Suite à la récente chronique sur les mots d’étymologie arabe présent dans le français, @Lourcine – un twittonaute de mes relations – m’a rappelé que la langue de Molière comportait aussi des vocables d’origine gauloise.
Jules César et ses légions latines ne sont pas totalement venus à bout du parler de Vercingétorix.
Pour preuve, ce nouveau dialogue, toujours un brin érotique, où nous retrouvons le médecin et sa patiente, naguère étendus sur un divan et qui, désormais, se passent le celte.
– Bonjour
druide !
– Bonjour chère Madame mais que dîtes vous la ?
Druide ? Pourquoi pas
ambassadeur ou
palefrenier pendant que vous y êtes ! La dernière fois vous m’avez appelé «
toubib » durant toute la consultation !
– Je vous appelle
druide car vous êtes un vrai magicien ! Quel
brio ! Grâce à votre traitement mes soucis de santé se sont envolés. Mon
jarret est redevenu svelte et mes
joues sont à nouveau roses. Envolées les
tonnes de plomb qui pesaient sur mes épaules !
– Nous allons voir cela mais entrez donc ! Ne restez pas dans ce couloir malheureusement aussi sombre qu’un
tunnel. Les ampoules ont grillé ce matin, je n’ai pas encore eu le temps de les
changer.
– C’est vrai qu’il fait noir ici. Pour un peu on dirait un
bouge empli de truands à la rouge
trogne prêts à vous
garroter pour un oui pour un non.
– Puis-je vous proposer une
cervoise tiède que je garde dans ce pichet en
étain. C’est une cuvée spéciale à base de
blé que m’envoie un
brasseur artisanal belge dont j’ai soigné la fille autrefois.
– Volontiers ! Une chaque visite vous me faites découvrir une nouvelle boisson. Hum ! Cette mousse est vraiment
crémeuse.
– Une petite
galette pour accompagner votre
cervoise ?
–
Druide vous exagérez ! A force de me gaver ainsi je vais ressembler à un
tonneau ! Moi qui étais presque
chétive étant jeune !
– Allons, allons ! Un de mes
slogans favori est « un petit plaisir n’est jamais
gaspillé ». Et ces vacances alors ?
– Excellentes ! Mon mari a passé son temps à photographier des
chamois et des
bouquetins dans un
parc national en montagne. Il avait trouvé une petite
combe recouverte de
lande parfaite pour l’observation des animaux. Malheureusement, le dernier jour, le long d'un
talus, il a glissé sur une
souche de
sapin cachée par les
bruyères et s’est brisé
l’orteil. Pendant ce temps, j’ai alterné entre une cure de bains de
boue le matin et des ballades sur les
chemins alpestres l’après-midi à
glaner quelques fleurs.
– En tous les cas, vous avez une
mine superbe !
– Mais où est le
divan sur lequel je me suis voluptueusement allongée la dernière fois ? Pourquoi l’avez-vous
changé ?
– Un
charpentier de mes amis s’est établi ébéniste. Pour l’aider à avoir un peu de
boulot, je lui ai acheté ce nouveau canapé. Il l’a réalisé en n’utilisant que des essences nobles :
érable,
chêne,
bouleau,
if. Malheureusement, lors de son transport dans une camionnette
encombrée, il a été
rayé.
– Savez-vous qu’on peut estomper les
rayures sur des panneaux de bois avec un mélange de poudre
d’ardoise et de terre
glaise ? Quoiqu’il en soit, le tissu
lie de vin est superbe.
– Merci du conseil, je vais essayer. On m’avait suggéré de frotter avec des
galets ou des
cailloux mais je n’ai pas osé. Bon, assez parlé, il faudrait quand même se mettre à
marner un peu ! Pourriez-vous retirer cette magnifique chemise à
jabot afin que je vous examine ? Vous n’aimez guère vous vêtir de
guenilles à ce que je vois !
– Où puis-je poser mes vêtements ? Sur cette
claie ?
– Oui. Vous pouvez aussi les mettre sur cette vieille pièce de
charrue que j’ai transformée en portemanteau.
Aaah ! A chaque visite vous me comblez ! Après le
satin d’avant vos vacances, aujourd’hui sous vos
braies à la
gauloise jaillissent des
jarretelles !
– Approchez-vous
druide ! Durant mon séjour à la montagne, je me suis laissée
bercer par l’idée de cette nouvelle visite. A chaque fois que je voyais mon mari, je me
renfrognais et pensais à vous.
– Vos désirs sont des ordres ! Je serai votre
valet !
– Venez plus près ! Il me semble que votre
braguette a besoin d’être arrangée. On dirait que la fermeture éclair a
déjanté.
– Je suis votre
vassal !
– Couchez-vous donc sur ce
drap car vous m’avez l’air d’être un sacré
gaillard ! Que dis-je ? Un
bouc, un bélier, une bête, une brute ! Je
crains de ne pas y arriver si vous n’êtes pas allongé.
[La suite serait délectable. Malheureusement je ne peux pas la dire et c’est regrettable. Ca nous aurait fait rire un peu.]
– Afin de camoufler ces instants délicieux, de les mettre sous le
boisseau, il me faudrait une nouvelle ordonnance ou, à tout le moins, une adaptation de mon régime. Sinon mon mari va flairer la
magouille. S’il se met à
creuser et qu’il découvre qu’ensemble nous passons les
bornes, il est capable de me battre à coups de
balai. Il que vous trouviez quelque chose qu’il soit capable de
gober.
– Aucun problème, je vais vous rétablir la viande et le poisson dans votre régime. Je vous conseille donc le pâté de cheval et
d’alouette, le
mouton et le lapin de
garenne. A cela vous pourrez ajouter de la
limande et de la
lotte. Sans oublier un peu de miel des
ruches de votre cousin !
– Merci beaucoup ! Je suppose qu’il faudra que je revienne régulièrement pour un contrôle.
J’allais oublier de vous demander des nouvelles de votre fils à qui vous donniez des leçons
d’algèbre. A-t-il eu son
baccalauréat ?
– Oui il est
bachelier désormais et s’apprête à passer le concours pour rentrer au ministère du
budget.
– Bon, il se fait tard. Au revoir
druide et à très très bientôt !
– Au revoir chère madame et revenez très vite. En
carrosse, en
luge, en
chariot, en
benne basculante, peu importe ! Revenez ! D’ici là je serai comme une terre en
jachère, à vous attendre …
Gauloisement votre
Références et compléments
– Voir aussi
la précédente chronique « Du satin sur le divan du toubib » où médecin et patiente prennent un malin plaisir à employer des
mots français d’origine arabe.
– Comme le bouc – mon animal patronymique – et les bacchantes qui ornent mon visage n’ont pas suffi, je remercie le twittonaute « Olivier Dressayre / @Lourcine » de m’avoir remémoré qu’il reste du gaulois et du celte dans le français.
– Les mots indiqués en gras dans le texte ci-dessus sont d’étymologie gauloise ou celtique d’après
le portail lexical du CNRTL.
Les quelques mots écrits en italique dans le dialogue ont une
origine arabe et sont une réminiscence de
la chronique « Du satin sur le divan du toubib ».
– Merveilles de la langue française et gauloiseries ne sauraient être évoquées sans Georges Brassens. En plus de l’extrait du « Gorille », le texte ci-dessus contient deux autres citations du barde de Sète que je vous laisse retrouver.