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samedi 11 juin 2016

Liberté Inégalité Hérédité

En France, personnalités et politiciens dénoncent avec constance l’accentuation par le système scolaire des inégalités sociales.
Hélas, les démonstrations des uns et des autres sont souvent mal étayées.

Aussi, fidèle aux habitudes de ce blog, j’ai tenté d’en savoir plus. 
Jugez sur pièces.

Quelle égalité des chances ?


Avec une parfaite égalité des chances, chaque jeune pourrait accéder aux meilleures formations exclusivement en fonction de ses capacités propres et indépendamment de son origine sociale.

Avec un tel idéal, les effectifs de toutes les filières de l’enseignement supérieur refléteraient la diversité nationale.
Dans n’importe quel mastère, quel que soit sa spécialité, 1 étudiant sur 3 devrait être un enfant d’ouvriers et 1 sur 5 issu d’une famille de cadres.

Répartition des français âgés de 18 à 23 ans en fonction de la profession de leurs parents

Des écoles héréditaires d’ingénieurs


Dans notre bel hexagone imprégné de méritocratie républicaine, la logique voudrait que les formations parait-il les plus prestigieuses - immodestement baptisées « grandes écoles » - soient celles où l’ascenseur social fonctionne le mieux.

Il n’en est rien !
Les enfants de cadres sont 3 fois plus nombreux dans les écoles d’ingénieurs que dans l’ensemble de la population. Les rejetons d’ouvriers sont, dans le même temps, quasiment 5 fois moins représentés.

Tous comptes faits, les probabilités pour un jeune de devenir ingénieur sont à peu près 13 fois plus fortes lorsque ses parents le sont que s’il vient des catégories dites « populaires ».
Les écoles de management et les formations de médecine affichent des scores comparables.

Probabilité d'entrée en école d'ingénieurs des jeunes français en fonction de la profession de leurs parents comparée à celle d'un enfant d'ouvriers

Quel remède ?


Étant un mauvais connaisseur du système scolaire, je me garderais bien d'énoncer des recettes magiques.

Toutefois, il est vraisemblable qu'augmenter et, surtout, différentier les moyens de l'enseignement maternel et primaire - suggestions proposées notamment par les dissemblables Luc Ferry et Jacques Attali - serait un investissement pour notre avenir.

La société française se sclérose de plus en plus. Les écarts socio-culturels rapportés ici en sont autant une cause qu'un symptôme.

Quand allons-nous comprendre que le maintien crispé du statu quo sur lequel, paradoxalement, « France d’en haut » et « France d’en bas » s’accordent, est notre pire ennemi collectif ?

Égalitairement votre


Post-scriptum : des statistiques fragiles

Les chiffres de cette chronique sont issus des données officielles du ministère français de l’éducation nationale pour l’année scolaire 2014-2015.

Les valeurs relevées ainsi que leurs conséquences sont toutefois sujettes à caution :
  • Suivant les formations, 10% à 40% des étudiants ne révèlent pas leurs origines sociales.
  • Les statisticiens pistent la profession du « chef de famille ».
    Avec l’évolution des moeurs, cette notion paternaliste est en état de décomposition avancée.
    Dans quelle catégorie, par exemple, se déclare un étudiant fils d’un infirmier (profession dite intermédiaire) et d’une manageuse (cadre) ?
  • Le regroupement des artisans, des commerçants et des chefs d’entreprise - auxquels sont aussi adjoints les agriculteurs - est un fourre-tout disparate.
    Il en est de même pour les professions dites intermédiaires, qui vont du clergé aux contremaitres, ainsi que pour les retraités et inactifs.
    Les déterminants économiques, sociaux et culturels ne sont pas homogènes au sein de toutes ces catégories.

Néanmoins, l’écart d’accès aux études supérieures des enfants d’ouvriers par rapport aux autres catégories sociales est trop criant pour ne pas être significatif, même si prudence et analyses complémentaires restent de mise.

dimanche 27 septembre 2015

Ich bin Volkswagen

​Depuis que Volkswagen s'est fait prendre en flagrant délit d'enfumage, tout un chacun s'offusque qu'une entreprise prestigieuse et sa direction aient pu commettre une telle tromperie.
Il n'y a pourtant rien de très surprenant. À notre échelle individuelle, chacun de nous, ou presque, est ou a déjà été un Volkswagen.
Je vous propose de juger sur pièce avec un exemple très éloigné de l'industrie automobile.



L'objectif de l'enseignement, de l'école primaire au lycée, voire au delà, est d'inculquer aux élèves des savoirs et des savoir-faire qu'ils pourront utiliser ensuite dans leurs vies personnelles, professionnelles et sociales.
Ainsi, l'apprentissage de l'anglais a pour but que nos chères têtes blondes soient capables de lire, écrire et converser potablement dans la langue de Shakespeare.

Toutefois, le système éducatif ne se contente pas d'enseigner.
Un peu pour lutter contre les tire-au-flanc, un peu pour ajuster l'effort pédagogique et beaucoup pour permettre aux usagers de se prévaloir d'une réussite, il contrôle aussi l'assimilation des connaissances par les élèves.
Cette nécessité discutable conduit à la création de règles du jeu plaisamment baptisées programmes scolaires et de manières normalisées de vérifier leur mise en oeuvre, les examens.

Très vite, ce mécanisme fait comprendre à chaque lycéen que l'important n'est pas d'apprécier les séries américaines en version originale ou de parler dans sa langue à un bobby britannique, mais d'avoir une bonne note en anglais au bac.

Les effets pervers sont immédiats.
Tout bachelier normalement constitué se concentre exclusivement sur le vocabulaire, la grammaire, les textes et les tournures "au programme" et néglige allègrement les autres facettes de l'idiome de Bill Gates.
Pour preuve, à l'été 2015, nombre de lycéens français ont protesté sur Facebook d'avoir eu à faire face à la présence inattendue du verbe to cope dans une question de l'épreuve d'anglais du baccalauréat.

Les élèves les moins confiants et les plus travailleurs s'échinent même à répéter les exercices spécifiques de l'examen.
Ce "bachotage" constitue le début d'une vaste zone grise aux contours incertains.
Malgré une différence réglementaire, il n'y a pas d'écart de nature entre apprendre par coeur des phrases entières et dissimuler dans une calculatrice la liste des verbes irréguliers.
Aucun de ces deux subterfuges n'est utile pour valablement converser avec Barack Obama ou la Reine d'Angleterre.
Pourtant le "bachotage" est encouragé par les professeurs alors que la triche est presque unanimement décriée.

Personnellement, je ne souscris pas à cette séparation.
Les référentiels possèdent, certes, une utilité mais nous leur accordons une importance qu'ils ne peuvent avoir.
Nos professeurs de physique et de philosophie - probablement trop focalisés sur nos notes - n'ont pas réussi à nous inculquer leur limite : il n'est pas de mesure qui ne perturbe le système qu'elle observe.
Mieux même, plus une mesure est précise, plus, paradoxalement, elle génère d'incertitude.
Ne pas se souvenir qu'une norme déclenche inévitablement des effets pervers aux antipodes de ses objectifs conduit à de graves désillusions.

J'appelle donc les personnes s'étant présentées au moins une fois à un examen avec une anti-sèche - j'en fais partie - à se solidariser illico avec les ingénieurs et dirigeants de Volkswagen.
Ces derniers - soucieux de rentabiliser l'investissement que la collectivité a effectué naguère dans leur éducation - n'ont fait qu'employer dans leur travail les connaissances et, surtout, les méthodologies, longuement répétées durant leur scolarité.

J'arrête ici cette chronique car je dois filer acheter une Golf Diesel pour manifester mon soutien à Volkswagen.
La fille d'attente, comme en janvier dernier avec Charlie, promet d'être longue devant les concessionnaires.

#IchbinVolkswagen

Dieseliquement votre

Références et compléments
- Voir aussi sur le même thème la chronique "plaidoyer d'un chauffard en faveur de Volkswagen".
À propos de l'enseignement de l'anglais au pays de Molière, voir le billet "Combien de gaulois entravent le rosbif ?".

- Les personnes souhaitant soutenir financièrement Volkswagen afin de l'aider à franchir ce cap difficile peuvent envoyer leurs dons à Humeurs Mondialisées qui les transmettra à la firme de Wolfsburg.

- Le verbe anglais to cope signifie faire face.

mercredi 20 mai 2015

La vraie réforme du collège : une bonne tranche quotidienne de rosbif au curry

When you select, you reject!
Choisir c'est renoncer !
Les débats actuels, en France, à propos de la réforme des collèges me paraissent surannés, voire surréalistes.
Ministres et députés en tête, tenants et opposants du latin, du grec ancien, de l'allemand et, dans une moindre mesure, de l'italien et du chinois s'écharpent ex cathedra pour savoir si l'apprentissage de ces magnifiques idiomes doivent débuter à 12, 13 ou 14 ans.

Malgré l'adage ancestral contra factum non datur argumentum (contre un fait, il n'est point d'arguties), nos bons esprits semblent ignorer l'anglais est, nolens volens, devenu, de facto, la lingua franca mondiale et que nos chères têtes blondes, même 5 ans après le bac, continuent d'ânonner la langue de Steve Jobs.

Le système éducatif hexagonal fait semblant d'enseigner l'anglais.
Pour ne fâcher aucun lobby, les heures de cours au collège et en primaire sont saupoudrées sur de trop nombreuses matières.
A contrario, les concentrer sur 3 indispensables basiques - français, mathématiques et anglais - serait plus efficace, tant pour les bons que pour les mauvais élèves.
Ainsi le parler des deux derniers prix Nobel de la paix, n'est enseigné que 3 à 4 heures par semaine aux gamins d'une douzaine d'années. C'est insuffisant pour acquérir des bases solides en y prenant du plaisir et de l'intérêt.

Grosso modo, 6 à 8 heures par semaine sont indispensables.
Le nec plus ultra serait que d'autres disciplines relaient l'apprentissage de l'anglais.
E.g. un prof de sport, à la place d'une initiation à la lutte gréco-romaine, pourrait effectuer une sensibilisation aux méfaits du dopage avec les mots et les intonations de Lance Armstrong.

Bien entendu, cet accroissement horaire doit s'accompagner d'une réorientation géographique.
Oxford, son accent et sa pureté grammaticale doivent s'effacer au profit de la pragmatique Californie et de la créative Bangalore. Bref, laisser tomber le pudding pour le curry !
A fortiori, l'apprentissage d'une seconde langue ne pourrait débuter qu'après avoir acquis une maîtrise correcte de l'anglais.

Effectuer ex abrupto ce changement serait une véritable réforme, utile socialement et économiquement, mais qui nécessiterait beaucoup de courage politique, face aux conservatismes et aveuglements de tout poil.
Imposer la réduction des horaires des matières non indispensables ainsi que mettre en branle un vaste plan de reconversion des professeurs non anglophones - via des formations et des reclassements ad hoc - suppose un gouvernement et un parlement à l'image de Churchill et de la Chambre des Communes de 1940.

Le modus operandi de ce bouleversement ne sera pas facile à mettre au point et à appliquer.
In fine et in petto, je crains que, pour longtemps encore, nous préférions le latin à l'emploi et le grec au rosbif.
Heureusement, nulla tenaci invia est via, nulle route n'est infranchissable ...

Latiniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Rosbif au curry : le charme de l'anglais en Inde"
- E.g. est l'abréviation du latin exempli gratia plus usitée en anglais qu'en français. Elle signifie par exemple.

samedi 7 mars 2015

Souvenirs et mutations pédagogiques

Quelques réminiscences, aux résonances actuelles, des années 1970 et 1980 où j'usais mes fonds de culotte sur les bancs de l'Éducation Nationale française.

Je me souviens, que, durant toute ma scolarité, instituteurs et professeurs m'ont, sans cesse, reproché mon écriture inesthétique (selon eux !) et illisible (par eux !).
Cela m'a coûté moult pénalités et devait, selon mes pédagogues, me jouer des tours lors de ma vie professionnelle.
Désormais, ma production écrite est exclusivement informatique et plus personne ne vient faire la police dans mes polices.

Je me souviens, qu'en fin de lycée, les calculatrices étaient perçues comme des objets sataniques par la plupart des professeurs de mathématiques et de physique.
Selon eux, utiliser ces engins diaboliques allait irrémédiablement amollir notre cerveau et nous paralyserait en cas de panne de piles.
Seul le chef d'oeuvre de menuiserie, rétif à mes gauches doigts de gaucher et plaisamment baptisé règles à calcul, trouvait grâce à leurs yeux.
Désormais, nous comptons, à tous les sens du terme, sur les nombreux ordinateurs qui nous entourent et qui sont rarement tous à sec en même temps.
Quant à la mollesse de mon cerveau, je vous laisse juge.

Je me souviens que ces mêmes enseignants m'ont fait apprendre par coeur la table de Mendeleïev, les combinaisons de cosinus et autres formules savantes.
Il fallait même se remémorer des expressions mnémotechniques encore plus difficiles à absorber.
Réciter "car notre ordre fut net, Napoléon massera à l'est si possible 6 colonnes armées" était un must pour réussir en chimie au bac.
Désormais, nous disposons, à portée de quelques clics, non seulement de toute l'information scientifique, mais aussi de toutes les ritournelles sensées nous les faire apprendre.

Je me souviens que l'institution scolaire a aussi voulu m'inculquer les bases de ce que l'on nommait alors "dessin industriel".
Comme j'étais hermétique aux joies des planches à dessin, des calques, des projections, des intersections et des tire-lignes, mes professeurs sarcastiques me conseillèrent vivement de ne jamais travailler dans un bureau d'études.
Prophétiques, ils prévoyaient aussi que les ordinateurs ne commenceraient à rivaliser avec leur belle discipline que vers 2025.
Désormais, planches à dessin et calques ont déserté les bureaux d'études - anglicisés en R&D centers - où je sévis depuis une trentaine d'années. CAO et autres programmes de calculs les ont remplacés dès la fin des années 1980.

Pédagogiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques
- La ritournelle mnémotechnique à propos du tableau périodique des éléments chimiques légué à l'humanité par le regretté Dmitri Ivanovitch Mendeleïev s'explicite ainsi :
  • Car : C symbole chimique du carbone
  • Notre : N symbole de l'azote, antérieurement nitrogène
  • Ordre : O symbole de l'oxygène
  • Fut : F symbole du fluor
  • Net : Ne symbole du néon
  • Napoléon : Na symbole du sodium, anciennement natrium
  • Massera : compléter le M en Mg pour obtenir le symbole du manganèse
  • À l'est : Al symbole de l'aluminium
  • Si : Si symbole du silicium
  • Possible : P symbole du phosphore
  • Six : S symbole du soufre
  • Colonnes : Cl symbole du chlore
  • Armées : Ar symbole de l'argon
Lycéens grivois, moutonniers et laïques, nous préférions une version paillarde et anticléricale "Naguère Monseigneur Allouche Si Pervers Suça Claire Ardemment".

lundi 15 décembre 2014

MOOC : avis de tempête sur l'enseignement

Je viens, pour la première fois, de suivre un MOOC.

Cet acronyme anglais, qui se prononce mouque, signifie Massive Online Open Course, cours en ligne massif et ouvert.
Durant un mois et demi, j'ai, chaque semaine, consacré environ 2.5 heures à regarder des vidéos, répondre à des évaluations, corriger celles d'autres participants et dialoguer sur des forums.

Cette expérience enrichissante laisse entrevoir des bouleversements rapides dans l'éducation, domaine où les méthodes n'ont que peu évolué depuis le Moyen-Âge.
Dans la décennie qui vient, l'université traditionnelle, mais aussi une partie du lycée, voire du collège, seront emportés.

Analysons ensemble cette mutation annoncée.

C'est quoi un MOOC ?
Un MOOC est un cours gratuit diffusé par internet.

Le ou les professeurs enregistrent leurs interventions en vidéo.
Elles sont ensuite visionnées par les participants à l'horaire et au rythme de leur choix.
Les MOOC sont souvent des modules de 6 semaines, avec 1 à 2 heures hebdomadaires de vidéos.
Généralement, supports de cours et vidéos sont non seulement consultables mais aussi téléchargeables.

Le MOOC comporte aussi des évaluations à remplir en ligne, généralement une par semaine, la dernière étant plus étoffée.
Pour obtenir sa note, il est indispensable de corriger les évaluations d'environ 5 autres participants. Le système se prémunit ainsi des erreurs de notation.

La plupart des MOOC sont accompagnés de forums en ligne où les participants, et parfois l'équipe pédagogique, peuvent échanger autour des thèmes du cours.


Qui peut suivre un MOOC ?
Toute personne munie d'une connexion internet peut s'inscrire à un MOOC, quels que soient son âge, son niveau initial de formation, son expérience, son lieu de résidence, ses revenus, ses horaires, sa motivation, sa maîtrise linguistique…
Le M de MOOC, qui signifie massif, indique que ces cours s'adressent au plus grand nombre.


Quels sont les avantages des MOOC ?
Les MOOC mettent le savoir à la portée du plus grand nombre. Désormais, d'excellentes universités mondiales mettent en ligne les cours de leurs meilleurs professeurs.
Toute personne, qui souhaite se former ou tout simplement approfondir un thème, peut désormais y parvenir sans difficulté logistique ou pécuniaire. Plus besoin de se rendre dans une métropole, de s'inscrire, éventuellement de payer ou encore d'être tributaire d'horaires prédéfinis.

Pour des enseignements de niveau basique, pour faire simple de la fin du lycée à la licence, les MOOC donnent accès aux meilleurs pédagogues.
La loi d'Ohm ou les principes de la comptabilité générale sont plus faciles à digérer lorsqu'ils sont présentés par une bête de scène effectuant un vrai show devant la caméra.

Le haut niveau est aussi mis à la portée de tous et non plus réservé à quelques dizaines d'heureux élus d'une faculté bien précise.
Si la biologie marine des fosses de l'océan pacifique vous fait palpiter, les spécialistes du domaine ont mis leurs connaissances à votre disposition.


Y a-t-il des inconvénients ?
L'enseignement traditionnel qui regroupe, durant une année, les mêmes étudiants, dans une unité de temps et de lieu, pallie partiellement, par ses structures et ses rituels, notamment les examens, au manque de motivation.

Avec un MOOC, l'apprenant est seul devant son écran et doit affronter les baisses d'envie sans le secours d'une institution et de condisciples.
Tracer sa propre voie en solitaire est plus exigeant que de rester dans des rails collectifs.

De surcroît, un campus ou un lycée est aussi un lieu de socialisation où de nombreuses interactions humaines se nouent et se dénouent.
Cette absence de contacts bien réels est le principal défaut de tous les outils en ligne. Les MOOC ne font pas exception en la matière.
Ainsi, par exemple, il n'est pas certain que votre serviteur aurait pu, lors d'un MOOC, tisser une relation solide avec celle qui allait devenir son épouse préférée.

Autre imperfection des MOOC, ils se prêtent à la transmission de connaissances, mais pas à leur mise en pratique matérielle.
Beaucoup de disciplines, surtout scientifiques, nécessitent, non seulement une maîtrise théorique, mais aussi un entraînement à la mise en oeuvre concrète. Pour l'instant, en dehors de l'informatique et des mathématiques, le matériel et les encadrants ad hoc ne se prêtent guère à la mise en ligne.


Un MOOC est-il vraiment gratuit ? Comment est-il financé ?
Dans un MOOC, le plus souvent, le cours et l'évaluation sont totalement gratuits.
Par contre, la certification de la note est payante. Habituellement de l'ordre de 100 € pour un cours de 6 fois une heure.
Les participants désirant un diplôme assurent donc la mise à disposition gratuite au plus grand nombre de connaissances et de pédagogie.
Il s'agit d'un renversement du modèle traditionnel. Jusqu'alors, dans une école privée, le totalité de la scolarité était payante, sans distinction entre enseignement, évaluation et certification.

Les tarifs actuels de certification sont très loin d'être bradés.
Suivant les disciplines, un enseignement traditionnel post-bac varie entre 15 et 25 heures hebdomadaires, réparties sur 9 mois par année.
Un étudiant souhaitant réaliser le même programme annuel avec des MOOC doit donc débourser entre 8 000 et 14 000 € pour être complètement certifié, un montant comparable aux 12 000 € que l'état français dépense pour chaque étudiant dans l'enseignement supérieur public.

Les plus grands éditeurs de MOOC sont pour l'instant américains. Venus d'un système où l'enseignement supérieur est massivement payant, ils ont défini leurs tarifs par rapport aux frais traditionnels de scolarité.
L'attrait économique pour les étudiants se situe, à l'heure actuelle, essentiellement dans la diminution des dépenses annexes, principalement de logement.


Quelles conséquences pour le système d'éducation traditionnel ?
Les MOOC sont récents. Les mutations qu'ils vont engendrer sont multiples et pas encore définitives. Néanmoins, il est possible d'esquisser quelques tendances qui, très vite, pourraient devenir réalité.

  • L'enseignement en ligne va mettre à mal l'enseignement traditionnel. Un éventuel système mixte ne sera pas durable.
    À chaque fois qu'une nouvelle technologie apparaît, les acteurs de l'ancien système, en bonnes autruches, font l'éloge du mélange des genres.
    Avec le recul de l'histoire, passé une période de transition, souvent assez courte, cela ne s'est jamais produit. Ainsi, diligences, machines à vapeur, télégraphes ou chanteurs de rue ont mal survécu.
    Il n'y a pas d'exemple où une baisse drastique de coûts de production n'ait pas révolutionné rapidement un secteur.
     
  • Les tarifs des institutions privées d'enseignement vont s'écrouler.
    Le coût d'un MOOC est fixe et peut s'amortir sur plusieurs années.
    Plus le nombre d'étudiants désireux d'être certifiés en ligne augmentera ; plus, concurrence aidant, les tarifs baisseront.
     
  • Les acteurs de l'éducation vont se concentrer internationalement.
    À l'instar de Google, Apple ou Amazon, les acteurs de l'éducation en ligne vont très probablement se concentrer. Les meilleurs et les plus connus rafleront toute la mise.
    Pourquoi suivre un MOOC et payer pour avoir une certification de l'Université de Corrèze ou de Kelibia lorsque, pour le même prix, on peut décrocher, dans la même discipline, un diplôme de Stanford ?
    Le monde académique s'industrialise et va faire l'objet de batailles concurrentielles mondiales.
     
  • Les MOOC sont la bouée de sauvetage de l'enseignement public gratuit et égalitaire.
    Aujourd'hui, en France, grosso modo 300 à 500 professeurs enseignent les rudiments du génie électrique en premier cycle.
    Il en est de même dans toutes les disciplines de base, pour l'ensemble des pays francophones.
    L'usage de main d'oeuvre enseignante et de bâtiments est important et pèse directement sur des deniers publics de plus en plus rares.
    De surcroît, des acteurs privés internationaux vont venir concurrencer les systèmes nationaux publics et gratuits.
    Sans de très forts changements volontaires, l'inégalité sociale du système éducatif français va s'accroître.
    Avec des MOOC, il suffirait que les puissances publiques financent, pour toute la Francophonie, 3 à 5 professeurs par discipline ainsi que quelques vidéastes pour obtenir un service identique, voire meilleur, que les cours universitaires traditionnels actuels.
    L'économie en personnel et en immobilier serait gigantesque, surtout si les MOOC empiètent, au moins partiellement, sur le lycée.
    Seules les séances de travaux pratiques, partiellement remplaçables par un couplage entre des MOOC et de l'apprentissage, auraient besoin d'être maintenues avec enseignants et salles de classe.
     
  • Professeur de lycée ou de premier cycle sera très prochainement une profession sinistrée.
    Plus un enseignement est basique et non spécialisé, plus il est menacé par les alternatives en ligne.
    Une partie des professeurs surnuméraires pourra devenir des tuteurs pour guider et suivre les étudiants en mal de motivation.
    Une autre fraction pourra s'investir plus dans la recherche et les thématiques de pointe.
    Mais, revers terrible de la médaille, une majorité d'enseignants actuels devra trouver un autre travail.
    Se destiner au professorat est, pour un futur bachelier de 2015, un choix suicidaire.
    De même, pour une institution traditionnelle d'éducation, agrandir son campus est devenu une option mal avisée.
     
  • Les cursus linéaires de formation et la sélection à l'entrée vont prendre un coup de vieux.
    Chacun peut s'inscrire à un ou plusieurs MOOC ans aucune condition. Seul l'acquis par rapport au sujet du cours est évalué en fin de MOOC.
    Cette manière peu rigide de procéder est bien adaptée à la formation continue tout au long de la vie. Les tenants des diplômes traditionnels vont devoir se repositionner par rapport à ces nouvelles pratiques flexibles.
    Quant à la détestable sélection à l'entrée pratiquée en France et Tunisie au moment du bac et des classes préparatoires, ses jours sont comptés...
       
  • La tempête des MOOC va aussi impacter l'immobilier.
    Les besoins en bâtiments d'enseignement vont s'écrouler. Des réserves foncières gigantesques seront ainsi libérées dans les années à venir.
    De même, le marché des résidences étudiantes risque de connaître un sacré coup de mou.
    Au final, la physionomie et la sociologie de villes comme Grenoble, Montpellier ou Toulouse pourraient être radicalement modifiées.

Mutationnellement votre

Post Scriptum : j'ai conscience et j'assume le caractère perturbant, provocant et polémique de cet exercice de prospective simultanément pédagogique et technologique.
Je vous invite à le commenter et le critiquer. Merci, pour ce faire, de me contacter.

samedi 12 juillet 2014

Il est temps de supprimer le bac !

Tous les ans, trois bons mois avant l’automne, 700 000 jeunes français sont soumis au rite initiatique du baccalauréat.
Cet examen a supplanté par son inutilité symbolique feu le service militaire. Jugez sur pièces.

Les documents ainsi que les ordinateurs et autres engins connectés sont interdits pendant les épreuves.
De surcroît, tout est fait pour que chaque lycéen ne puisse pas échanger avec ses petits camarades.
Le bac privilégie donc le travail solitaire et la mémoire individuelle de savoirs livresques alors que la vie professionnelle, mais aussi sociale, impose d'agir en équipe et de remplacer les têtes bien pleines et bien faites d'antan par des réseaux de têtes chercheuses.
Au XXIème siècle, nous continuons d'évaluer les jeunes comme sous le règne du regretté Napoléon Ier.

Le bac, à sa création en 1808, vérifiait que les connaissances nécessaires pour exercer, durant toute une vie, une profession prétendument supérieure, étaient acquises. Il permettait aussi à de très rares happy few, désireux de former ensuite de futurs bacheliers, de poursuivre des études supérieures.
À l'heure de l'apprentissage perpétuel jusqu'à la fin de nos jours, qu'elle est, dorénavant, la fonction du baccalauréat ?

Le nombre de candidats a été, très longtemps, microscopique.
Vers 1885, en région parisienne, à peine 900 lycéens tentaient de décrocher cette peau d’âne. En 1970, pas plus d’un jeune sur cinq obtenait le sésame de fin de lycée. La barre des 50% de bacheliers dans une tranche d'âge n'a été franchie qu'en 1992.
Cette année, 7 jeunes sur 8 ont passé le bac et plus de 3 sur 4 ont été reçus.
Le tri des étudiants s'effectue désormais avant le baccalauréat. Les filières sélectives d’enseignement supérieur criblent les jeunes qu’elles retiennent via le système dit admissions post-bac dont les résultats sont connus avant les épreuves.

Tout ce barnum coûte une fortune en deniers publics.
Officiellement, le Ministère de l’Éducation Nationale, qui s'est érigé en gardien du temple napoléonien, évalue la note à grosso modo 60 petits millions d’euros, 85 € par candidat.
Le syndicat des proviseurs de lycée, qui aimerait être débarrassé de cette corvée, pousse l'addition à 1 400 millions.
La facture réelle se situe donc quelque part à mi-chemin vers 700 millions d’euros.
Nous consacrons donc autour de 1 € par mois et par français, soit 0.3% du déficit public, au maintien d'une tradition surannée et néfaste.

Bachotiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "Tout savoir (ou presque) sur le déficit public de la France" et "Conserver les savoirs obsolètes".
- Article Wikipedia sur le baccalauréat en France
- L'évaluation statistique officielle du baccalauréat 2014 par le Ministère de l'Éducation Nationale
- Article du magazine Challenge de juin 2013 sur les savants calculs du syndicat des personnels de direction de l'Éducation Nationale à propos du coût du bac.

vendredi 9 mai 2014

En Tunisie Moncef Marzouki unique sujet du bac 2014

Mehdi Jomaa, l'actuel premier ministre de Tunisie, à la tête d'une conséquente délégation, s'est rendu récemment à Paris pour des conversations au plus haut niveau avec le gouvernement français.

Humeurs Mondialisées est en mesure de révéler que François Hollande a suggéré à son hôte tunisien d'appliquer les mêmes méthodes d'économie de dépenses publiques que celles brillamment mises en place dans l'Hexagone.

Séduit par l'efficacité retrouvée du Pays de Descartes, Mehdi Jomaa a enjoint ses ministres de prendre exemple sur le gouvernement de Manuel Valls.

Aussitôt dit, aussitôt fait !
Ainsi, Fathi Jarray, le ministre de l'enseignement de l'antique Carthage, s'est rapproché de Benoît Hamon pour appliquer les recettes de l'Éducation Nationale Française.
L'organisation du baccalauréat tunisien 2014 servira de terrain d'expérimentation de cette nouvelle approche.
Aussi, à l'instar de son homologue hollando-français, proximité binoclarde oblige, Moncef Marzouki, le très provisoire président de la république tunisienne, deviendra l'unique sujet du bac. 
Les sujets français ont été très obligeamment fournis aux pédagogues tunisiens afin qu'ils puissent être adaptés rapidement.

Voici en exclusivité, avec quelques semaines d'avance sur l'épreuve tant redoutée par les adolescents, le résultat de cet exemplaire exemple de coopération éducationnelle franco-tunisienne.

Philosophie
Les échecs politiques conduisent-ils aux succès littéraires ?

Mathématiques
Résoudre l'équation suivante :
-2/3 * 30 000 dinars = x pois chiches + y burnous
L'emploi des nombres imaginaires est vivement recommandé.

Physique
À partir du principe d'Archimède, de la relation d'incertitude d'Heisenberg, du théorème d'échantillonnage de Nyquist-Shannon et de la théorie de la relativité générale d'Einstein, démontrez pourquoi un burnous et une paire de binocles plongés dans une tourmente post-révolutionnaire provoquent un affaissement généralisé de la popularité et de la santé mentale.

Économie
Par souci, justement, d'économie(s), cette épreuve est supprimée.
Son coefficient est réparti à parts égales entre philosophie et mathématiques.

Histoire - Géographie
2 sujets au choix :
. Retracez l'histoire de la culture du pois chiche en Tunisie depuis le beys husseinites jusqu'à nos jours.
. Dressez une synthèse comparative historique entre Kheireddine Pacha, Habib Bourguiba et Moncef Marzouki.

Sciences de la Vie et de la Terre
Rédigez une synthèse commentée et argumentée sur les failles, leurs causes et leurs évolutions.

Éducation physique et sportive
Une seule épreuve possible, toujours par souci d'économie(s), le 110 mètres haies, en burnous pour les garçons, en costume Cousteau pour les filles.
La Présidence de la République tunisienne s'est engagée à prêter des scaphandres et des burnous aux différents lycées qui organiseront un roulement.

Arabe
Commentez en arabe ces vers bachiques du regretté Abou Nawas
ألا فاسقني خمراً وقل هي الخمر    ولا تسقني سراً إذا أمكن الجهر
فما العيش إلا سكرة بعد سكرة    فإن طال هذا عندها قصر الدهر
Français
2 sujets au choix
. Commentez,en français, en la plaçant d'abord dans son contexte historique, puis en envisageant son application contemporaine, la phrase du regretté Georges Clemenceau "il voulut être César, il ne fut que Pompée".
. Commentez, en français, ces vers du poème du regretté Arthur Rimbaud "le bateau ivre"
La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ...
Anglais
Commentez en anglais cette citation de "Antony and Cleopatra" / "Antoine et Cléopâtre" du regretté William Shakespeare.
Vous relèverez notamment les points de résonance avec l'actualité de la Tunisie de 2011 à 2014.
Come, thou monarch of the vine,
Plumpy Bacchus with pink eye
Marzoukinollandiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
- Cette chronique a été sponsorisée par la pétillante "Dadya Madi" dont l'excellente palette culinaire dépasse de très loin le cadre trop strict du pois chiche.

dimanche 29 septembre 2013

20 Droits de l'Homme méconnus

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.


يولد جميع الناس أحراراً متساوين في الكرامة والحقوق، وقد وهبوا عقلاً وضميراً وعليهم أن يعامل بعضهم بعضاً بروح الإخاء

Saoláitear na daoine uile saor agus comhionann ina ndínit agus ina gcearta. Tá bauidh an réasúin agus an choinsiasa acu agus dlíd iad féin d'iompar de mheon bhrthreachais i leith a chéile.

Dans le précédent billet, j'ai évoqué les Droits Élémentaires de la Personne Humaine à propos de l'ouverture des magasins de bricolage le dimanche.
Je pensais être sarcastique alors que la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme adoptée par l'ONU en 1948 aborde explicitement ce sujet controversé.

À ma courte honte, en relisant ce beau texte simultanément fondateur et fondamental, j'ai découvert que j'ignorais la plupart de la trentaine de droits dont tout citoyen de notre planète peut se prévaloir, à défaut de pouvoir en jouir pleinement.
En voici, en vrac, quelques uns :

- Droit au mariage libre et pleinement consenti (Article 16)
Aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion n'est opposable à ce droit.

- Protection de la famille par la société et par l'État (Article 16)

- Non discrimination des enfants (Article 25)
Notamment, la naissance au sein d'un mariage ou en dehors de ce lien sacré ne doit déboucher sur aucune différence de traitement.

- Interdiction des arrestations, des détentions et des exils arbitraires (Article 9)

- Droit d'asile face aux persécutions (Article 14)
L'asile ne peut toutefois pas être évoqué pour se soustraire à des "poursuites réellement fondées sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies".

- Droit à la propriété (Article 17)
Celle-ci peut-être individuelle ou collective.
L'expropriation arbitraire est explicitement interdite par la déclaration universelle.

- Interdiction absolue de l'esclavage (Article 4)

- Droit à la nationalité (Article 15)
De surcroît, "nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité".

- La volonté du peuple unique source de l'autorité des pouvoirs publics (Article 21)
Pour ce faire, des élections honnêtes, au suffrage universel égal et au vote secret sont organisées périodiquement avec pleine liberté du vote.

- Liberté de pensée, de conscience, de religion, d'opinion et d'expression (Articles 18 & 19)
Ces dispositions incluent la possibilité de partager et de manifester ses vues en public ainsi que de changer de religion ou d'opinion.

- Droit au travail et à la protection contre le chômage (Article 23)
Cette disposition comprend aussi la possibilité de choisir librement son boulot.

- Droit à un niveau de vie correct (Article 25)
Le niveau de vie de chacun d'entre nous doit nous permettre d'assurer note santé, notre bien-être et ceux de notre famille, notamment pour "l'alimentation, l'habillement, le logement et les soins médicaux"

- Droit aux services sociaux (Article 25)
Chacun de nous a droit à "la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté".

- Droit à la rémunération équitable de son travail (Article 23)
Cette rétribution doit assurer au travailleur ainsi qu'à sa famille "une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale".

- Droit au syndicalisme (Article 23)

- Droit à l'éducation  (Article 26)
L'éducation "élémentaire et fondamentale" doit être gratuite.

- Devoir d'éducation (Article 26)
"L'enseignement élémentaire est obligatoire".

- Droit des parents de choisir l'éducation de leurs enfants (Article 26)

Je conclus cette liste à la Prévert avec les deux droits que je préfère mais dont l'application laisse beaucoup à désirer.

- Droit à ce que le concert des nations ne ressemble pas à une jungle ou à une foire d'empoigne (Article 28)
Bien entendu, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme a été rédigée par le regretté René Cassin dans une langue plus juridique que la mienne .
Le texte officiel stipule que "toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet".

- Droit à la paresse (Article 24)
Dans l'expression de l'ONU, il est question d'un "droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques".

Humainement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Travail de nuit et du dimanche : camarades législateurs encore un effort !"
- Texte intégral de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, adoptée par l'Assemblée Générale de l'Organisation des Nations Unies réunie le 10 décembre 1948 au Palais de Chaillot à Paris.
- Historique de la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme présenté sur le site de l'ONU.
- L'exergue de cette chronique est l'article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme en français, en arabe et en gaélique d'Irlande.
  

dimanche 23 juin 2013

Tout savoir (ou presque) sur les dépenses publiques françaises

En France, grosso modo, la moitié de notre travail et de notre consommation est régie par l'état et les collectivités publiques.
De ce fait, dépenses publiques, modes d'imposition et déficit national trustent, à juste titre, le débat économique.

Malheureusement, ces nécessaires échanges ne sont ni démocratiques ni étayés et débouchent sur des choix hasardeux.
En effet, malgré de multiples recherches parmi les publications des corps constitués et des organismes officiels, je n'ai pas réussi à trouver de présentation claire et unifiée des finances publiques françaises.
La puissance publique, en France, telle une divinité hindoue, est une créature à quatre bras : l'état, la sécurité sociale, les collectivités locales et, pour finir, une pile hétéroclite d'organismes divers plaisamment baptisée ODAC par les technocrates. Chacune de ces branches est jalouse de ses prérogatives et se garde bien d’harmoniser ses comptes avec ses collègues.
Aiguillonné par de fidèles lecteurs de ce blog, je me suis, en amateur et au risque des approximations, attelé à cette tâche.
En voici le premier volet consacré aux dépenses.


En 2011, dernière année pour laquelle des statistiques pas trop tartes sont disponibles, les dépenses publiques françaises, toutes catégories confondues, ont dépassé le montant colossal de 1 100 milliards d’Euros.
Si cette somme avait été intégralement payée en billets de 20 €, l'épaisseur cumulée aurait atteint 5 000 km, la distance séparant Paris de Dubaï.
En moyenne par personne, ce montant avoisine 1 450 € par mois, soit près de 6 000 € mensuels pour un foyer de 2 parents et 2 enfants.
Les débours annuels des organismes publics et sociaux équivalent à 56% du travail de tous les français, notre production de janvier à fin juillet.

Les dépenses sociales se taillent la part du lion avec la moitié du total, 750 € mensuels par français. Notre labeur de janvier à mi-avril est affecté à la solidarité entre citoyens.
Sensiblement 400 € sont consacrés aux prestations de tous ordres et 350 € aux retraites. La couverture maladie représente 200 € par mois et par malade en puissance, les allocations familiales 50 € et l’indemnisation du chômage 35 €.

Environ 250 € mensuels par tête de pipe - le travail national de mi-avril à fin mai - rémunèrent des employés publics, toutes catégories confondues, un quart de l'ensemble du coût salarial de tous les français.
Avec 100 € par mois et par personne, les collectivités locales sont le premier employeur public. L'état et la sécurité sociale suivent avec chacun 75 € mensuels.

De fin mai à fin juin, la France travaille pour alimenter des subventions et transferts très variés, aux contours parfois flous et aux destinations pas toujours contrôlées. Chacun d'entre nous engloutit mensuellement 200 €, 15% des dépenses publiques, dans ce trou noir mal défini.

La première moitié de juillet est consacrée aux achats et aux investissements des organismes publics pour environ 200 € par français et par mois.
De quoi relativiser l’importance des chantiers le long des routes qui arborent des pancartes proclamant fièrement « l'Etat investit pour votre avenir ».

Enfin, de notre Fête Nationale au 23 juillet, nous travaillons pour rembourser les intérêts des différentes dettes publiques, 40 € par personne et par mois.

Dépenses publiques françaises : moyennes mensuelles par personne
Au regard des dépenses publiques, les priorités affichées par les politiques successifs de droite et de gauche n'en sont pas réellement.
En moyenne par français, seuls 120 € mensuels par personne, 8% des dépenses publiques, sont dirigés vers le système éducatif dans son ensemble, autant que le montant des subventions et transferts.
De même, police et justice ne consomment que 2% du gâteau, 30 € par mois et par coupable potentiel, autant que les militaires.
Les frais de fonctionnement des organismes de sécurité sociale sont à peine moins coûteux que les missions d'enseignement et de sécurité intérieure réunies !

Les collectivités locales - communes, départements et régions - sont atteintes par la fièvre de l'or.
Ramenées à la production nationale, les dépenses décidées par les élus dits de terrain se sont accrues de plus d'un tiers en moins de vingt ans pour atteindre 300 € par français et par mois.
Un dixième de notre travail est consommé par des structures de proximité, à commencer par les municipalités qui culminent à 170 € mensuels par administré.

En guise de conclusion, je vous invite, pour mieux appréhender l'énormité des sommes en jeu, à effectuer une simulation familiale des dépenses publiques.
La moyenne par personne de 1 450 € mensuels signifie que chaque heure qui passe, jour comme nuit, semaine comme week-end, été comme hiver, l'état français et ses filiales claquent  2 € pour chacun d'entre nous.
Aussi, je vous suggère de prendre un grand récipient et d'y déposer, toutes les 60 minutes, autant de fois 2 € en pièces de monnaie que des personnes vivant dans votre foyer, en n'oubliant pas de rattraper les périodes de nuit et d'absence du domicile ...

Publiquo-financièrement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi les trois autres volets de cette série de chroniques économiques :
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les impôts et taxes en France"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le déficit public de la France"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pistes de sortie de crise"

- Les chiffres de cette chronique, que les spécialistes qualifient bizarrement de consolidés, ont été obtenus par recoupement et recalcul de données présentées dans divers documents officiels en provenance des ministères des finances et du budget, de l'INSEE, du parlement, de la sécurité sociale et de la cour des comptes. Les valeurs ont volontairement été arrondies pour plus de lisibilité.

- Le document de très loin le plus utile, malgré ses incohérences et son manque de focalisation sur les montants les plus importants, a été le "rapport sur la dépense publique et son évolution" de 2012 établi par le ministère du budget pour préparer le projet de loi de finances de 2013.

lundi 29 avril 2013

A quand des manuels scolaires électroniques sous licence libre ?

Monsieur le ministre de l'éducation nationale,
Mesdames et Messieurs les présidents de conseils régionaux et généraux.

Les manuels scolaires de nos chères têtes blondes sont essentiellement gérés et pris en charge par le ministère et les collectivités publiques que vous dirigez.
Cet effort louable représente une dépense annuelle de grosso modo 330 millions d'Euros, environ 8 Euros par foyer français.
Moins d'un dixième de cette manne rémunère auteurs et illustrateurs. Le reste finance l'édition, l'impression et la distribution.
Chaque élève, du Cours Préparatoire à la Terminale, se voit, en moyenne, doté, chaque année, de trois livres neufs. Le total national avoisine 40 millions d'ouvrages, l'équivalent de 125 hectares de forêt.

Contrairement à la littérature générale, les véritables décideurs des achats - les enseignants - ne sont pas les payeurs. Ce sont les régions et départements qui règlent la note avec nos impôts.
Une telle situation, que le spécialistes du marketing décrivent comme une vente via des actions de prescription, est absolument idéale pour les éditeurs. Ils déploient d'ailleurs à l'égard des pédagogues un arsenal de persuasion aussi peu moral que celui des laboratoires pharmaceutiques vis à vis des médecins.

Pendant ce temps, nos enfants croulent sous le poids des cartables et le "numérique" peine à pénétrer l'enseignement.

Bizarrement, les livres scolaires dépendent d'entreprises privées mollement concurrentielles alors que l'éducation en France est nationale et majoritairement publique.

Il y a pourtant une manière très simple et moderne de réformer ce système pour le plus grand bien des élèves, des professeurs, voire, à la marge, des finances publiques.

Pour ce faire, l'état lancerait chaque année un concours doté de règles claires et d'environ 30 millions d'Euros - la rémunération actuelle des contributeurs aux manuels - pour des livres scolaires électroniques en format ouvert.
Les différents niveaux et matières seraient concernés avec une rotation à définir en lien avec les évolutions de programmes.
Les lauréats s'engageraient à mettre leur contenu à disposition suivant une licence libre type Creative Commons, autorisant la reproduction et la citation à but non commercial.
Un serveur géré par le ministère de l'éducation mettrait ces ouvrages gratuitement à disposition de tous.
D'éventuels sponsorings, bien encadrés à l'instar de ceux de Wikipedia, pourraient limiter les coûts.

Dans le même temps, les collectivités locales doteraient, d'abord à l'entrée au collège, puis au début du lycée, chaque élève d'une tablette sur laquelle il pourrait télécharger ses manuels électroniques mais aussi effectuer bien d'autres activités tant pédagogiques que personnelles.
Plus l'enseignement se rapprochera des centres d'intérêts et des pratiques des jeunes, plus il a de chances d'en intéresser et motiver un grand nombre.
De surcroît, personne ne discuterait plus du "numérique" à l'école, il y serait d'emblée.

Financièrement, cette solution serait sensiblement aussi chère que le système actuel.
Annuellement, les élèves qui débutent collège ou lycée sont 1.5 millions. Une tablette achetée en masse peut s'obtenir pour environ 175 Euros Hors Taxes, voire nettement moins en faisant jouer la concurrence et les logiciels libres. L'équipement informatique de la jeunesse nécessiterait donc 260 millions d'Euros par année scolaire.
En ajoutant la rémunération des auteurs et les tablettes pour les enseignants, le total est proche de 300 millions d'Euros, sensiblement le coût actuel des bouquins papier, avec une empreinte écologique réduite et une diminution de l'emprise des éditeurs sur notre appareil éducatif.

En espérant que vous mettrez très rapidement en oeuvre cette réforme simple et non coûteuse, je reste, avec beaucoup d'autres, Mesdames et Messieurs votre humble électeur et financeur.

Numérico-pédagogiquement votre

Post-Scriptum du 13 mai 2013
Pan sur le bec ! Les manuels scolaires libres et gratuits existent déjà !
Je l'ignorais mais Twitter me l'a fait découvrir.

Yann Houry, enseignant et animateur du blog "Ralentir travaux", a créé un manuel de français multimédia gratuit et sous licence Creative Commons pour la classe de quatrième. Il est désormais en train de récidiver pour la classe de sixième.

Le résultat est époustouflant et les réflexions qui l'accompagnent sont beaucoup plus précises, car venant d'un praticien, que celles présentées dans cette chronique.
Je vous suggère de fureter sur les manuels de Yann Houry, ils donnent envie de s'en servir (je me suis replongé dans Le Cid de Corneille avec un délice inattendu et jamais connu) et sont une grande bouffée d'optimisme.

Références et compléments
- Cette chronique doit beaucoup à mes échanges nombreux et passionnants avec A. A. (il se reconnaîtra).

- Le commentaire posté par Denis Bonzy à propos de ma chronique "J'ai tué la librairie Arthaud de Grenoble" m'a servi de déclencheur.
Denis Bonzy préconise pour sauver Arthaud, parmi bien d'autres mesures, d'orienter la commande publique locale, notamment de manuels scolaires, vers les libraires.
J'ai eu envie de montrer que cette préconisation, de mon point de vue, n'est pas en phase avec les besoins pédagogiques et budgétaires d'aujourd'hui.
Un billet du blog de Denis Bonzy intitulé "la disparition de la librairie Arthaud de Grenoble : une situation tragique mais logique" détaille ses multiples suggestions.

- Le site Creative Commons France pour en savoir plus sur ces licences libres

- Les valeurs utilisées dans cette chronique proviennent de :
. Chiffres clefs de l'édition 2012 du Syndicat National de l'Édition et reproduits par alliga-media.fr.
. L'éducation nationale en chiffres sur le site du ministère éponyme
. Recoupement de multiples données plus ou moins fantaisistes pour obtenir le nombre d'arbres pour produire une tonne de papier. J'ai, après quelques hésitations, retenu la valeur conservatrice 2 arbres par tonne de papier et supposé que chaque arbre nécessitait un quadrilatère de 25 m2.

- Comme à chaque fois qu'une de mes chroniques interpelle directement des responsables politiques, les colonnes de ce blog sont ouvertes à leurs réactions que je m'engage publier intégralement.
Dans la mesure où ils peuvent être contactés depuis le web, je leur envoie directement la mention de la chronique.

jeudi 6 septembre 2012

Un peu d'open data pour les classes surchargées ?

La récente chronique où je comparais le taux moyen de 14.7 élèves par enseignant au discours médiatique sur les classes surchargées a suscité beaucoup de réactions.
J'ai donc cherché à approfondir l'analyse mais je me suis heurté à un mur peu pénétrable.

Pourtant mes recherches avaient bien débuté. Les statistiques officielles du ministère de l'Éducation nationale annoncent que les classes en France comptaient en moyenne 24.1 élèves en 2009.
Les lois de l'arithmétique étant sans appel, il est aisé d'en déduire que les surcharges à "plus de 35 élèves" mises en avant dans les gazettes s'accompagnent obligatoirement de classes en sous-effectif notable.

Toutefois de 24.1 à 14.7, il y a une différence conséquente que j'ai tenté de décortiquer.
Les lecteurs de ce blog m'ont suggéré cinq raisons pouvant expliquer qu'en moyenne le nombre d'élèves par enseignant est inférieur à l'effectif des classes. Passons les en revue.

- 1) Il faut tenir compte du personnel d'encadrement
C'est déjà fait dans les statistiques du ministère qui mettent à part les 171 000 "non enseignants" employés par le système éducatif.

- 2) L'absentéisme des enseignants serait stratosphérique
Les chiffres dans le domaine sont presque tabou. La gestion des ressources humaines de la fonction publique ne pratique vraiment pas l'open data.
Les seules données que j'ai pu trouver sont celles d'un rapport confidentiel concernant les instituteurs en 2007-2008 et ayant fuité dans la presse. Le taux d'absentéisme était alors de 5.7%, une fois et demie le taux moyen du secteur privé, mais suffisamment faible pour ne pas changer les ordres de grandeur.

- 3) Certains enseignants travaillent à temps partiel
C'est exact. Malheureusement, il n'y a pas plus de données ouvertes sur ce thème que sur le précédent.

- 4) Certains cours sont dédoublés
Toujours exact mais là encore pas de valeurs accessibles.

- 5) Le temps de travail des enseignants est inférieur à celui des élèves
Vaste sujet recoupant des cas très divers sur lequel, une fois de plus, le service dit "public" est muet.
Il est vrai qu'en maternelle et en primaire, cette objection n'a pas lieu d'être puisqu'il y a un instituteur par classe et une classe par instituteur.
Mais au collège et au lycée, la situation est plus compliquée car les élèves ont plusieurs professeurs et les professeurs plusieurs classes. De surcroît, le temps de travail hors classe, tant pour les jeunes que pour leurs enseignants, varie beaucoup d'une matière et d'une filière à l'autre.
A défaut de chiffres dument étayés, risquons-nous à un exercice d'ordre de grandeur tel que me l'ont appris mes professeurs de physique du siècle dernier.
. Un élève de première générale est censé assister à environ 30 heures de cours par semaine. En ajoutant une quarantaine de minutes de travail personnel par heure de classe, notre lycéen-type est occupé sensiblement 50 heures par semaine.
. Ses professeurs doivent 15 heures de "service" s'ils sont agrégés, 18 heures s'ils n'ont pas le bonheur de l'être. Le doublement de ces valeurs pour prendre en compte préparations et corrections amène à un temps de travail moyen entre 30 et 40 heures hebdomadaires.
. Donc, grosso modo, un lycéen travaille 40% de plus que ses profs !
Néanmoins, le manque de données accessibles empêche de tirer des conclusions fiables de ces analyses à peine ébauchées.
Chacun peut dire ce qu'il souhaite sur les effectifs du système éducatif français puisqu'aucune thèse n'est factuellement réfutable.
Inutile de s'étonner qu'avec une telle opacité, les débats, et même les décisions, sur l'éducation soient dignes du café du commerce.

Opendata-iquement votre

Références et compléments
- La chronique "classes surchargées, j'aimerais comprendre" ainsi que le déchiffrage "dans le Peillon, tout est bidon !"
- Sources :
. Les statistiques officielles du ministère : "l'Éducation nationale en chiffres"
. Articles du JDD du 29 juin 2009 "les instits sèchent-ils l'école ?" et de la Croix du 14 février 2011 "les personnels de l'Éducation nationale".
. Baromètre de l'absentéisme d'Alma Consulting Group
- Article Wikipedia sur les "données ouvertes / open data".

mardi 4 septembre 2012

Classes surchargées ... j'aimerais comprendre

Tous les ans à cette période, le cauchemar recommence ! Impossible, sur les radios d'information, d'échapper à la rentrée scolaire.
Chaque bulletin nous abreuve sur le retour de nos chères têtes blondes sous les préaux d'école.
Depuis des lustres, les mêmes leitmotivs reviennent avec les premières feuilles mortes : babils enregistrés sur le vif de gamins de maternelle, visite présidentielle dans le collège d'un quartier difficile, parents d'élèves étalant leurs prouesses organisationnelles et, cerise sur le premier dessert de la cantine, enseignants et syndicalistes s'indignant des classes surchargées.

Pour y voir un peu plus clair sur ce dernier point, je viens de consulter le site du ministère ad hoc. Il propose une rubrique fort bien mise en page intitulée "l'Éducation nationale en chiffres".

Première surprise, les valeurs affichées ont deux ans de retard. Elles concernent l'année scolaire 2009-2010.
Je suis curieux de savoir comment le système éducatif détecte élèves et professeurs absents alors qu'il ne semble pas capable de publier les effectifs théoriques du moment.

Seconde interrogation, les statistiques officielles annoncent légèrement plus de 12.5 millions d'élèves et de 850 000 enseignants.
J'en déduis, à l'aide d'une simple division, qu'en moyenne, il y a 14.7 élèves par enseignant, très loin des classes avec des effectifs de 35 et plus dont les radios nous rebattent les oreilles.

J'aimerais comprendre ...

Statistiquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Dans la même veine pédagogique, la suite de cette chronique "un peu d'open data pour les classes surchargées ?" ainsi que le déchiffrage "dans le Peillon, tout est bidon !".

- Les deux chiffres cités proviennent de la page "L'Éducation nationale en chiffres" du site web du Ministère de l'Éducation nationale

mardi 26 juin 2012

Dans le Peillon, tout est bidon !

Naïvement, je pensais que notre pédagogue en chef - le ministre en charge de l'éducation dite nationale - maîtrisait a minima les trois savoirs de base lire, écrire ET compter.

Or, à en croire, les récentes déclarations du sieur Vincent Peillon, dernier pensionnaire en date de la rue de Grenelle, soit il n'en est rien, soit ce docteur en philosophie se moque copieusement des citoyens et des enseignants.

Le nouveau ministre vient, à grand renfort de bruit médiatique, de lancer un "plan d'urgence" pour la prochaine rentrée scolaire comportant un accroissement de 1000 professeurs dans l'enseignement primaire et probablement 6000 postes de plus dans le secondaire.

En France, il y a, respectivement, environ 53 000 et 11 000 établissements du premier et du second degré. Le ministère de l'éducation emploie 1.1 millions de personnes dont 850 000 enseignants.
Le "plan d'urgence" du ministre va donc, dans l'hypothèse la plus favorable, accroître les effectifs de 0.8%.
Chaque école primaire aura l'immense joie de recevoir 0.018 instituteur supplémentaire. Les collèges et lycées, mieux pourvus, se verront généreusement affecter un demi professeur.
J'invite toute personne qui constatera en septembre une différence notable dans le personnel enseignant à poster un commentaire sur ce blog !

Je profite de cette chronique pour rappeler quelques autre chiffres significatifs sur l'éducation en France.

En 2010, notre système scolaire a coûté - toutes sources de financement confondues - 135 milliards d'Euros.
Chaque français y consacre 2000 Euros annuels, c'est à dire un huitième des dépenses de l'état, de la sécurité sociale et des collectivités locales réunies. Le déficit public est du même ordre de grandeur que les dépenses éducatives.
Ramené à la richesse nationale, l'éducation représente 7% du PIB.

La France dépense 25% plus par élève du primaire et du secondaire que la moyenne des pays de l'OCDE.
A l'inverse, les comparaisons internationales - notamment l'enquête PISA - montrent, en regardant les résultats avec des lunettes roses, que les élèves français ont des performances scolaires standards.
L'industriel indécrottable que je suis en déduit donc que notre système éducatif est tout simplement un quart moins productif que dans les autres pays développés.

Productivo-républicainement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi les autres chroniques "déchiffrage", notamment "J'aimerais comprendre ... les classes surchargées" et "un peu d'open data pour les classes surchargées ?".

- Les déclarations du sieur Vincent Peillon, ci-devant ministre de l'éducation, sont rapportées dans l'article du Monde du 26 juin 2012 "Education : 6 000 postes créés à la rentrée dans le second degré".

- Les nombres d'établissements scolaires sont calculés par le très sérieux et très public INSEE "Établissements publics et privés du 1er et du 2nd degré".

- Le coût de l'éducation est rapporté dans deux notes parfaitement officielles du non moins sérieux et non moins public Ministère de l'Education Nationale "Coût de l’éducation en 2010" et "La dépense par élève ou étudiant en France et dans l’OCDE".

- Les résultats de l'enquête internationale PISA peuvent être consultés sur le site de l'OCDE / OECD.