers fiscaux à Meylan.
  • Coûts de distribution : les devis en ligne sont très variables.
    J'ai effectué une moyenne à 1 000 € par parution.
Je propose aux élus de Meylan (majorité et opposition) un droit de réponse sur ce blog à la condition impérative qu'ils en profitent pour diffuser des chiffres économiques fiables et vérifiables sur le coût de l'organe municipal de propagande.

La livraison de "Meylan ma ville" citée dans cette chronique est le n°117 (décembre 2015 - janvier 2016).
Les 8 élus d'opposition à l'expression politique vide sont Aurélie Alfonsi, Christophe Batailh, Philippe Cardin, Mélina Herenger, Antoine Jammes, Marie-Odile Novelli, Christel Refour, Michel Bernard.
Pour la majorité, en plus du maire Damien Guiguet, Jean-Claude Pétrone, Françoise Balas, Chantal Allouis et Jean-Claude Peyrin sont cités dans la Pravda meylanaise.

J'ai conscience que les deux photos de "Meylan ma ville" que j'ai réalisé ne respectent pas pleinement les règles de propriété intellectuelle en vigueur.
Toutefois comme je participe à l'insu de mon plein gré au financement de cette gazette, toute remarque sur ce point serait particulièrement déplacée.

La photo de la une de la Pravda de mai 1919 provient de Wikimedia Commons et est issue des archives de RIA Novosti.

lundi 21 décembre 2015

Les conseils régionaux à la pointe de l'innovation politique

​La récente poussée électorale du Front National a éclipsé le vent de rénovation que font souffler, en France, les élus régionaux sur un système politique anémié.
Je vous propose de juger sur pièces en prenant l'exemple de Rhône Alpes où je vis et qui va bientôt fusionner avec l'Auvergne.

Homéopathie budgétaire

Quotidiennement, chaque français, quel que soit son âge et sa condition, verse aux différentes collectivités publiques, en moyenne, un peu plus de 35 €.

Si une très grosse moitié est réservée à la sécurité sociale, la région ne récupère qu'un seul petit euro.
Les communes et départements, à titre de comparaison, dépensent au delà de 10 fois plus.

Privilégiant la qualité plutôt que la quantité, nos conseillers régionaux, à en croire leurs dernières professions de foi, réussissent l'exploit, avec des sommes aussi modestes, de simultanément relancer l'économie, doper la cohésion sociale, améliorer notre sécurité, porter le savoir au pinacle et développer les transports publics ainsi que promouvoir sports, tourisme et culture.

Une telle efficacité budgétaire devrait inspirer nos autres représentants autrement plus dispendieux.

Des élus au plus près des réalités

La micro-politique régionale, à l'instar de la médecine de précision dont elles s'inspire, suppose une parfaite connaissance des populations et de leurs attentes.
Exactement l'inverse des pratiques des entreprises ou des associations institutionnelles qui font trop souvent fi de la réalité et de l'humain.

C'est pourquoi, jusqu'alors, Rhône Alpes ne comptait pas moins de 156 élus.
La fusion à partir de janvier 2016 des Allobroges avec les Arvernes ne changera rien sur ce point. La nouvelle région AURA sera dirigée par autant de conseillers que ses deux parents réunis.

Ainsi chaque édile territorial peut suivre au plus près le travail de 43 employés de la région ainsi qu'un peu moins de 16 millions d'euros de dépenses.

Bien évidemment, pour permettre aux élus de conserver leur regard de géologue braqué sur le terrain, de nombreux agents régionaux sont des cadres chargés de manager leurs collègues et les budgets.

Un quasi-bénévolat

L'attention de tous les instants au développement de la région et le souci constant du détail dont font preuve nos élus régionaux de tous bords sont fort mal indemnisés.

Ces héros méconnus qui démontrent, par leurs actes quotidiens, qu'une autre politique est possible, ne reçoivent, financés par nos impôts, qu'environ 2 700 € bruts mensuels, à peine agrémentés de menus défraiements.

Laurent Wauquiez, probable futur réformateur inspiré et méconnu de la politique française, à l'instar de ses prédécesseurs à la tête de la région Rhône Alpes Auvergne

Un pari en guise de conclusion

Ayant le goût du risque, je parie ici publiquement une bière et un couscous que Laurent Wauquiez, le sémillant quadragénaire tout juste placé à la tête de Rhône Alpes Auvergne par le suffrage universel, malgré son beau sourire et ses promesses tout aussi séduisantes, ne changera rien d'essentiel au torrent impétueux de réformes instauré par ses prédécesseurs.

Les colonnes de ce blog lui sont ouvertes s'il souhaite un droit de réponse et je me ferai un plaisir de lui offrir ces diététiques céréales solides et liquides si, par extraordinaire, les faits venaient à me démentir.

Énerviquement votre

Références et compléments
- Pour plus de détails sur les chiffres, voir les deux chroniques :
. Que coûte vraiment la politique locale en France ?
. Tout savoir (ou presque) sur les impôts et taxes en France

- Le site du conseil régional Rhône Alpes fournit, sans trop de donner de détails, quelques éléments sur son budget et son nombre d'employés.
J'ignore le devenir de ce beau site creux payé par nos impôts après le 4 janvier 2016 date officielle de mise en service de la nouvelle grande région AURA (AUvergne Rhône Alpes).

- Crédit photo : « Wauquiez lepuy10 » par Alesclar, travail personnel sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

mercredi 28 octobre 2015

​Un trottoir vers nulle part ou comment creuser les déficits et le sol simultanément

​Depuis quelques jours, le chemin du Vieux Chêne, voie de circulation d'une zone industrielle de la commune de Meylan dans la banlieue de Grenoble, est affecté par un chantier.
Une entreprise spécialisée, manifestement mandatée par nos élus et payée par nos impôts, est en train d'y réaliser un trottoir d'une centaine de mètres de longueur.
Chantier du futur trottoir philosophique de Meylan partant de presque rien pour aller franchement vers nulle part et ayant nécessité l'abattage d'un arbre ancien
Une fois achevés, ces travaux - plaisamment qualifiés de publics probablement parce qu'ils sont financés par des fonds du même acabit - permettront à d'hypothétiques piétons d'aller en toute sécurité de la sortie d'un parking à un rond-point routier intraversable.
Le flâneur désireux d'effectuer ce curieux trajet pédestre sera bientôt dispensé d'emprunter un trottoir situé de l'autre coté de la rue et existant depuis des lustres.

Je profite donc de cette chronique pour solennellement remercier les élus de Grenoble-Alpes Métropole, connue aussi sous l'appellation paradoxalement parisienne de "La Métro".
Par leurs décisions avisées, ces champions des émoluments épais et de la transparence financière sont en train de doter la capitale du Dauphiné d'un cheminement méditatif digne des meilleurs jardins zen ou du Philosophenweg d'Heidelberg.
Permettre à des marcheurs inspirés, au sortir de leur travail, de relier sur leurs deux jambes l'improbable à l'impossible méritait bien l'abattage d'un vieil arbre et la dépense de quelques menus kilo-euros d'argent citoyen.

Enerviquement votre

Références et compléments
Voir aussi :
- mes autres chroniques sur Meylan

- d'autres billets sur Grenoble-Alpes-Métropole / La Métro et ses gaspillages