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jeudi 6 septembre 2012

Un peu d'open data pour les classes surchargées ?

La récente chronique où je comparais le taux moyen de 14.7 élèves par enseignant au discours médiatique sur les classes surchargées a suscité beaucoup de réactions.
J'ai donc cherché à approfondir l'analyse mais je me suis heurté à un mur peu pénétrable.

Pourtant mes recherches avaient bien débuté. Les statistiques officielles du ministère de l'Éducation nationale annoncent que les classes en France comptaient en moyenne 24.1 élèves en 2009.
Les lois de l'arithmétique étant sans appel, il est aisé d'en déduire que les surcharges à "plus de 35 élèves" mises en avant dans les gazettes s'accompagnent obligatoirement de classes en sous-effectif notable.

Toutefois de 24.1 à 14.7, il y a une différence conséquente que j'ai tenté de décortiquer.
Les lecteurs de ce blog m'ont suggéré cinq raisons pouvant expliquer qu'en moyenne le nombre d'élèves par enseignant est inférieur à l'effectif des classes. Passons les en revue.

- 1) Il faut tenir compte du personnel d'encadrement
C'est déjà fait dans les statistiques du ministère qui mettent à part les 171 000 "non enseignants" employés par le système éducatif.

- 2) L'absentéisme des enseignants serait stratosphérique
Les chiffres dans le domaine sont presque tabou. La gestion des ressources humaines de la fonction publique ne pratique vraiment pas l'open data.
Les seules données que j'ai pu trouver sont celles d'un rapport confidentiel concernant les instituteurs en 2007-2008 et ayant fuité dans la presse. Le taux d'absentéisme était alors de 5.7%, une fois et demie le taux moyen du secteur privé, mais suffisamment faible pour ne pas changer les ordres de grandeur.

- 3) Certains enseignants travaillent à temps partiel
C'est exact. Malheureusement, il n'y a pas plus de données ouvertes sur ce thème que sur le précédent.

- 4) Certains cours sont dédoublés
Toujours exact mais là encore pas de valeurs accessibles.

- 5) Le temps de travail des enseignants est inférieur à celui des élèves
Vaste sujet recoupant des cas très divers sur lequel, une fois de plus, le service dit "public" est muet.
Il est vrai qu'en maternelle et en primaire, cette objection n'a pas lieu d'être puisqu'il y a un instituteur par classe et une classe par instituteur.
Mais au collège et au lycée, la situation est plus compliquée car les élèves ont plusieurs professeurs et les professeurs plusieurs classes. De surcroît, le temps de travail hors classe, tant pour les jeunes que pour leurs enseignants, varie beaucoup d'une matière et d'une filière à l'autre.
A défaut de chiffres dument étayés, risquons-nous à un exercice d'ordre de grandeur tel que me l'ont appris mes professeurs de physique du siècle dernier.
. Un élève de première générale est censé assister à environ 30 heures de cours par semaine. En ajoutant une quarantaine de minutes de travail personnel par heure de classe, notre lycéen-type est occupé sensiblement 50 heures par semaine.
. Ses professeurs doivent 15 heures de "service" s'ils sont agrégés, 18 heures s'ils n'ont pas le bonheur de l'être. Le doublement de ces valeurs pour prendre en compte préparations et corrections amène à un temps de travail moyen entre 30 et 40 heures hebdomadaires.
. Donc, grosso modo, un lycéen travaille 40% de plus que ses profs !
Néanmoins, le manque de données accessibles empêche de tirer des conclusions fiables de ces analyses à peine ébauchées.
Chacun peut dire ce qu'il souhaite sur les effectifs du système éducatif français puisqu'aucune thèse n'est factuellement réfutable.
Inutile de s'étonner qu'avec une telle opacité, les débats, et même les décisions, sur l'éducation soient dignes du café du commerce.

Opendata-iquement votre

Références et compléments
- La chronique "classes surchargées, j'aimerais comprendre" ainsi que le déchiffrage "dans le Peillon, tout est bidon !"
- Sources :
. Les statistiques officielles du ministère : "l'Éducation nationale en chiffres"
. Articles du JDD du 29 juin 2009 "les instits sèchent-ils l'école ?" et de la Croix du 14 février 2011 "les personnels de l'Éducation nationale".
. Baromètre de l'absentéisme d'Alma Consulting Group
- Article Wikipedia sur les "données ouvertes / open data".

mardi 4 septembre 2012

Classes surchargées ... j'aimerais comprendre

Tous les ans à cette période, le cauchemar recommence ! Impossible, sur les radios d'information, d'échapper à la rentrée scolaire.
Chaque bulletin nous abreuve sur le retour de nos chères têtes blondes sous les préaux d'école.
Depuis des lustres, les mêmes leitmotivs reviennent avec les premières feuilles mortes : babils enregistrés sur le vif de gamins de maternelle, visite présidentielle dans le collège d'un quartier difficile, parents d'élèves étalant leurs prouesses organisationnelles et, cerise sur le premier dessert de la cantine, enseignants et syndicalistes s'indignant des classes surchargées.

Pour y voir un peu plus clair sur ce dernier point, je viens de consulter le site du ministère ad hoc. Il propose une rubrique fort bien mise en page intitulée "l'Éducation nationale en chiffres".

Première surprise, les valeurs affichées ont deux ans de retard. Elles concernent l'année scolaire 2009-2010.
Je suis curieux de savoir comment le système éducatif détecte élèves et professeurs absents alors qu'il ne semble pas capable de publier les effectifs théoriques du moment.

Seconde interrogation, les statistiques officielles annoncent légèrement plus de 12.5 millions d'élèves et de 850 000 enseignants.
J'en déduis, à l'aide d'une simple division, qu'en moyenne, il y a 14.7 élèves par enseignant, très loin des classes avec des effectifs de 35 et plus dont les radios nous rebattent les oreilles.

J'aimerais comprendre ...

Statistiquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Dans la même veine pédagogique, la suite de cette chronique "un peu d'open data pour les classes surchargées ?" ainsi que le déchiffrage "dans le Peillon, tout est bidon !".

- Les deux chiffres cités proviennent de la page "L'Éducation nationale en chiffres" du site web du Ministère de l'Éducation nationale