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lundi 14 juillet 2014

L'insoutenable ambiguïté du défilé du 14 juillet

Quatorze, c'est fou c'que t'es triste
Quand sur un édifice
T'es suivi de dix-huit
Quatorze, c'est fou c'que t'es gai
Quand au calendrier
T'es suivi de juillet
Jean Ferrat

Au matin du quatorze juillet
Je reste dans mon lit douillet
La musique qui marche au pas
Cela ne me regarde pas
Georges Brassens

Tous les ans, au cœur de l'été, du Tour de France et parfois de la coupe du monde de football, je ressens le même malaise avec le défilé militaire du 14 juillet sur les Champs Élysées.

Faire parader soldatesque et politiques est singulièrement passé de mode.
Il n'y a plus guère qu'à Moscou, Beijing et Pyongyang que ces démonstrations de force sont organisées.
Voir mon pays voisiner ces champions de la démocratie et de l'amitié entre les peuples ne me remplit pas de fierté patriotique.

Ce défilé est un oxymore à lui seul.
Désormais, sensé être un hommage à la paix, il met en valeurs soldats et armements pendant deux heures. Comme si Rafales, chars Leclerc, FAMAS et légionnaires étaient des avatars du rameau d’olivier.

Honorer le glorieux passé des armées françaises est une sinistre blague.
Pendant plus d'un siècle, l'establishment militaro-politique français n'a tragiquement cessé de se tromper.
En 1914, il a recherché une guerre qui devait être rapide et aisée et qui se termina avec 9 millions de morts ainsi que 8 millions d'invalides.
Dans les années 1930, commandement  et gouvernements français firent l’inverse et ne surent pas barrer la route au nazisme.
Dernières aventures en date, les guerres coloniales du Vietnam et d'Algérie n’ont fait que retarder des échéances inéluctables et ont remis en vigueur la pratique du coup d'état oubliée depuis Napoléon III.

Enfin, alors que le défi de la France est de se tourner dare-dare vers l'avenir et le monde, aligner en rangs d'oignons bidasses et panzers sur la plus belle avenue du monde n'est probablement le meilleur moyen d'aider le pays à - si j'ose l’expression - se remettre en ordre de bataille.

Commémoriquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "L'insoutenable ambiguïté des monuments aux morts" et "Descendants de sans-papiers morts pour la France entre 1914 et 1918".

samedi 29 mars 2014

Fréquence brouillée à la SNCF

Aventurier dans l'âme, j'ai effectué récemment un aller-retour Grenoble-Paris en TGV.

J'ai voyagé en l'heureuse compagnie de la titulaire d'une carte d'abonnement plaisamment baptisée Fréquence qui fournit des réductions substantielles en échange d'une somme forfaitaire. Ce système devient avantageux à partir de 5 voyages par an.

Lors d'un achat de billet sur internet, le tarif fréquentiel ne s'obtient qu'après avoir dûment décliné son identité et un numéro tout aussi fréquentiel aussi long qu'un jour sans même le pain d'un sandwich SNCF.

Touchée par l'inadvertance ou par ma présence - on ne sait - ma camarade de grande vitesse avait, à l'insu de son plein gré, omis d'emporter le précieux petit sésame en carton prouvant sa fréquentialisation.

À l'aller, le contrôleur, soucieux de jouer à fond le rôle de composition d'agent commercial qu'il venait manifestement d'apprendre, a souri et passé l'éponge sur cet oubli.

Au retour, nos titres de transport ont subi l'examen scrupuleux d'un chef de bord.
Faisant montre de l'autorité conférée par sa fonction, cet ersatz de sous-officier a décidé d'appliquer illico au billet fréquentiel non sésamisé le prix le plus élevé possible.
Devant nos mines déconfites, le lider maximo de la rame a fini par se fendre d'un "de toute façon, vous pourrez vous faire rembourser à n'importe quel guichet moyennant une retenue de 10 €".
Comme quoi, être chef de bord n'empêche nullement de pratiquer l'oxymore !

Cette anecdote, semblable à des milliers d'autres vécues quotidiennement par les usagers du rail, montre que la Société Nationale des Chemins de Fer français est une des très rares entreprises qui réussit, de manière permanente, le double exploit de minimiser simultanément son empreinte carbone et son empreinte commerciale.

Vive le train !

Déficitiquement votre