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mercredi 27 juillet 2016

​Même dans un ciel très sombre subsistent des rayons de soleil

​La solidarité individuelle est un puissant antidote aux actes de terreur et de barbarie.
La fraternité du quotidien est plus forte que la haine.

Je suis arrivé en fin de journée d'hier en Tunisie.
Ce même jour, deux salopards, prétendument au nom de leur religion, ont assassiné un prêtre dans le nord-ouest de la France à Saint Etienne du Rouvray.

Tôt ce matin, je suis allé faire une course urgente dans une des quincailleries du quartier.
Sur la télévision de la boutique, une chaîne d'information relatait les derniers développements autour de ce énième attentat.

Le commerçant, tout en préparant ma commande, me demande si je suis français puis me déclare visiblement ému "c'est terrible ce qui se passe chez vous, on n'y comprend rien, c'est injuste, merci de dire en France que tous les tunisiens sont très tristes de ce qui se passe".

La gorge nouée, je peine à le remercier.

Humainement votre

Tahia Tounes, vive la France !

vendredi 15 juillet 2016

Liberté Égalité Fraternité

Une fois de plus, une fois de trop, la France a été, à Nice, hier 14 juillet 2016, endeuillée par la barbarie terroriste.


Que ce massacre ait eu lieu le soir de la fête nationale est particulièrement symbolique.
La devise française rassemble en une rime de trois mots seulement ce que les tenants du totalitarisme prétendument islamique exècrent.

La liberté ne saurait exister à leurs yeux.
Ils n’envisagent que l’obéissance absolue aux principes qu’ils ânonnent en dévoyant leur religion.

L’égalité leur est insupportable.
Quelqu’un ne respectant pas leurs dogmes inhumains n'a, pour eux, aucune valeur.
De même, une femme n'est en aucune manière l’égale d’un homme.

La fraternité les exaspère.
Des personnes d’ethnies, nationalités, langues, croyances, confessions, opinions, orientations et comportements différents ne sauraient vivre en paix et en bonne intelligence.
La terrible litanie des victimes de Nice qui commence à circuler dans les médias et réseaux sociaux illustre tragiquement cette haine viscérale de la diversité.
Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.
Charles de Gaulle - 18 juin 1940
Tristement mais librement votre

Références et compléments
Sur le même thème, voir aussi les chroniques « 10 citations contre le terrorisme et la barbarie » et « mes valeurs ».

Le dessin de la Promenade des Anglais et de la Baie des Anges de Nice est signé John Mejia et circule depuis ce matin sur les réseaux sociaux.

dimanche 29 novembre 2015

Mes valeurs

​Les attentats en France, en Tunisie et dans de nombreux pays ont relancé le débats sur nos valeurs et leur défense.
Liberté, égalité, fraternité, laïcité, diversité, ces mots en "é" et quelques autres sont magnifiques mais, comme souvent avec les concepts, un peu abstraits.

N'étant ni philosophe, ni juriste, je vous propose une déclinaison personnelle et concrète de ces réflexions.


Multi-bienvenue - Huile sur toile d'Amal Mejdouba

J'ai deux pays, la France et la Tunisie.

La France, j'y suis né, comme mes enfants et comme, avant moi, mes parents, grands-parents et aussi mes arrière-grands-parents, j'y vis, j'en suis citoyen, j'y paie régulièrement des impôts et j'ai même, à l'insu de mon plein gré, porté un an son uniforme.

La Tunisie est ma patrie de coeur.
Je l'ai découverte à la charnière des années 1970 et 1980, je m'y rends régulièrement et, au fil du temps, j'y ai noué de multiples relations personnelles, familiales et amicales.

Désormais, j'ai vécu des deux côtés de la Méditerranée des moments intenses, des joies profondes et, aussi, quelques peines.
J'y ai de la famille et des amis.

Beaucoup de personnes de ce réseau improvisé se connaissent et s'estiment, ne serait-ce qu'à distance.
Lorsque des vents mauvais, intimes ou publics, soufflent, au nord ou au sud, ils sont nombreux à se faire du souci et à prendre des nouvelles.
Et, quand les circonstances permettent des rencontres, les sourires sur les lèvres signent les liens qui rassemblent ce petit monde.

J'ai deux pays et bien plus encore !
Au gré de la vie personnelle et professionnelle, mon cercle amical et social s'est incroyablement étendu.
Ainsi, au jour de l'an, j'envoie et reçois des voeux dans une trentaine de pays.
Et - le croirez-vous ? - j'ai même d'excellents amis proches dans des contrées aussi exotiques que l'Inde et l'Italie.

Ce regroupement improbable est composite et bigarré.
Langues, ethnies, religions, nationalités, opinions, cultures, orientations, goûts, comportements et croyances y foisonnent.
Cela ne nous empêche pas de nous apprécier et de nous fréquenter, bien au contraire.

Alors n'en déplaise aux barbares, extrémistes et conservateurs, à poils longs ou à poils ras, cette vie sans prétentions, cosmopolite et variée me plait et je n'ai guère, comme la plupart de mon entourage, envie d'en changer.

Je comprends même que certains préfèrent le confort illusoire de l'entre-soi aux chocs enrichissants mais déstabilisants des cultures.
Qu'à cela ne tienne, je ne souhaite pas transformer leur façon d'être.
Je leur demande simplement de laisser les autres vivre comme ils l'entendent !

Mondialement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "tentative d'explication de la laïcité française à mes amis hors de l'Hexagone"

mardi 3 février 2015

J'ai adoré faire mon service militaire

Depuis que des barbares bas de plafond ont abattu en janvier à Paris des dessinateurs antimilitaristes et anticléricaux, médias, sondages et bistrots plébiscitent le rétablissement du service militaire obligatoire.
Cette noble tradition nationale serait, parait-il, une occasion unique de brassage social ainsi que le creuset des valeurs républicaines.

Ayant eu le privilège de passer un an sous les drapeaux, je voudrais témoigner personnellement des hautes vertus de cette corvée, au sens étymologique du terme.

Bien que je me sois présenté à reculons à l'incorporation, je tire une légitime fierté de ma prestation forcée au sein de la Marine Nationale.
D'août 1984 à juillet 1985, alors que la guerre froide battait son plein, le territoire national français n'a jamais été menacé de près ou de loin. Preuve de l'efficacité dissuasive de ma présence, l'épée dans les reins, sous l'Uniforme de la République.

Pourtant, je n'ai porté une arme que deux nuits d'affilée.
Durant mes “classes”, au coeur des landes de Gascogne, revêtu d'un seyant survêtement bleu, j'ai arpenté les couloirs des dortoirs ainsi que les sanitaires aux nombreuses fuites d'eau pour “veiller sur le sommeil de mes camarades”.
Afin de remplir au mieux cette mission tactiquement indispensable, j'avais été doté d'un fusil, qui avait du être moderne vers 1930, sans aucune munition et qui, pour plus de sécurité, avait la culasse soudée.

Mon activité militaire a beaucoup fait progresser mon niveau d'éducation générale.
J'ai appris, en vrac, à coudre un ruban de casquette, à faire un nœud de cravate, à pratiquer la “politesse militaire”, à ne pas jeter par la fenêtre une bouteille de gaz en feu et à chanter “ils ont traversé le Rhin au son des fifres et tambourins”.
Les occasions de s'initier ou de se perfectionner, avec la bénédiction du commandement, aux plaisirs raffinés du tabac, de l'alcool et des contacts tarifés avec la gent féminine étaient - si j'ose dire - légion et à la portée de nos soldes rachitiques.
La pratique du canot à rame sur un étang d'eau douce aurait pu me transformer en véritable marin. Mais, hélas, mon daltonisme, qui m'empêchait de faire la distinction entre les fanaux rouges et verts, a contrarié cette vocation aussi tardive qu'involontaire.
Plusieurs instructeurs zélés ont aussi tenté de m'inculquer la marche au pas, mais, malgré leurs efforts soutenus, douze mois n'y ont pas suffi.
Bref, à mon retour à la morne vie civile, mon employabilité s'était nettement accrue.

Seul, un petit quart de ma classe d'âge a eu le plaisir de servir notre patrie.
Les femmes étaient exclues d'office et l'armée, déjà en panne budgétaire, réformait plus d'une recrue sur deux.
Si vous aviez le bonheur d'avoir effectué quelques études, la malchance d'être sélectionné pour servir l'amère patrie se trouvait illico atténuée.
L'institution militaire s'empressait de vous proposer une version adoucie, voire carrément planquée, de votre passage en son sein : élèves-officiers de réserve, coopérants à l'étranger, scientifiques du contingent, j'en passe et des meilleures.

Votre serviteur est ainsi devenu pédagogue et a défendu le sol natal avec des craies - de couleur qui plus est ! - devant un tableau noir.
Au sein d'un centre de formation de la Marine, j'ai enseigné, à de jeunes matelots fraîchement engagés pour échapper au chômage, la beauté insoupçonnée de la loi d'Ohm et du théorème de Thévenin-Norton.
Afin de conserver la nécessaire distance entre le professeur et ses étudiants, j'ai été doté de l'uniforme et des privilèges des officiers, à l'exclusion des galons. Pendant un an, avec une cinquantaine de collègues tous diplômés, j'ai logé et mangé au mess, au lieu de dormir en chambrée et de profiter de la cantine.
Il va sans dire qu'une fois mes cours effectués, je pouvais aller et venir à ma guise dans la base mais aussi en dehors.
Prof amateur à la motivation minimale, je rentrais à mon véritable domicile chaque week-end alors que les militaires professionnels qui n'obtenaient pas la moyenne à mes contrôles, dont je bâclais la correction, étaient irrémédiablement consignés.

Cette expérience incomparable fut enrichissante à tous points de vue.
Durant une longue année, j'ai rencontré des personnes très variées venues de milieux que je ne connaissais guère, exercé une activité aussi enrichissante que formatrice et mis en pratique notre belle devise Liberté, Égalité, Fraternité.
Il est urgent que les jeunes d'aujourd'hui puissent à nouveau bénéficier de cet exceptionnel apport.

J'allais oublier un petit détail.
Les terroristes d'Action Directe, prédécesseurs rouges des sinistres frères pois chiche, qui ont sévi dans les années 1980 et assassiné Georges Besse et le général Audran, avaient effectué leur service militaire. À l'inverse de votre serviteur, ils y avaient même appris à tirer.

#JesuisCharlie
Insoumiquement votre

jeudi 12 septembre 2013

Liberté, Inégalité, Fraternité

A l'occasion du récent dévoilement de la charte de la laïcité à l'école, Vincent Peillon, le sémillant et philosophe ministre français de l'éducation, a souhaité que les Valeurs de la République inspirent nos comportements.
Celles-ci sont brillamment synthétisées par la devise qui orne le fronton de la plupart des mairies : Liberté, Égalité, Fraternité.

Pouvoir sur ce blog me gausser de ministres en exercice ou publier des statistiques religieuses sans craindre d'être tiré matutinalement du lit par l'équivalent tricolore de la Stasi prouve que le rayon Liberté est très correctement achalandé.

La Fraternité est plus difficile à évaluer. Ce sentiment très personnel n'est pas aisé à détecter. De surcroît, sa mise en œuvre pose quelques problèmes. Être fraternel envers son conjoint ou ses enfants ne serait-ce pas pratiquer une sorte d'inceste inversé ?

Par contre, l'Égalité a le bon goût d'être mathématiquement mesurable.
Aussi afin d'éclairer la lanterne de Vincent Peillon et de ses collègues du gouvernement, je me suis attelé à vérifier si les revenus en France respectaient ou non nos sacro-saintes Valeurs Républicaines.

Pour ce faire, j'ai repris la classification établie par Thomas Piketty, économiste de renom dont les travaux ont inspiré François Hollande durant la primaire socialiste mais aucunement guidé son action présidentielle.

Ce spécialiste de l'étude des salaires, de la fiscalité et des patrimoines répartit les français en 4 catégories dans l'ordre croissant des revenus.
Les classes populaires sont constituées de la moitié la plus pauvre des français. Suivent ensuite, les classes moyennes avec les 40% de personnes situées au "milieu". Enfin, les français les plus riches se partagent entre le dernier pourcent qui forme les classes "très" aisées et les classes "simplement" aisées qui occupent les 9% précédents.

Répartition des classes sociales en France en fonction de leurs effectifs
L'écart de revenu entre ces catégories est gigantesque.
Les 5 millions de personnes les plus défavorisées récupèrent moins de 900 € par mois.
Le revenu moyen net,  après impôts et transferts sociaux, d'un adulte des classes populaires est de 1 500 € mensuels.
Les classes moyennes gagnent sensiblement le double et les classes aisées le quadruple.
Les 500 000 personnes très aisées émargent chacune à 30 000 € par mois, 33 fois plus que leurs concitoyens moins bien lotis. En 2 ans, ils gagnent autant qu'un travailleur des classes populaires en une vie professionnelle complète.
Les 5 millions de français les plus riches ont sensiblement le même revenu cumulé que les 25 millions les moins fortunés.

Répartition des classes sociales en France en fonction de leurs revenus nets mensuels moyens
Afin de rendre notre situation encore plus palpable, voici ce que serait la France si ces inégalités, en plus d'être sociales, devenaient aussi géographiques.
Le nord de la Loire, grosso modo les anciens pays de langue d’oïl, regrouperait les catégories populaires avec un revenu moyen de 1 500 € mensuels par personne.
Les classes moyennes, autour de 3 000 € par mois, se mettraient à l'occitan et occuperaient le sud de la Loire.
La bande littorale provençale de Marseille à Nice serait mise à disposition des français aisés disposant de 6 000 € mensuels.
L'agglomération de Grenoble, qu'il faudrait ceindre de fossés et de barbelés, serait transformée en ghetto pour ultra-riches touchant presque 400 000 € chaque année. Cette nouvelle principauté opterait pour le patois dauphinois comme langue officielle aussitôt son indépendance acquise.

Ces chiffres permettent aussi de comprendre pourquoi seules les grosses pièces de 1 et 2 € portent la devise de la république française. La faire figurer sur la menue monnaie pourrait passer pour de la publicité mensongère vis à vis des citoyens plus pauvres.

Inégalement votre

Références et compléments
Les données, que j'ai arrondi pour faciliter leur compréhension, proviennent :
. du livre de 2011 de Thomas Piketty, Camille Landais et Emmanuel Saez "Pour une révolution fiscale - Un impôt sur le revenu pour le XXIème siècle" accessible gratuitement en ligne en suivant ce lien ;
. de l'observatoire des inégalités qui fournit de très nombreuses statistiques sur les disparités de la société française.