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samedi 17 septembre 2016

Avez-vous appris le mot apprenance ?

La formation professionnelle permanente recèle parfois d’étonnantes surprises.
Récit d’une expérience récente.

L'apprentissage de l'apprenance

Sur mon lieu de travail, un recyclage de sécurité incendie est organisé chaque année.
À cette fin, un camion d’une entreprise spécialisée se rend sur le parking du site. Ce véhicule est aménagé pour réaliser des exercices pédagogiques avec des flammes réelles, sans préparation préalable, ni périmètre de sécurité.


Ce magnifique semi-remorque est plaisamment baptisé CAPSI : Centre d'Apprenance et de Perfectionnement à la Sécurité Incendie.

Une langue carbonisée

Intrigué par le vocable "apprenance" et soucieux de perfectionner mon français, j'ai d'abord constaté que dictionnaires classiques, Trésor de la Langue Française informatisé et correcteurs orthographiques ignorent ce terme.

Toutefois, quelques pages sur internet expliquent que ce néologisme désigne une tournure d'esprit favorable à l'apprentissage de nouvelles pratiques.
En quelque sorte, une formattitude...

Désireux d'accroître un bagage sémantique par trop réduit, j’ai supposé que la société propriétaire du semi-remorque d'apprenance devait abriter dans ses stocks un riche vocabulaire .

La visite de son site web s'est avérée décevante.
Une terminologie banale est assaisonnée de mots manquants ainsi que d'orthographe et de grammaire approximatives.
Jugez sur pièces.
La santé et ❲?❳ sécurité au travail désigne diverses disciplines visant à supprimer ou à limiter certains effets nuisibles du travail sur l'être humain (santé physique ou mentale) et sur son environnement (santé environnementale).
Tout employeur est tenu d'organiser les moyens nécessaire afin de préserver la santé et la sécurité dans son établissement. La formalisation de l'organisation, incluant l'identifications des rôles de chacun et la formation de ses équipes aux bons comportement est incontournable.
Afin de répondre aux obligations du code du travail, le chef d'établissement doit prendre les mesures pour sécuriser le personnel par le biais de d'actions de prévention, d'information et formation sensibilisation et ❲?❳ premier témoin.
J’espère que la formation anti-incendie délivrée dans le CAPSI est plus rigoureuse que la langue de ses promoteurs et qu'elle permet à ceux qui la suivent de ne pas aller au casse-pipes en cas de feu.

Quant aux responsables de l'entreprise, je peux, s'ils le souhaitent, leur présenter des personnes susceptibles d'apurer leurs publications, voire même de les faire entrer en apprenance linguistique.

Incendiairement votre

Références et compléments
J'invite les lecteurs qui nourriraient des doutes sur l’authenticité du texte rapporté ci-dessus à parcourir la rubrique formation incendie du site web de la société objet de cette chronique.

Les amoureux du français sont invités à user sans limite du TLFi Trésor de la Langue Française informatisé, le meilleur outil en ligne sur l'idiome de Molière et de Charles De Gaulle, fruit des travaux du CNRS.

Photographie réalisée par l'auteur le 15 septembre 2016.

jeudi 11 août 2016

Pépites francophones en Tunisie

​La Tunisie possède une grande richesse linguistique.
À côté des multiples déclinaisons de l'arabe, le français reste d'usage fréquent.
Mieux même, les tunisiens réinventent sans cesse la langue d'Eugène Ionesco.
Jugez sur pièces.

Pas de pizza réussie sans chompinon, artichoux et ognion !

La médecine quantique, nouvelle discipline prometteuse, est expérimentée en Tunisie. Grâce à elle, votre santé va posséder un sacré spin.

La firme automobile de Sochaux à l'emblème du lion devrait se méfier de sa nouvelle compétitrice bretonne PEUGOET.

L'état américain de l'Oregon est le premier producteur mondial d'origan.

Pour former un couple fusionnel, rien ne vaut un thé partagé avec l'élu(e) de votre cœur.

Ce fait historique est méconnu mais la Tunisie a joué un rôle déterminant lors des débuts de la seconde guerre mondiale.
En effet, le 18 juin 1940, à Londres, pour s'éclaircir la voix et se donner du courage, le général De Gaulle, avant de lancer son fameux appel sur les ondes de la BBC, s'est envoyé derrière la cravate un petit godet d'eau minérale tunisienne.


Francophono-tunisiquement votre

Références et compléments
Voir aussi mes autres chroniques au sujet de la Tunisie.

Toutes les photos ont été prises par mes soins en 2015 et 2016 en Tunisie, principalement à Kelibia.

lundi 6 avril 2015

Copinages, concubinages, compagnonnages - Petit lexique du couple

La défiance des français pour les institutions est devenue si forte que beaucoup d'entre nous n'éprouvent plus le besoin de comparaître devant Monsieur le Maire et Monsieur le Curé pour officialiser, à la ville et au monde, leur union.
Tout au plus, certains consentent à se présenter subrepticement à un greffier de tribunal d'instance pour enregistrer leur pacte civil de solidarité, mieux connu sous son acronyme PACS.

Ces changements sociologiques profonds ont des conséquences lexicales insoupçonnées.

Personne ne parle plus de concubinage.
Ce terme vieillot a notoirement succombé à ses connotations péjoratives. Qui oserait encore désigner l'homme ou la femme de sa vie (de couple, du moment) avec les termes concubins et concubines ?

Malgré l'évocatrice expression camarade de jeux et une origine commune avec le mot chambre, le et la camarade sont partis avec le Mur de Berlin et l'URSS peupler les poubelles de l'Histoire.
Dommage, car ce terme, invariable quel que soit le genre, est porteur d'une symétrie homme-femme très moderne.

Pour sa part, connaissance, vieilli et biblique, a subi les lents et irrémédiables déclins de la noblesse française et de l'imparfait du subjonctif.

Conjoint, très juridique, est réservé à certains formulaires ou actes administratifs où, manque de place et politiquement correct aidant, ce vocable a le bon goût d'afficher une neutralité du meilleur aloi.
Son féminin, conjointe, peine à se faire une place en dehors des analyses statistiques et du Scrabble.

Le PACS n'a pacs suscité d'autres néologismes que lui-même et l'hideux verbe se pacser.
Pourtant, mutualiser gîte, couvert et couche avec une pacsette, une pacssoire, un pacssif ou un pacssant constitue un palpitant objectif de vie.

Les jeunes couples allergiques aux greffiers de tribunaux d'instance optent résolument pour les termes copain et copine précédés d'un déterminant possessif.
Manifestement, l'intimité avec sa copine est plus prononcée qu'avec une copine quelconque.
Le terme copain est issu du latin cum panis, celui avec qui l'on partage le pain. Par voie de conséquences, je me suis toujours interrogé sur l'étymologie du mot copine, surtout si cette dernière est employée par un centre équestre.

Ami et amie, bien que toujours usités, tendent à revenir vers leur acception originelle et platonique.
Petit ami et petite amie sont franchement ringards. Bonne amie, définitivement datée, s'enfonce dans la désuétude.
Ces appellations métaphoriques s'avèrent trop fleur bleue pour notre époque décomplexée.

Le seul intérêt des termes amant et amante est de garantir un coup de vieux.
Évoquer son amant ou son amante vous inscrit d'office au fan club d'Honoré de Balzac ou de Stendahl.
Ces deux vocables sont désormais réservés aux échange strictement horizontaux et inavoués, donc inavouables.
Maîtresse les a précédé dans le magasin des accessoires hors d'usage.

Au fil de la vie, le copinage fait place au compagnonnage. L'âge aidant, la copine devient compagne et le copain compagnon.
Étrangement, la compagnonne ne fait pacs recette. Serait-ce parce que la gent masculine préfère ses partenaires en pagne plutôt que lionnes ?
Dans mon entourage, aucune paire notoire ayant franchi le cap de la quarantaine n'utilise plus les expressions mon copain et ma copine.
Toutefois, même si cette séparation sémantique est nette, je n'ai pacs réussi à déterminer la date de péremption de copine.
Y aurait-il, un jour précis, une cérémonie initiatique, dans l'intimité de l'alcôve, durant laquelle la femme se débarrasserait de ses oripeaux usés de copine en un strip-tease torride pendant que son concubin revêtirait une parure neuve et seyante de compagnon ?
N'ayant pacs eu l'opportunité de pratiquer personnellement cette transformation, j'apprécierais que les lecteurs éclairent ma lanterne sur ce point.

Les couples mariés compensent leurs chaînes légales, et parfois religieuses, par une richesse lexicale sans égale. L'ancienneté et le prestige du statut matrimonial officiel confère de menus privilèges qu'il convient de savoir savourer.
Les termes mari, époux, femme, ou épouse, avec ou sans déterminant possessif, sont parfaitement interchangeables.
Fort heureusement, les vocables légitime et bourgeoise n'ont plus cours pour caractériser la moitié du marié.
Néanmoins, dernier reste de machisme ancestral, trop peu d'épouses appellent leur conjoint mon homme.

Copinement votre

Chronique rédigée le lundi de PACS

vendredi 13 mars 2015

My tailor writes a mail - Anglais international tous terrains

L'anglais est la lingua franca du business et du travail.

Malheureusement, converser et écrire, en milieu professionnel, dans la langue de Bill Gates ou de Lakshmi Mittal, est souvent, pour les francophones, un pénible parcours d'obstacles.

Notre bagage scolaire, pourtant péniblement acquis, résiste mal à la réalité de la globalisation.
Il est rare, au boulot, d'échanger avec un présentateur de la BBC.
Fréquemment, nous devons interagir avec des personnes dont l'accent, le vocabulaire et la grammaire, à l'instar des nôtres mais différemment, feraient perdre son flegme à Sa Très Gracieuse Majesté britannique.
Je vous propose de retrouver sur mon site kelibia.eu quelques astuces, expérimentées "on the field" par votre serviteur, pour mieux négocier les haies anglophones les plus hautes.

Ces petits dopants linguistiques hérisseront les défenseurs de la pureté du parler d'Oxford, mais permettent d'éviter de grosses bévues en contexte international.

Lien

vendredi 22 novembre 2013

Bizarreries sémantiques de la fiscalité locale

Hier, mon percepteur favori s'est rappelé à mon bon souvenir en m'enjoignant de payer dans les meilleurs délais une "taxe d'habitation".

D'après la neuvième et très officielle édition du dictionnaire de l'Académie Française, "habitation", nom féminin, signifie "action d'habiter un lieu, lieu où l'on habite, domicile, maison".
Or, l'objet de cet appel fiscal est un garage en sous-sol, sans aération, ni eau courante, ni électricité et régulièrement inondé par temps d'orage.
Si d'aventure, il me venait l'idée saugrenue de loger quelqu'un dans mon cagibi souterrain, à coup sur, services sociaux et maréchaussée me tomberaient illico sur le paletot.
J'envisage donc d'adresser une réclamation au service des impôts car asseoir une "taxe d'habitation" sur un local inhabitable me parait être simultanément une gaucherie lexicale et un abus de droit.

Quelques semaines en arrière, le même collecteur de dîmes avait prescrit aux copropriétaires de l'immeuble où je crèche d'acquitter la "taxe foncière".
"Foncier", adjectif, toujours d'après les sages du quai de Conti, est relatif à tout ce "qui consiste en un bien-fonds et, plus particulièrement, en une propriété terrienne".
Le Trésor de la Langue Française Informatisé nous apprends que "bien-fonds", nom masculin généralement au pluriel, est une "propriété comprenant le sol et tout ce qui en dépend en superficie et en profondeur".
Le "sol", nom masculin, est, suivant la même source, la "partie de la croûte terrestre, à l'état naturel ou aménagée, sur laquelle on se tient et se déplace".
En toute logique linguistique, la "taxe foncière" ne peut donc être demandée qu'aux infortunés détenteurs d'appartements situés en rez de chaussée.
Par voie de conséquence, les heureux occupants des étages supérieurs devraient être exonérés de cette gabelle immobilière.

Foncièrement lexicalement votre

Références et compléments
- Je recommande aux curieux et amoureux de la langue de Molière la visite du portail du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales du CNRS, véritable mine d'informations linguistiques et sémantiques avec notamment plusieurs dictionnaires en ligne.

mardi 21 août 2012

Survie linguistique en Tunisie (suite)

Contrairement aux apparences, arabe dialectal tunisien et français sont deux langues phonétiquement proches.
Voici une seconde livraison des précieux conseils d’Humeurs Mondialisées à destination des francophones pour éviter les quiproquos au pays d’Hannibal.

Si vous entendez, à l’insu de votre plein gré, quelqu’un dire à votre conjoint, de façon péremptoire, « jette » suivi de votre prénom, ne paniquez pas !
Personne ne souhaite briser votre couple. Bien au contraire, il y a au moins une âme bien intentionnée qui s’enquiert de votre venue.

Si on annonce près de vous « dis Léa ! », ne vous mettez pas bêtement à répéter ce joli prénom un peu passé de mode mais savourez la pastèque qui arrive.

Si on vous dit « souris », ne cherchez pas à faire risette à une hypothétique caméra.  Inutile aussi de grimper sur une chaise, il n’y a aucun rongeur à l’horizon.
Votre interlocuteur souhaite savoir si vous êtes français.

Si, au restaurant, le serveur termine sa prise de commande par « chou crâne », ce n’est pas pour autant que vous aurez en dessert une surprise locale du chef à mi-chemin entre la tête de veau ravigote et le chou farci.
Il s’agit d’un remerciement de bon aloi pour votre contribution à la réussite de ses objectifs commerciaux.
Si le garçon préfère s’exclamer « baraque à la ouf ! hic ! », sachez qu’il ne nourrit aucune ire vis-à-vis de l’architecte de sa gargote mais qu’il redouble de politesse à votre égard, signe que votre participation à son bonus semble prometteuse.

Franco-tunisiennement votre

Références et compléments
- A propos de phonétique franco-tunisienne voir aussi la première fournée de ces conseils linguistiques ainsi que la toute première chronique tunisienne « Un après-midi chez Marthe ».
Les deux chroniques « Du satin sur le divan du toubib - mots français d’origine arabe » et « Les 16 tweets qui ont fait l’histoire de la Tunisie » complètent les recommandations ci-dessus.

- Extraits du dictionnaire phonétique tunisien – français :
. Jette [+ nom ou prénom] ? = [nom ou prénom] est-il venu ?
. Dis Léa = pastèque
. Souris = français
. Chou crâne = merci
. Baraque à la ouf ! hic ! = merci (forme très polie, littéralement que la grâce de Dieu soit sur vous)

mardi 14 août 2012

Survie linguistique en Tunisie

Le français et l’arabe dialectal tunisien partagent des mots phonétiquement proches qui risquent d’abuser le francophone en villégiature du coté de Carthage.
Quelques conseils pour éviter les quiproquos au pays d’Ibn Khaldoun …

Si vous êtes né au « Chili », les tunisiens vous trouverons « mesquin » d’être soumis en permanence à la canicule.
Pas de panique ! Les autochtones sont parfois bizarres. Montrez que votre robuste constitution vous permet de résister à tout

Si vous venez de Sarajevo ou de l’Herzégovine, évitez de parler de votre patrie en présence de jeunes filles.
En entendant le mot « Bosnie », certaines tunisiennes émoustillées risquent de se jeter à votre cou quand d’autres, croyant être harcelées, voudront vous gifler voire pire.

Si on vous propose du « fric », ne vous réjouissez pas trop vite.
Votre portefeuille ne va pas subitement se rembourrer, par contre vous serez obligé d’ingurgiter un épi de maïs grillé.
Vous vous consolerez en pensant que cet aliment légèrement cramé contient beaucoup de sucres lents et probablement quelques vitamines.

Si un tunisien vous parle des « boules », surtout s’il accompagne son propos de gestes pressants, sachez qu’il ne nourrit aucun énervement vis-à-vis de votre personne, pas plus qu’il ne vous invite à une partie de pétanque. Il veut juste trouver rapidement des toilettes.
Contrairement à la région lyonnaise, il n’y a pas de « bars à boules » en Tunisie, seulement de jeunes enfants dont on souhaite canaliser les débordements.

Si on vous convie à partager un « brique » acceptez sur le champ, surtout pendant le mois de ramadan !
Inutile d'être karateka pour venir à bout, à mains nues, de cette croustillante spécialité culinaire, généralement au thon ou à l’œuf.

Si vous êtes invité à une séance « d’outillage », allez-y sans crainte.
Il ne s’agit pas d’un rituel satanique dans l’arrière-boutique d’une quincaillerie mais d’un match de poule de cette compétition sportive très spéciale qu’est le mariage tunisien.
Pour « l’outillage », l’équipe, mais aussi le public, sont presque exclusivement féminins. L’avant-centre a les pieds et les mains peints aux couleurs de son club et les supportrices manifestent bruyamment leur joie de voir leur championne mener au score.

Franco-tunisiennement votre

Références et compléments
- Extraits du dictionnaire phonétique tunisien – français :
. Chili = très chaud !
. Mesquin / miskine = pauvre, malchanceux
. Bosnie / bousni = embrasse-moi
. Fric = épi de maïs
. Boules = pisser
. Bar à boules ! = va pisser !
. Brique = brick
. Outillage / outia = « fête de la mariée » qui a lieu généralement deux jours avant la véritable cérémonie de mariage. Souvent, l’outia est l’occasion de finaliser la « peinture » au henné des mains et des pieds de la future mariée.

- Il y a désormais une seconde livraison de ces conseils phonétiques, sans oublier la toute première chronique tunisienne "Un après-midi chez Marthe".
Voir aussi la chronique « Du satin sur le divan du toubib » consacrée aux mots français d’origine arabe ainsi que « les 16 tweets qui ont fait l’histoire de la Tunisie ».

- « Je suis né au Chili » est une chanson du regretté Bobby Lapointe.

samedi 11 août 2012

La braguette du druide : du gaulois dans le français !

Suite à la récente chronique sur les mots d’étymologie arabe présent dans le français, @Lourcine – un twittonaute de mes relations – m’a rappelé que la langue de Molière comportait aussi des vocables d’origine gauloise.
Jules César et ses légions latines ne sont pas totalement venus à bout du parler de Vercingétorix.
Pour preuve, ce nouveau dialogue, toujours un brin érotique, où nous retrouvons le médecin et sa patiente, naguère étendus sur un divan et qui, désormais, se passent le celte.

– Bonjour druide !
– Bonjour chère Madame mais que dîtes vous la ? Druide ? Pourquoi pas ambassadeur ou palefrenier pendant que vous y êtes ! La dernière fois vous m’avez appelé « toubib » durant toute la consultation !
– Je vous appelle druide car vous êtes un vrai magicien ! Quel brio ! Grâce à votre traitement mes soucis de santé se sont envolés. Mon jarret est redevenu svelte et mes joues sont à nouveau roses. Envolées les tonnes de plomb qui pesaient sur mes épaules !
– Nous allons voir cela mais entrez donc ! Ne restez pas dans ce couloir malheureusement aussi sombre qu’un tunnel. Les ampoules ont grillé ce matin, je n’ai pas encore eu le temps de les changer.
– C’est vrai qu’il fait noir ici. Pour un peu on dirait un bouge empli de truands à la rouge trogne prêts à vous garroter pour un oui pour un non.
– Puis-je vous proposer une cervoise tiède que je garde dans ce pichet en étain. C’est une cuvée spéciale à base de blé que m’envoie un brasseur artisanal belge dont j’ai soigné la fille autrefois.
– Volontiers ! Une chaque visite vous me faites découvrir une nouvelle boisson. Hum ! Cette mousse est vraiment crémeuse.
– Une petite galette pour accompagner votre cervoise ?
– Druide vous exagérez ! A force de me gaver ainsi je vais ressembler à un tonneau ! Moi qui étais presque chétive étant jeune !
– Allons, allons ! Un de mes slogans favori est « un petit plaisir n’est jamais gaspillé ». Et ces vacances alors ?
– Excellentes ! Mon mari a passé son temps à photographier des chamois et des bouquetins dans un parc national en montagne. Il avait trouvé une petite combe recouverte de lande parfaite pour l’observation des animaux. Malheureusement, le dernier jour, le long d'un talus, il a glissé sur une souche de sapin cachée par les bruyères et s’est brisé l’orteil. Pendant ce temps, j’ai alterné entre une cure de bains de boue le matin et des ballades sur les chemins alpestres l’après-midi à glaner quelques fleurs.
– En tous les cas, vous avez une mine superbe !
– Mais où est le divan sur lequel je me suis voluptueusement allongée la dernière fois ? Pourquoi l’avez-vous changé ?
– Un charpentier de mes amis s’est établi ébéniste. Pour l’aider à avoir un peu de boulot, je lui ai acheté ce nouveau canapé. Il l’a réalisé en n’utilisant que des essences nobles : érable, chêne, bouleau, if. Malheureusement, lors de son transport dans une camionnette encombrée, il a été rayé.
– Savez-vous qu’on peut estomper les rayures sur des panneaux de bois avec un mélange de poudre d’ardoise et de terre glaise ? Quoiqu’il en soit, le tissu lie de vin est superbe.
– Merci du conseil, je vais essayer. On m’avait suggéré de frotter avec des galets ou des cailloux mais je n’ai pas osé. Bon, assez parlé, il faudrait quand même se mettre à marner un peu ! Pourriez-vous retirer cette magnifique chemise à jabot afin que je vous examine ? Vous n’aimez guère vous vêtir de guenilles à ce que je vois !
– Où puis-je poser mes vêtements ? Sur cette claie ?
– Oui. Vous pouvez aussi les mettre sur cette vieille pièce de charrue que j’ai transformée en portemanteau.
Aaah ! A chaque visite vous me comblez ! Après le satin d’avant vos vacances, aujourd’hui sous vos braies à la gauloise jaillissent des jarretelles !
– Approchez-vous druide ! Durant mon séjour à la montagne, je me suis laissée bercer par l’idée de cette nouvelle visite. A chaque fois que je voyais mon mari, je me renfrognais et pensais à vous.
– Vos désirs sont des ordres ! Je serai votre valet !
– Venez plus près ! Il me semble que votre braguette a besoin d’être arrangée. On dirait que la fermeture éclair a déjanté.
– Je suis votre vassal !
– Couchez-vous donc sur ce drap car vous m’avez l’air d’être un sacré gaillard ! Que dis-je ? Un bouc, un bélier, une bête, une brute ! Je crains de ne pas y arriver si vous n’êtes pas allongé.
[La suite serait délectable. Malheureusement je ne peux pas la dire et c’est regrettable. Ca nous aurait fait rire un peu.]
– Afin de camoufler ces instants délicieux, de les mettre sous le boisseau, il me faudrait une nouvelle ordonnance ou, à tout le moins, une adaptation de mon régime. Sinon mon mari va flairer la magouille. S’il se met à creuser et qu’il découvre qu’ensemble nous passons les bornes, il est capable de me battre à coups de balai. Il que vous trouviez quelque chose qu’il soit capable de gober.
– Aucun problème, je vais vous rétablir la viande et le poisson dans votre régime. Je vous conseille donc le pâté de cheval et d’alouette, le mouton et le lapin de garenne. A cela vous pourrez ajouter de la limande et de la lotte. Sans oublier un peu de miel des ruches de votre cousin !
– Merci beaucoup ! Je suppose qu’il faudra que je revienne régulièrement pour un contrôle.
J’allais oublier de vous demander des nouvelles de votre fils à qui vous donniez des leçons d’algèbre. A-t-il eu son baccalauréat ?
– Oui il est bachelier désormais et s’apprête à passer le concours pour rentrer au ministère du budget.
– Bon, il se fait tard. Au revoir druide et à très très bientôt !
– Au revoir chère madame et revenez très vite. En carrosse, en luge, en chariot, en benne basculante, peu importe ! Revenez ! D’ici là je serai comme une terre en jachère, à vous attendre …

Gauloisement votre

Références et compléments
– Voir aussi la précédente chronique « Du satin sur le divan du toubib » où médecin et patiente prennent un malin plaisir à employer des mots français d’origine arabe.
– Comme le bouc – mon animal patronymique – et les bacchantes qui ornent mon visage n’ont pas suffi, je remercie le twittonaute « Olivier Dressayre / @Lourcine » de m’avoir remémoré qu’il reste du gaulois et du celte dans le français.
– Les mots indiqués en gras dans le texte ci-dessus sont d’étymologie gauloise ou celtique d’après le portail lexical du CNRTL.
Les quelques mots écrits en italique dans le dialogue ont une origine arabe et sont une réminiscence de la chronique « Du satin sur le divan du toubib ».
– Merveilles de la langue française et gauloiseries ne sauraient être évoquées sans Georges Brassens. En plus de l’extrait du « Gorille », le texte ci-dessus contient deux autres citations du barde de Sète que je vous laisse retrouver.

mardi 7 août 2012

Du satin sur le divan du toubib : il y a de l'arabe dans le français !

N’en déplaise aux sectes de tout poil, il y a de l’arabe dans le français !
La langue littéraire et l’argot contiennent de multiples mots d’origine arabe provenant des croisades, de l’espagnol, de l’italien, de la colonisation et de l’immigration. 
Pour preuve, ce dialogue vaguement érotique recueilli subrepticement dans le secret d’un cabinet médical.

– Bonjour toubib.
– Bonjour chère madame. Entrez vite ! Il pleut si fort sur la grand route ! Heureusement votre caban m’a l’air bien imperméable.
– Oui et, en plus, sa doublure en mohair le rend très agréable à porter.
– Posez votre barda ici.
– Il fait bon chez vous. Vous vous chauffez comment ? Au mazout ?
– Oui, j’ai un chauffage central qui, depuis que je me suis installé ici, n’a encore connu aucune avarie. Je l’ai fait venir du Groenland.
– N’avez-vous pas eu de problèmes avec la douane ?
– Si, ça été un peu compliqué. Les exigences des gabelous sont prohibitives. Il faut qu’ils fassent du chiffre. Heureusement, avec un petit bakchich le problème a été résolu fissa.
– La société de mon mari qui importe des raquettes du Japon a le même type d’embêtements. Les tarifs des douaniers sont exorbitants, ils se prennent pour des nababs ! Pourtant ce ne sont que des caïds de seconde zone ! Il leur fait toujours plus de flouze ! Ils disent qu’ils contrôlent au hasard mais comment les croire ?
– Je vous en prie, prenez place sur ce sofa. C’était auparavant un lit à baldaquin qui occupait une alcôve à mon domicile. J’ai fait changer le matelas, passer un petit coup de laque et, hop, désormais c’est un divan pour mes patientes. C’est quand même plus agréable que mes anciens tabourets.
– Quel confort ! Un vrai massage ! Et ce tissus ambré une pure merveille qui se marie très bien avec les coussins rouges !
– Puis-je vous offrir un petit kaoua ? J’ai dans cette carafe isotherme un moka spécial que m’envoie un petit producteur yéménite dont, autrefois, j’ai guéri la fille.
– Bien volontiers, toubib !
– Combien de sucres ? Normal ou candi ?
– Un seul, candi, s’il vous plait.
– Voici. Prenez donc aussi ce petit caramel dans cette timbale, il faut bien que mes confrères dentistes puissent assurer leur chiffre d’affaire !
- Un régal ! Un vrai sirop ce kaoua ! Que dis-je ? Un élixir divin !
– Trêve de salamalecs ! Qu’est-ce qui vous amène ? Que puis-je pour vous ?
– Une fatigue perpétuelle m’assaille. C’est comme si j’avais en permanence un fardeau sur mes épaules, qu’on me cognait sur le crâne à coups de matraque, qu’un tambour résonnait dans ma tête faisant un ramdam de tous les diables, que des dizaines de clébards aboyaient dans mes oreilles, qu’une noria de bulldozers aplanissait mes méninges … J’ai peur d’avoir quelque tare héréditaire.
– Il va falloir que je vous examine. Pourriez-vous enlever votre jaquette et votre jupe, s’il vous plait.
…
Ouah !!! Des sous-vêtements en satin et en mousseline ! Ah ces reflets moirés ! Votre mari est un homme comblé ! Ma femme ne porte que de ternes culottes en coton qu’elle achète au magasin du coin.
– Toubib, vous me gênez ! Bornez votre zèle à de plus innocents marivaudages ! Je sens que je deviens cramoisie. Je serai bientôt aussi écarlate que les coussins de votre divan.
– Que nenni ! Le carmin vous va a ravir ! Votre beauté dépasse celle d’un nénuphar !
– Toubib, votre arsenal à compliments me semble contenir un peu trop de munitions ! Si vous continuez, je pourrais en faire un almanach !
– Je crains que vous ayez une allergie à des substances chimiques. Seriez-vous en contact avec de l’ammoniac ? Vous savez ce produit que nos grands-parents appelaient l’alcali volatil.
– Non ! Je n’en ai même pas un chouilla chez moi.
– Et de la cire de bougie peut-être ? du goudron ? de la soude caustique ? du benzène ? du borax ? de l’essence de tamaris ?
– Le bois de la guitoune au fond de mon jardin qui servait d’abri pour le cheval alezan de mon oncle Archibald est entièrement goudronné. Ce vieil oncle, surnommé l’amiral car il possédait un chantier naval, a utilisé les mêmes techniques de calfatage que pour ses bateaux.
– Vous y allez souvent dans ce gourbi ?
– Oui, assez, j’y entrepose dans des couffins et dans des jarres les matières premières pour mon atelier de maroquinerie. Un vrai souk !
– Dans ce cas, le diagnostic est assez simple : vous faîtes une allergie au goudron.
– Ca se soigne ? Ou bien va-t-il falloir que je me procure un talisman pour éloigner la camarde ?
– Ca se soigne très bien ! Tout d’abord, cessez d’aller dans cette guitoune, envoyez quelqu’un d’autre à votre place. Ensuite, pendant quelques temps, un régime alimentaire strict va s’imposer. Vous ne devrez plus manger que des artichauts, des épinards, des aubergines et de l’estragon ainsi que des abricots et des oranges.
– Même pas un petit kebab ou un petit méchoui de temps en temps ? Une brick au thon albacore ?
– Non, régime strict ! Zéro viande sinon c’est l’échec assuré !
– Un petit loukoum ? Une petite baklawa ?
– Kif kif ! Ah ! J’oubliais, pas d’alcool ni de sorbets non plus ! Et évitez aussi de faire trop la nouba.
– Ca fait quand même pas besef d’aliments possibles ! C’est de la mesquinerie diététique !
– Un petit effort le temps de remettre à niveau votre algorithme personnel et tout ira mieux !
– Toubib vous m’assassinez ! J’ai l’impression d’avoir heurté un récif !
– Si vraiment c’est trop difficile, vous pouvez essayer le camphre.
– Vous me transformez en momie ! Je ne vais plus manger que de la camelote !
– A l’extrême rigueur vous pouvez recourir au talc dans les sinus … mais surtout à doses homéopathiques ! Par contre, évitez absolument le hachich.
Je vous écris tout cela sur une ordonnance … sauf le talc, bien entendu ! Mais où ai-je mis la rame de papier à entête ? J’ai pourtant fait récemment une razzia à l’imprimerie.
– Toubib, vous me prenez pour une brêle ?
– Assurément pas ! A chaque fois que vous venez me voir c’est comme si le soleil était à son zénith, se découpant sur champ azur !
Malheureusement, l’heure tourne, cessons de faire les zouaves ! Je suis au regret de devoir vous demander de vous rhabiller chère gazelle, de remettre un voile sur vos gazes.
– Pourrais-je revenir vous voir après mes vacances ? Mon mari et moi allons faire un safari photo.
– Vous êtes toujours la bienvenue. Vos dessous satinés me distraient de toute la smala qui m’attend à la maison et des exercices d’algèbre de mon second fils. Il me prend pour un cador mais je peine ! Rendez-vous compte, hier soir, j’ai du réapprendre à calculer un azimut ! Et pour aujourd’hui, il m’a promis des problèmes d’unités : convertir des quintaux en livres.
– Bien ! Au revoir toubib. Merci pour tout et bon algèbre !
Et ... comme votre divan est avenant ... peut-être que ... la prochaine fois ... vêtue seulement d’une djellaba ... me hasarderai-je à couvrir avec votre aide mon mari de safran …

Arabiquement votre

Références et compléments
- Un second épisode intitulé "la braguette du druide" vient s'ajouter à ce marivaudage diététique entre un médecin et sa patiente. Dans cette deuxième livraison, ils badinent, et même un peu plus, avec des mots d'étymologie gauloise et celtique.
- L’étymologie arabe des vocables en gras est attestée dans l’article « Mots français d’origine arabe » du dictionnaire libre Wiktionnaire.
- Impossible d’évoquer les merveilles et les recoins de la langue française sans Georges Brassens. Le texte ci-dessus contient quelques citations des chansons du barde de Sète que je vous laisse retrouver.

mardi 27 mars 2012

Dissertations indignées

Loys Bonod, professeur de lettres au lycée Chaptal à Paris, a récemment mis internet et les médias en émoi en relatant ce qui aurait du n'être qu'un canular et qu'il présente comme une expérience pédagogique.
Cet enseignant "a pourri" le web en instillant un peu partout des informations sur le regretté auteur du dix-septième siècle Charles de Vion d'Alibray.
Il a ensuite donné comme devoir à ses élèves un commentaire composé à propos d'un quatrain de ce poète injustement méconnu.
La plupart des potaches se sont contentés de recopier la prose de leur professeur aimablement fournie par Google.
Les constats dressés par Loys Bonod à la suite de sa supercherie sont pour le moins étonnants :
"Les élèves au lycée n'ont pas la maturité nécessaire pour tirer un quelconque profit du numérique en lettres". [...] En voulant faire entrer le numérique à l'école, [...] il creuse la tombe de l'école républicaine".
Suite à cette publication, le débat a fait rage sur les blogs et forums.
Les tenants de l'enseignement traditionnel des Lettres Françaises fustigent la propension à la copie des lycéens honteusement encouragée par internet. Ils soutiennent mordicus que commentaires composés et dissertations constituent l'horizon indépassable de la Pédagogie et de la Culture.
Je vais probablement vous surprendre mais ces gardiens du temple de la Littérature ont mille fois raison !
La preuve par ces quelques sujets de dissertation suscités par l'expérience de Loys Bonod qui ne dépareraient pas les épreuves de français et de philosophie du baccalauréat :

- Peut-on penser contre l'expérience ?

- "L'enseignant, fier de ses manuels, défend jalousement ce qu'il considère comme son équipement professionnel".
Commentez cette citation d'Ivan Illich en un développement structuré qui s’appuiera sur les textes du corpus, les romans que vous avez étudiés en classe ainsi que vos lectures personnelles.

- Le devoir se réduit-il à un ensemble de contraintes sociales ?

- A partir de deux phrases de Pierre Dac - "c'est en bûchant qu'on devient bûcheron", "la discipline est la force de ceux qui ne savent pas se faire obéir sans commander" - ainsi que sur les poèmes que vous avez étudié en classe, développez une argumentation structurée en faveur du travail personnel au lycée.

- Peut-on apprendre quelque chose en copiant une oeuvre d'art ?

- Selon vous, réécrire, est-ce chercher à dépasser son modèle ?
Vous développerez votre argumentation en vous appuyant sur les textes du corpus, ainsi que sur ceux étudiés en classe et sur vos lectures personnelles.
Vous pourrez vous intéresser à d'autres genres que la poésie bachique et érotique du dix-septième siècle.

- Les hommes doivent-ils fournir un travail personnel pour être humains ?

- Un philosophe a déclaré qu'il avait beaucoup plus appris sur l'économie et la politique dans les romans de Balzac qu'en lisant les économistes et les historiens.
Dans quelle mesure, la dissection mot à mot de romans anciens et l'absence de cours d'économie dans la plupart des séries du baccalauréat général permettent-elles de former valablement de jeunes citoyens ayant très bientôt à participer à une élection aux enjeux principalement socio-économiques ?
Vous rédigerez un développement structuré, qui s’appuiera sur les textes du corpus, les romans que vous avez étudiés en classe et vos lectures personnelles.
[Un bonus de deux points sera attribué lors de l'oral à tout candidat capable de répéter par coeur dix fois suite ce sujet sans se tromper]

- Un enseignant farceur peut-il être un héros de roman ?

- Si on peut dire que "l'homme ne devient homme que par l'éducation", quel genre d'humanité l'enseignement des lettres dans les lycées français prépare-t-il ?

- "Aux jeunes, je dis : regardez autour de vous, vous y trouverez les thèmes qui justifient votre indignation". Stéphane Hessel
A la lumière de cette citation, expliquez pourquoi, alors que "Indignez vous !" est devenu un ouvrage de référence pour beaucoup d'enseignants, ces derniers s'indignent lorsque des lycéens "s'indignent avec leur clavier" en sourçant leurs devoirs sur le web ?

Pédagogiquement votre

Post-scriptum :
Si par le plus grand des hasards, un jeune internaute furète sur ce blog, je tiens à le rassurer : il y a une vie après le lycée !
Les cours et exercices rébarbatifs de français et de langues en vue du baccalauréat n'empêchent aucunement, après une période de convalescence, de reprendre goût aux lettres.
Longtemps après ces supplices, il est tout à fait possible de se faire plaisir en publiant des blogs, rédigeant des livres ou échangeant en anglais "cassé" avec des indiens ou des russes ...

Références et compléments
- Tous les sujets de dissertation proposés dans cette chronique sont plus ou moins librement inspirés de sujets réels (?) trouvés sur le web.
- Voir aussi sur le même thème :
. Ma chronique précédente "Hommage à Charles de Vion d'Alibray"
. L'article original de Loys Bonod "Comment j'ai piégé le net pour donner une bonne leçon à mes élèves" (publié sur le site Rue89).
. Loys Bonod a aussi publié un debriefing "Retour sur un petit maelström médiatique".

dimanche 25 mars 2012

Hommage à Charles de Vion d'Alibray

Loys Bonod, professeur de lettres dans un lycée parisien, a fait le bonheur récent des gazettes en racontant comment il a "piégé le Net pour donner une bonne leçon à ses élèves".
Pendant plusieurs semaines, il a systématiquement posté sur Wikipedia, sur des forums et sur des sites spécialisés en corrigés de devoirs des informations erronées ou fantaisistes sur le célèbre écrivain du dix-septième siècle Charles de Vion d'Alibray.
Ensuite, ses élèves de première ont eu à rédiger un commentaire à propos d'un quatrain de ce poète "bachique et érotique".
Mus par un désintérêt pour "l'épicurisme insouciant et badin" et par une fainéantise certaine, beaucoup de lycéens sont tombés dans le panneau et ont recopié des passages entiers trouvés sur le web dont leur enseignant était l'auteur véritable.
Ce dernier conclut son expérience par des propos désabusés. Selon lui, les élèves manquent de la "maturité nécessaire pour tirer un quelconque profit du numérique" qui d'ailleurs "creuse la tombe de l'école républicaine".

Je comprends l'ire de ce pédagogue. Charles de Vion d'Alibray est un monument de la littérature française. Que de jeunes écervelés, plutôt que de frotter leur matière grise à la pensée féconde d'un spécialiste de la "poésie de cabaret", préfèrent la facilité de Google et de la copie digitale a de quoi énerver.

De nos jours encore, les vers du grand Charles continuent de nous éclairer sur bien des aspects de l'actualité. Vion d'Alibray aurait d'ailleurs, excusez du peu, inspiré Jean Jaurès, le Mahatma Gandhi, François Hollande et le professeur Barnard.
Jugez sur pièces :

- Le dérèglement climatique
Maintenant qu'un air doux nous ramene un beau Jour [...]
Ah si cette saison ne fond enfin ta glace [...]
Ce n'est qu'un vent qui bruit autour de ma maison
- La lutte contre le fanatisme
N'asservis point ton coeur sous un vil esclavage
Et ne demande point chaque jour le trépas
- La vanité des destins politiques et des campagnes électorales
Qu'est enfin un Cesar, et qu'est un Alexandre
Dont les armes ont mis tant de peuples en deuil ? [...]
Cependant il n'en reste après tant de merveilles [...]
Qu'un peu de poudre au vent, et de bruit aux oreilles
- Les maladies cardio-vasculaires
Ma pauvre veine en est tarie,
Et mon coeur en est consumé
- Le pacifisme
Je ne vais point aux coups exposer ma bedaine [...]
Ne me conte donc plus qu'en l'ardeur des combats
On se rend immortel par un noble trépas
- L'exhibitionnisme
Ton corps plus doux que ton esprit
S'exposait hier à ma vue [...]
Et sous le gant qui la couvrit
Ta main m'apparut demi nue [...]
Ton sein poussait hors de ta robe
- L'accroissement de l'age de départ en retraite
Mais compte avec tes maux, mais compte avec ton age
- Le soutien à la viticulture en danger
Toutefois dans le vin je trouve une raison,
Ou, si tu l'aimes mieux, une comparaison [...]
Car, après avoir bu treize ou quatorze coups
Des esprits tournoyant dans notre cervelle ivre
Font que tout semble aussi tourner autour de nous
Injustement boudées par les éditeurs, les poésies de Charles Vion d'Alibray sont fort heureusement accessibles sur le web où je les ai, à l'instar des lycéens de Loys Bonod, découvert.
Ce professeur, confronté à un métier difficile, a
[...] d'un style trop rude exprimé sa douleur. 
Il faut dire qu'à cause de ses élèves
[...] il n'a ressenti que de dures épines
Dont il n'a peu cueillir seulement une fleur.
Finalement
je ne sais si ces vers sont dignes de mémoire.
Mais décidément,
non, je n'approuve point ces superbes Esprits
qui, comme Loys Bonod le professeur trolleur, mettent sur piédestal trop haut pour de jeunes lycéens la Littérature, ses Commentaires et ses Dissertations.

Bachotiquement votre

Références et compléments
- Les phrases en italiques sont des extraits de poèmes de Charles de Vion d'Alibray trouvés au gré du web. A ce jour, je n'ai pas réussi à déterminer qui en est l'auteur véritable. La plupart d'entre eux proviennent du site de poésie française par Webnet.
- Les citations entre guillemets sont issues de l'article de Wikipedia sur Charles de Vion d'Alibray. Leur véracité et leur validité est laissée à la libre appréciation du lecteur.
L'historique de cet article indique que Wikipedia l'a protégé du "vandalisme volontaire et pédagogique d'un professeur".
L'article mentionne les nombreuses graphies du nom de notre chantre des "joies du vin et de la bonne chère, des plaisirs amoureux et de la vie facile" : Charles de Vion, Charles de Vion d’Alibray, Charles Vion d’Alibray, Charles Dalibray ...
Cet "homme à la vie mal connue" aurait-il, à l'instar de ses oeuvres, plusieurs facettes ?
- Mon autre chronique sur le même thème : Dissertations indignées
- Plusieurs très bonnes réactions sur le web à cette expérience pédagogique discutable :
. Superbe synthèse de André Gunthert "Saboter Wikipedia, ou l'école vengée"
. David Monniaux, sur son blog "La vie est mal configurée", a rédigé une critique de l'expérience pédagogique de Loys Bonod dont je recommande la lecture. Elle est intitulée "Un prof trolle ses élèves sur Internet, la belle affaire !".
. Un autre très bon billet sur cette expérience pédagogique "Eduquons à l'esprit critique, pas au mépris du travail es autres" a été publié sur son blog par Rémi Mathis.
. Le billet de Damien Babet "Pourriture pédagogique" (cité par André Gunthert)

jeudi 26 janvier 2012

Rosbif au curry : le charme de l'anglais en Inde

L'anglais en Inde diffère singulièrement de ses cousins d'Angleterre et d'Amérique.
La traduction mot à mot permet de goûter à la saveur de ce rosbif très particulier. La précision dans les chiffres et l'orthographe phonétique ne sont pas les moindres de ses charmes.

Voici quelques exemples issus de situations professionnelles.
Pour avoir une idée de la langue parlée, prononcez les phrases indiennes avec l'accent du Québec.

Français : Il y a trois semaines, je vous ai invité à une réunion fin février.
Rosbif au curry : Une unvitation a été mise à l'eau vingt-deux jours en arrièrre pour une réunnion fin fev.

Français : Nous utilisons une huitaine de vis et une dizaine de rivets.
Rosbif au curry : Nou uttilisons des visses, au nombre de neuf, et des rivaits, au nombre de dix.

Français : Vous trouverez dans les mails ci-dessous les informations concernant le changement de couleur. Il aura lieu lors du démarrage de la production.
Rosbif au curry : Sil vou plait, trouvez dans les mails tracées si-dessou la communication sur le chengemant de couleure. Ce changemant de couleur as besoin d'être unplémenté le long du démmarage de production.

Français : A partir des informations fournies par chacun d'entre vous, j'ai rédigé une synthèse envoyée au fournisseur. J'ai aussi réservé l'espace nécessaire dans l'entrepôt.
Rosbif au curry : Aprais havoir colecthé les details de vous tous, la maime chose a été consolidé et poussait o vendeur. Une fois cela fée, l'allotement de l'espace de l'entrepau a u lieue.

Français : La pièce existante en cuivre doit être adaptée pour pouvoir utiliser de l'aluminium.
Rosbif au curry : L'existant Cu doit être adopté pour AL.

Français : Chaque pièce doit être mesurée.
Rosbif au curry : Chak et toute piaisses seras mezurait.

En guise de conclusion, je rappelle aux pédagogues de la langue de Shakespeare de nos collèges et lycées français que le nombre d'anglophones en Inde excède celui de la Grande Bretagne et des Etats-Unis d'Amérique réunis …

Anglo-indianiquement votre

Compléments
D'après le Trésor de la Langue Française Informatisé, plusieurs graphies de rosbif sont possibles en français : la franchouillarde rosbif, la semi-britannique rosbeef, la totalement rosbif roast-beef et même la semi-francisée rostbeef.
A en croire cette référence de la langue française, l'emploi du mot rosbif pour désigner les anglais provient "des habitudes culinaires du peuple anglais".

mardi 2 novembre 2010

Tokyo capitale francophone

Tous comptes faits, inutile de maîtriser l'une des trois graphies nippones pour se sentir à l'aise dans la capitale du Japon.

L'alphabet latin est omniprésent : pas une marque qui ne s'affiche avec les caractères servant à rédiger cette chronique.
Ainsi, les immeubles de bureau devant l'hôtel portent fièrement les enseignes "d'AIU Insurance Company", de "BIC", de "Suntory" et de "Mory Trust". Et les taxis qui montent la garde devant la porte écrivent sur leurs flancs "Oikawa Taxis" ou "Nihon Kotzu Group".

L'inénarrable Eric Besson - le chantre essoufflé de l'identité nationale de la France - devrait venir se ressourcer au Japon car la langue de Molière y est du dernier chic.
Le français semble être un support commercial efficace, au moins pour la nourriture et la mode. Jugez sur pièces.

Le centre commercial devant la fenêtre s'appelle "belle Vie" alors qu'une boutique de croissants installée dans le métro aguiche l'usager avec un tricolore "Vie de France".

Bien entendu, il est possible de se restaurer dans de multiples "bistro" tantôt "lyonnais", tantôt à "vins et charcuterie". La palme étant détenue par le "bistrot de nord allée d'accès au temple".
A en croire les publicités dans le métro, ces "bistro" devraient connaître leur jour de gloire le 18 Novembre (et non pas le 7) avec l'arrivée annoncée du "Beaujolais Village". Il sera possible d'acheter ce nectar au magasin "Côtes du Rouge".
Dans cette même rubrique gastronomique, un "restaurant régional" accueille ses clients avec un incongru "chien méchant" et le cholestérol se renouvelle à la "maison du beurre" (sans aucun rapport avec le sinistre ministre précité).

Une "galerie La Moniale" expose des tableaux de paysage et des sculptures abstraites ne provenant visiblement pas d'une abbaye.

Les jeunes femmes en mal d'idées pour s'accoutrer - cela n'a pas l'air d'être le cas pour la plupart des nénettes tokyoïtes - trouvent dans le magazine "25 ans" d'excellentes suggestions. Elles peuvent aussi se procurer des couvre-chefs au "salon de chapeau".
Mais, au rayon mode, ma préférée est la ligne de vêtements d'intérieur "Du fond du cœur" qui proclame "Goûtez à une vie sucrée en vous souhaitant une douce nuit. Décontractez-vous, dégustez nos robes de chambres délicieuses comme un dessert" et intime un ordre dangereux par ces temps de sécurité renforcée : "Ouvrez ce paquet le plus vite possible !".

Francophoniquement votre …

samedi 14 août 2010

Un après-midi chez Marthe - Chronique tunisienne

Étrangement, le prénom féminin le plus courant à Kelibia est Marthe.
Comme souvent avec les prénoms, il s'agit d'une affaire de générations : les Marthe que je connais ont toutes plus de 30 ans et aucune jeune fille ne s'appelle ainsi.
Comme Jean en France - Jean Paul, Jean Pierre, Jean Pascal - Marthe est systématiquement un prénom composé : Marthe Ali, Marthe Habib, Marthe Tahar, etc.
A l'instar de Jean souvent complété par le prénom féminin Marie, Marthe est toujours suivie d'un prénom masculin.

Le mois d'août est incontestablement le mois des Marthe.
Chaque fin d'après midi, avec un tour de rôle mystérieux répondant à des règles aussi précises qu'obscures, une Marthe convoque une réunion familiale chez elle.
Malgré quelques variantes, le programme de l'après-midi chez Marthe relève d'une trame immuable.

Tout commence par la phase liquide. Généralement, Marthe a préparé deux types de thé : le thé-hasard qui, comme son nom ne l'indique pas, est systématiquement vert et le thé-armoire qui a pour particularité d'avoir la couleur des meubles du même nom.
A ce sujet, il y a d'ailleurs discordance entre les menuisiers qui nomment cette teinte tête de nègre et les spécialistes patentées du thé qui le disent rouge alors qu'il est noir.
Très souvent, peut-être pour préparer la dernière phase de l'après-midi, quelques sous-marins patrouillent négligemment dans le thé.

Vient ensuite la phase gazeuse. Il y a quelques années les boissons pétillantes étaient systématiquement Carla mais depuis que les cotes du Président Sarkozy et de sa dernière épouse ont piqué du nez, la couleur des gazouzes, à l'inverse du thé, dépend vraiment du hasard. Toutes sortes de pigmentations et d'aromes accompagnent désormais le gaz carbonique et le sucre.

Un après-midi chez Marthe ne saurait être pleinement réussi sans se terminer par une sérieuse phase solide. Les Marthe avec un penchant pour la construction optent pour les briques, fort heureusement sans ciment. Les autres s'orientent vers des salés, voire des glaces.
Dès le début de la phase solide, les convives montrent des velléités de départ vite contrées par l'arme secrète de la Marthe : la reteneuse.
En effet si les boîtes de nuit disposent de videurs (qui sont plutôt des filtreurs puisque leur principale mission est d'empêcher les indésirables d'entrer), les Marthe font appel en fin d'après-midi à la mystérieuse et inquiétante Mademoiselle Bikri.
Dès qu'une invitée fait mine de chercher ses mules - pour éviter toute tentative d'évasion, les invitées sont déchaussées à leur arrivée - Marthe appelle d'une voix de stentor sa reteneuse : "Mademoiselle Bikri !".
La simple évocation de ce personnage semblable à l'Arlésienne - tous en parlent mais personne ne l'a vu - suffit à calmer la volonté de fuite des invitées pendant au moins un quart d'heure.
Fort heureusement, l'effet dissuasif de Mademoiselle Bikri s'estompe avec le temps. Au bout de trois ou quatre évocations, les invitées, constatant que les issues ne sont en réalité gardées par personne, se lèvent et réussissent généralement une sortie groupée qui clôt l'après-midi chez Marthe.

Le lendemain, tout recommence chez une autre Marthe …

Tunisianiquement votre ...

Références et compléments
- Cette toute première chronique tunisienne a été complétée en août 2012 par un précis de survie phonétique en Tunisie ainsi que par une seconde livraison de ces conseils linguistiques.