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lundi 9 avril 2012

Conserver les savoirs obsolètes ?

Récemment, lors d'un dîner entre amis, j'ai participé à une discussion passionnée entre des partisans de l'enseignement d'un socle de savoirs traditionnels et des tenants d'un abandon de disciplines rendues obsolètes par les progrès de l'informatique et des réseaux : calcul mental, orthographe et certains apprentissages par coeur comme les cartes muettes de géographie ...

Cette controverse me parait ancestrale. Quelques exemples :

- A Sumer, trois mille ans avant notre ère, les adeptes de la tradition orale ont du s'opposer aux promoteurs de l'écriture récemment inventée, au prétexte que cette nouvelle technologie d'information et de communication allait mettre à mal la développement de la mémoire.

- Plus tard, à chaque évolution technique - papyrus, parchemin, papier puis imprimerie - les supporters de la qualité traditionnelle de l'information ont essayé de résister aux promoteurs de la quantité.

- Plus récemment, au milieu des années 1970, la règle à calcul, qui ne datait pourtant que de 1654, mena, dans les lycées, une résistance aussi acharnée que désespérée aux calculatrices.

- De même, au début de ma vie professionnelle, vers 1985, dans les bureaux d'études, la Conception Assistée par Ordinateur (CAO) alors balbutiante s'est pris de plein fouet l'inertie, un temps triomphante, des planches à dessin et des "dessinateurs industriels".

Chaque évolution améliorant la communication ou facilitant la mémorisation en dehors du cerveau humain semble s'être heurtée aux défenseurs de l'ordre ancien.
Alors que l'éducation consiste à inculquer aux enfants des connaissances et des savoir-faire utiles leur vie entière, un consensus conservateur se maintient au fil des ans pour continuer des enseignements rendus obsolètes par les progrès techniques.
Que nos rejetons puissent maîtriser des compétences qui nous échappent est une perspective effrayante contre laquelle nous tentons vainement de lutter en nous raccrochant à ce que nous connaissons. Même nos cours d'histoire, pourtant archétype des "humanités", ne sont apparemment d'aucun recours pour éviter ce réflexe très ancré.

En guise de conclusion, une petite interrogation rétrospective pour déculpabiliser les conservateurs pédagogiques que nous sommes tous peu ou prou : qui aurait réussi à expliquer au plutôt francophone Guillaume le Conquérant en septembre 1066, alors qu'il s'apprêtait à envahir les Iles Britanniques, que la langue anglaise allait quelques siècles plus tard dominer le monde ?

Traditionnellement votre

Références et compléments
- Ces chroniques doivent beaucoup aux "technologies récentes" que sont Wikipedia et le dictionnaire des synonymes du CRISCO de l'Université de Caen
- Article Wikipedia sur l'écriture
- Article Wikipedia sur Guillaume II de Normandie dit le Conquérant
- Article sur le "middle english" du site de Jacques Leclerc sur l'aménagement linguistique dans le monde

mercredi 4 mai 2011

Italie, Brésil, Inde, on nous ment - Chronique indienne


A force de voyager pour des motifs professionnels, je suis parvenu à la conclusion regrettable que les géographes et les guides touristiques nous bourrent gravement le mou !

En effet, ils omettent systématiquement d'indiquer que, dans les pays de travail, le jour est beaucoup plus court qu'ailleurs sur la planète.
Je n'ai pas d'explication astronomique à ce phénomène singulier, mais si vous mettez le nez dehors, presque chaque fois, il fait nuit !
Les monuments historiques que vous croisez sont affectés souvent par une éclipse de soleil.
Il aura fallu que j'aille à Bergame, mensuellement, pendant plus de deux ans pour que l'Astre Suprême veuille bien honorer de ses rayons Citta Alta.
En Inde, c'est pareil ! La route menant du centre de Bangalore à l'aéroport n'est manifestement pas le meilleur endroit pour bronzer. Je me demande, d'ailleurs, comment mes collègues locaux font pour avoir la peau si mate.

Le patrimoine de ces contrées de labeur est aussi très surfait.
Qui sont donc les infographistes de talent qui réussissent à nous faire croire à l'existence du Taj Mahal, de la basilique Saint Marc ou du pain de sucre carioca ?
Les rares curiosités visitables et visitées sont le génie autoroutier des XXèmes et XXIèmes siècles, le manque récurrent d'harmonie des zones industrielles et l'universalité patente des immeubles de bureaux !
Les entreprises multinationales ont rendu réelle l'utopie du regretté Karl Marx : les prolétaires (et même un peu plus) de tous les pays sont désormais vraiment unis, au moins dans leur environnement de travail.

Afin de lutter contre les lamentables mensonges du complexe touristico-géographique, je vous conseille, s'il vous prend l'idée étrange de vous rendre dans les patries de Dante, de Santos-Dumont ou de Gandhi, de balancer dans la poubelle la plus proche vos guides verts, bleus ou blancs.
En contrepartie, il est prudent, avant tout départ, de se procurer un manuel de procédures industrielles du meilleur aloi qui vous facilitera grandement la communication avec les autochtones.

Professionnellement votre …