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samedi 16 avril 2016

Les enfants de Paul et Othman destins croisés sur 3 continents

Le 31 octobre 1728, à Alle sur Semois, village de l’actuelle Belgique, naissait Paul Brasseur.
À la même époque, à 2 300 km de là, en Turquie, dans la bourgade de Gediz, venait au monde Othman Kedous.

Paul et Othman ne se connaissaient pas et ne se sont jamais rencontrés.
Pourtant, 9 générations plus tard, à la fin du XXème siècle, ils avaient des descendants communs.


Je vous propose de parcourir, sur trois continents, ces destins croisés où petite et grande histoire s’entremêlent.

Génération #1 - Belgique 1728 / Turquie 1731

Le Duché de Bouillon, en Ardenne désormais belge, où Paul Brasseur voit le jour était, au XVIIIème siècle, comme presque toute l’Europe, un territoire rural où les conditions d’existence commençaient juste à évoluer par rapport au Moyen Âge.
Sous la férule du sémillant duc Émmanuel-Théodose de le Tour d’Auvergne, paysans et villageois survivaient plus qu’ils ne vivaient.
La mortalité tant infantile qu’adulte atteignait des sommets. Paul, à sa naissance, possédait un espérance de vie d’environ 35 ans. Nous ne lui connaissons qu’un seul frère, Jean-Joseph, mais, en moyenne, les mères mettaient au monde 5 enfants.

En Anatolie, au centre de la Turquie d’aujourd’hui, la vie sous le règne du sultan ottoman Mahmud Ier le Bossu, était encore plus difficile car les techniques agricoles avaient moins évolué que dans l’ouest de l’Europe.
À sa naissance, Othman Kedous n’avait qu’une petite trentaine d’années devant lui et chaque femme portait près de 7 enfants.
Sa localité d'origine, dorénavant connue sous le nom de Gediz, est orthographiée à l'époque Kedous en alphabet latin et كدوس en alphabet arabe en vigueur dans l'empire ottoman.
Ville de Kedous / كدوس / Gediz sur une carte de Turquie de 1794


Génération #2 - Tunisie 1761 / Belgique 1781

Othman Kedous, en quête d’aventures et d’une meilleure existence, a très tôt quitté sa ville natale de Gediz pour s’engager dans l’armée de Ali Ier Pacha, bey ottoman qui régnait à Tunis.
Agé d’une vingtaine d’années, il est arrivé à Kelibia, au nord-est de la Tunisie.
Ce port stratégique, protégé par un fort imposant, abritait une partie de la flotte du bey.
Le monarque tunisien, soucieux de ne pas accabler son peuple d’impôts, préférait, pour subvenir à ses besoins, s’adonner à la « course ».
Cette sympathique activité consistait à exiger un péage aux bateaux franchissant le détroit séparant la Tunisie de la Sicile. Les resquilleurs prenaient le risque d’être capturés par la marine beylicale qui revendait ensuite hommes et cargaisons.
Le roi de France Louis XV, fervent partisan de la libre circulation chez les autres, envoya par deux fois une escadre bombarder les installations militaires et surtout les civils de Kelibia afin de calmer le racket tunisien.
Othman servit comme officier au fort de Kelibia, trouva la région à son goût, s’y maria et, vers 1761, devint l’heureux parent d’Ali Kedous.

Pendant ce temps, Paul Brasseur exerçait différents métiers.
Alors que sa famille résidait à Alle sur Semois depuis plus de 200 ans, il larguait les amarres et partait s’établir à Sugny, village distant de 5 kilomètres, à proximité de la frontière avec le royaume de France tracée par Louis XIV en 1680.
Il s’y établit définitivement en 1780 en convolant en justes noces avec Catherine Noël.
Dix mois plus tard, le 4 mars 1781 naissait son unique fils Jean-Joseph Brasseur.
Trois ans après, Paul, alors garde-chasse de Monsieur de la Biche, seigneur de Sugny, était malencontreusement assassiné dans des circonstances non éclaircies.
Le fort de Kelibia (cliché de 2008)


Génération #3 - Tunisie 1791 / France 1808

Les tunisiens, à la charnière entre XVIIIème et XIXème siècles, malgré la « course » à son apogée, vivaient dans un grand dénuement.
L’espérance de vie n’excédait pas 30 ans.
Aucun détail n’existe sur la vie de la famille Kedous, à l’exclusion de la naissance du petit-fils d’Othman, Hassan Kedous, vers 1791.

Quelque part entre 1792 et 1805, Jean-Joseph Brasseur profitait que la révolution française avait essaimé dans le sud de l’actuelle Belgique et aboli la frontière pour venir s’établir à Braux - devenu Bogny sur Meuse - dans la vallée de la Meuse, à 10 kilomètres de Sugny.
Le 18 décembre 1805, Jean-Joseph se mariait à Elizabeth Bajot, quelques jours après la victoire des troupes de Napoléon Ier à Austerlitz.
Leur premier enfant, Robert-Joseph Brasseur voyait le jour en mai 1808,  date du début du soulèvement anti-napoléonien en Espagne.

El Tres de Mayo, tableau de Goya emblématique du soulèvement espagnol de 1808 et de sa répression par les troupes napoléoniennes.

Génération #4 - Tunisie 1821 / France 1846

Le XIXème siècle fut une triste période pour le Maghreb qui est passé à coté de la révolution industrielle.
En 1821, sous le règne agité de Mahmoud Bey, à la naissance de Khalil Kedous à Kelibia, niveau et espérance de vie n’avaient guère évolués en Tunisie depuis un siècle et stagneront jusqu’à la première guerre mondiale.

Au nord de la Méditerranée, la France entrait résolument dans l’age des usines et des chemins de fer.
En mai 1846, Rosalie Brasseur est mise au monde à Braux par Marguerite Husson, l’épouse de Robert-Joseph Brasseur.
À cette même date, Ahmed Ier Bey est le premier chef d’état tunisien à se rendre en visite officielle en France et à son dernier roi finissant Louis-Philippe.
Soucieux de moderniser son pays, il revint de ce voyage plus convaincu que jamais de la justesse de ses thèses.
Hélas, ce souverain imaginatif était un gestionnaire catastrophique secondé par un premier ministre véreux, Mustapha Khaznadar, alias Giorgios Kalkias Stravelakis d’origine grecque.

Médaille gravée en France par Adrien Féart à l'occasion de la visite d'Ahmed Ier Bey à Louis-Philippe Ier « roi des français » à Paris en 1846

Génération #5 - Tunisie 1851 / France 1877

M’Hamed Kedous est né à Kelibia en 1851. Il s’est marié vers 1876 avec Makhbouba Lengliz, probable descendante d’un sujet de sa gracieuse majesté britannique, soit victime de la « course », soit sorte de conseiller militaire dépêché par Londres pour épauler l’armée du bey.

Rosalie Brasseur avait 5 frères et soeurs.
Suivant la tendance de l’époque, son mariage avec Ernest Barbe n’a engendré que 4 enfants, dont Catherine-Jeanne Barbe.
Celle-ci est née à Braux le 18 décembre 1877 au moment exact où la France - dont le régime était officiellement une république depuis 7 ans - devenait une véritable démocratie parlementaire, le président Patrice de Mac Mahon reconnaissant la victoire politique des députés « républicains » menés par Léon Gambetta.

Photos prise vers 1893 à Braux (Ardennes) : en haut à gauche Catherine-Jeanne Barbe, à sa droite son père Ernest Barbe, sa mère Rosalie Brasseur est la seconde en partant de la droite. Les 3 autres enfants sont ses frères et soeurs.

Génération #6 - Tunisie 1881 / France 1902

Sadok Bey - monarque éclairé - et son emblématique premier ministre Kheireddine Pacha - né en Abkhazie au nord-ouest de l’actuelle Géorgie - n’ont pas ménagés leurs efforts pour faire décoller la Tunisie.
Citons, notamment, en 1861 la première véritable constitution de tout le monde arabe.
Malheureusement, le management déplorable de leurs prédécesseurs, des résistances internes et l’avidité des puissances européennes aboutirent en 1881 - pile poil à la naissance d’Hassan Kedous - à la colonisation manu militari de la Tunisie par la France.
Le très républicain et humaniste Jules Ferry, soucieux des convenances, baptisa cette conquête protectorat et laissa le bey jouer les potiches officielles.

Catherine-Jeanne Barbe s’est mariée à Braux à la fin de 1901 avec Ernest Lenoir, fils d’un « tourneur en fer ». Associé à son frère Victor, il a fondé en 1909 la boulonnerie Lenoir. Après la première guerre mondiale, l'entreprise a absorbé la boulonnerie Mernier pour devenir « Lenoir & Mernier ».
Ernest Lenoir, bien que « patron », fut pendant de 1919 à 1934, le maire socialiste de Levrézy, village voisin de Braux.
En 1902, mon grand-père René Lenoir naissait à Levrézy, suivi en 1904 de son frère Maurice.
Vue d'une rue de Braux (Ardennes - France) en 1909


Génération #7 - Tunisie 1911 / France 1928

Agriculteur, marié à Khadouja Ben Abdallah, Hassan Kedous a eu 4 enfants nés au début du XXème siècle. Le troisième, Tahar Kedous, mon beau-père, vint au monde à Kelibia le 5 septembre 1911.

René Lenoir, à peine son « certificat d’études » en poche, travailla dans l’usine familiale dont il prit la direction effective à la fin des années 1930.
En 1925, il se mariait avec une parisienne Jeanne Pivet.
Résidant à Levrézy, ils eurent, de 1925 à 1933, cinq enfants, dont ma mère Claudine Lenoir née 1928. Deux de mes oncles sont décédés très jeunes de maladies infectieuses désormais aisément guérissables.

Hassan Kedous et une de ses petites filles aux environs de Kelibia - Cliché pris vers 1958

Génération #8 - Tunisie 1957 / France 1961

Tahar Kedous a quitté Kelibia pour la capitale Tunis afin d’y étudier puis de s’y établir comme avocat.
Ses enfants naissaient à Hammam-Lif, bourgade de banlieue, dont Afef Kedous en 1957, un an après l’indépendance de la Tunisie personnifiée par Habib Bourguiba.

Claudine Lenoir a suivi un parcours similaire, délaissant ses Ardennes natales au profit de Paris où votre serviteur, Didier Lebouc, vit le jour en 1961 alors que Charles de Gaulle peinait à extirper la France du bourbier de la guerre d’Algérie.

Habib Bourguiba reçu en visite officielle au château de Rambouillet par Charles de Gaulle en 1962

Génération #9 - France années 1980

Probablement atteints du même virus migratoire que leurs géniteurs, à l’orée des années 1980, la tunisienne et le parisien - sous le haut patronage de Valery Giscard d’Estaing puis de François Mitterrand - vinrent faire leurs études à Grenoble, oublièrent d’en repartir, se piquèrent de cohabiter ensemble et donnèrent naissance à deux enfants, joignant ainsi les lignées de Paul et d’Othman...



Toute naissance est la renaissance de nos ancêtres
Proverbe africain
 

Unifier c’est nouer même les diversités particulières
Antoine de Saint Exupéry

Généalogiquement votre

Références et compléments
Toute information venant compléter voire infirmer cette généalogie est par avance la bienvenue. Merci de me contacter.

De plus amples détails généalogiques et historiques - notamment les hypothèses, les doutes et les faits méconnus - peuvent être consultés sur ma base généalogique en ligne
Sur les opinions racistes et le soutien à l'activité colonisatrice du très admiré Jules Ferry, responsable de la conquête de la Tunisie, voir la chronique de mai 2012 "Hommages de Hollande".

Credit photos

samedi 13 décembre 2014

Généalogie : à la recherche d'Othman Kedous l'ottoman de Kelibia

À en croire la tradition, la famille Kedous de Kelibia en Tunisie aurait pour origine un dénommé Othman Kedous / عثمان كدوس qui serait venu de sa Turquie natale jusqu'au Cap Bon.

En partant de ces éléments, j'ai mené une enquête généalogique, géographique et historique pour tenter d'en savoir plus.

Les résultats de cette recherche sont en ligne sur le site kelibia.eu.

Le fort de Kelibia où Othman Kedous aurait servi comme militaire au XVIIIème siècle

mardi 29 juillet 2014

Exigeons une commémoration par jour !

L'été, comme l'automne, l'hiver et le printemps, nous procure son lot de jours fériés venant rappeler à notre bon souvenir des événements mémorables. 14 juillet et 15 août en France. 25 juillet, Aïd el Fitr et 13 août en Tunisie.

Tout cela est excellent mais reste trop modeste.
En partant du principe que les peuples qui ignorent leur histoire s’exposent à la revivre, il devient impératif pour émerger de la mouise actuelle d’accroître sensiblement le nombre de commémorations.

Afin de contribuer à la mise en place de cette mesure impérieuse de redressement, voici mes suggestions pour la première quinzaine d’août 2014.

1er août - 14 thermidor - jour du basilic
Commémoration de la naissance de la Comtesse de Ségur, auteur des "Petites Filles Modèles", il y a 215 ans.

2 août - 15 thermidor - jour de la brebis
Commémoration de la bataille de Canne della Battaglia où Hannibal, à la tête des armées de Carthage, l'ancêtre de la Tunisie, au terme d’un festival offensif, mit une pilée aux légions de Rome, prédécesseur de l'Italie, il y a 2230 ans.

3 août - 16 thermidor - jour de la guimauve
Outre une célébration privée que je m'interdis de détailler plus, commémoration du déclenchement de la première guerre mondiale, paroxysme du crétinisme nationaliste, il y a 100 ans.

4 août - 17 thermidor - jour du lin
Commémoration de la découverte du procédé d’élaboration du Champagne par le regretté Dom Pérignon, il y a 321 ans.

5 août - 18 thermidor - jour de l'amande
Commémoration de la naissance de Neil Armstrong - premier homme à avoir marché sur la Lune - il y a 84 ans.

6 août - 19 thermidor - jour de la gentiane
Commémoration du couronnement de Louis VIII de France et de son immaculée épouse Blanche de Castille, il y a 791 ans.

7 août - 20 thermidor - jour de l'écluse
Commémoration du décès de Joseph Kosma, musicien, coauteur avec Jacques Prévert de la chanson “les Feuilles Mortes”, il y a 45 ans.

8 août - 21 thermidor - jour de la carline
Commémoration du départ, avec un billet aller simple, de Napoléon Bonaparte pour l'île de Sainte Hélène, il y a 199 ans.

9 août - 22 thermidor - jour du câprier
Commémoration de l'invention du premier janvier comme jour de l'an grâce à la promulgation de l'édit de Roussillon par le regretté roi français Charles IX, il y a 450 ans.

10 août - 23 thermidor - jour de la lentille
Commémoration de la naissance d'Henri Nestlé, industriel suisse, fondateur de la marque éponyme, il y a 200 ans.

11 août - 24 thermidor - jour de l'aunée
Commémoration de l'instauration du suffrage universel en France, il y a 222 ans.

12 août - 25 thermidor - jour de la loutre
Commémoration de la naissance du regretté Erwin Schrödinger, physicien autrichien, auteur de l'équation éponyme et grand ami des chats, il y a 127 ans.

13 août - 26 thermidor - jour de la myrte
Commémoration de la naissance de Luis Mariano, artiste lyrique espagnol, interprète indépassable de la rengaine “on a chanté les politiques qui posent une gerbe pour les commémos”, il y a 100 ans.

14 août - 27 thermidor - jour du colza
Commémoration de la naissance de Ali III ben Hussein Bey, souverain éponyme de Tunis, impuissant face à la colonisation française, il y a 197 ans.

15 août - 28 thermidor - jour du lupin
Commémoration de la bataille de Roncevaux, seconde d'une grande série de défaites triomphales des armées françaises, il y a 1236 ans.

Commémoriquement votre

Références et compléments
- Il y a une grande lurette que je m'étais donné comme objectif d’utiliser au moins trois fois dans une chronique le joli adjectif éponyme. C'est désormais chose faite.

- Voir aussi les chroniques :
. “Le premier janvier a été inventé en Isère”
. “L'insoutenable ambiguïté du défilé du 14 juillet”
. “L'insoutenable ambiguïté des monuments aux morts”

- Le soi-disant air de Luis Mariano est un détournement de la chanson “Mexico” de l'opérette de Francis Lopez “le chanteur éponyme” (+1).

- Les dates indiquées sont celles du calendrier dit grégorien mais aussi celles du calendrier révolutionnaire français qui, non seulement, avait changé les mois traditionnels mais aussi remplacé les saints du jour par une commémoration zoo-botanique.

- Merci à Wikipedia qui a grandement facilité la rédaction.

jeudi 9 août 2012

L’histoire de la Tunisie en 16 tweets

Twitter et sa limitation à 140 caractères par message permettent toutes les simplifications, y compris de résumer trente siècles d’une histoire riche et multiforme en seulement seize tweets où l'exactitude voisine le mythique et l'anachronisme dans le plus pur arbitraire.

Didon @Kaissekeutadoudou
@Enée J'ai fondé une cité illustre, j'ai vu mes murailles dressées, j'ai vengé mon époux, je me meurs cc @Virgile
18:30:01 3 août 801 avant J.C. via marbre

Hannibal Barca @EST_Hannibal
Un éléphant ça trompe énormément cc @Tite_Live
10:33:41 3 août 218 avant J.C. via marbre

Caton @Oldcaton
Delenda Carthago
12:00:00 1 avril 146 avant J.C. via marbre

Augustin d’Hippone @Gugusse
Je vins à Carthage où j'entendais crépiter autour de moi la friture des amours infâmes #jeudiconfession
23:59:59 3 août 398 via papyrus

Thrasamund @Rex_Wandalorum
La Tunisie est pleine de Vandales et je suis leur boss
09:34:27 3 août 496 via papyrus

Ibn Khaldoun @Khaldun
Une peste terrible vint fondre sur les peuples de l'Orient et de l'Occident
17:45:12 3 août 1348 via parchemin

Ibn Khaldoun @Khaldun
@etudiantbarbu #WTF J'ai écrit ce qu'une observation attentive permet de découvrir
17:45:12 7 novembre 1380 via petitcoupdemoinsbien

Khereddine Barberousse @barbarossa
Je viens de mettre à la porte @sultan_hafside comme maire de Tunis sur @4piazze
16:10:19 3 août 1534 via 4piazze

Charles Quint @Charlie5
Je viens de mettre à la porte @barbarossa comme maire de Tunis sur @4piazze
13:33:18 14 juillet 1535 via 4piazze

Hussein Ben Ali Bey @HBey
Je suis le premier Ben Ali à régner sur la #Tunisie. Serai-je le dernier ?
12:00:00 15 juillet 1705 via pigeon

Hussein Ben Ali Bey @HBey
@Younes_Bey Toi aussi mon neveu ?
19:54:23 13 mai 1740 via pigeon

Général Bréart @Mémé_B
Nous avons berné le bey ! Et hop la Tunisie ! Merci @JulesFerry
15:30:13 12 mai 1881 via torchondepapier

Bechir Sfar @BSfar
Il faut couper le mal à la racine en généralisant l'enseignement et en encourageant le commerce national
17:42:08 3 août 1906 via discourspasprévu

Habib Bourguiba @BourguibaTunisie
Notre #Tunisie sera la Tunisie de tous ceux qui, sans distinction de religion ou de race, voudront l’agréer pour leur patrie
11:22:44 11 janvier 1932 via lactiontunisienne

Habib Bourguiba @BourguibaTunisie
Mission accomplie, la #Tunisie et #moi-même ne faisons plus qu’un !
12:00:04 20 mars 1956 via mégalomanie

Habib Bourguiba @BourguibaTunisie
Nous tenons à participer à la marche de la civilisation et à prendre place au cœur de notre époque
14:22:48 8 avril 1956 via discoursenflammé

Tunisianiquement votre

Références et compléments
- Dans la même veine qui permet d’imaginer Hannibal ou Bourguiba tapoter sur un smartphone, trois autres chroniques : « Tweets historiques », « Twittare humanum est » et « Recréons Radio Londres ».
Concernant l’œuvre coloniale et les opinions racistes de Jules Ferry, notamment concernant la Tunisie, voir le coup de gueule « Hommages de Hollande ».
- L'article Histoire de la Tunisie de Wikipedia permet d'approfondir les péripéties mentionnées dans les tweets ci-dessus et de découvrir les très nombreuses autres que j'ai laissé de coté.

- Quelques clefs pour tenter d'expliquer Twitter aux non-twittonautes.
. Tweet : message publié sur le réseau Twitter comportant au maximum 140 signes.
. Chaque twittonaute possède une double identité. Il se choisit un nom (en gras dans les tweets ci-dessus) ainsi qu’un code commençant systématiquement par « @ ». Par exemple, mon code Twitter est @dlebouc.
Lorsqu'un twittonaute souhaite s'adresser à un de ces confrères, il reproduit le code de l'intéressé dans le tweet comme dans la réponse d’Hussein Ben Ali Bey à son neveu Younes en train de l’assassiner.
Pour informer un twittonaute d’un message, il suffit de précéder son code de la mention « cc » (copie carbone) à l'instar de Didon en train de se suicider qui prévient Virgile de sa fin prochaine.
. Un mot précédé du signe dièse (#, « hashtag » en anglais) indique que le tweet porte sur ce sujet précis. Ainsi dans le message de Bourguiba pour l’indépendance tunisienne du 20 mars 1956, les mentions « #Tunisie » et « #moi-même » soulignent les deux points clef du message.
. Un message Twitter peut être créé de multiples manières. La mention « via » indique le moyen qui a été utilisé.
. De nombreux services se sont développés autour de Twitter. Parmi eux, un système de localisation baptisé « 4square » qui permet de publier les lieux où l’on se trouve.
Une personne signalant plusieurs fois la même position devient le maire virtuel de l'endroit, en attendant d’être mise à la porte (« ousted » en anglais) par un autre twittonaute.
J’ai imaginé que, lors de la Renaissance, ce service devait être en italien plutôt qu’en anglais, d’où l’adaptation de son nom en quattro piazze.
. Le jeudi, selon l’usage sur Twitter, les twittonautes peuvent dévoiler les aspects plus ou moins reluisants de leur intimité. Pour ce faire, il suffit d’indiquer le hashtag « #jeudiconfession » dans le message, à l’instar de Saint Augustin d’Hippone.
. Le hashtag  « #WTF »  , qui signifie en anglais What The Fuck?, peut se traduire plaisamment par « qu'est ce que cela peut bien vous faire ? ».

- Les amoureux ou les curieux de l’Enéide de Virgile peuvent retrouver, sur le site de l'Université Catholique de Louvain, la traduction en français du long poème relatant les amours tragiques d’Enée et d'Elissa-Didon à Carthage.

dimanche 13 mai 2012

Hommages de Hollande

On me souffle dans l'oreillette que François Hollande, mardi prochain 15 mai 2012, juste après avoir reçu les clefs de l'Élysée et du champ de tir, ira déposer des gerbes en mémoire de Marie Curie et de Jules Ferry.

A en croire les gazettes, le président élu souhaite ainsi mettre en exergue éducation, laïcité, progrès et femme immigrée.

Malheureusement, promouvoir de nobles idées à l'aide d'illustres défunts est un exercice périlleux.


Vive l'atome !

Marie Sklodowska-Curie ne fait pas débat.
Elle possède toutes les vertus de l'icône républicaine.
Cette polonaise, fauchée, venue faire ses études à Paris, mena, avec son époux Pierre Curie, ses recherches sur le radium dans des conditions matérielles plus que précaires.
Récompensée par le prix Nobel de physique en 1903, elle continua seule, après la mort accidentelle de son mari, ses travaux scientifiques.
Durant la Grande Guerre, elle établit un système de radiographie mobile pour soigner les blessés du front et conduisit elle-même un des camions.
En 1911, sa liaison avec le physicien Paul Langevin défraya la chronique. Accusée par la presse conservatrice et catholique d'être une "juive polonaise" "briseuse d'un ménage français", elle fut menacée de reconduite à la frontière par le ministre de l'Instruction Publique. Des militants d'extrême-droite firent le siège de son domicile. En plein scandale, le prix Nobel lui fut décerné pour la seconde fois mais le comité Nobel lui suggéra de ne pas se présenter à la cérémonie officielle. Marie Curie surmonta ces épreuves grâce à quelques trop rares soutiens, dont un certain Borel, directeur scientifique de Normale Sup.
François Hollande n'aurait pu trouver plus beau symbole pour entamer son quinquennat :  une femme, enseignante, d'origine étrangère, héroïne des budgets malingres de la recherche publique, incomprise de ses ministres de tutelle, ostracisée par la droite et pionnière de la recomposition des couples ...
Et puis, célébrer la découverte de la radioactivité, quel pied de nez aux écologistes !


Jules Ferry ce fier colonial !

Que François Hollande honore Jules Ferry est nettement plus discutable.
Bien sur, ce centriste de gauche, ministre à répétition, a œuvré sans compter, dans ses différents postes, à la mise en place effective de l'école gratuite, laïque et obligatoire. Il est incontestablement l'architecte du système scolaire moderne de la France.
Franc-maçon et libre penseur, il s'est aussi astreint à éloigner le catholicisme de l'enseignement. Pour contrebalancer l'influence de l'Eglise, il a introduit en primaire la morale et l'instruction civique.
Soucieux de mettre lui-même en avant des valeurs exemplaires, il n'a pas hésité à faire expulser hors de France en 1880 plus de cinq mille moines, membres des congrégations religieuses interdites sur simple décret du gouvernement.
Mais Jules Ferry ne s'est pas contenté de cogner à bras raccourcis sur les catholiques, il a aussi boosté l'expansion coloniale de la France. Ainsi, il a prétendu à la tribune de l'Assemblée Nationale que "les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures" et doivent les "civiliser".
Au nom de ces principes "humanitaires", en 1881, il a été le premier ministre qui a lancé la France à la conquête de la Tunisie. Le 12 mai, ses émissaires forcèrent le Bey de Tunis à signer le traité du Bardo qui créa le protectorat tunisien, euphémisme pour colonie. La Tunisie mettra 75 ans à se débarrasser de cette encombrante tutelle.
Il convient de rappeler qu'à la fin du dix-neuvième siècle, la droite d'alors était opposée à la colonisation alors que la gauche la soutenait mordicus au nom du progrès. Seuls Georges Clémenceau et ses amis sauvèrent l'honneur de leur famille politique. Le Tigre répondit à Jules Ferry "la conquête que vous préconisez, c'est l'abus pur et simple de la force. [...] Parler, à ce propos, de civilisation, c'est joindre à la violence l'hypocrisie."

Si mardi prochain, comme annoncé, les hommages de Hollande s'adressent autant à Jules Ferry qu'à Marie Curie, il sera difficile de ne pas y voir une commémoration coloniale et une gifle vis à vis du printemps arabe.
Pour parfaire ce geste singulier, je suggère au nouveau président français de téléphoner à son homologue tunisien et de lui enjoindre fermement de rendre illico à l'avenue Habib Bourguiba de Tunis sa belle appellation d'origine d'avenue Jules Ferry.

Mémoriellement votre

Références et compléments
- Les passages en italique sont des citations authentiques.
- Deux articles de presse annonçant les futurs hommages de Hollande : la Croix et le Nouvel Observateur.
- L'extrait du discours de Georges Clémenceau provient de Wikipedia.

mardi 8 mai 2012

Tunisie sur Balkans

A Kelibia, en Tunisie, cuivres et tambours résonnent chaque soir d'été.
Ces fanfares populaires, typiques de la région du Cap Bon, s'appellent "hassinya". Elles accompagnent surtout mariages et circonsions, nombreux en juillet et en août. Les musiciens, juchés sur des pick-up Isuzu, sillonnent la ville pour animer les fêtes familiales.
Les airs joués ont peu de parenté avec la musique arabe traditionnelle mais ressemblent furieusement à ceux des fanfares balkaniques. A la nuit tombée, retentissent soudainement des mélodies improbables et légèrement dissonantes qui ne dépareraient pas les films du serbe Emir Kusturica !


Le nom "hassinya" dérive de Hussein, la dynastie beylicale qui regna sur la Tunisie de 1705 à l'indépendance en 1956. La légende veut que ces fanfares soient l'héritage de celles des troupes ottomanes qui servirent au fort de Kelibia durant environ trois siècles. Beaucoup de ces soldats, notamment des officiers, étaient originaires des Balkans, autre possession du Sultan turc. Le Bey de Tunis possédait d'ailleurs, au début du vingtième siècle, une musique militaire semblable aux "hassinya" actuels de Kelibia.


Tous les métallurgistes vous le diront, la fusion du cuivre est aisée à obtenir.
Aussi, comment ne pas rapprocher les "hassinya" de Kelibia qui bricolent leur répertoire avec, par exemple, Haïdouti Orkestar, formation gypsy-turque, qui combine des mélodies allant des Balkans à l'Afrique du Nord.
Dans les deux cas, le métissage culturel - osons le mot ! - fournit de la musique survitaminée.
La vidéo ci-dessous fournit un petit échantillon du talent d'Haïdouti Orkestar. Vous y découvrirez une danse de ventre étonnante et un accordéon balkanique un peu plus vigoureux que son cousin corrézien.


Cuivriquement votre

Références et compléments
- Les deux premières vidéos ont été tournées dans la rue par mes soins à Kelibia avec un petit appareil photo ce qui explique leur qualité approximative. La page dédiée aux fanfares balkanico-tunisiennes "hassinya" du site kelibia.fr fournit d'autres enregistrements.
- Je vous recommande la page web du Haïdouti Orkestar ainsi que trois autres vidéos de leurs prestations musicales : Gezelim, Turska & Padam Kolo (les amoureux de la musique qui dépote apprécieront particulièrement Padam Kolo).