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mardi 29 octobre 2013

L'impopularité de François Hollande n'est pas arithmétiquement aussi forte qu'on veut bien le dire

Le 6 mai 2012, 18 000 668 électeurs, pas un de plus, pas un de moins, donnaient leur vote à François Hollande qui devenait par la même occasion le 24ème président de la république française.

Près de 18 mois plus tard, rien ne semble plus aller pour notre magistrat suprême.
À en croire gazettes et politologues, l'impopularité de l'ancien maire de Tulle crèverait tous les plafonds. Mister Flamby aurait même dépassé dans le rejet ses prédécesseurs Mitterrand, Chirac et Sarkozy qui, pourtant, avaient su placer la barre à très haut niveau.

Pourtant les chiffres, comme souvent, méritent d'être examinés avec attention.

Si François Hollande a remporté la dernière élection présidentielle avec 51% des suffrages, il convient de noter que seuls 75% des électeurs inscrits ont alors jugé utile de se déplacer et de déposer un bulletin valide dans l'urne.
Ainsi en mai 2012, seulement 39 français sur 100, et non pas la moitié plus epsilon, avaient une bonne opinion du leader socialiste.
Les 61 restants soit préféraient le challenger, soit n'avaient guère de point de vue.

Cette semaine, l'institut de sondages BVA annonce que 26 français sur 100 ont une "bonne ou très bonne opinion" de l'actuel locataire de l'Élysée.
En supposant que cette valeur soit fiable - ce qui reste à démontrer - la chute est spectaculaire mais pas catastrophique.
Passer de 39 à 26 personnes sur 100 qui vous soutiennent signifie qu'une sur trois a changé défavorablement d'avis en un an et demi. Les deux tiers des soutiens présidentiels restent, pour le moment, fidèles au poste contre vents et marées.

Ce mauvais score est certes très ennuyeux pour remporter des élections, notamment les prochaines municipales du printemps.
Toutefois, il n'a pas pour conséquence que le pouvoir en place soit subitement devenu illégitime ou que sa politique doive être en bloc et sine die mise au rencart.

La démocratie a ses délais que des sondages et, surtout, leur interprétation hâtive ne sauraient bousculer sans prendre le risque d'une dérive populiste voire autoritaire.

Arithmético-républicainement votre.

Références et compléments
- Sur la validité des enquêtes d'opinion, voir la chronique "quand sondage rime avec bidonnage"
- Sondage BVA "Observatoire de la politique nationale" publié le 28 octobre 2013
  

dimanche 27 janvier 2013

Quand sondage rime avec bidonnage

Hier, samedi 26 janvier, à mon réveil, la presse radiophonique hexagonale rapportait qu'un sondage réalisé par IFOP pour le site Atlantico indique que 63% des français sont favorables au mariage homosexuel et 49% à l'adoption par les couples de même sexe.
Les commentaires revêtaient la même tonalité : l'opinion publique tricolore penche de plus en plus vers le mariage dit "pour tous".

Sur un strict plan scientifique, il n'en est pourtant rien. Ce sondage et ses interprétations, à l'instar de la plupart de ceux traitant d'autres sujets, recèlent un triple biais méthodologique.

Tout d'abord, les résultats ne comportent que quatre catégories en face des questions posées : "oui tout à fait, oui plutôt, non plutôt pas, non pas du tout". Aucune indécision n’apparaît.
D'après IFOP, tous les français, sans exception, auraient un avis net sur le régime matrimonial des gays ! Comment y croire ?
Le sondage ne retranscrit que les réponses des personnes ayant une opinion arrêtée.

L'enquête a été réalisée à l'aide d'un "questionnaire auto-administré en ligne (CAWI - Computer Assisted Web Interviewing)". Pour le dire en langage de tous les jours, 1026 personnes ont coché un formulaire sur internet.
Or, en France, sensiblement 70% des foyers ont un accès au web. Le tiers non connecté des français n'est pas appelé à fournir son opinion.
De surcroît, interroger des personnes en ligne est plus difficile que par téléphone ou porte à porte. Il est toujours malaisé de dire non à une personne qui vous sollicite de vive voix. A l'inverse, mettre un mail à la corbeille est presque jouissif, parfois même le filtre anti-spam le fait à votre place. Pour contourner cet obstacle, les sondeurs proposent des primes aux répondants à leurs enquêtes, généralement sous forme de cadeaux par tirage au sort.
Pour résumer, IFOP nous apprend que 63% des français dotés d'un accès internet et d'une position tranchée qui acceptent de perdre de leur temps pour participer à une loterie ont cliqué en faveur du mariage homosexuel.

Début janvier, ces improbables sondés homophiles, dans une autre enquête du même institut pour Pèlerin Magazine, n'étaient que 60%. Ces deux résultats successifs ne traduisent aucun mouvement d'opinion mais la marge d'erreur statistique des méthodes d'échantillonnage.
Interroger 1000 personnes pour représenter une collectivité d'environ 45 millions d'adultes conduit à une précision de grosso modo 3%. C'est à dire que le résultat annoncé à 63% possède 95 chances sur 100 d'être situé entre 60% et 66% et aussi 5 chances sur 100 d'être au delà de ces deux valeurs.

Pour conclure, le blog Humeurs Mondialisées est heureux de vous annoncer, avec une méticulosité valant largement celle d'IFOP, que de nombreux français approuvent le mariage homosexuel quand d'autres s'y opposent, voire s'en moquent comme de leur premier sondage.

Statistiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi autour de thèmes liés de près ou de loin au mariage homosexuel, les chroniques "Mariage pour beaucoup ou pour quelques uns ?" et "Union nationale pour tous".
- Les deux sondages cités :
. 26 janvier 2013 : sondage IFOP pour Atlantico "63% des français favorables au mariage homosexuel, 49% à l’adoption - Légère remontée de l'opinion sur le sujet".
. début janvier 2013 : sondage IFOP pour Pèlerin Magazine "les français et le mariage homosexuel".