Affichage des articles dont le libellé est savoir-être. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est savoir-être. Afficher tous les articles

samedi 28 juin 2014

Petit exercice de prospective

Dans un billet récent, j'ai esquissé des réponses à la question “quels métiers choisir pour surmonter la révolution industrielle ?”.
Je mettais en lumière que les savoir-être, plus que les connaissances et les savoir-faire, seraient déterminants.
De fidèles lecteurs m'ont alors enjoint d'illustrer ce point.
Pour ce faire, je vous propose de tester vos envies de futur à l'aide d'un exemple fictif mais néanmoins représentatif des mutations de notre époque.

Supposons qu'à Rodez ou à Béja, un professeur de physique en retraite, féru d'expériences et d'internet, ait mis au point un système de téléportation, en quelques minutes, d'objets inanimés de moins de 10 kg, en tous points du globe terrestre.

Le procédé nécessite deux bases, une pour l'expédition et une pour la réception, connectées ensemble par internet. Il s'agit d’assemblages assez simples de composants électroniques et de pièces métalliques qui coûtent environ 200 € l'unité.
La consommation d'énergie de ces appareils de téléportation est très faible, de l'ordre du centième de la consommation de carburant nécessaire au même trajet en camion ou en avion.
Le génial retraité, peu attiré par le business, a publié l'intégralité de sa découverte sur le web sous couvert d'une licence libre.

Je vous suggère, à partir de ce scénario, d'imaginer votre réaction si une personne de votre entourage vous apprenait, au détour d'un mail ou d'une conversation, cette invention.

Voici quelques propositions, non limitatives, pour initier votre réflexion :

- Vous reprenez la pratique régulière du vélo.

- Vous contactez votre famille en Tunisie et vous mettez en place un service régulier Meylan-Kelibia.
Votre entreprise actuelle vous accorde un congé sabbatique qui vous permet d'ouvrir un dépôt de pâtisseries et de poissons tunisiens frais dans le Grésivaudan à proximité de Grenoble.

- Vous ne tenez aucun compte de l'information et, quelques jours plus tard, vous diversifiez votre portefeuille boursier en achetant des actions de Vinci Autoroutes et de Volvo Trucks.

- Vous vous dites que c'est un mauvais coup supplémentaire porté à l'industrie automobile. Vous lancez alors une pétition en ligne pour limiter et réglementer cette activité en France.

- Vous ne vous sentez pas concerné, le transport de marchandise n'étant ni votre truc, ni votre profession.

- Vous contactez immédiatement une de vos connaissances indirectes travaillant dans la logistique et vous lui proposez d'associer son savoir-faire avec vos talents de bricoleur et aussi avec une partie de vos économies.

- Vous pensez que Google, Amazon ou Apple vont une nouvelle fois profiter indûment d'une avancée technologique et que l'Europe ainsi que le Bassin Méditerranéen vont s'enfoncer encore plus dans le déclin.

- Très vite, vous fabriquez deux bases, vous essayez le procédé et vous testez des améliorations afin d'accroître la taille des colis transportables, voire même d'envisager des passagers vivants (au départ comme à l'arrivée).

- Vous vous sentez renforcé dans votre conviction que la technologie va trop loin et nous déshumanise. Cette énième goutte d'eau fait déborder votre vase personnel. Vous plaquez tout et créez un ashram œcuménique au cœur du massif de la Chartreuse.

… … … … ...

Je publierai sur ce blog vos meilleures propositions vis-à-vis de ce scénario imaginaire.

Futuriquement votre

Références et compléments
- Un immense merci à tous ceux qui réagissent à mes chroniques et à mes facéties. Une mention spéciale pour Laurence qui m’a incité, devant le zinc d'un bar très aseptisé, à retrouver le chemin du clavier et à Fabien le king de la téléportation.
- Voir aussi la chronique quels métiers choisir pour surmonter la révolution industrielle ?

vendredi 23 mai 2014

Quels métiers choisir pour surmonter la 3ème révolution industrielle ?

La chronique parue en janvier au sujet des professions menacées par la troisième révolution industrielle a suscité beaucoup de réactions.
Notamment, plusieurs lecteurs se sont placés dans une perspective résolument inverse. Ils se sont interrogés sur les métiers de demain et sur les voies à emprunter par un lycéen ou un étudiant.
Parcourons ensemble cet axe de prospective. 

Déduire des mutations en cours les emplois de demain ne serait guère sérieux. Le bouillonnement et l'inattendu sont devenus la règle.
Les jeunes qui, aujourd'hui, ont la chance d'avoir un travail, opèrent dans des métiers ou des activités inexistants lors de leur passage au lycée.
Qui, il y a dix ans, connaissait ou imaginait les professions peu traduisibles en français de community manager ou de facility manager ?

Toutefois, même si la prédiction professionnelle est illusoire, je suis prêt à parier - une bière ou un couscous, voire les deux - qu'au moins cinq savoir-être seront déterminants pour tirer parti du maelström ambiant.

Accueillir l'imprévisible
Plus que jamais, notre seule certitude reste l'incertitude. Les ruptures en tous genres se succèdent à un rythme toujours plus soutenu.
On peut regretter cette évolution et préférer la tranquillité prévisible de l'ordre ancien, de la même manière que l'on peut préférer admirer la baie du Mont Saint-Michel à marée basse. Vouloir lutter contre la montée des eaux est illusoire et surtout dangereux.
Savoir détecter dans un changement surprise les opportunités avant de s'inquiéter des risques sera de plus en plus appréciable.
Adopter un style professionnel conforme à un des slogans de la Silicon Valley "try often, fail fast, retry quickly" (essayer souvent, se tromper rapidement, réessayer très vite) sera prodigieusement efficace.

Créer, créer, créer 
La copie d'information est devenue instantanée et quasi-gratuite, la reproduction matérielle s'en rapproche de plus en plus.
Imiter ou répéter ne générera bientôt plus aucun revenu. Seule l'originalité sera créatrice de valeur mais exclusivement pendant une courte période.
Dans tous les secteurs d'activité, même les plus prosaïques, la créativité sérielle devient un must.
Demain, nous serons tous un peu, et même beaucoup, artistes.

Savoir trouver le savoir
Le regretté Michel de Montaigne, qui fit partie de la première génération à bénéficier complètement des effets de l'imprimerie, plaidait pour des têtes bien faites plutôt que bien pleines.
Désormais, presque toute l'information du monde est accessible, de partout, en quelques clics, à la condition expresse de savoir lesquels.
Dans ce nouveau contexte, nos têtes doivent, bien entendu, rester bien faites mais, avant tout, devenir chercheuses.

Cultiver ses relations
La densité de son réseau personnel reste le meilleur antidote aux mauvaises surprises.
Autrefois, cette fonction était assurée par la famille ainsi que le village ou la tribu. Aujourd'hui, pour de multiples raisons, ces liens naturels et quasi-automatiques se distendent.
Nous n’avons pas d’autres choix que d’être les tisserands actifs de notre propre toile en bâtissant un vaste réseau de relations fortes (parents, partenaires, véritables amis), mais aussi, voire surtout, de "connexions lâches" qui accroissent la détection d'opportunités et la propagation de nouvelles créations.
Pour ce faire, les applications informatiques plaisamment baptisées “réseaux sociaux” fournissent une aide logistique précieuse mais moins déterminante que les aspects proprement humains.

Équiper son arc de plusieurs cordes
Accueillir l'imprévisible impose de l'envisager sous plusieurs angles.
Nous existons parce que nos ancêtres étaient des chasseurs-cueilleurs adaptables qui ont su et pu partir de l'Est de l’Afrique pour peupler la terre entière. Les hominidés purement chasseurs ou purement cueilleurs, trop spécialisés, n'ont pas eu cette réussite.
Ne pas être tributaire d'un unique domaine, posséder une ou plusieurs compétences "de secours" aidera à franchir les turbulences.
L'avenir pourrait bien être aux mathématiciens plombiers, aux ascensoristes repasseurs, aux téléphonistes designers, aux ébénistes programmeurs, aux banquiers barytons et aux banquières soprano, aux paysans médecins, aux routiers zingueurs, aux juristes pédicures, aux guitaristes ingénieurs, aux garagistes philatélistes et autres chimères professionnelles.

Futuriquement votre

Références et compléments
- En cas de perte du pari, la bière et le couscous seront offerts à partir 23 mai 2019.
- Voir aussi les chroniques “quelles sont les professions menacées par la troisième révolution industrielle ?” et "un monde sans droits d'auteur, ni brevets, ni marques".
- Merci à Jean et Roland ainsi qu'à plusieurs twittonautes dont j'ai oublié de noter les coordonnées, de m'avoir suggéré cette "séquelle" à la chroniques sur les professions menacées.