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samedi 7 mars 2015

Souvenirs et mutations pédagogiques

Quelques réminiscences, aux résonances actuelles, des années 1970 et 1980 où j'usais mes fonds de culotte sur les bancs de l'Éducation Nationale française.

Je me souviens, que, durant toute ma scolarité, instituteurs et professeurs m'ont, sans cesse, reproché mon écriture inesthétique (selon eux !) et illisible (par eux !).
Cela m'a coûté moult pénalités et devait, selon mes pédagogues, me jouer des tours lors de ma vie professionnelle.
Désormais, ma production écrite est exclusivement informatique et plus personne ne vient faire la police dans mes polices.

Je me souviens, qu'en fin de lycée, les calculatrices étaient perçues comme des objets sataniques par la plupart des professeurs de mathématiques et de physique.
Selon eux, utiliser ces engins diaboliques allait irrémédiablement amollir notre cerveau et nous paralyserait en cas de panne de piles.
Seul le chef d'oeuvre de menuiserie, rétif à mes gauches doigts de gaucher et plaisamment baptisé règles à calcul, trouvait grâce à leurs yeux.
Désormais, nous comptons, à tous les sens du terme, sur les nombreux ordinateurs qui nous entourent et qui sont rarement tous à sec en même temps.
Quant à la mollesse de mon cerveau, je vous laisse juge.

Je me souviens que ces mêmes enseignants m'ont fait apprendre par coeur la table de Mendeleïev, les combinaisons de cosinus et autres formules savantes.
Il fallait même se remémorer des expressions mnémotechniques encore plus difficiles à absorber.
Réciter "car notre ordre fut net, Napoléon massera à l'est si possible 6 colonnes armées" était un must pour réussir en chimie au bac.
Désormais, nous disposons, à portée de quelques clics, non seulement de toute l'information scientifique, mais aussi de toutes les ritournelles sensées nous les faire apprendre.

Je me souviens que l'institution scolaire a aussi voulu m'inculquer les bases de ce que l'on nommait alors "dessin industriel".
Comme j'étais hermétique aux joies des planches à dessin, des calques, des projections, des intersections et des tire-lignes, mes professeurs sarcastiques me conseillèrent vivement de ne jamais travailler dans un bureau d'études.
Prophétiques, ils prévoyaient aussi que les ordinateurs ne commenceraient à rivaliser avec leur belle discipline que vers 2025.
Désormais, planches à dessin et calques ont déserté les bureaux d'études - anglicisés en R&D centers - où je sévis depuis une trentaine d'années. CAO et autres programmes de calculs les ont remplacés dès la fin des années 1980.

Pédagogiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques
- La ritournelle mnémotechnique à propos du tableau périodique des éléments chimiques légué à l'humanité par le regretté Dmitri Ivanovitch Mendeleïev s'explicite ainsi :
  • Car : C symbole chimique du carbone
  • Notre : N symbole de l'azote, antérieurement nitrogène
  • Ordre : O symbole de l'oxygène
  • Fut : F symbole du fluor
  • Net : Ne symbole du néon
  • Napoléon : Na symbole du sodium, anciennement natrium
  • Massera : compléter le M en Mg pour obtenir le symbole du manganèse
  • À l'est : Al symbole de l'aluminium
  • Si : Si symbole du silicium
  • Possible : P symbole du phosphore
  • Six : S symbole du soufre
  • Colonnes : Cl symbole du chlore
  • Armées : Ar symbole de l'argon
Lycéens grivois, moutonniers et laïques, nous préférions une version paillarde et anticléricale "Naguère Monseigneur Allouche Si Pervers Suça Claire Ardemment".

jeudi 21 août 2014

Photos de vacances et interview emblèmes du décalage de François Hollande

Au delà des éléments conjoncturels, la crise dans laquelle nous sommes englués depuis 2008 est le fruit des mutations de la troisième révolution industrielle.
L'essentiel des emplois et de l'activité d'aujourd’hui, et encore plus de demain, sont directement ou indirectement liés au numérique. Aussi, sortir du marasme ambiant suppose, a minima, de comprendre les évolutions très profondes qui remuent société et économie..
Rien de tel pour ce faire que de se forcer à l'usage concret et personnel des éléments les plus caractéristiques et grand public des changements en cours.

À quelques jours d’intervalle, François Hollande a fait, à deux reprises, la démonstration de son décalage patent avec le monde actuel.

Premier épisode, des photos de vacances - semble-t-il prises à son insu - montrent le président à la plage en train de lire un quotidien national payant dans sa version papier.
Notre élu suprême est-il au courant que le lectorat de ce type de publication chute de plusieurs pourcents chaque année ?
Sait-il que cette pratique est devenue minoritaire ?
Est-il conscient que les moins de 30 ans - pourtant priorité de son quinquennat - sont étrangers à l'univers de la presse papier ?
Ne devrait-il pas au contraire profiter de la pause estivale pour s'initier à l'information et à la lecture numériques ?

Second épisode, soucieux de valoriser son action et de montrer que la barre est fermement tenue, le même François Hollande a donné une longue interview écrite plus propice aux explications structurées que le traditionnel ping pong télévisuel.
Pour cette tribune, il a choisi le Le Monde, figure de proue de la presse dinosaure.
Certes, le site internet du journal a publié le dialogue du président avec ses journalistes, mais exclusivement dans sa version payante pour ses abonnés.
Résultat, l’immense majorité des internautes qui auraient souhaité lire l'interview présidentielle n'a eu accès qu'aux résumés plus ou moins fidèles des autres sites web.
À coup sur, cette communication d'un autre âge n'a atteint que très peu de personnes de moins de cinquante ans.

Ce travers n'est pas spécifique à François Hollande, mais commun à la plus grande part des leaders politiques. Si Nicolas Sarkozy était sorti vainqueur de l'élection présidentielle, j'aurais pu écrire un billet similaire.

Comment penser un monde dont on ne maîtrise plus les codes de base ?
Pourquoi continuons-nous à porter au pouvoir des personnes autant éloignées de notre réalité ?

Numériquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques
“François Hollande allergique au numérique ?”
. "Allons-nous renoncer encore longtemps ? Réaction épidermique aux élections européennes"

- Je dédie cette chronique au twittonaute @YvesCohenTanugi qui relaie souvent mes chroniques. Je ne suis pas systématiquement d'accord avec lui mais c'est une personne de convictions, passionnante à suivre, avec qui le débat est aisé et respectueux. Et quand l'essentiel est en cause, nous nous retrouvons !

mardi 22 avril 2014

Ikea géant vulnérable

Autant le dire de but en blanc, je déteste, j'abomine, j'exècre le bricolage.
Aucun mot n'est assez fort pour exprimer ma répugnance viscérale envers cette activité pour laquelle je n'ai ni ni goût, ni talent.
Toutefois, les nécessités pratiques et économiques faisant loi, je suis malheureusement obligé de sacrifier, de temps à autres, à ce qui serait le loisir préféré des français.

Il y a grosso modo un quart de siècle, Ikea fut, dans ce domaine honni, une évolution remarquable.
L'entreprise suédoise était la première à proposer des meubles à livrer et monter soi-même, de qualité correcte, de prix abordable et dont conception & notices permettaient au gauche gaucher que je suis, de s'en sortir, si ce n'est avec les honneurs, à tout le moins honorablement.
Ainsi, une part importante de mon logis familial est équipée des créations de la firme d'Älmhult.

À l'issue de cette campagne réussie, mon amour plus que modéré pour l'assemblage de kits m'a conduit à me placer en mode pause pendant une quinzaine d'années.
Mais, le temps ayant fait son œuvre, j'ai du me résoudre à reprendre - un bon mois avant la nomination du nouveau premier ministre - les travaux manuels.
Tout naturellement et sans trop réfléchir, je me suis à nouveau tourné vers Ikea.

J'ai eu la désagréable surprise de découvrir que cette world company n'avait pas changé d'un iota en plusieurs décennies.
Visiter l'enseigne bleue et jaune est un voyage dans le temps qui ramène à la charnière des années 1980-1990.

Chaque magasin continue de présenter le même arrangement immuable.
Le client doit d'abord surmonter l'épreuve du labyrinthe en enchaînant des halls d'exposition dont l'ordre ne varie jamais. Jusqu'alors j'ignorais que Dédale appartenait à la mythologie viking.
Vient ensuite la traversée interminable d'un libre-service tout aussi zigzaguant où s'empilent les objets les plus improbables.
Enfin, la sortie n'est autorisée qu'après le franchissement d'un sinistre hall de stockage à l'étiquetage nécessitant une vision bionique.

Bien entendu, Ikea a fait semblant de se mettre à la page internet et possède désormais un site web.
J'y ai tenté de choisir une armoire à l'aide d'une application à l'ergonomie et à la stabilité laissant plus qu'à désirer.
Je conseille au lecteur tenté par cette expérience d'étudier attentivement la technologie des meubles suédois préalablement au passage de toute commande et de ne pas se fier à l'automate ikéen qui place allègrement des tiroirs au cœur des charnières.
De surcroît, la livraison, assez onéreuse, est proposée avec des délais dépassant la semaine pour des articles en stock à 5 km de mon domicile.

Le configurateur en ligne des armoires Ikea autorise le placement de tiroirs dans des charnières (mars - avril 2014, les croix rouges ont été ajoutées par l'auteur).
Dans le magasin, la configuration sur ordinateur n'est guère plus aisée.
La version du logiciel mise à disposition des clients ayant triomphé du labyrinthe vérifie la position des charnières mais ne permet pas de réaliser l'armoire de démonstration placée juste devant l'écran.
Fort heureusement, de sympathiques vendeuses vous aident à définir le placard de vos rêves. Dotées d'une informatique hors d'âge, elles établissent, tant bien que mal, la liste, longue comme un jour sans pain à la cannelle, des composants à acheter ou à récupérer soi-même.
Rentré chez moi, j'ai découvert que 2 tiroirs ainsi que les poignées de porte étaient restés enfouis au cœur du système d'information viking. Je n'ai pu obtenir les manquants qu'après une nouvelle épreuve du labyrinthe

Quant au montage, inutile de s'étendre. Les gauches gauchers sont manifestement sortis de la cible des successeurs d'Ingvar Kamprad.
La pose des glissières et charnières a été un grand moment de solitude où je me suis senti très gond.
À l'issue de cet épisode, je n'ai toujours pas l'amour du bricolage chevillé au corps.

Novateur lors de son installation en France, Ikea semble s'être figé sur son modèle d'offre très standardisée et de magasin massif dans lequel le client est retenu, souvent contre son gré, le plus longtemps possible.
A l'heure du web, de la fabrication flexible et de la logistique du dernier kilomètre, ce business très fordiste est de moins en moins en phase avec l'air du temps et ne devrait pas tarder de s'essouffler.

Le colosse suédois repose sur des pieds en sciure.

K(r)itiquement votre

mardi 25 février 2014

L'adieu au papier

Sous le double effet du réchauffement climatique et de prochains travaux, le dernier week-end a été consacré à un nettoyage de printemps à grande échelle.

La tâche s'est avérée digne d'Hercule.
À l'insu de notre plein gré, étagères, placards et recoins se sont ingéniés, en une vingtaine d'années, à se bourrer à bloc de papiers divers et, souvent, avariés. Livres, bien sur, mais aussi cours, cahiers et polycopiés de tous niveaux académiques, lettres, factures, cartes routières, photos. Ne manquait à l'appel de la poussière qu'un raton-laveur en origami.

La tentation première fut de tout conserver ou presque.
Tel ouvrage mériterait assurément d'être relu ... un jour ... lorsque j'aurais un peu de temps ...
Telle carte d'Auvergne ornée d'un splendide Bibendum rappelait un voyage 20 ans auparavant dans la patrie des frères Michelin ...
Tel livret scolaire remémorait la scolarité de nos chérubins ...

Toutefois très vite, la nécessité de faire place nette se coupla à un constat déprimant. Ces documents s'entassaient depuis des années sans aucune consultation. Beaucoup d'entre eux étaient même carrément sortis de l'horizon radar familial. Sans notre prochain réaménagement, ils auraient tranquillement continué à susciter la convoitise de quelques mites et autres insectes papivores.

En pratique, la situation s'avéra encore plus terrible qu'elle n'apparaissait au premier abord. Les évolutions techniques ont rendu l'essentiel de cette pile de paplards parfaitement inutile. Jugez sur pièces.

Les cartes routières, surclassées par le GPS et ses déclinaisons, ont rejoint la règle à calcul au magasin des accessoires.

Les cours et autres documents pédagogiques possèdent un intérêt à court terme durant la scolarité ou les études. Ils n'en ont plus aucun dans la vie professionnelle ou personnelle ultérieure.
Toute personne mue par un désir irrépressible de flirter avec l'équation de Schrödinger, la phénoménologie de Husserl ou les déclinaisons germaniques se situe à quelques clics sur son ordinateur ou son téléphone de ces savoirs irremplaçables.
Internet surclasse même mon ancien prof de philo puisqu'il nous apprend, ce que le pédagogue du lycée de Saint Germain en Laye de la fin des années 1970 avait omis de transmettre, que le regretté Edmund Husserl était marié à Malvine Steinschneider et qu'il avait suivi, à Vienne, l'enseignement de Franz Brentano sur l’intentionnalité chez Thomas d’Aquin ...

Mêmes les livres ont perdu de leur splendeur.
Comment se rappeler de l'existence de bouquins relégués derrière deux rangées d'autres ouvrages ?
À l'inverse, les versions numériques permettent des recherches rapides dans tout le texte, ne prennent aucune place, ne pèsent rien, se transportent et se transmettent facilement, préservent les forêts, et ne jaunissent ni ne moisissent.
Une estimation rapide évalue la totalité des livres absorbés durant une quarantaine d'années de lecture frénétique à sensiblement 1 à 2 Gigaoctets, quelques pourcents de la capacité de mon téléphone ...

Avec tout de même un petit, et même un gros, pincement au cœur, nous avons pris la décision de nous débarrasser d'une très grande part de ces monceaux de papier.

Il est très probable que, dans le futur, nous n'aurons pas à réitérer un tel grand nettoyage.
La numérisation progresse sans cesse et l'accumulation de CO2 dans l'atmosphère devrait nous garantir le printemps, voire l'été, perpétuel.

Forestiquement votre

Références et compléments
- Chronique dédiée à M. la reine du paplard entassé.
- Les supporters du regretté Edmund Husserl pourront soigner une éventuelle amnésie grâce à Wikipedia.
  

lundi 29 avril 2013

A quand des manuels scolaires électroniques sous licence libre ?

Monsieur le ministre de l'éducation nationale,
Mesdames et Messieurs les présidents de conseils régionaux et généraux.

Les manuels scolaires de nos chères têtes blondes sont essentiellement gérés et pris en charge par le ministère et les collectivités publiques que vous dirigez.
Cet effort louable représente une dépense annuelle de grosso modo 330 millions d'Euros, environ 8 Euros par foyer français.
Moins d'un dixième de cette manne rémunère auteurs et illustrateurs. Le reste finance l'édition, l'impression et la distribution.
Chaque élève, du Cours Préparatoire à la Terminale, se voit, en moyenne, doté, chaque année, de trois livres neufs. Le total national avoisine 40 millions d'ouvrages, l'équivalent de 125 hectares de forêt.

Contrairement à la littérature générale, les véritables décideurs des achats - les enseignants - ne sont pas les payeurs. Ce sont les régions et départements qui règlent la note avec nos impôts.
Une telle situation, que le spécialistes du marketing décrivent comme une vente via des actions de prescription, est absolument idéale pour les éditeurs. Ils déploient d'ailleurs à l'égard des pédagogues un arsenal de persuasion aussi peu moral que celui des laboratoires pharmaceutiques vis à vis des médecins.

Pendant ce temps, nos enfants croulent sous le poids des cartables et le "numérique" peine à pénétrer l'enseignement.

Bizarrement, les livres scolaires dépendent d'entreprises privées mollement concurrentielles alors que l'éducation en France est nationale et majoritairement publique.

Il y a pourtant une manière très simple et moderne de réformer ce système pour le plus grand bien des élèves, des professeurs, voire, à la marge, des finances publiques.

Pour ce faire, l'état lancerait chaque année un concours doté de règles claires et d'environ 30 millions d'Euros - la rémunération actuelle des contributeurs aux manuels - pour des livres scolaires électroniques en format ouvert.
Les différents niveaux et matières seraient concernés avec une rotation à définir en lien avec les évolutions de programmes.
Les lauréats s'engageraient à mettre leur contenu à disposition suivant une licence libre type Creative Commons, autorisant la reproduction et la citation à but non commercial.
Un serveur géré par le ministère de l'éducation mettrait ces ouvrages gratuitement à disposition de tous.
D'éventuels sponsorings, bien encadrés à l'instar de ceux de Wikipedia, pourraient limiter les coûts.

Dans le même temps, les collectivités locales doteraient, d'abord à l'entrée au collège, puis au début du lycée, chaque élève d'une tablette sur laquelle il pourrait télécharger ses manuels électroniques mais aussi effectuer bien d'autres activités tant pédagogiques que personnelles.
Plus l'enseignement se rapprochera des centres d'intérêts et des pratiques des jeunes, plus il a de chances d'en intéresser et motiver un grand nombre.
De surcroît, personne ne discuterait plus du "numérique" à l'école, il y serait d'emblée.

Financièrement, cette solution serait sensiblement aussi chère que le système actuel.
Annuellement, les élèves qui débutent collège ou lycée sont 1.5 millions. Une tablette achetée en masse peut s'obtenir pour environ 175 Euros Hors Taxes, voire nettement moins en faisant jouer la concurrence et les logiciels libres. L'équipement informatique de la jeunesse nécessiterait donc 260 millions d'Euros par année scolaire.
En ajoutant la rémunération des auteurs et les tablettes pour les enseignants, le total est proche de 300 millions d'Euros, sensiblement le coût actuel des bouquins papier, avec une empreinte écologique réduite et une diminution de l'emprise des éditeurs sur notre appareil éducatif.

En espérant que vous mettrez très rapidement en oeuvre cette réforme simple et non coûteuse, je reste, avec beaucoup d'autres, Mesdames et Messieurs votre humble électeur et financeur.

Numérico-pédagogiquement votre

Post-Scriptum du 13 mai 2013
Pan sur le bec ! Les manuels scolaires libres et gratuits existent déjà !
Je l'ignorais mais Twitter me l'a fait découvrir.

Yann Houry, enseignant et animateur du blog "Ralentir travaux", a créé un manuel de français multimédia gratuit et sous licence Creative Commons pour la classe de quatrième. Il est désormais en train de récidiver pour la classe de sixième.

Le résultat est époustouflant et les réflexions qui l'accompagnent sont beaucoup plus précises, car venant d'un praticien, que celles présentées dans cette chronique.
Je vous suggère de fureter sur les manuels de Yann Houry, ils donnent envie de s'en servir (je me suis replongé dans Le Cid de Corneille avec un délice inattendu et jamais connu) et sont une grande bouffée d'optimisme.

Références et compléments
- Cette chronique doit beaucoup à mes échanges nombreux et passionnants avec A. A. (il se reconnaîtra).

- Le commentaire posté par Denis Bonzy à propos de ma chronique "J'ai tué la librairie Arthaud de Grenoble" m'a servi de déclencheur.
Denis Bonzy préconise pour sauver Arthaud, parmi bien d'autres mesures, d'orienter la commande publique locale, notamment de manuels scolaires, vers les libraires.
J'ai eu envie de montrer que cette préconisation, de mon point de vue, n'est pas en phase avec les besoins pédagogiques et budgétaires d'aujourd'hui.
Un billet du blog de Denis Bonzy intitulé "la disparition de la librairie Arthaud de Grenoble : une situation tragique mais logique" détaille ses multiples suggestions.

- Le site Creative Commons France pour en savoir plus sur ces licences libres

- Les valeurs utilisées dans cette chronique proviennent de :
. Chiffres clefs de l'édition 2012 du Syndicat National de l'Édition et reproduits par alliga-media.fr.
. L'éducation nationale en chiffres sur le site du ministère éponyme
. Recoupement de multiples données plus ou moins fantaisistes pour obtenir le nombre d'arbres pour produire une tonne de papier. J'ai, après quelques hésitations, retenu la valeur conservatrice 2 arbres par tonne de papier et supposé que chaque arbre nécessitait un quadrilatère de 25 m2.

- Comme à chaque fois qu'une de mes chroniques interpelle directement des responsables politiques, les colonnes de ce blog sont ouvertes à leurs réactions que je m'engage publier intégralement.
Dans la mesure où ils peuvent être contactés depuis le web, je leur envoie directement la mention de la chronique.

lundi 7 janvier 2013

François Hollande allergique au numérique ?

En décembre dernier, le site internet de la présidence de la république française a été totalement refondu. Les gazettes ont fait leurs gorges chaudes de la disparition presque totale de toute trace du passage durant cinq ans de Nicolas Sarkozy à l'Élysée.

Après avoir fureté sur ce rébarbatif site institutionnel, j'ai été beaucoup plus étonné par une autre absence. Aucune photo ne montre François Hollande ou ses ministres avec un ordinateur ou un smartphone.
Les rares instruments de travail visibles sont de volumineux dossiers papier. La seule exception que j'ai réussi à dégoter est le "séminaire de travail sur la situation économique et l'emploi" du 4 janvier 2013 où une éminence cravatée semble plus intéressée par son téléphone que par l'auguste parole présidentielle.

Personnellement, je ne conçois que deux hypothèses pour expliquer ce manque criant de numérique dans la communication visuelle de l'Élysée.

La première possibilité dénote le louable souci du gouvernement français de dynamiser l'économie nationale.
François Hollande, conscient que le patrimoine historique et culturel de la France constitue un atout de taille et participe à l'activité touristique cruciale pour l'emploi, aurait expressément demandé à ses services qu'aucun anachronisme ne puisse gâcher les images des palais et des ors de la République que le monde entier regarde avidement.
Dans ce cas, le président aurait donné aux photographes de strictes consignes. Pour garantir une qualité irréprochable, la cellule de presse retoucherait les photos avant publication afin d'y gommer tout appareil inopportun. Dûment prévenue, la garde républicaine fouillerait ministres, conseillers et autres visiteurs avant leur entrée dans les pièces d'apparat afin d'éviter d'y introduire le moindre microprocesseur.
La malencontreuse image du dernier séminaire gouvernemental serait due à l'inattention coupable d'un stagiaire mal remis de son réveillon de la Saint Sylvestre. Quant au retrait des images de Nicolas Sarkozy, il ne proviendrait pas d'une rancœur politique mais du goût immodéré du précédent président pour les SMS et les smartphones.

La seconde éventualité est beaucoup moins flatteuse pour l'exécutif.
François Hollande et les poids-lourds gouvernementaux souffriraient d'allergies aux TIC - Technologies de l'Information et de la Communication - et seraient restés d'indécrottables papivores supporteurs de la déforestation. Même la très verte Cécile Duflot se laisse immortaliser devant des piles de paplards.
Nos gouvernants feraient ainsi partie des seulement 15% de français n'utilisant pas l'informatique dans leur travail. Une preuve de plus que la classe politique n'est pas représentative de la société et se trouve coupée des réalités.
Seuls quelques originaux, à l'instar de Fleur Pellerin ministre en charge de l'économie dite numérique, seraient à l'aise avec les outils que l'on ne peut même plus qualifier de modernes. Toutefois, soucieux de ne pas froisser leurs collègues et employeurs, ces politiciens excentriques se garderaient bien d’apparaître en public en présence d'un écran.

Je redoute, malheureusement, que la seconde hypothèse soit la bonne.
Le site de l'Élysée, bien que payé par nos impôts, est régi par le régime classique des droits d'auteur et non pas par une licence libre de type Creative Commons.
La présidence de la république interdit, non seulement la reproduction, mais aussi la simple "représentation" des photos qu'elle publie et que nous finançons. C'est pourquoi je n'ai pu légalement illustrer cette chronique avec les photos que je commente.
Pour méconnaître qu'internet est un espace d'échange et de reprise de contenus en tous genres, il ne faut pas s'y rendre très souvent ...

Bien entendu, amis lecteurs, si vous échafaudez d'autres hypothèses expliquant la carence numérique de l'Élysée, les colonnes de ce blog vous sont ouvertes.
De même, si François Hollande, ou l'un de ses collaborateurs, souhaite réagir à cette chronique, je me ferais un plaisir républicain de reproduire numériquement ses propos.

Digitalement votre

Références et compléments
- Le site de la présidence de la république française est www.elysee.fr. J'y ai examiné toutes les photos dont les dates de publication sont situées entre le 15 novembre 2012 et le 5 janvier 2013.
La photo avec une éminence au smartphone du "séminaire de travail sur la situation économique et l'emploi" du 4 janvier 2013 se situe derrière ce lien.
Celle montrant les poids-lourds du gouvernement (en ces temps de tuberculose pachydermique lyonnaise, je n'ose les appeler éléphants) arrivant dans la cour de l'Élysée avec des dossiers papier se trouve au bout de cet autre lien.
D'après les informations légales du site élyséen, vous ne pouvez, en France, cliquer sur ces liens qu'après "consentement de la Présidence de la République". Pour obtenir cet imprimatur, je vous recommande d'écrire à François Hollande sur la page ad hoc du site présidentiel.
A l'inverse, si vous lisez cette chronique hors de France, les injonctions présidentielles n'ont aucune prise sur vous. Alors, allez-y gaiement !

- Les licences Creative Commons ont été créées en partant du principe que la propriété intellectuelle était fondamentalement différente de la propriété physique, et du constat selon lequel les lois actuelles sur le copyright étaient un frein à la diffusion de la culture et de l'information.
Leur but est de fournir un outil juridique qui garantit à la fois la protection des droits de l'auteur d'une œuvre et la libre circulation du contenu de cette œuvre, ceci afin de permettre aux auteurs de contribuer à un patrimoine d'œuvres accessibles dans le « domaine public » (notion prise au sens large) [source Wikipedia].
Pour en savoir plus sur ces licences libres : article Wikipedia et site francophone Creative Commons.
Petit rappel : à l'inverse du site de l'Élysée, les chroniques Humeurs Mondialisées sont mises à disposition conformément à un contrat de licence Creative Commons 2.0 (paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique), c'est à dire que mes textes sont réutilisables librement et gratuitement par tout un chacun à condition de citer leur source.

- En recoupant diverses statistiques, environ 18 à 20 millions de salariés sur les 23 que compte la France utiliseraient régulièrement l'informatique dans leur travail, plus de 70% des foyers français sont connectés à internet et plus de 20 millions de personnes dans l'Hexagone sont équipées d'un smartphone.

- Voir aussi la chronique "Hommages de Hollande" sur l'inauguration du quinquennat de François Hollande