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dimanche 21 janvier 2018

L'agilité pour soigner la santé

Anne Munchenbach cofondatrice de innotelos et spécialiste de santé agile
Anne Munchenbach cofondatrice de innotelos
Anne Munchenbach, cofondatrice de l'entreprise grenobloise innotelos, possède une double expérience, à la fois de management industriel & stratégique et aussi d'animation d'un réseau de santé.

En s'appuyant sur ce double savoir-faire, elle détaille dans un article fouillé comment les principes de l'agilité, lorsqu'ils sont appliqués avec discernement, améliorent le fonctionnement des organisations de soin.

La santé agile, cette manière moderne et peu hiérarchique de manager dans le domaine médical, améliore nettement la satisfaction des patients, tout en procurant une grande efficacité économique.

Aller à l'article d'Anne Munchenbach "Soigner la santé avec des vitamines A comme Agilité"

jeudi 17 septembre 2015

J'ai testé les ophtalmos industriels

Je m'enorgueillit d'être - à l'instar du Mahatma Gandhi, de Bill Gates et de Claude Nougaro - depuis mon plus jeune âge, un membre de la tribu des taupes.
Aussi, tous les deux à trois ans, un professionnel dûment patenté doit revoir mes yeux, préalablement au renouvellement de mes indispensables lunettes.

Mes lorgnons actuels - pourtant hors de prix, made in France et siglés par un designer tricolore qui pourrait passer pour austère auprès d'oreilles anglophones - n'ont pas attendu la traditionnelle visite de contrôle pour rendre l'âme.
Lorsque l'on est simultanément myope et presbyte, des verres de guingois et instables deviennent vite inconfortables, voire gênants.

Hélas, comme presque tous ses confrères dits libéraux, mon ophtalmo habituel - en dépit d'une indéfectible relation client-fournisseur de plus de 30 ans - est systématiquement booké pour les 6 mois à venir.
De ce fait, pressé par une branche cassée et des plaquettes fuyantes ainsi que par le souci d'informer toujours mieux mes fidèles lecteurs, je me suis décidé à essayer Point Vision, sorte de franchise voulant transformer l'ophtalmologie, déjà évoquée dans la chronique sur l'ubérisation des pharmacies.

Récit d'une expérience vécue dans la capitale des Alpes mi-septembre 2015.


Fin août, je me connecte sur le site internet de ces oculistes 2.0 et j'obtiens en quelques clics un rendez-vous sous une douzaine de jours.
Amis lecteurs, inutile de vous précipiter sur votre mail pour me signaler une coquille, j'ai bien écrit jours et non pas semaines ou mois.

Un mail me confirme le rendez-vous et un autre, la veille, le rappelle à mon bon souvenir.

À l'heure H, je me présente à l'entrée de locaux tous neufs, situés dans un immeuble de bureaux au centre de Grenoble, à proximité de plusieurs transports en communs et d'un grand parking.
L'accueil est poli mais minimaliste. Je suis délesté de ma carte Vitale et dirigé vers une salle d'attente au confort spartiate et remplie au trois quarts.

À ma grande et agréable surprise, mon test de l'étonnante dureté des chaises est interrompu au bout de trois minutes.
Je suis pris en main par une personne efficace et avenante qui me dirige successivement vers plusieurs machines dernier cri où mes yeux sont soumis, durant une petite dizaine de minutes, à des examens divers et variés.
Le dernier d'entre eux est bien évidemment la traditionnelle lecture de lettres sur un tableau lumineux pour déterminer mon degré de myopie et de presbytie. Toutefois cette litanie alphabétique se déroule à l'aide d'un "réfracteur automatique" qui, en deux temps trois mouvements, détermine, sans coup férir, la correction adaptée à mes yeux changeants.


Ayant manifestement été reçu avec les honneurs aux examens, je suis aiguillé vers une seconde salle d'attente.
À ce stade, le beau process industriel semble chercher son second souffle. Pendant vingt et une longues minutes, sans aucune information sur la durée probable d'attente, je n'ai rien eu de mieux à faire que de profiter de la remarquable rigidité des chaises dont le plastique semble être le même que celui des boucliers de CRS.

Finalement, je suis appelé par un médecin ophtalmologiste - du moins la blouse blanche qu'il arbore me le laisse supposer.
Il passe mes yeux en revue avec une sorte de longue-vue lumineuse, admire mes résultats aux examens, imprime et signe négligemment mon ordonnance. En 4 minutes chrono - salutations d'usage incluses - la consultation est expédiée avec brio. Chapeau bas !

Encore deux petites minutes à l'accueil pour payer le tarif conventionné de la sécurité sociale et je ressors, quarante minutes après mon arrivée, muni du précieux paplard me permettant de commander de nouvelles et robustes binocles.

Mon ressenti de cette séance d'ophtalmologie industrielle est toutefois mitigé.

Les délais raisonnables de rendez-vous ainsi que l'impression de maîtrise et de technologie durant la consultation sont très positifs.

Néanmoins, "l'expérience utilisateur" - pour parler comme les spécialistes du web - est nettement améliorable.

L'accueil pourrait être plus chaleureux et informatif, les salles d'attente mieux aménagées, un mail de synthèse, incluant prescription, facture et explications, devrait être expédié à l'issue de la visite et, surtout, le temps mort entre examens et consultation notablement réduit.
Une réflexion de type "lean manufacturing" permettrait d'améliorer ce point.
Par exemple, j'ai observé que le temps passé par les toubibs seuls dans leur bureau entre deux patients était du même ordre de grandeur que la durée moyenne d'une de leurs consultations.

Le fait de réserver son ophtalmo en ligne renforce le niveau d'attente et d'exigence des clients.
Spontanément, on a envie de jauger et juger Point Vision, non pas rapport à la performance plan plan d'un médecin traditionnel, mais à l'aune des géants d'internet comme Amazon ou les meilleurs prestataires d'hôtellerie et de voyage.
Si des acteurs de la santé réussissent à fournir ce type de prestations innovantes, l'impact sur ce secteur traditionnel sera massif et brutal.

Point Vision n'est pas très loin de cet objectif mais doit s'améliorer s'il souhaite devenir incontournable et, surtout, difficile à concurrencer.

Lunettiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
- Site web de Point Vision

- Il va sans dire que je n'ai personnellement aucun intérêt dans le groupe Point Vision ni dans aucun cabinet d'ophtalmologie.

lundi 10 août 2015

L'Amazon des médocs ou comment uberiser les pharmacies

Comme le montre l'exemple caricatural des taxis, aucune activité économique n'est à l'abri d'une attaque de la "nouvelle économie".

Les clients sont des êtres versatiles capables, du jour au lendemain, d'un simple clic, de changer des habitudes d'achat établies depuis des lustres.
Les règlements protégeant certaines professions ne sont pas plus fiables car ils dépendent du politique soumis à la triple pression des électeurs, des contraintes budgétaires et des lobbys.

Face à ces menaces, plutôt que, résigné, attendre Uber en espérant que ce soit le plus tard possible, chaque business serait bien inspiré de se transformer de et par lui-même.

Pour ce faire, deux familles d'interrogations sont indispensables :
  • Qu'est-ce qui ne satisfait pas, énerve, exaspère les clients actuels ? Si on leur confiait une baguette magique, que choisiraient-ils de changer ?
    Spécialement les clients les plus jeunes encore plus fantasques que leurs anciens.
  • Comment un parfait inconnu, ne connaissant rien à notre activité mais féru de nouvelles technologies, résidant à Saint Chély d'Apcher, La Houaria ou Kuala Lumpur et décidé à expédier notre business aux oubliettes s'y prendrait-il ?
Des scénarios peuvent être construits à partir de ce questionnement qui, ensuite, aident à définir les transformations à enclencher.

Je vous propose que nous faisions ensemble l'exercice pour les pharmacies françaises.

Des commerces devenus inefficaces

Les pharmacies ne sont pas un modèle d'horaires flexibles.
Ces boutiques sont rarement ouvertes tôt le matin, souvent fermées pendant midi, pratiquent peu les nocturnes et respectent scrupuleusement le jour du Seigneur.
Certes, en dehors des heures de bureau, des tours de garde sont assurés. Mais l'officine de permanence est, comme par hasard au moment où vous en avez besoin, à l'autre extrémité de l'agglomération ou du canton.
Bref, le strict contraire des drugstores américains ou brésiliens.

Bien que ces magasins soient généralement peu bondés, obtenir des antibiotiques ou un collyre requiert a minima 10 à 15 minutes.
L'essentiel de ce temps est consacré à regarder passivement le vendeur exécuter des actions administratives sans rapport direct avec la vente. À croire que l'apothicaire se plait à faire ses comptes en public.
Bref, le strict contraire des hypermarchés où le traitement des bons d'achat est très automatisé et surtout masqué au client.

Le fameux conseil qui, paraît-il, serait la véritable valeur ajoutée du pharmacien et qui sert à justifier son monopole, se limite - quand il survient - à réciter votre ordonnance.
Lorsque les médecins étaient d'abord des producteurs de hiéroglyphes manuscrits, cela était d'un grand secours.
Maintenant que logiciels et imprimantes ont vaincu les gribouillis, cette tirade soporifique ralentit un peu plus la transaction.
Bref, le strict contraire des épiceries où le caissier, plutôt que de vous débiter le ticket de caisse, s'acharne à débiter votre carte bancaire.

Fréquemment, la totalité de votre besoin en médicaments n'est pas disponible, rendant indispensable une seconde visite.
Un vrai plaisir ! Beaucoup des clients des pharmacies étant, par essence, malades.
Bref, le strict contraire d'un magasin "drive" avec commande en ligne et information réactualisée sur d'éventuelles indisponibilités.

Amazonifier les médocs

Une entreprise qui souhaiterait remédier à ces insatisfactions pourrait utiliser le business model d'Amazon : commander ses médicaments en ligne depuis tout type de terminal et se les faire livrer à l'adresse ou au relais de son choix.
En zone urbaine, les remèdes urgents seraient fournis sous quelques heures, les autres en environ une journée.

Outre le classique suivi de commande, des services additionnels spécifiques seraient offerts gratuitement pour satisfaire et fidéliser les clients :
  • Scan et lecture automatisée de l'ordonnance.
  • Traitement simplifié au maximum du remboursement et du tiers payant.
  • Insertion automatique de rappels dans votre agenda électronique des heures de prise de médicaments.
  • Vérification automatique des posologies et des incompatibilités entre molécules.
    Le client qui aurait accepté de renseigner sur le site ses principaux paramètres médicaux (âge, poids, allergies, maladies chroniques ...) bénéficierait d'un surcroît de contrôles et de conseils réellement personnalisés, y compris en dehors du strict champ médical, par exemple sur la diététique.
    Les conseils concernant les médicament en vente libre pour l'automédication seraient particulièrement soignés.
  • En fonction des affections et traitements, un message quelques heures ou jours après le début du traitement permettrait de s'assurer de l'absence d'effets indésirables.
  • Possibilité de dialoguer par chat ou par téléphone avec de véritables pharmaciens, voire des médecins, dûment diplômés pour aplanir toute interrogation supplémentaire.
Bien entendu, histoire de dorer un peu plus la pilule, à l'instar de ses concurrents en officine, "l'Amazon des médocs" proposerait aussi de la parapharmacie et de la parfumerie avec toutes les techniques promotionnelles de l'e-commerce et des prix attractifs.

Se mettre dans la poche les acteurs de la santé

Les pharmaciens, profession séculaire, constituent un groupe de pression retranché sur ses positions monopolistiques.
La meilleure manière de s'affranchir de cet obstacle serait de le contourner en transformant la plupart des parties prenantes de la santé en alliés objectifs de "l'Amazon des médocs".

Afin de ne pas attendre un hypothétique changement de réglementation mais plutôt de le provoquer, le moyen le plus aisé de démarrer "l'Amazon des médocs" serait de s'associer avec quelques pharmaciens volontaires, déjà propriétaires d'une boutique physique et ayant donc légalement le droit de vendre des remèdes.
En quelque sorte, trouver une petite minorité prête à donner le baiser de la mort au reste de ses confrères.

Pour vendre des prescriptions, rien de tel que de se faire aider par le prescripteur, c'est à dire le médecin.
Dans un pays où les garagistes facturent plus cher que les toubibs, proposer aux thérapeutes un surcroît de rémunération fonction du chiffre d'affaire qu'ils généreraient chez "l'Amazon des médocs" peut en convaincre plus d'un.
Afin de respecter les convenances, la réglementation, voire la déontologie, la manière indirecte est recommandée.
Par exemple, en payant des frais de facilitation de saisie à tout docteur qui imprimerait sur ses ordonnances des QR codes aidant le scan.
Le format de ces QR codes pourrait même être libre et ouvert afin de ne pas prêter le flan aux accusations de pratiques déloyales et pour faciliter leur intégration dans les logiciels médicaux. Les éditeurs complaisants de logiciels devraient, bien entendu, recevoir aussi leur petite obole.
En quelque sorte, transformer les médecins en commerciaux.

Les systèmes de livraison rapide "à la Amazon" - même si cela peut paraître contre-intuitif - sont moins chers à opérer qu'un réseau de magasins. Les coûts fonciers sont minimaux, les différentes tâches y sont très industrialisées et la somme des stocks est réduite.
Désormais, plusieurs sociétés proposent des services logistiques clefs en main aux e-commerçants dont l'augmentation des volumes livrés abaisse continûment tarifs et délais.
Aussi, il serait parfaitement possible d'être rentable en vendant sur internet de la pharmacie tout en diminuant d'au moins 10% à 20% le prix des médicaments, c'est à dire en rétrocédant aux clients une sérieuse part de la marge brute de l'apothicaire.
En quelque sorte, du médicament discount.

Dans ces conditions, la sécurité sociale et les mutuelles - qui sont les véritables acheteurs de nos remèdes - seraient soumises à des sirènes dont le chant sonnant et trébuchant serait quasi irrésistible.
Une approche relationnelle et commerciale sur mesure pourrait transformer les "complémentaires santé" en excellents promoteurs de "l'Amazon des médocs".
A l'autre bout de la chaîne, nos politiques, coincés par les déficits, pourraient bien ne pas défendre très longtemps le monopole des officines face aux économies proposées.
En quelque sorte, provoquer ses adversaires sur leur terrain de prédilection : le lobbying.

Pour pousser la sphère publique à évoluer, rien de tel que de s'approprier l'opinion publique avec l'aide des médias et des réseaux sociaux.
Les méthodes de communication d'Apple, de Leclerc ou de Free, qui réussissent à passer pour des chevaliers blancs défenseurs de la veuve et de l'orphelin, sont des modèles à imiter.
De surcroît, vendre en ligne des médicaments génère naturellement des myriades de données d'une grande valeur pour la santé publique et la recherche. Le chevalier, pour renforcer sa blancheur éclatante, pourrait, grand seigneur, en faire cadeau aux épidémiologistes et économistes de la santé friands d'en disposer. Bien entendu, en le faisant délicatement savoir urbi et orbi.
En quelque sorte, se faire offrir sa publicité.

Une fois ses premiers volumes de vente établi, "l'Amazon des médocs" commencera à disposer d'une capacité de négociation forte auprès des laboratoires pharmaceutiques. Ses équipes d'achat pourront s'en donner à coeur joie et abaisser ses coûts.
A l'instar du véritable Amazon qui vend de la connectique et des liseuses sous sa propre marque, les médicaments génériques pourraient être proposés sous la marque du distributeur qui mettrait en concurrence plusieurs fabricants.
Pour ne pas casser la dynamique, une partie de ces gains seraient rétrocédés à la clientèle.
En quelque sorte, des médicaments toujours plus discount.

Si vous doutez encore ...

Je souligne pour les lecteurs qui estiment que l'analyse et le scénario développés ici sont une aimable fiction un brin cynique que je n'ai pas été inventif.
La santé n'étant pas mon domaine de prédilection, je me suis contenté de proposer un cocktail d'éléments tous existants actuellement.

Je leur propose aussi d'aller fureter sur le site web de l'entreprise Point Vision.
Cette startup française, bien réelle et aux investisseurs prestigieux, industrialise - au sens étymologique du mot - les ophtalmologistes afin de faire baisser les délais d'attente des clients et mieux rémunérer les professionnels de santé adhérant à son système, tout en restant strictement dans les tarifs conventionnés de la Sécurité Sociale ...

Mutationnellement votre

Références et compléments
Cette chronique a été reprise le 6 septembre 2015 par le magazine en ligne Contrepoints sous le titre "bientôt des « uber » pharmacies en ligne ?"

Je tiens à préciser que, pas plus qu'envers les pédicures ou les bouchers, je ne nourris d'inimitié ciblée ou de ressentiment personnel vis à vis des apothicaires.
Une telle chronique pourrait être répétée pour chaque profession traditionnelle ou réglementée.
Les colonnes de ce blog sont ouvertes aux pharmaciens, mais plus généralement à toute personne, qui souhaiteraient proposer un scénario alternatif.

lundi 13 août 2012

Le Malade Twimaginaire - Molière 2.0

Molière aurait été très actif sur Twitter.
Pour preuve, cette version « sociale » du dialogue du poumon de son Malade Imaginaire (scène 10 - acte III).

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Qui est votre médecin ?
20:47:01 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager C’est @Purgon
20:47:16 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade @Purgon n’est point dans ma TL
20:47:27 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade De quoi @Purgon dit que vous êtes malade ?
20:47:39 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager @Purgon dit que c’est du #foie et d’autres disent que c’est la #rate
20:47:51 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade #WTF Ce sont tous des ignorants : c’est du poumon que vous êtes malade !
20:48:05 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager Du #poumon ?
20:48:15 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Oui ! Que sentez-vous ?
20:48:24 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager Je sens de temps en temps des #douleurs de #tête
20:48:36 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Justement, le poumon
20:48:44 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager Il me semble parfois que j'ai un voile devant les #yeux
20:48:58 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade le poumon
20:49:04 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager J'ai quelquefois des maux de #cœur
20:49:18 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade le poumon !
20:49:25 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager Je sens parfois des #lassitudes par tous les #membres.
20:49:35 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Cf tweet précédent
20:49:40 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager Et quelquefois il me prend des douleurs dans le #ventre, comme si c'était des #coliques
20:49:51 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Le poumon. Vous avez appétit à ce que vous mangez ?
20:49:58 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager Oui
20:50:01 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Le poumon. Vous aimez à boire un peu de #vin ? cc @rchbx
20:50:14 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager Cf tweet précédent
20:50:24 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Le poumon. Il vous prend un petit sommeil après le repas, et vous êtes bien aise de dormir ?
20:50:37 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager Cf tweet précédent
20:50:39 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Le poumon vous dis-je !
20:50:44 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Que vous ordonne @Purgon pour votre nourriture ?
20:50:55 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager Du potage
20:51:00 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Ignorant
20:51:03 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager De la volaille
20:51:06 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Ignorant
20:51:09 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager Du veau
20:51:12 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Ignorant
20:51:15 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager Des bouillons
20:51:18 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Ignorant
20:51:21 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager Des œufs frais
20:51:24 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Ignorant
20:51:27 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager Et le soir de petits pruneaux pour lâcher le ventre
20:51:35 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Cf tweet précédent #comiquederepetition
20:51:38 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Argan @JeSuisMalade
@medecinpassager Et surtout de boire mon vin fort trempé
20:51:46 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Ignorantus, ignoranta, ignorantum
20:51:50 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Toinette @medecinpassager
@JeSuisMalade Il faut boire votre #vin pur ! Je vous prescris le #bordeaux de @rchbx
20:51:55 10 février 1673 via theatrepalaisroyal

Twimaginairement votre

Références et compléments
- D'autres chroniques inspirées par Twitter : "L'histoire de la Tunisie en 16 tweets", "Tweets historiques" et "Twittare humanum est".

- Le twittonaute @rchbx n'est autre que Régis Chaigne, vigneron 2.0 à Bordeaux dont je recommande la production (à consommer avec modération toutefois). A n’en pas douter, en 1673, @rchbx aurait suivi sur Twitter « Molière / @JBPoquelin ».

- Quelques clefs pour tenter d'expliquer Twitter aux non-twittonautes.
. Tweet : message publié sur le réseau Twitter comportant au maximum 140 signes.
. Chaque twittonaute possède une double identité.
Il se choisit un nom (en gras dans les tweets ci-dessus) ainsi qu’un code commençant systématiquement par « @ ». Par exemple, le code Twitter de Régis Chaigne est @rchbx.
Lorsqu'un twittonaute souhaite s'adresser à un de ces confrères, il reproduit le code de l'intéressé dans le tweet comme dans le dialogue ci-dessus.
Pour informer un twittonaute d’un message, il suffit de précéder son code de la mention « cc » (copie carbone) . Ainsi Toinette prévient @rchbx de ses tweets sur le vin.
. Un mot précédé du signe dièse (#, « hashtag » en anglais) indique que le tweet porte sur ce sujet précis. Par exemple, Argan met en exergue tous ses organes douloureux.
. Le hashtag  « #WTF »  , qui signifie en anglais What The Fuck?, peut se traduire plaisamment par « qu'est ce que cela peut bien vous faire ? ».
- TL est l’abréviation de « Twitter List », liste des personnes que l'on suit sur Twitter

mardi 7 août 2012

Du satin sur le divan du toubib : il y a de l'arabe dans le français !

N’en déplaise aux sectes de tout poil, il y a de l’arabe dans le français !
La langue littéraire et l’argot contiennent de multiples mots d’origine arabe provenant des croisades, de l’espagnol, de l’italien, de la colonisation et de l’immigration. 
Pour preuve, ce dialogue vaguement érotique recueilli subrepticement dans le secret d’un cabinet médical.

– Bonjour toubib.
– Bonjour chère madame. Entrez vite ! Il pleut si fort sur la grand route ! Heureusement votre caban m’a l’air bien imperméable.
– Oui et, en plus, sa doublure en mohair le rend très agréable à porter.
– Posez votre barda ici.
– Il fait bon chez vous. Vous vous chauffez comment ? Au mazout ?
– Oui, j’ai un chauffage central qui, depuis que je me suis installé ici, n’a encore connu aucune avarie. Je l’ai fait venir du Groenland.
– N’avez-vous pas eu de problèmes avec la douane ?
– Si, ça été un peu compliqué. Les exigences des gabelous sont prohibitives. Il faut qu’ils fassent du chiffre. Heureusement, avec un petit bakchich le problème a été résolu fissa.
– La société de mon mari qui importe des raquettes du Japon a le même type d’embêtements. Les tarifs des douaniers sont exorbitants, ils se prennent pour des nababs ! Pourtant ce ne sont que des caïds de seconde zone ! Il leur fait toujours plus de flouze ! Ils disent qu’ils contrôlent au hasard mais comment les croire ?
– Je vous en prie, prenez place sur ce sofa. C’était auparavant un lit à baldaquin qui occupait une alcôve à mon domicile. J’ai fait changer le matelas, passer un petit coup de laque et, hop, désormais c’est un divan pour mes patientes. C’est quand même plus agréable que mes anciens tabourets.
– Quel confort ! Un vrai massage ! Et ce tissus ambré une pure merveille qui se marie très bien avec les coussins rouges !
– Puis-je vous offrir un petit kaoua ? J’ai dans cette carafe isotherme un moka spécial que m’envoie un petit producteur yéménite dont, autrefois, j’ai guéri la fille.
– Bien volontiers, toubib !
– Combien de sucres ? Normal ou candi ?
– Un seul, candi, s’il vous plait.
– Voici. Prenez donc aussi ce petit caramel dans cette timbale, il faut bien que mes confrères dentistes puissent assurer leur chiffre d’affaire !
- Un régal ! Un vrai sirop ce kaoua ! Que dis-je ? Un élixir divin !
– Trêve de salamalecs ! Qu’est-ce qui vous amène ? Que puis-je pour vous ?
– Une fatigue perpétuelle m’assaille. C’est comme si j’avais en permanence un fardeau sur mes épaules, qu’on me cognait sur le crâne à coups de matraque, qu’un tambour résonnait dans ma tête faisant un ramdam de tous les diables, que des dizaines de clébards aboyaient dans mes oreilles, qu’une noria de bulldozers aplanissait mes méninges … J’ai peur d’avoir quelque tare héréditaire.
– Il va falloir que je vous examine. Pourriez-vous enlever votre jaquette et votre jupe, s’il vous plait.
…
Ouah !!! Des sous-vêtements en satin et en mousseline ! Ah ces reflets moirés ! Votre mari est un homme comblé ! Ma femme ne porte que de ternes culottes en coton qu’elle achète au magasin du coin.
– Toubib, vous me gênez ! Bornez votre zèle à de plus innocents marivaudages ! Je sens que je deviens cramoisie. Je serai bientôt aussi écarlate que les coussins de votre divan.
– Que nenni ! Le carmin vous va a ravir ! Votre beauté dépasse celle d’un nénuphar !
– Toubib, votre arsenal à compliments me semble contenir un peu trop de munitions ! Si vous continuez, je pourrais en faire un almanach !
– Je crains que vous ayez une allergie à des substances chimiques. Seriez-vous en contact avec de l’ammoniac ? Vous savez ce produit que nos grands-parents appelaient l’alcali volatil.
– Non ! Je n’en ai même pas un chouilla chez moi.
– Et de la cire de bougie peut-être ? du goudron ? de la soude caustique ? du benzène ? du borax ? de l’essence de tamaris ?
– Le bois de la guitoune au fond de mon jardin qui servait d’abri pour le cheval alezan de mon oncle Archibald est entièrement goudronné. Ce vieil oncle, surnommé l’amiral car il possédait un chantier naval, a utilisé les mêmes techniques de calfatage que pour ses bateaux.
– Vous y allez souvent dans ce gourbi ?
– Oui, assez, j’y entrepose dans des couffins et dans des jarres les matières premières pour mon atelier de maroquinerie. Un vrai souk !
– Dans ce cas, le diagnostic est assez simple : vous faîtes une allergie au goudron.
– Ca se soigne ? Ou bien va-t-il falloir que je me procure un talisman pour éloigner la camarde ?
– Ca se soigne très bien ! Tout d’abord, cessez d’aller dans cette guitoune, envoyez quelqu’un d’autre à votre place. Ensuite, pendant quelques temps, un régime alimentaire strict va s’imposer. Vous ne devrez plus manger que des artichauts, des épinards, des aubergines et de l’estragon ainsi que des abricots et des oranges.
– Même pas un petit kebab ou un petit méchoui de temps en temps ? Une brick au thon albacore ?
– Non, régime strict ! Zéro viande sinon c’est l’échec assuré !
– Un petit loukoum ? Une petite baklawa ?
– Kif kif ! Ah ! J’oubliais, pas d’alcool ni de sorbets non plus ! Et évitez aussi de faire trop la nouba.
– Ca fait quand même pas besef d’aliments possibles ! C’est de la mesquinerie diététique !
– Un petit effort le temps de remettre à niveau votre algorithme personnel et tout ira mieux !
– Toubib vous m’assassinez ! J’ai l’impression d’avoir heurté un récif !
– Si vraiment c’est trop difficile, vous pouvez essayer le camphre.
– Vous me transformez en momie ! Je ne vais plus manger que de la camelote !
– A l’extrême rigueur vous pouvez recourir au talc dans les sinus … mais surtout à doses homéopathiques ! Par contre, évitez absolument le hachich.
Je vous écris tout cela sur une ordonnance … sauf le talc, bien entendu ! Mais où ai-je mis la rame de papier à entête ? J’ai pourtant fait récemment une razzia à l’imprimerie.
– Toubib, vous me prenez pour une brêle ?
– Assurément pas ! A chaque fois que vous venez me voir c’est comme si le soleil était à son zénith, se découpant sur champ azur !
Malheureusement, l’heure tourne, cessons de faire les zouaves ! Je suis au regret de devoir vous demander de vous rhabiller chère gazelle, de remettre un voile sur vos gazes.
– Pourrais-je revenir vous voir après mes vacances ? Mon mari et moi allons faire un safari photo.
– Vous êtes toujours la bienvenue. Vos dessous satinés me distraient de toute la smala qui m’attend à la maison et des exercices d’algèbre de mon second fils. Il me prend pour un cador mais je peine ! Rendez-vous compte, hier soir, j’ai du réapprendre à calculer un azimut ! Et pour aujourd’hui, il m’a promis des problèmes d’unités : convertir des quintaux en livres.
– Bien ! Au revoir toubib. Merci pour tout et bon algèbre !
Et ... comme votre divan est avenant ... peut-être que ... la prochaine fois ... vêtue seulement d’une djellaba ... me hasarderai-je à couvrir avec votre aide mon mari de safran …

Arabiquement votre

Références et compléments
- Un second épisode intitulé "la braguette du druide" vient s'ajouter à ce marivaudage diététique entre un médecin et sa patiente. Dans cette deuxième livraison, ils badinent, et même un peu plus, avec des mots d'étymologie gauloise et celtique.
- L’étymologie arabe des vocables en gras est attestée dans l’article « Mots français d’origine arabe » du dictionnaire libre Wiktionnaire.
- Impossible d’évoquer les merveilles et les recoins de la langue française sans Georges Brassens. Le texte ci-dessus contient quelques citations des chansons du barde de Sète que je vous laisse retrouver.