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samedi 12 octobre 2013

1 prix Nobel sur 5 possède au moins 2 nationalités

Chaque année, malgré l'arrivée de l'automne et des premiers frimas, la deuxième semaine d'octobre nous apporte un lot incomparable et quotidien de baume au cœur par le biais de l'annonce de nouveaux prix Nobel.
Par exemple, mardi dernier, ébahis, nous avons découvert que dans les universités de Strasbourg, Stanford et Los Angeles, des types avaient consacré leur vie professionnelle au développement de "modèles multi-échelles de systèmes chimiques complexes".

J'ai déjà eu l'occasion, dans une autre chronique, de proclamer ma préférence envers les barbus du boson, François Englert et Peter Higgs. Leur œuvre honore beaucoup plus l'Humanité que celle des barbus du sectarisme et des ténèbres.

D'ailleurs, les obscurs combattants du djihâd devraient méditer - s'ils le peuvent - sur la provenance du GPS qui guide leurs pickups lors de leur raids sanglants à travers le désert.
Cette technologie est directement issue des travaux du germano-juif Albert Einstein, prix Nobel 1921, de l'allemand Ferdinand Braun et de l'italien Guglielmo Marconi, prix Nobel 1909, ainsi que des grands satans américains John Bardeen, William Shockley et Walter Brattain, prix Nobel 1956.

D'une façon générale, les 800 et quelques lauréats depuis 1901 de la récompense scandinave ont profondément modifié notre vie.
Pouvons-nous encore imaginer ce que nous serions sans, par exemple, les rayons X, la pénicilline, la connaissance de l'ADN, les romans d'Hemingway ou encore les actions de Lech Walesa ?

Le palmarès du prix Nobel est un formidable hymne au cosmopolitisme et à la mondialisation.
S'être confronté à des cultures différentes ou être multinational renforce statistiquement vos chances d'être reconnus par la fondation suédo-norvégienne.
Ainsi depuis 2000, un cinquième des 164 nobélisés possède 2, voire même 3, nationalités.
Carburer au mélange semble être une bonne façon d'enchanter notre univers. Les sectaires et extrémistes de tout poil - souvent long - devraient en prendre de la graine.

Mondialement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "barbus du boson ou barbus des ténèbres ?", "mon premier prix Nobel" et "Jean-François Copé n'est pas le seul bénéficiaire de l'argent du trafic d'armes".

mercredi 4 juillet 2012

Barbus des ténèbres ou barbus du boson ?

En ce début juillet 2012, l'actualité planétaire étale au grand jour ses contradictions.

Au Nord du Mali, à Tombouctou, des crétins à poil long font preuve d'un déchainement obscurantiste sur la population et les monuments.
Croyances bornées et cerveaux atrophiés estiment de concert que les mausolées musulmans ancestraux sont des chefs d'oeuvre d'impiété ne méritant que le pic et le plastic.

Dans le même temps, à cheval sur la frontière franco-suisse, les expériences réalisées dans l'accélérateur de particules LHC du CERN mettent en évidence le boson de Higgs.
Cette particule élémentaire – parfois appelée particule de Dieu  – a été traquée par pas moins de 1500 personnes venant de 150 universités et laboratoires de 35 pays différents.
Cette ONU de la physique a, depuis près de 60 ans, non seulement fait progresser la science fondamentale mais aussi a inventé le Web qui me permet de vous écrire aujourd'hui. Une petite dizaine de Prix Nobel émaille l'histoire de cet institut international.

Les avancées dans la compréhension de l'infiniment petit et des très hautes énergies nous amènent aussi à revisiter – chacun avec nos convictions et nos doutes  – les questions fondamentales sur l'origine et l'organisation de notre Univers. Quoi de plus humain que de confronter des points de vue ? que de chercher à relier science, philosophie et théologie ?

Pour rechercher le boson de Higgs, les physiciens du CERN ont provoqué des collisions à très grande vitesse de protons et d'ions. De ces déflagrations a surgi une percée scientifique.
Un fracas similaire existe à la une de nos gazettes, les barbus d'Ansar Dine font un écho sinistre aux barbus du boson.

barbus des tenebres vs barbus du boson (Ansar Dine vs Higgs)

Envers et contre tout, j'ai la conviction que, malgré tous les malheurs qu'ils sèment, les barbares d'Al Quaïda ne réussiront pas à étouffer science et consciences, à l'instar de l'Inquisition qui n'a pu museler longtemps la physique de Gallilée et Copernic.

No pasaran !

Références et compléments
- Mes précédentes sur les mêmes thèmes :
. Bosnie, Bâmiyân, Tombouctou ... - Chronique de la barbarie
. Confins de l'Union, chronique sur la frontière et les installations du CERN près de Genève
. Bras croisés ou salut nazi ? (Hambourg 1936)
- Le communiqué de presse du CERN du 4 juillet 2012 annonçant que "les expériences du CERN observent une particule dont les caractéristiques sont compatibles avec celles du boson de Higgs tant attendu".

vendredi 4 mai 2012

Confins de l'Union Européenne

Lundi dernier, tel Saint Thomas, j'ai souhaité vérifier personnellement si la frontière extérieure de l'Union Européenne est la passoire à nouilles que décrivent politiciens et gazettes.
Les principautés d'Andorre et de Monaco étant trop éloignées par rapport au temps dont je disposais, j'ai jeté mon dévolu sur les confins de la Haute Savoie et de l'Ain avec le canton suisse de Genève, à une heure et demie de route de Grenoble.

L'arrivée dans la cité de Calvin par l'autoroute à la douane de Bardonnex tend à contredire la théorie du filet troué.
Un radar automatique situé à cent mètres de la frontière immortalise votre sortie de l'Union Européenne.
Le dispositif architectural - bâtiments, dos d'âne, flèchage, voies de circulation - est impressionnant et peu propice à la photographie.
De scrupuleux gabelous suisses s'assurent que la dîme autoroutière du pays du chocolat est dument acquittée.
Toutefois, à bien y regarder, coté français, la présence policière ou douanière est invisible. Il faut dire que j'ai eu l'idée saugrenue de faire ce test à l'heure du café matinal.

Peu soucieux de rester sur les grand axes, je me suis rendu ensuite au nord-est de l'agglomération genevoise.
Sur la grande rue reliant Meyrin à Saint-Genis Pouilly, un panneau rouge masqué par des feuillages ordonne, juste avant l'entrée dans l'Union Européenne, "Service Fiscal - STOP". Mais la guérite intitulée "Service Fiscal - Police" étant totalement vide, aucun automobiliste ne juge utile de modifier son allure. Autant dire, qu'à cet endroit, l'entrée dans notre belle Europe est totalement libre. Journaux et élus du peuple auraient-ils donc raison ?

France - Suisse - entre Saint Genis Pouilly et Meyrin, près du CERN / LHC - vers la borne frontière 121 - poste de douane de Meyrin coté France

Quelques hectomètres plus loin, je quittais ma voiture et me dirigeais à nouveau vers la frontière en empruntant, cette fois, un chemin forestier.
A mon grand soulagement, un portail métallique cadenassé semblait séparer Européens et Helvètes. Malheureusement, point de clôture ou de barbelés pour prendre le relais de cette barrière. Pour passer en France voire revenir en Suisse, il suffit de se faufiler le long de cette barrière saugrenue.

France - Suisse - entre Saint Genis Pouilly et Meyrin, près du CERN / LHC - vers la borne frontière 121 - le portail de l'Union Européenne : de l'autre coté la Suisse !

A proximité de cette porte improbable, la frontière est matérialisée par des bornes en pierre posées en 1818. A l'issue de la chute de Napoléon, le Congrès de Vienne a ignominieusement soustrait le territoire genevois à la France et l'a refourgué à la Confédération Helvétique. Pour bien marquer leur indépendance retrouvée, les suisses se sont empressés de marquer la ligne de démarcation avec leur ancien occupant. Chaque borne porte un numéro, la face tournée vers Genève porte un G majuscule alors que celle regardant la France arbore une fleur de lys un peu passée de mode.
Près de deux siècles après leur installation, ces bornes sont en fait les gardiens muets de l'Union Européenne. Je suggère qu'une campagne de modernisation de ces stèles remplace le lys royal par un cercle d'étoiles.

France - Suisse - entre Saint Genis Pouilly et Meyrin, près du CERN / LHC - borne frontière 121 - Le G symbolise Genève, la fleur de lys la France. La rainure sur le sommet de la borne matérialise la frontière.

Trois kilomètres plus à l'est, derrière l'aéroport de Genève Cointrain, Ferney-Voltaire a des airs de Gaza.
A cent mètres sous terre, à l'aplomb de la borne n°72, une organisation internationale et cosmopolite a creusé un tunnel sous la frontière. Ce passage dissimulé permet le transit discret, plusieurs milliers de fois par seconde, de particules étranges venues de l'Atlas par la Suisse. Coté français, les seuls contrôles effectués portent sur l'éventuelle beauté de ces immigrants fugaces.
Les confins de l'Europe ne sont même pas une passoire mais une brèche béante dans l'espace-temps !

France - Suisse - entre Ferney Voltaire et Meyrin - premier plan borne frontière 72 - arrière plan aéroport de Genève Cointrain - le tunnel du LHC passe sensiblement à l'aplomb de la borne, le détecteur LHCb est situé légèrement à gauche de cette image.

La conclusion de cette courte visite sur la frontière extérieure de l'Union Européenne s'impose. Les esprits éclairés ont bien raison de nous alerter, les limites de notre territoire sont le siège de beaucoup d'abus.
La preuve : regardez bien ci-dessous la marque du cadenas fermant le portail symbolique entre la France et la Suisse.

France - Suisse - entre Saint Genis Pouilly et Meyrin, près du CERN / LHC - vers la borne frontière 121 - le portail de l'Union Européenne : son cadenas s'appelle "ABUS"

Cloturiquement votre

Références et compléments
- Toutes les photographies ont été prises, sans trucage, par mes soins, à la frontière franco-suisse, dans les environs de Genève, le 30 avril 2012.
Le cadenas "ABUS" fermant un portail aisément contournable existe vraiment !
D'autres images sont disponibles dans un album photo en ligne intitulé "Frontière France Suisse - Avril 2012". Une carte interactive permet de situer très précisément les prises de vue (attention cette carte peut mal fonctionner sur certains navigateurs).
- Dans la région de Genève se situe le CERN (Organisation européenne par la recherche nucléaire aussi appelée Laboratoire européen pour la physique des particules).
Ce centre de recherche fondamentale opère des accélérateurs de particules qui tentent de produire des conditions extrêmes proches de celles du "Big Bang".
La machine la plus impressionnante du CERN est le LHC (Large Hadron Collider - grand collisionneur à hadrons) qui est un anneau de 26 kilomètres de circonférence situé dans un tunnel à cheval sur la frontière franco-suisse à cent mètres de profondeur. Des protons et des ions de plomb y sont accélérés à des vitesses proches de la lumière puis jetés les uns sur les autres ("collisionnés") afin d'étudier leurs propriétés intimes. Le 5 avril dernier, le LHC a produit le faisceau de particules le plus énergétique jamais créé par l'homme.
Quatre grands détecteurs mesurent les résultats des collisions.
L'un a été baptisé ATLAS (A Toroidal LHC AppartuS). Il est situé à Meyrin sur le territoire suisse à proximité du portail ubuesque. Avec le détecteur CMS, il a permis de mettre en évidence la particule élémentaire baptisée boson de Higgs.
Un autre, le LHCb (Large Hadron Collider beauty) installé à Ferney-Voltaire en France près des pistes de l'aéroport genevois, essaie de mettre en évidence la particule élémentaire appelée poétiquement "quark beauté".
- La frontière franco-suisse est une des plus anciennes au monde. Elle fait partie de la petite vingtaine de frontières tracées avant 1800 comme le montre cette carte établie par Ceriscope Sciences-Po.