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jeudi 22 août 2013

La Tunisie victime collatérale d'un complot international

La révolution tunisienne et les printemps arabes n'auraient de révolutionnaires que le nom.
Les événements qui se succèdent en Tunisie, Égypte, Libye et Syrie depuis fin 2010 ne seraient pas le fruit des actions des populations, politiques, syndicats, militaires et policiers locaux mais l'aboutissement d'un vaste complot international aux ramifications insoupçonnées.
J'ai profité de mon séjour au pays du jasmin pour enquêter sur le volet tunisien de ces aspects méconnus de l'histoire récente. Voici, en exclusivité, le résultat de mes recherches sur le terrain.

Tout commence avec Israël.
L'entité sioniste et son lobby militaire, ulcérés de ne plus avoir en face d'eux d'adversaires dignes de ce nom, ont œuvré pour remplacer des dictateurs arabes mous et complaisants à leur égard par des gouvernements énergiques décidés à en découdre.

Pour ce faire, le Mossad prit contact avec la CIA qui s'en ouvrit au président américain.
Ce dernier ordonna à ses diplomates de prendre langue avec les partis islamistes de tout poil afin de les sortir de la torpeur mystique où ils se complaisaient.

Dans le même temps, la CIA instrumentalisa Bradley Manning et Julian Assange afin qu'ils fassent connaître urbi et orbi via Wikileaks tout le mal que l'oncle Sam pensait de Ben Ali et Mubarak.
D'ailleurs, les ennuis judiciaires et diplomatiques récurrents de ces deux maîtres manipulateurs (maîtresses manipulatrices ?) ne servent qu'à donner le change afin que leurs couvertures ne soient pas éventées.

Un peu plus tard, la CIA impliqua aussi le MI6 britannique dans cette aventure.
De concert, ces deux services choisirent d'utiliser leurs confrères belges, profitant que ces derniers étaient livrés à eux-mêmes en l'absence de gouvernement à Bruxelles.
Les sbires d'Albert II réveillèrent, pour fomenter des troubles, un réseau dormant, implanté de longue date au cœur de la Tunisie profonde, constitué de binationaux belgo-tunisiens et de supporters du Standard de Liège.
L'anecdote est peu connue mais, avant de s'immoler, Mohammed Bouazizi a entonné une dernière fois la Brabançonne pour se donner du courage.

La DGSE française, prise de court par ses homologues d'Outre-Quiévrain et sommée par Michèle Alliot-Marie de reprendre la main, téléphona à des généraux tunisiens approchés lors de leurs études militaires à Saint Cyr.
Il fut convenu avec eux d'expédier Ben Ali au Qatar, histoire d'encombrer un peu l'encombrant émir gazier et télévisuel.
Malheureusement, les pompistes de Carthage, téléguidés par le FSB russe, ne ravitaillèrent pas suffisamment l'avion qui dût, faute de carburant, se poser en Arabie Saoudite.

Furieux de la blague franco-belge dont il avait failli être victime, le monarque qatari choisit de promouvoir à grands coups de pétrodollars les islamistes d'Ennadha, pensant ainsi ennuyer USA et Israël.
Bizarrement, aucune cassette vidéo n'avait indiqué à Al Jazeera l'origine américaine-sioniste de la manœuvre. Le pétulant émir s'est, en quelque sorte, auto-intoxiqué avec sa propre télévision.

Les saoudiens, déçus par le paquet cadeau qu'ils avaient reçu et soucieux de ne pas laisser le Qatar tenir la corde, mirent en branle leurs confréries salafisto-wahhabites qui s'empressèrent d'apporter une contribution significative à l'accroissement exponentiel du bordel ambiant.

Pendant ce temps, en France, à l'insu du gouvernement, au cœur des plusieurs maisons de retraite, des vieillards pieds-noirs, nostalgiques du protectorat, s'activèrent pour remettre en selle un inconnu cacochyme, Beji Caïd Essebsi, avec les frères cadets duquel ils avaient été à l'école primaire.

Profitant de la confusion générale, des renégats du MI6, soutiens secrets de la cause indépendantiste écossaise, tirèrent moult ficelles occultes pour faire accéder à la présidence de la république le plus fervent amateur de whisky pur malt de la diaspora tunisienne.
Pour réussir cette audacieuse manœuvre, il reçurent le soutien sans faille de l'UFAB (Union des Fabricants Artisanaux de Burnous), de l'ASPL (Association de Sauvegarde du Patrimoine Lunetier) et du STPPC (Syndicat Tunisien des Producteurs de Pois Chiches).

Les deux derniers épisodes en date sont les abdications surprise d'Albert II de Belgique et de Hamad ben Khalifa al-Thani l'émir du Qatar, ces deux hommes qui, au sens presque strict, ont allumé la mèche des révolutions arabes.
Ces sémillants monarques n'ont pas réussi à assumer leur part de responsabilité dans l'enlisement actuel.
Je leur conseille d'utiliser leur récente retraite pour se rendre en Tunisie profiter des plages et surtout des prochaines péripéties du complot israélo-américano-belgo-franco-russo-qataro-saoudo-écossais au poétique nom de code de "révolution du jasmin".

Clandestinement votre

Références et compléments
- J'adresse ma profonde gratitude à mes nombreux et documentés informateurs tunisiens qui, sous le couvert d'un anonymat garantissant leur sécurité, ont fait preuve de courage et de civisme en me confiant les informations secrètes retranscrites dans cette chronique. Ils se reconnaîtront.
- Mes remerciements aussi au twittonaute @Lakbe_etc qui m'a fourni des informations de première main sur Hamad ben Khalifa al-Thani.

samedi 27 avril 2013

Vu d'avion, l'ordre règne en Syrie

Bien que les temps soient au mariage pour tous, le monde, contrairement aux apparences, n'est pas bi mais tri.
Je parle, bien entendu, des dimensions qui définissent l'espace dans lequel nous évoluons.

Grâce à Clément Ader, aux frères Wright et aux compagnies d'aviation, des personnes de plus en plus nombreuses s'envoient régulièrement en l'air.
A chaque instant, environ 700 000 humains - l'équivalent de l'agglomération de Grenoble - planent au dessus des 7 milliards d'autres scotchés au plancher des vaches.
Avec la complicité active d'Airbus et Boeing, cette nouvelle aristocratie, à l'instar des anciennes hiérarchies féodales, profite de privilèges dont ne peuvent jouir ceux qui, par choix ou obligation, restent au sol.
Pour preuve, un confortable voyage aérien effectué cette semaine dans un appareil affrété par un émir entre la calme Genève et la kitschissime Dubaï.

- Un sympathique apéro a permis aux 300 passagers de surmonter sans effort la crise politique italienne.

- Durant le repas, les Balkans furent avalés sans encombre.
Toutefois à Sarajevo, un attentat fut commis contre la propreté de ma chemise par des gouttelettes de café fuyant à vitesse stratosphérique une cuillère tombée de ma main gauche à l'insu de mon plein gré.

- Le passage en Turquie s'est effectué comme un seul homme.
A l'heure de la sieste, les différences entre Anatolie et Kurdistan ne se remarquent guère. Manifestement, le récent processus de paix a déjà porté ses fruits dans la haute atmosphère.

- Les désordres de la guerre civile syrienne sont très surfaits.
Malgré une observation attentive, je n'ai pas réussi à détecter un seul dommage aux populations civiles ou au patrimoine.

- D'Erbil à Basra, en passant par Bagdad, la traversée de l'Irak fut aussi peu remarquable que celle du pays des Omeyyades.
Le fracas du conflit ethnique et électoral qui ensanglante à nouveau la Mésopotamie n'a pas suffi à troubler la sérénité du cockpit.
Vol au dessus de Bagdad (Irak)
Vol au dessus de Bagdad / بغداد
- L'émirat du Kuwait a été expédié en quelques minutes.
Si Voltaire avait été à bord de cet avion parti de son ancienne propriété de Ferney, il n'aurait pas manqué de souligner que naguère on s'y battit pour quelques arpents de pétrole.

- Les pétarades des bolides de Formule 1 et des pétoires de la police de Bahreïn sont strictement inaudibles à 11 000 mètres au dessus du niveau de la mer.
Cela a évité que les cris des victimes de la répression gênent l'équipage peu de temps avant qu'il amorce la descente.

- Le Qatar et sa bonbonne souterraine de gaz ressemblent, d'en haut, à un confetti.
La première syllabe est particulièrement appropriée pour cette dictature d'opérette qui coffre ses poètes et qui finance, en vrac, djihadistes et footballeurs inconstants.

- L'approche finale s'effectue dans le corridor de la démocratie : l'Arabie Saoudite à droite et l'Iran - qui l'eût cru ? - à gauche.
J'ai cru un court instant que le souffle de la Liberté et de l'Humanité secouait l'appareil jusqu'à ce qu'une hôtesse nous mette en garde contre des turbulences.

- Pour finir, l'opulence ostentatoire et gaspilleuse de Dubaï ne se remarque qu'au sol.
Depuis le ciel, les émirats soit disant arabes et unis sont d'abord un gigantesque tas de sable.

Aériennement votre

Références et compléments
- Chronique rédigée au dessus du Moyen Orient alors qu'un Boeing 777 reliant Genève à Dubaï m'avait envoyé en l'air.
  

mercredi 6 mars 2013

L'Estaca grande chanson et petit air entêtant de liberté

La musique, parfois, a des accords majeurs
Qui font rire les enfants, mais pas les dictateurs. [...]
La musique, parfois, a des accords mineurs
Qui font grincer les dents du grand libérateur.
Bernard Lavilliers
Coups de canon, tensions sociales et équilibres macroéconomiques ont plus d'influence sur la marche du monde que les ritournelles.
Néanmoins, de temps à autres, des chansons d'exception cristallisent l'ambiance d'une époque et participent, à leur manière, au mouvement des lignes.
L'Estaca de Lluís Llach est de celles-ci.

Lorsque j'étais lycéen, vers l'été 1976 (je ne me souviens pas de la date avec exactitude), j'étais allé en vélo à Achères, en banlieue parisienne, assister à un concert en plein air du chanteur catalan Lluís Llach.
Celui-ci, qui avait été censuré et exilé par la dictature de Franco, avait pu retourner depuis peu dans une Espagne qui commençait sa transition démocratique. Une bonne partie des spectateurs était des républicains espagnols qui avaient trouvé refuge en France.
Le récital s'est conclu avec l'Estaca, chanson écrite en 1968 et devenue l'emblème de la résistance de la Catalogne. Les paroles évoquent, en prenant l'image d'une corde attachée à un pieu - estaca en langue catalane - le combat pour la liberté :
    Si je tire fort de mon côté,
    Et que tu tires fort du tien,
    Sûr qu'il tombera, tombera, tombera,
    Et nous pourrons nous délivrer.
Immense émotion difficile à oublier, le public, debout et poings levés, chantait à l'unisson avec Lluís Llach cet hymne aux fortes connotations politiques.
Lluís Llach, lors de l'un de ses premiers concerts à Barcelone en 1976 au cours de la transition de l'Espagne vers la démocratie, entonne l'Estaca.
La salle reprend le refrain et la chanson se conclut par des slogans du public.

Peu après, à la fin des années 1970, l'Estaca fut reprise et adaptée par Jacek Kaczmarski, en Pologne alors soviétique, sous le titre Mury (les murs en polonais).
Le chant catalan devint alors un des hymnes du syndicat libre Solidarność de Lech Wałęsa. Les paroles, bien que différentes, sont dans le même esprit que les vers originaux de Lluís Llach :
    Arrache aux murs les dents des barreaux !
    Brise les chaînes, casse le fouet !
    Et les murs vont tomber, tomber, tomber
    Et ensevelir le vieux monde !
Interprétation en public de Mury par Jacek Kaczmarski, enregistrée après la chute de l'odieux mur de Berlin


Vers 2010, Yasser Jradi, musicien tunisien, s'empare à son tour de l'Estaca et propose Dima dima (toujours, toujours) une version en arabe à la fois romantique et très mélancolique :
    Je jure sur la sueur des maçons qui tombe sur la pierre et la fait fondre,
    Je jure sur ceux qui ont les pieds nus et ceux que le destin a fatigué [...]
    Non, non, je ne me lasserai jamais de t'aimer [...]
    J'écrirai ton nom avec le sang de mes mains,
    Je retournerai vers toi, toujours, toujours ...
Reprise par Emel Mathlouthi, Dima dima fut un des airs de la révolution de Tunisie de janvier 2011.
En septembre 2012, juste retour des choses, la chanteuse tunisienne Emel Mathlouthi interprète Dima dima de Yasser Jradi en public à Barcelone, sur les terres où Lluís Llach composa l'Estaca 44 ans plus tôt.
Malheureusement, le son de cet enregistrement direct n'est pas excellent. Toutefois, l'émotion du chant et des symboles font plus que pallier à la mauvaise qualité auditive.


Le propre des belles chansons est de pouvoir être chantées plusieurs fois d'affilée sur des tempos différents. C'est ce que j'espère de tout mon coeur pour la Tunisie, dont la révolution patine.
Je souhaite aussi que poètes et musiciens du Qatar, d'Arabie Saoudite, d'Iran ou encore de Chine et de quelques autres régimes autocratiques se saisissent à leur tour de l'Estaca et créent des versions locales reprises par la population. Je doute que Lluís Llach s'en formalise.

Ritournelliquement votre

Post Scriptum
Je viens de trouver sur Youtube, postérieurement à l'écriture de cette chronique, un duo où Yasser Jradi, son créateur, et Emel Mathlouthi interprètent ensemble Dima dima, la version tunisienne de l'Estaca. Je n'ai pas pu résister au plaisir d'ajouter cette vidéo à ce billet.
Emel Mathlouthi et Yasser Jradi chantent ensemble Dima dima

Références et compléments
- Pour compléter cette chronique, j'ai regroupé dans une playlist sur Youtube de nombreuses autres versions de l'Estaca dans plusieurs langues.
Cette playlist comporte notamment la version originale de Yasser Jradi de Dima dima et l'incroyable hommage du public lors du dernier concert de Lluís Llach en 2007.
- L'Estaca, ce qui gâche rien, bien au contraire, est aussi devenue l'hymne de l'USAP, l'équipe de rugby de Perpignan.
- Articles Wikipedia sur Lluís Llach, l'Estaca et sur Mury (en anglais).
- Paroles de l'Estaca de Lluís Llach en catalan et leur traduction en français.
  

dimanche 20 janvier 2013

Djihadistes ou djiha-schiste ?

La rente pétrolière dont bénéficient les états riverains du golfe dit arabo-persique a un effet délétère persistant sur une bonne partie de la planète.
Comprenons-nous bien. Un pays a parfaitement le droit de tirer des profits conséquents d'un sous-sol riche en matières premières. Par contre, la manne géologique devient une calamité lorsqu'elle est captée par des systèmes politiques non démocratiques ou par des structures étatiques archaïques.

Les monarchies de la péninsule arabique et la théocratie iranienne réussissent l'exploit de combiner ces deux caractéristiques.
La distinction entre argent public et privé y est plus que floue. En pratique, les pétro-féodaux et les soi-disant gardiens de la révolution sont les véritables propriétaires-exploitants de leurs territoires respectifs.
De surcroît, ces régimes, sans aucune légitimité populaire et peu ouverts sur la contradiction, utilisent leurs épais excédents monétaires pour sponsoriser les causes qu'ils chérissent.

Ainsi en Syrie, le sinistre clan El Assad résiste encore grâce à l'appui sans limite de l'Iran. Pendant ce temps, les guérillas et partis islamistes d'un arc allant de la Mauritanie à l'Indonésie, en passant notamment par Tombouctou, Tunis et Damas, sont copieusement arrosés par l'Arabie Saoudite et le Qatar.

Cette agitation angoisse les émirs arabes unis d'Abu Dhabi et Dubaï  tout aussi corrompus mais plus ouvertement jouisseurs que leurs rigoristes voisins. Ils ont donc décidé de s'offrir les services de l'armée française, transformée en entreprise de mercenariat international, pour tenter d'assurer la sécurité de leurs territoires en forme de timbres-poste.
Inquiets par les développements récents au Sahel, les émirs unifiés subventionnent désormais aussi l'intervention militaire de la France au Mali.

Pendant ce temps, le souverain du Qatar, soucieux de ne pas trop porter tort au pays où ses fils et épouses successifs se font respectivement éduquer et habiller, camoufle son engagement islamiste en faisant pleuvoir quelque menue monnaie sur les banlieues françaises et l'équipe footballistique parisienne.

La grande concentration de pétrole autour de l'Arabie et les cours très élevés permettent ces dérives sanglantes et kafkaïennes. Tant que l'essentiel des démocraties - j'y inclue l'Inde - seront dépendantes de la naphte de despotes, ceux-ci pourront continuer à jouer avec les passions et la misère des trois quarts du monde.

Depuis quelques années, gaz et pétrole de schiste sont devenus une possibilité de desserrer ce carcan. Leurs réserves semblent importantes et principalement situées en Europe et aux Etats-Unis.
Les américains ont bien compris l'intérêt de ces carburants dits non conventionnels. Ils s'approchent de l'autosuffisance énergétique et leur industrie se revivifie sous l'effet d'une énergie meilleur marché.
A l'inverse, les européens, pourtant frappés par le chômage et aux premières loges des conflits au financement qataro-saoudien, refusent obstinément l'exploitation de ces nouveaux hydrocarbures.
Au nom de la défense de l'Environnement et des Valeurs Universelles de la République Française, François Hollande et son gouvernement ont choisi de broyer du barbu au Mali plutôt que du schiste dans l'Hexagone.
Sommes-nous certains que l'hasardeuse guerre des sables sahariens dans laquelle la France vient de s'engager ne provoque pas, à court et long terme, plus de victimes que la fracturation hydraulique de roches dans le sous-sol du Massif Central ?
Et si le djiha-schiste était la meilleure arme contre les djihadistes ?

No pasdaran !

Moustachiquement votre

Références et compléments
Voir aussi trois chroniques précédentes sur des thèmes connexes :
- Bosnie, Bâmiyân, Tombouctou ... - Chronique de la barbarie
- Barbus des ténèbres ou barbus du boson ? - Chronique photographique des collisions
- Plaidoyer pour la Tunisie de toujours - Cri du coeur