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mercredi 25 mars 2015

10 questions pour résister au marketing téléphonique et s'amuser à clore le bec aux importuns

Il ne se passe plus de semaine sans que je reçoive plusieurs appels téléphoniques aussi intempestifs que publicitaires.

Des correspondants aux accents variés interrompent occupations domestiques et rédaction de chroniques pour, à les croire, améliorer mon bien-être énergétique et immobilier.
Soi-disant mandatés par Électricité De France ou le Ministère de l'Écologie, ils terminent toujours leur baratin introductif par la même question rituelle “êtes-vous bien propriétaire d'une maison individuelle dans la commune de Meylan ?”.

Tout bon psychologue comportemental explique qu'avoir la faiblesse de répondre à cette injonction, fait mettre le doigt dans un engrenage pouvant conduire tout droit au diagnostic thermique générateur de refroidissement de compte en banque.
À ce stade, le psychologue comportemental cède alors le pas au jésuite qui, fort de sa sagesse ancestrale, conseille de contrer cette interrogation par une autre question.

Soucieux de la tranquillité d'esprit et des finances des lecteurs de ce blog, je vous propose dix réparties prêtes à l'emploi pour clore le bec à cette forme de harcèlement qu'est le marketing téléphonique non sollicité.

Êtes-vous bien propriétaire d'une maison individuelle dans la commune de Meylan ?
  • 0) Et vous ?
     
  • 1) Ai-je l'honneur et le privilège de communiquer avec un agent de la police ou de la gendarmerie nationale ou encore de l'administration fiscale ?
    Je ne délivre ce type d'information qu'à ces représentants du pouvoir régalien de l'état, à la condition expresse qu'il soient mandatés par une réquisition judiciaire en bonne et due forme.
     
  • 2) Aimez-vous Brahms ?
     
  • 3) Vous tombez à pic, j'allais vous justement vous appeler.
    Je commercialise d'excellents poêles à mazout dont les gaz de combustion possèdent des teneurs minimales en CO2, oxydes d'azote et particules fines garanties.
    Seriez-vous intéressé(e) ?
     
  • 4) May you rather speak in English? I don't understand French very well.
    [Utiliser indifféremment l'accent de la Reine, de Yasser Arafat, de Gandhi ou des Tontons Flingueurs]
     
  • 5) Quand je lis la réglementation, je suis perplexe.
    Agissez-vous en vertu du décret 2012-111 du 27 janvier 2012 relatif à l'obligation de réalisation d'un audit énergétique pour les bâtiments à usage principal d'habitation ou bien plutôt du décret 2012-1342 du 3 décembre 2012 relatif aux diagnostics de performance énergétique pour les bâtiments équipés d'une installation collective de chauffage ou de refroidissement ?
     
  • 6) Je crains de n'avoir guère compris le sens de votre interrogation.
    Pourriez-vous avoir l'obligeance, s'il vous plaît, de réitérer votre question ?
    [Enchaîner plusieurs fois cette répartie]
     
  • 7) Peut-on être différent de soi-même ?
    Peut-on avoir des pensées qui ne sont pas les nôtres ?
     
  • 8) Connaissez-vous l'article 222-33-2-2 du code pénal qui stipule - je cite de mémoire - que “le fait de harceler une personne par des propos ou comportements (...) est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende” ?
     
  • 9) Comment est votre blanquette ?
Je suggère d'avoir toujours à portée de téléphone une copie de cette liste. Une manière plaisante de s'en servir consiste à utiliser la répartie dont le numéro coïncide avec le dernier chiffre de la date du jour.

Téléphoniquement votre

Références et compléments
- “Aimez vous Brahms ?” est du à Françoise Sagan, “Comment est votre blanquette ?” à OSS 117.
- Les références et extraits des textes légaux et réglementaires sont strictement exacts et proviennent du site Légifrance.

mardi 25 février 2014

L'adieu au papier

Sous le double effet du réchauffement climatique et de prochains travaux, le dernier week-end a été consacré à un nettoyage de printemps à grande échelle.

La tâche s'est avérée digne d'Hercule.
À l'insu de notre plein gré, étagères, placards et recoins se sont ingéniés, en une vingtaine d'années, à se bourrer à bloc de papiers divers et, souvent, avariés. Livres, bien sur, mais aussi cours, cahiers et polycopiés de tous niveaux académiques, lettres, factures, cartes routières, photos. Ne manquait à l'appel de la poussière qu'un raton-laveur en origami.

La tentation première fut de tout conserver ou presque.
Tel ouvrage mériterait assurément d'être relu ... un jour ... lorsque j'aurais un peu de temps ...
Telle carte d'Auvergne ornée d'un splendide Bibendum rappelait un voyage 20 ans auparavant dans la patrie des frères Michelin ...
Tel livret scolaire remémorait la scolarité de nos chérubins ...

Toutefois très vite, la nécessité de faire place nette se coupla à un constat déprimant. Ces documents s'entassaient depuis des années sans aucune consultation. Beaucoup d'entre eux étaient même carrément sortis de l'horizon radar familial. Sans notre prochain réaménagement, ils auraient tranquillement continué à susciter la convoitise de quelques mites et autres insectes papivores.

En pratique, la situation s'avéra encore plus terrible qu'elle n'apparaissait au premier abord. Les évolutions techniques ont rendu l'essentiel de cette pile de paplards parfaitement inutile. Jugez sur pièces.

Les cartes routières, surclassées par le GPS et ses déclinaisons, ont rejoint la règle à calcul au magasin des accessoires.

Les cours et autres documents pédagogiques possèdent un intérêt à court terme durant la scolarité ou les études. Ils n'en ont plus aucun dans la vie professionnelle ou personnelle ultérieure.
Toute personne mue par un désir irrépressible de flirter avec l'équation de Schrödinger, la phénoménologie de Husserl ou les déclinaisons germaniques se situe à quelques clics sur son ordinateur ou son téléphone de ces savoirs irremplaçables.
Internet surclasse même mon ancien prof de philo puisqu'il nous apprend, ce que le pédagogue du lycée de Saint Germain en Laye de la fin des années 1970 avait omis de transmettre, que le regretté Edmund Husserl était marié à Malvine Steinschneider et qu'il avait suivi, à Vienne, l'enseignement de Franz Brentano sur l’intentionnalité chez Thomas d’Aquin ...

Mêmes les livres ont perdu de leur splendeur.
Comment se rappeler de l'existence de bouquins relégués derrière deux rangées d'autres ouvrages ?
À l'inverse, les versions numériques permettent des recherches rapides dans tout le texte, ne prennent aucune place, ne pèsent rien, se transportent et se transmettent facilement, préservent les forêts, et ne jaunissent ni ne moisissent.
Une estimation rapide évalue la totalité des livres absorbés durant une quarantaine d'années de lecture frénétique à sensiblement 1 à 2 Gigaoctets, quelques pourcents de la capacité de mon téléphone ...

Avec tout de même un petit, et même un gros, pincement au cœur, nous avons pris la décision de nous débarrasser d'une très grande part de ces monceaux de papier.

Il est très probable que, dans le futur, nous n'aurons pas à réitérer un tel grand nettoyage.
La numérisation progresse sans cesse et l'accumulation de CO2 dans l'atmosphère devrait nous garantir le printemps, voire l'été, perpétuel.

Forestiquement votre

Références et compléments
- Chronique dédiée à M. la reine du paplard entassé.
- Les supporters du regretté Edmund Husserl pourront soigner une éventuelle amnésie grâce à Wikipedia.
  

vendredi 3 août 2012

Kelibia Roger Copy

Fin années 1970, début années 1980, l’équipement en téléphones fixes de la France commençait, enfin, à être conséquent. L’époque du « 22 à Asnières » de Fernand Reynaud s’estompait.
Toutefois, hors de son domicile ou de son poste de travail, téléphoner supposait dégotter une cabine en état de marche. Être appelé sans préavis était impossible.
Les tarifs non « locaux » étaient chers. Une pièce de 5 francs – somme non négligeable pour un étudiant – permettait, en « heures creuses », de parler environ 3 minutes entre Toulon et Grenoble. Joindre l’étranger était prohibitif et pas toujours aisé.

En Tunisie, les téléphones étaient nettement plus rares, les cabines inexistantes et les « publiphones » pas encore autorisés. Communiquer avec l’Europe supposait un abonnement spécial et coûtait une fortune. Ces appels n’avaient lieu que lors de situations dramatiques, pas question de passer un coup de bigophone pour raconter sa vie.

Le meilleur moyen de communiquer entre les deux rives de la Méditerranée restait la poste aérienne. Les héritiers de Mermoz et de Saint-Exupéry avaient mis au point « l’aérogramme », pli spécial en papier très fin, qui mettait, lorsque les vents étaient favorables, 72 heures pour relier Lutèce à Carthage.
Aussi en 1981, lors de mon premier séjour en Tunisie, j’ai passé une quinzaine de jours sans contact direct avec ma famille en France.

La révolution – le mot n’est pas trop fort – est survenue dans la seconde moitié des années 1990 avec téléphones portables, internet et concurrence entre opérateurs.
Le premier appel passé vers la France depuis Kelibia sur le mobile d’un beau-frère avait un aspect miraculeux voire même transgressif.
Dès lors, d’autres premières fois se sont rapidement accumulées : premier relevé de mails dans un « publinet », premier échange vidéo avec Skype, première utilisation d’une clef 3G, premier smartphone, première chronique publiée depuis la Tunisie …

Frontières et distances peuvent continuer, pour la forme, à résister encore un peu. Elles ont pourtant pris un sacré coup de vieux. Et c’est tant mieux !

TSFiquement votre

Références et compléments
- Le thème de cette chronique m’a été, involontairement, suggéré par Ferid.
- Voir aussi deux chroniques sur des thèmes voisins : "timbres, iPhone et salaires ouvriers" et "des encyclopédies et de l'iPhone au fil des présidences".
- Le titre « Kelibia, Roger, Copy » est inspiré par le trafic radio des missions spatiales Apollo.
Ces transmissions étaient difficilement audibles aussi l’accusé de réception était systématique.
Roger et Copy sont les deux codes signifiant que le message a été capté et compris.
Pour aller plus loin, se reporter aux articles Wikipedia sur le vocabulaire radio en français et en anglais.
L’intégralité du trafic radio d’Apollo 11, la première mission lunaire en juillet 1969, a été transcrite et mise en ligne par la NASA. Je tiens toutefois à avertir les amoureux de la grande littérature que ce texte ne rivalise guère avec Proust ou Shakespeare.
- Les publiphones en Tunisie sont des échoppes équipées de cabines téléphoniques et opérées par des personnes privées. Par analogie, les cyber-cafés s'appellent publinet.
- Le « 22 à Asnières » est un sketch datant de la fin des années 1950 de l’humoriste auvergnat Fernand Reynaud.
A l’époque, le téléphone n’est pas automatique. Il faut demander à une opératrice le numéro de son correspondant – dans le sketch le 22 à Asnières – et attendre d’être mis en relation. Ce système peu efficace cafouillait et s’engorgeait souvent.
Le personnage campé par Fernand Reynaud, après moult péripéties, se résout à joindre New York pour être mis en relation avec la banlieue parisienne.