N’en déplaise aux sectes de tout poil, il y a de l’arabe dans le français !
La langue littéraire et l’argot contiennent de multiples mots d’origine arabe provenant des croisades, de l’espagnol, de l’italien, de la colonisation et de l’immigration.
Pour preuve, ce dialogue vaguement érotique recueilli subrepticement dans le secret d’un cabinet médical.
– Bonjour
toubib.
– Bonjour chère madame. Entrez vite ! Il pleut si fort sur la grand route ! Heureusement votre
caban m’a l’air bien imperméable.
– Oui et, en plus, sa doublure en
mohair le rend très agréable à porter.
– Posez votre
barda ici.
– Il fait bon chez vous. Vous vous chauffez comment ? Au
mazout ?
– Oui, j’ai un chauffage central qui, depuis que je me suis installé ici, n’a encore connu aucune
avarie. Je l’ai fait venir du Groenland.
– N’avez-vous pas eu de problèmes avec la
douane ?
– Si, ça été un peu compliqué. Les exigences des
gabelous sont prohibitives. Il faut qu’ils fassent du
chiffre. Heureusement, avec un petit
bakchich le problème a été résolu
fissa.
– La société de mon mari qui importe des
raquettes du Japon a le même type d’embêtements. Les
tarifs des
douaniers sont exorbitants, ils se prennent pour des
nababs ! Pourtant ce ne sont que des
caïds de seconde zone ! Il leur fait toujours plus de
flouze ! Ils disent qu’ils contrôlent au
hasard mais comment les croire ?
– Je vous en prie, prenez place sur ce
sofa. C’était auparavant un lit à
baldaquin qui occupait une
alcôve à mon domicile. J’ai fait changer le
matelas, passer un petit coup de
laque et, hop, désormais c’est un
divan pour mes patientes. C’est quand même plus agréable que mes anciens
tabourets.
– Quel confort ! Un vrai
massage ! Et ce tissus
ambré une pure merveille qui se marie très bien avec les coussins rouges !
– Puis-je vous offrir un petit
kaoua ? J’ai dans cette
carafe isotherme un
moka spécial que m’envoie un petit producteur yéménite dont, autrefois, j’ai guéri la fille.
– Bien volontiers,
toubib !
– Combien de
sucres ? Normal ou
candi ?
– Un seul,
candi, s’il vous plait.
– Voici. Prenez donc aussi ce petit
caramel dans cette
timbale, il faut bien que mes confrères dentistes puissent assurer leur chiffre d’affaire !
- Un régal ! Un vrai
sirop ce
kaoua ! Que dis-je ? Un
élixir divin !
– Trêve de
salamalecs ! Qu’est-ce qui vous amène ? Que puis-je pour vous ?
– Une fatigue perpétuelle m’assaille. C’est comme si j’avais en permanence un
fardeau sur mes épaules, qu’on me cognait sur le crâne à coups de
matraque, qu’un
tambour résonnait dans ma tête faisant un
ramdam de tous les diables, que des dizaines de
clébards aboyaient dans mes oreilles, qu’une
noria de bulldozers aplanissait mes méninges … J’ai peur d’avoir quelque
tare héréditaire.
– Il va falloir que je vous examine. Pourriez-vous enlever votre
jaquette et votre
jupe, s’il vous plait.
…
Ouah !!! Des sous-vêtements en
satin et en
mousseline ! Ah ces reflets
moirés ! Votre mari est un homme comblé ! Ma femme ne porte que de ternes culottes en
coton qu’elle achète au
magasin du coin.
–
Toubib, vous me gênez ! Bornez votre zèle à de plus innocents marivaudages ! Je sens que je deviens
cramoisie. Je serai bientôt aussi
écarlate que les coussins de votre
divan.
– Que nenni ! Le
carmin vous va a ravir ! Votre beauté dépasse celle d’un
nénuphar !
–
Toubib, votre
arsenal à compliments me semble contenir un peu trop de munitions ! Si vous continuez, je pourrais en faire un
almanach !
– Je crains que vous ayez une allergie à des substances
chimiques. Seriez-vous en contact avec de l’ammoniac ? Vous savez ce produit que nos grands-parents appelaient
l’alcali volatil.
– Non ! Je n’en ai même pas un
chouilla chez moi.
– Et de la cire de
bougie peut-être ? du
goudron ? de la
soude caustique ? du
benzène ? du
borax ? de l’essence de
tamaris ?
– Le bois de la
guitoune au fond de mon jardin qui servait d’abri pour le cheval
alezan de mon oncle Archibald est entièrement
goudronné. Ce vieil oncle, surnommé
l’amiral car il possédait un chantier naval, a utilisé les mêmes techniques de
calfatage que pour ses bateaux.
– Vous y allez souvent dans ce
gourbi ?
– Oui, assez, j’y entrepose dans des
couffins et dans des
jarres les matières premières pour mon atelier de
maroquinerie. Un vrai
souk !
– Dans ce cas, le diagnostic est assez simple : vous faîtes une allergie au
goudron.
– Ca se soigne ? Ou bien va-t-il falloir que je me procure un
talisman pour éloigner la camarde ?
– Ca se soigne très bien ! Tout d’abord, cessez d’aller dans cette
guitoune, envoyez quelqu’un d’autre à votre place. Ensuite, pendant quelques temps, un régime alimentaire strict va s’imposer. Vous ne devrez plus manger que des
artichauts, des
épinards, des
aubergines et de
l’estragon ainsi que des
abricots et des
oranges.
– Même pas un petit
kebab ou un petit
méchoui de temps en temps ? Une
brick au thon
albacore ?
– Non, régime strict !
Zéro viande sinon c’est
l’échec assuré !
– Un petit
loukoum ? Une petite
baklawa ?
–
Kif kif ! Ah ! J’oubliais, pas
d’alcool ni de
sorbets non plus ! Et évitez aussi de faire trop la
nouba.
– Ca fait quand même pas
besef d’aliments possibles ! C’est de la
mesquinerie diététique !
– Un petit effort le temps de remettre à niveau votre
algorithme personnel et tout ira mieux !
–
Toubib vous
m’assassinez ! J’ai l’impression d’avoir heurté un
récif !
– Si vraiment c’est trop difficile, vous pouvez essayer le
camphre.
– Vous me transformez en
momie ! Je ne vais plus manger que de la
camelote !
– A l’extrême rigueur vous pouvez recourir au
talc dans les sinus … mais surtout à doses homéopathiques ! Par contre, évitez absolument le
hachich.
Je vous écris tout cela sur une ordonnance … sauf le
talc, bien entendu ! Mais où ai-je mis la
rame de papier à entête ? J’ai pourtant fait récemment une
razzia à l’imprimerie.
–
Toubib, vous me prenez pour une
brêle ?
– Assurément pas ! A chaque fois que vous venez me voir c’est comme si le soleil était à son
zénith, se découpant sur champ
azur !
Malheureusement, l’heure tourne, cessons de faire les
zouaves ! Je suis au regret de devoir vous demander de vous rhabiller chère
gazelle, de remettre un voile sur vos
gazes.
– Pourrais-je revenir vous voir après mes vacances ? Mon mari et moi allons faire un
safari photo.
– Vous êtes toujours la bienvenue. Vos dessous
satinés me distraient de toute la
smala qui m’attend à la maison et des exercices
d’algèbre de mon second fils. Il me prend pour un
cador mais je peine ! Rendez-vous compte, hier soir, j’ai du réapprendre à calculer un
azimut ! Et pour aujourd’hui, il m’a promis des problèmes d’unités : convertir des
quintaux en livres.
– Bien ! Au revoir
toubib. Merci pour tout et bon
algèbre !
Et ... comme votre
divan est avenant ... peut-être que ... la prochaine fois ... vêtue seulement d’une
djellaba ... me
hasarderai-je à couvrir avec votre aide mon mari de
safran …
Arabiquement votre
Références et compléments
-
Un second épisode intitulé "la braguette du druide" vient s'ajouter à ce marivaudage diététique entre un médecin et sa patiente.
Dans cette deuxième livraison, ils badinent, et même un peu plus, avec des mots d'étymologie gauloise et celtique.
- L’étymologie arabe des vocables en gras est attestée dans
l’article « Mots français d’origine arabe » du dictionnaire libre Wiktionnaire.
- Impossible d’évoquer les merveilles et les recoins de la langue française sans Georges Brassens. Le texte ci-dessus contient quelques citations des chansons du barde de Sète que je vous laisse retrouver.