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dimanche 15 novembre 2015

​Après les attentats de Paris, ni Sarajevo ni Munich !

​Pour la deuxième fois cette année, Paris, ma ville natale, a été frappée par des attentats d'ampleur.
En 2015, ma patrie de coeur, la Tunisie, a aussi été touchée à plusieurs reprises par la même barbarie aveugle.

Une fois passé le temps de la tristesse et de l'émotion, une même question lancinante surgit : que faire ?
L'histoire, à défaut d'y répondre, nous enseigne là où nous ne devons pas aller.

Eviter Sarajevo

En 1914, une organisation extrémiste serbe fait assassiner dans la capitale bosniaque un dirigeant autrichien en espérant provoquer une escalade militaire qui sera bénéfique à sa cause.
Le tragique résultat dépassa toutes les espérances de ces boutefeux : plus de quatre ans de conflit mondial avec son terrible cortège de 6 000 victimes quotidiennes, 50 attentats de Paris chaque jour.
Les buts de Daech diffèrent-ils vraiment de ceux de la Main Noire ?

Eviter Munich

En 1938, moins de vingt ans après la fin de la première guerre mondiale, le totalitarisme et l'expansionnisme nazi menacent à nouveau l'Europe d'une conflagration.
Les gouvernements français et anglais terrorisés à l'idée d'un conflit majeur, choisissent de se coucher devant Hitler et laissent l'Allemagne, la Hongrie et la Pologne démembrer la Tchécoslovaquie.
Winston Churchill, lucide et prophétique, déclare alors : "ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre".
Ce matin, avant même que nos victimes soient enterrées, des voix s'élèvent déjà pour suggérer l'arrêt des opération militaires extérieures françaises.

Entre l'aveuglement et la résignation, la ligne de crête est étroite.
Nous devons pourtant la parcourir car aucune autre voie n'est viable si nous souhaitons conserver nos valeurs et notre mode de vie.

Liberté Egalité Fraternité
#NousSommesUnis
No pasaran !

Tristement votre

Références et compléments
La terrible actualité de ces derniers mois tant en France qu'en Tunisie m'a conduit à écrire beaucoup (trop) de chroniques sur le terrorisme.
Je vous suggère toutefois de (re)découvrir :
. 10 citations contre le terrorisme et la barbarie
. "Muse dis-moi les raisons" - Musée du Bardo, 5 mois après l'attentat

dimanche 30 novembre 2014

1916 - Somme - 2 fois - croix de guerre

Dans deux autres chroniques, j'ai déjà raconté que le 11 novembre 1968, pour le cinquantième anniversaire de la fin de première guerre mondiale, mon grand-père, Pierre Lebouc, m'a offert sa croix de guerre obtenue en 1916.
Une laconique note manuscrite accompagnait la breloque. La mention “Pépère a participé aux batailles suivantes” était accompagnée de seulement 9 lignes pour décrire 4 années terribles.

Pour l'année 1916, Pierre Lebouc indique sobrement :
La bataille de la Somme racontée par Pierre Lebouc : 8 mots !
À l'aide du "Journal des Marches et Opérations pendant la campagne contre l'Allemagne" de son unité, le 4ème bataillon de chasseurs à pied (4ème BCP), j'ai pu reconstituer les moments tragiques autour d'Amiens à l'été puis lors de l'hiver 1916.

Le 4ème BCP arrive à Abbeville, en baie de Somme, le lundi 24 avril 1916 après être, à la mi-avril, remonté en première ligne non loin de Verdun, dans les sinistres secteurs de la Mort-Homme et de la Cote 304.
Le bataillon reste au repos et en cantonnement dans diverses localités de la région jusqu'au dimanche 9 juillet 1916.
De nouvelles recrues et des blessés de retour de convalescence sont venus durant ces deux mois et demi compléter les effectifs de l'unité deux fois saignée à blanc à Verdun.

La bataille de la Somme a débuté le samedi 1er juillet 1916 par un échec complet de l'offensive conjointe anglo-française. Environ 70 000 tués et blessés dont 57 000 britanniques sont à déplorer ce seul jour.
Une semaine et demie plus tard, lorsque les chasseurs du 4ème BCP sont envoyés en première ligne, les généraux Haig, Foch et Joffre savent déjà que la bataille n'est plus gagnable.

Malgré tout, le commandant Pompey reçoit l'ordre de rejoindre le village de Hardecourt, entre Albert et Bapaume, et d'y “tenir coûte que coûte”. La relève a lieu dans la nuit du dimanche au lundi 10 juillet 1916.

Pendant 10 jours, les chasseurs consolident et aménagent leurs tranchées sous un déluge permanent d'artillerie.
Le chef d’unité enchaîne dans son journal les “journées relativement calmes”.
Quelques lignes plus loin, il relève scrupuleusement chaque jour, dans des tableaux qu'un comptable ne renierait pas, de 1 à 8 tués et plusieurs dizaines de blessés.

Le jeudi 20 juillet 1916 “ordre d’attaque H = 5 heures”.
L'objectif assigné au 4ème BCP est d’atteindre et d’occuper la tranchée allemande baptisée “Kolomea” sur une largeur de 800 mètres.
La distance entre les positions françaises et allemandes est de 200 à 300 mètres. Environ 3 000 soldats des deux camps vont se massacrer pour conquérir ou défendre l'équivalent de 25 terrains de football.
L'attaque se déroule “dans un brouillard très dense”. La tranchée “Kolomea” est atteinte en “45 minutes” mais “la moitié de la première vague est hors de combat”.
Les combats durent jusqu'à 10H20. 300 allemands sont faits prisonniers mais “339 tués et blessés” sont à déplorer au 4ème BCP sur un effectif initial de sensiblement 1 500, presque un soldat sur quatre. Notamment “la troisième compagnie a perdu tous ses officiers”.

Plan du secteur d'Hardecourt avec la tranchée Kolomea (extrait du journal du 4ème BCP).
L'analyse de cette offensive par le commandant Pompey est accablante.
La préparation d'artillerie est jugée “insuffisante” car beaucoup de “réseaux de fil de fer n’ont pas été détruits”. “Les pertes sérieuses du bataillon auraient pu être évitées si la préparation avait débuté plus tôt”.
Pire, les canonniers tricolores n'ont pas allongé leurs tirs au cours de l'attaque. Conséquence, “l’artillerie a tiré en arrière de la première vague tuant plusieurs chasseurs dont un officier”.
La relève a lieu de nuit entre 22 et 3 heures.

Jusqu'au jeudi 17 août 1916, le bataillon reste à l'arrière avec, toutefois, de soutiens partiels et épisodiques à la première ligne qui tuent une dizaine d'hommes.
Dans la nuit du 17 au 18, les chasseurs sont envoyés occuper une tranchée de première ligne quelques centaines de mètres au nord-ouest de la tranchée “Kolomea” conquise quelques jours plus tôt.

Le vendredi 18 août 1916, nouvelle attaque à 14H45 qui dure jusque vers 19H. L'objectif est de conquérir une tranchée adverse dite “du talus”.
Des allemands resté cachés dans des “abris non nettoyés” prennent à revers les chasseurs du 4ème BCP, leur infligent de “lourdes pertes” et mettent en échec l’offensive.

Le lendemain samedi 19 août 1916, “nouvelle attaque sur la tranchée du talus” à partir de 13H.
En 30 minutes, l'objectif est atteint et conquis.
Le commandant Pompey devient lyrique dans son journal “la journée est glorieuse pour le bataillon !”, “progression de 500 m”.
En supposant que ce rythme ait pu être maintenu, l'armée française aurait mis deux ans pour atteindre la frontière allemande.
Il ajoute deux magnifiques tableaux pour reporter les “prises” en “personnel” et en “matériel” ainsi que les “pertes”.

Il note aussi qu'une “centaine de prisonniers sont faits, tous passés par les armes en répression de la conduite des allemands qui ont fusillé des chasseurs pris la veille”.
Le commandant relève aussi que “les pertes sont lourdes”. 544 soldats hors de combat dont 120 tués. Environ un homme sur trois montés en ligne le 17 août n'est pas revenu à l’arrière sur ses pieds, quatre jours plus tard.
La relève a lieu la nuit du dimanche 20 août au lundi 21 août 1916.

Extrait du journal du 4ème BCP décrivant l'exécution sur le champ de bataille de prisonniers allemands
Le bataillon alterne ensuite repos, appelés cantonnements en langage militaire, et exercices.

Le samedi 11 novembre 1916, les chasseurs sont réexpédiés vers le front, cette fois à Sailly-Saillisel à 8 kilomètres à peine des combats de l'été.
L'offensive sur ce petit village et le bois de saint Pierre Vaast a débuté avec d'autres unités 6 jours auparavant. C'est un échec sanglant. Les maigres gains territoriaux du premier jour sont repris par les allemands dans les heures suivantes.

Après une succession d'ordres, de contrordres et de marches nocturnes en zigzag, le 4ème BCP atteint la première ligne, “au petit jour”, le jeudi 16 novembre 1916. Les chasseurs à pied relèvent “des éléments du 9ème zouave dont la situation est assez imprécise”.

Les tranchées sont chaotiques suite aux récents combats.
Le commandant Pompey se plaint notamment des liaisons téléphoniques “continuellement coupées” car “jalonnant” “les barrages d’artillerie”.
Il presse ses téléphonistes, dont mon grand-père faisait partie, de rétablir les communications. Ces actions de réparation sous le feu allemand “qui nécessitent une quantité considérable de matériel” valurent probablement à Pierre Lebouc sa croix de guerre.
Extrait du journal du 4ème BCP sur les mauvaises liaisons téléphoniques
Le bataillon va “tenir la première ligne” sans action offensive notoire jusqu'au mercredi 22 novembre 1916. Le déluge de feu est permanent. Le froid est intense et provoque des gelures. Les chasseurs réalisent surtout des travaux nocturnes de terrassement.

La relève s'étale sur deux jours. Le bataillon termine cette dernière offensive de la bataille de la Somme exsangue. 505 chasseurs sont hors de combat dont 64 tués ou disparus et 202 évacués pour pieds gelés.
Officiellement, dans les livres d’histoire, la bataille de la Somme s'est pourtant terminée le samedi 18 novembre 1916.

Au total, les combats entre Albert, Bapaume et Péronne ont fait en un semestre 1 millions de victimes dans tous les camps, dont 400 000 morts, pour des gains territoriaux de 8 à 12 km sur front de 50 km. Sensiblement un tribut d'un tué et un blessé par terrain de football reconquis.
Mémoriellement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques
. "Février & mars 1918 - Verdun où pépère a été gazé"
. "Verdun - 24 février 1916 - terribles combats"

. "En 1918, en pleine guerre des tranchées, un député de gauche voulait détaxer le luxe",
. "Descendants de sans-papiers, morts pour la France entre 1914 et 1918"
. "L'insoutenable ambiguïté des monuments aux morts".

- Les mots entre guillemets et en italique sont strictement authentiques.

- Deux sites ont permis de rédiger cette chronique :
. Mémoire des Hommes qui, entre autres archives militaires, a mis en ligne les Journaux des Marches et Opérations de la première guerre mondiale
. Wikipedia

- L'iconographie est constituée :
. de deux extraits du mot rédigé à mon attention par Pierre Lebouc le 11 novembre 1968
. d'extraits du Journal des Marches et Opérations du 4ème Bataillon de Chasseurs à pied

dimanche 23 novembre 2014

Février & mars 1918 - Verdun où pépère a été gazé

Comme déjà relaté dans une autre chronique, le 11 novembre 1968, pour le 50ème anniversaire de l'arrêt de la première guerre mondiale, mon grand-père, Pierre Lebouc, m'a fait cadeau de sa croix de guerre obtenue sur le front de la Somme à l'été 1916.

Une laconique note manuscrite accompagnait la décoration. Une quinzaine de lignes, sur une page de carnet, énumérait, année par année, les “batailles” auxquelles il avait “participé”.
L'année 1918 est relatée en seulement 15 mots non chronologiques :
- “Aisne et la Belgique”
- “11 novembre fin du cauchemar”
- “Verdun où pépère a été gazé”
Le récit de l'année 1918 par Pierre Lebouc : 15 mots !
Voulant en savoir un peu plus, j'ai compulsé le "Journal des Marches et Opérations pendant la campagne contre l'Allemagne" de son unité, le 4ème bataillon de chasseurs à pied (4ème BCP).
Il s'agit de la compilation des rapports que faisaient les chefs de détachement sur l'activité des troupes sous leur commandement.
J'ai pu ainsi reconstituer, un peu, l'hiver 1918 où, 2 ans après l’emblématique offensive allemande, les combats autour de Verdun se poursuivaient.

Le vendredi 8 février 1918, le 4ème BCP reçoit l'ordre de rejoindre, de nuit, la ligne de front du bois de Neuville, situé à 10 km au nord du centre-ville de Verdun.
Sinistre ironie géographique, les chasseurs à pied se trouvent positionnés à moins de 4 km de leur position du 24 février 1916. Deux ans de combats acharnés pour un statu quo !

Le commandant Pompey, chef du 4ème BCP, se plaint dans son journal de l'état des défenses et indique avec beaucoup de détails les travaux qu'il fait entreprendre à ses hommes.
- “Les tranchées se composent presque exclusivement de trous d’obus”.
- “La situation est en tous points identique à une situation de fin de combats”.
- “Les travaux sont rendus très difficiles en raison de l’eau qui remplit les trous d’obus”.
- “État bouleversé et détrempé du terrain”.
Des “tirs de réglage et de harcèlement de l’artillerie allemande” empêchent le bon déroulement de ces opérations de terrassement.
Croquis des positions du 4ème BCP au Bois de Neuville en février 1918 figurant dans le Journal des Marches et Opérations de cette unité.
Jusqu'au lundi 11 février 1918, les travaux se poursuivent sans attaque de l'infanterie adverse mais sous le feu de “l'artillerie allemande qui a été beaucoup plus active en cours de journée. Nombreux tirs de harcèlement”.

Le journal du 4ème BCP devient alors nettement moins disert. Une sorte de routine macabre faite de travaux dans le froid et l'humidité, sous les obus, s'installe.
Le mardi 12 février 1918, “bombardements assez violents, artillerie et aviation actives, les travaux de terrassement, de sape et de fils de fer sont poursuivis”.

Le mercredi 13 février et le jeudi 14 février 1918, le “brouillard persistant” empêche l’artillerie allemande d'agir.

Le matin du vendredi 15 février 1918 voit la reprise des combats de fantassins.
“A 5H40 les allemands déclenchent subitement, un tir d’artillerie très violent”. “Vers 5H50 les allemands se jettent sur le saillant Godart”.
L'assaut est repoussé.
“Deux patrouilles partent spontanément mais malheureusement ne trouvent ni morts ni blessés”.
“Pertes : 2 chasseurs tués, 7 blessés dont un grave”.

Cette offensive allemande ratée est suivie d’une longue “accalmie” de dix jours avec très peu d'entrées dans le journal du 4ème BCP.
Toutefois les bombardements sont incessants et deviennent chimiques.
Ainsi le lundi 18 février 1918, “l'artillerie allemande est très active, surtout à partir de 17H, bombardant tous les emplacements de travaux avec des obus à ypérite”.
Durant cette période, aucune perte n'est mentionnée.

Le mercredi 27 février 1918, les combats regagnent en intensité. Le bataillon va être soumis pendant 5 jours à des tirs chimiques intenses.
“Violents bombardements par obus toxiques  de 18 à 19H, tirs de destruction de notre première ligne”.
“Pertes : 2 blessés par obus, 170 intoxiqués dont 12 officiers. Ravin de Neuville évacué. Seul le Commandant Pompey et les téléph[onistes] restent au PC”.

Jeudi 28 février 1918 : “activité faible de l’artillerie ennemie en raison du mauvais temps. Pertes : 19 intoxiqués - 1 blessé”.

Vendredi 1er mars 1918 : “pertes 13 intoxiqués 1 blessé”.

Samedi 2 mars 1918 : “pertes : 1 tué - 2 blessés - 25 intoxiqués”.

Dimanche 3 mars 1918, pendant qu'au même moment l'Allemagne et l'URSS concluent la paix de Brest-Litovsk : “19 intoxiqués - 1 pieds gelés”.

Lundi 4 mars 1918, “bataillon relevé dans la nuit”. Enfin !
Pendant la période de cantonnement du 5 au 10 mars “de nombreuses intoxications retardée se déclarent” dont celle du Commandant Pompey “évacué le 9 mars”.

J'ignore à quelle date exacte mon grand-père, qui était téléphoniste, a été gazé.
Comme plusieurs centaines de ses camarades à la même période, ses voies respiratoires ont subi des dommages irréversibles au cours d'un combat auquel même les officiers ne croyaient plus guère.

Mémoriellement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques
. "Verdun - 24 février 1916 - terribles combats"
. "En 1918, en pleine guerre des tranchées, un député de gauche voulait détaxer le luxe",
. "Descendants de sans-papiers, morts pour la France entre 1914 et 1918"
. "L'insoutenable ambiguïté des monuments aux morts".

- Les mots entre guillemets et en italique sont strictement authentiques.

- Deux sites ont permis de rédiger cette chronique :
. Mémoire des Hommes qui, entre autres archives militaires, a mis en ligne les Journaux des Marches et Opérations de la première guerre mondiale
. Wikipedia

- L'iconographie est constituée :
. de deux extraits du mot rédigé à mon attention par Pierre Lebouc le 11 novembre 1968
. d'un extrait du Journal des Marches et Opérations du 4ème Bataillon de Chasseurs à pied

mercredi 24 septembre 2014

Göttingen / Maghreb - Chanter pour ne pas haïr

En cette sinistre soirée où une barbarie sauvage et publicisée est suivie, sur les réseaux sociaux, d'un déferlement de bêtise et de haine, me reviens une chanson écrite et composée par Barbara, en Allemagne, moins de 20 ans après la fin de la seconde guerre mondiale.
Je me suis permis de l'adapter à notre triste actualité.

Göttingen / Maghreb

Bien sûr, ce n'est pas la Seine,
Ce n'est pas le bois de Vincennes,
Mais c'est bien joli tout de même,
Le Maghreb, le Maghreb.

Pas de quais et pas de rengaines
Qui se lamentent et qui se traînent,
Mais l'amour y fleurit quand même,
Au Maghreb, au Maghreb.

Ils savent mieux que nous, je pense,
L'histoire de nos rois de France,
Mehdi, Habib, Mouna, Tarek,
Au Maghreb.

Et que personne ne s'offense,
Mais les contes de notre enfance,
"Il était une fois" commencent
Au Maghreb.

Bien sûr nous, nous avons la Seine
Et puis notre bois de Vincennes,
Mais Dieu que le jasmin est beau,
Au Maghreb, au Maghreb.

Nous, nous avons nos matins blêmes
Et l'âme grise de Verlaine,
Eux c'est la vitalité même,
Au Maghreb, au Maghreb.

Quand ils ne savent rien nous dire,
Ils restent là à nous sourire
Mais nous les comprenons quand même,
Les enfants bruns du Maghreb.

Et tant pis pour ceux qui s'étonnent
Et que les autres me pardonnent,
Mais les enfants ce sont les mêmes,
A Paris ou au Maghreb.

Ô faites que jamais ne revienne
Le temps du sang et de la haine
Car il y a des gens que j´aime,
Au Maghreb, au Maghreb.

Et lorsque sonnerait l'alarme,
S'il fallait reprendre les armes,
Mon cœur verserait une larme
Pour le Maghreb, pour le Maghreb.

Mais c'est bien joli tout de même,
Le Maghreb, le Maghreb.

Et lorsque sonnerait l'alarme,
S'il fallait reprendre les armes,
Mon cœur verserait une larme
Pour le Maghreb, pour le Maghreb.

No pasaran

Germano-franco-maghrébiquement votre

Références et compléments
- La version originale de Göttingen chantée par Barbara en 1967

lundi 14 juillet 2014

L'insoutenable ambiguïté du défilé du 14 juillet

Quatorze, c'est fou c'que t'es triste
Quand sur un édifice
T'es suivi de dix-huit
Quatorze, c'est fou c'que t'es gai
Quand au calendrier
T'es suivi de juillet
Jean Ferrat

Au matin du quatorze juillet
Je reste dans mon lit douillet
La musique qui marche au pas
Cela ne me regarde pas
Georges Brassens

Tous les ans, au cœur de l'été, du Tour de France et parfois de la coupe du monde de football, je ressens le même malaise avec le défilé militaire du 14 juillet sur les Champs Élysées.

Faire parader soldatesque et politiques est singulièrement passé de mode.
Il n'y a plus guère qu'à Moscou, Beijing et Pyongyang que ces démonstrations de force sont organisées.
Voir mon pays voisiner ces champions de la démocratie et de l'amitié entre les peuples ne me remplit pas de fierté patriotique.

Ce défilé est un oxymore à lui seul.
Désormais, sensé être un hommage à la paix, il met en valeurs soldats et armements pendant deux heures. Comme si Rafales, chars Leclerc, FAMAS et légionnaires étaient des avatars du rameau d’olivier.

Honorer le glorieux passé des armées françaises est une sinistre blague.
Pendant plus d'un siècle, l'establishment militaro-politique français n'a tragiquement cessé de se tromper.
En 1914, il a recherché une guerre qui devait être rapide et aisée et qui se termina avec 9 millions de morts ainsi que 8 millions d'invalides.
Dans les années 1930, commandement  et gouvernements français firent l’inverse et ne surent pas barrer la route au nazisme.
Dernières aventures en date, les guerres coloniales du Vietnam et d'Algérie n’ont fait que retarder des échéances inéluctables et ont remis en vigueur la pratique du coup d'état oubliée depuis Napoléon III.

Enfin, alors que le défi de la France est de se tourner dare-dare vers l'avenir et le monde, aligner en rangs d'oignons bidasses et panzers sur la plus belle avenue du monde n'est probablement le meilleur moyen d'aider le pays à - si j'ose l’expression - se remettre en ordre de bataille.

Commémoriquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "L'insoutenable ambiguïté des monuments aux morts" et "Descendants de sans-papiers morts pour la France entre 1914 et 1918".

dimanche 11 mai 2014

Plaidoyer pour un vote europhile

À en croire les sondeurs de nos cœurs et de nos âmes, les prochaines élections européennes devraient déboucher, un peu partout et particulièrement en France, sur la victoire des eurosceptiques, des europhobes et des pêcheurs à la ligne.
Le désintérêt, le désamour et même la franche détestation de l'Union Européenne tendent à devenir majoritaires.

Beaucoup d'entre nous estiment que, sans Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg, les difficultés et les mutations que nous traversons seraient nettement moins pénibles, voire inexistantes.

Autant le dire nettement, mon opinion est strictement inverse.
Les institutions communautaires pourraient, certes, fonctionner nettement mieux. Mais vouloir se débarrasser du bébé en même temps que de l'eau savonneuse de la baignoire est rarement une bonne politique.

L'Europe, avec sa construction bancale et erratique, son jargon, son manque de leaders visibles et ses compromis tièdes, est compliquée à "vendre" et à aimer.
Le retour à un passé national mythique et les promesses de lendemains qui chantent une partition mal définie sont plus émotionnelles, mais aussi totalement illusoires.

Les "preuves silencieuses" ne sautent pas aux yeux.
Nous percevons plus nettement les problèmes de l'heure - chômage, inégalités, manque d'entrain et de croissance - que les catastrophes qui ne sont jamais survenues grâce à la construction européenne.

Daniel Cohn-Bendit, lors de son discours d'adieu au parlement européen en avril dernier, a exprimé, avec sa fougue et son talent oratoire, les arguments que je cherchais à rassembler dans une chronique depuis plusieurs semaines.

Plutôt que de continuer à écrire, je préfère céder la parole à un des rares hommes politiques transnationaux et polyglottes que l'Europe ait connu.
Son intervention dure une dizaine de minutes et mérite d'être écoutée d'un bout à l'autre.
Si vous ne disposez pas de ce laps de temps, je vous suggère le passage situé entre 3'30'' et 5'00'' où Daniel Cohn-Bendit raconte son histoire personnelle franco-allemande et rappelle que l'Union Européenne a "réussi l'invraisemblable" de rendre les guerres mondiales au cœur de notre continent impossibles.


Merci monsieur Cohn-Bendit, votre voix sincèrement européenne va nous manquer.

Toujours européennement votre

Références et compléments
- Deux autres vidéos sur les interventions de Daniel Cohn-Bendit au parlement européen de Strasbourg :
. le très beau discours de janvier 2011 sur la révolution de Tunisie où, emporté par l'émotion, Daniel Chn-Bendit appelle Mohamed Bouazizi "Monsieur Sidi Bouzid",
. un medley réalisé par le journal belge Le Soir de ses meilleures saillies au fil des ans.

- Sur le thème des prochaines élections européennes, voir aussi la chronique "lettre à Elżbieta Łukacijewska".

- L'expression "preuve silencieuse" provient du livre "the black swan / le cygne noir" de Nassim Nicholas Taleb.

mercredi 4 décembre 2013

Verdun - 24 février 1916 - terribles combats

Le 11 novembre 1968, à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'armistice de la guerre de 1914-1918, mon grand-père, Pierre Lebouc, m'a fait cadeau de sa croix de guerre acquise sur le front de la Somme à l'été 1916.
Une très courte note manuscrite accompagnait la décoration. Quinze lignes à peine, sur une page de carnet, énuméraient année par année les "batailles" auxquelles il avait "participé".

L'année 1916 débutait par ces cinq mots laconiques
"Verdun - 24 février (terribles combats)".


Le récit  de 15 jours de combats à Verdun par Pierre Lebouc : 5 mots

Mon aïeul ayant toujours été très peu disert sur la première guerre mondiale, pour tenter d'en savoir un peu plus, j'ai consulté le "Journal des Marches et Opérations pendant la campagne contre l'Allemagne" de son unité, le 4ème bataillon de chasseurs à pied (4ème BCP).
Il s'agit de la compilation des rapports que faisaient les chefs de détachement sur l'activité des troupes sous leur commandement.

L'attaque allemande sur Verdun débute le lundi 21 février 1916 vers 7 heures par un déluge d'artillerie qui surprend le commandement français par son ampleur et sa concentration. En 48 heures, environ 2 millions d'obus pilonnent un front d'une dizaine de kilomètres de large, 1 à 2 impacts par mètre carré en moyenne. l'écho de cet infernale canonnade s'entend à plus de 100 km de distance.

Ce même jour, le 4ème BCP qui combattait non loin de Lunéville, est mis au repos et arrive, après 40 km à pied puis le double de distance en train, à Nant le Grand, près de Ligny en Barois, à 60 km au sud de Verdun.

Le lendemain matin, mardi 22 février, le bataillon se déplace au village voisin de Nant le Petit.
À partir de 19H30, les événements se précipitent. Des ordres, d'abord téléphoniques puis écrits, enjoignent le chef d'unité de préparer ses hommes au départ. La destination prévue est Pierrefitte sur Aire, à mi-chemin par rapport à Verdun.

Finalement, le départ est repoussé et le 4ème BCP passe la nuit à Nant le Petit et n'est embarqué dans des "autobus" que le mercredi 23 février à 12H45 en direction de Haudainville dans les faubourgs de Verdun.

Mon grand-père et ses camarades passent par Bar le Duc puis empruntent ce qui deviendra la Voie Sacrée. 
Cette célèbre route avait été mise en place par l'état-major français la veille. Elle ne ressemble en rien à une nationale actuelle. Si sa largeur atteint 7 mètres, elle n'est pas goudronnée mais empierrée. En cette fin février, il gèle continuellement aussi la chaussée, bien que cahoteuse, reste normalement praticable. Malgré une organisation des convois inspirée des chemins de fer, le trajet de 75 km dure quand même 8 heures.

Les chasseurs descendent des bus vers 21H00 et se rendent à pied au camp militaire de la Béholle distant de 3 km. Arrivés à leur cantonnement à 23H00, ils attendent 2H00 pour récupérer "un peu de vivres".
L'écho des échanges d'artillerie dure toute la nuit. A vol d'oiseau le front est à une dizaine de km.

À l'issue d'une courte journée de repos, le jeudi 24 février, le "bataillon est alerté à 16H40" et "reçoit l'ordre de se rendre à la cote 378".
"Départ à 17H10, arrivée au fort de Souville à 21H00", près du village de Fleury devant Douaumont, après une douzaine de kilomètres de marche dans un terrain vallonné, sac au dos, fusil en bandoulière, sans ravitaillement. 
Il gèle à pierre-fendre et la première ligne se situe à moins de 5 km.

Les officiers reçoivent illico une rafale d'ordres et de contrordres pour une "opération dans la nuit du 24 au 25".
Il leur est demandé d'effectuer dans l'obscurité des manœuvres complexes à travers des collines boisées zébrées de "ravins" et de "thalwegs" afin de tenir le front entre les localités, passées depuis tragiquement à la postérité, de Bézonvaux, Vaux devant Damloup et Douaumont.
Les consignes sont formelles, déshumanisées et coupées de la réalité des combats. "Si la résistance apportée par l'ennemi ne permet pas d'atteindre l'objectif primitivement indiqué, les éléments s'accrocheront énergiquement au terrain tout en maintenant les liaisons sus-indiquées".

Le bilan, envoyé à l'état-major par le commandant Fouchard juste avant de partir à l'assaut, masque mal, derrière les tournures bureaucratiques d'usage, l'impréparation de la 306ème Brigade dont font partie les chasseurs à pied :
- "Troupe un peu fatiguée par les déplacements successifs du 21 au 24 février par une température rigoureuse. Besoin impérieux de sommeil".
- "Les munitions ont pu être complétées à 150 cartouches par homme au camp de la Béholle puis à 200 près de Souville".
- "Après le repas pris à la grand'halte de Souville [la veille au soir], les vivres sont épuisées".
- "Pas d'outils du parc, manque certains outils portatifs" pour couper les barbelés, déboiser et creuser des tranchées.
- "Cartes à petite échelle, plans directeur, croquis portant les organisations défensives : néant".
- "Aucune ligne téléphonique".
- "Pas d'éclaireurs montés, terrain impraticable par les cyclistes".

Malgré tout, en pleine nuit, organisé en plusieurs colonnes et guidé par des forestiers désorientés par les modifications de terrain provoquées par le bombardement intensif, le bataillon "monte" vers la ligne de feu.

Le récit du journal d'opérations est confus et "comporte quelques lacunes car vers 17H [le vendredi 25 février] au plus fort du combat le chef de corps a donné l'ordre de destruction des papiers tactiques".
La froide prose administrative du commandant du 4ème BCP, laisse entrevoir une immense pagaille, le désarroi des gradés privés d'informations et de directives ainsi que l'enfer des combats.

Quelques extraits de ces 15 pages de compte-rendu rédigé d'une belle écriture cursive suffisent pour être pénétré de l'horreur de ces combats.
- "Les officiers et sous-officiers sont envoyés aux renseignements dans les directions ouest, nord et est et ne ramènent rien de précis".
- "Les tranchées commencent à s'approfondir mais pas d'outils de parc".
- "La situation de mon détachement me parait critique", "je n'ai pas encore reçu de vivres".
- "Le bombardement a commencé à 6H vers Bézonvaux, très violent vers 6H30, occasionnant des pertes. Accalmie vers 7H30. Notre artillerie ne tire pas un coup de canon".
- "Les téléphonistes du bataillon ont ordre d'établir un ligne entre le PC du chef de bataillon et les batteries mais le fil manque".
- "Actuellement les chasseurs du 4ème BCP tiennent. Le moral est bon mais ils sont dans de médiocres conditions pour durer car pas ravitaillés, sans outils de parc et fatigués par la nuit qui a été très dure".
- "A partir de 11H le bombardement devient intense, plus aucune liaison", "à midi il redouble de violence", "13H30 l'effroyable rafale d'artillerie parait prendre fin".
- "Une attaque de l'ennemi forte de plus d'une compagnie est ralentie par nos feux puis définitivement brisée par une contre-attaque".
- "17H, le lieutenant Housset est envoyé d'urgence à la 306ème brigade rendre compte de la gravité de la situation", "la dernière réserve a subi des pertes très graves".
- "18H15, rien n'arrive de l'arrière. 8 fusées rouges ont été tirées dans l'après midi sans que notre artillerie tire un coup de canon. Les munitions s'épuisent, les effectifs fondent".
- "18H30, la défense de Bézonvaux va devenir impossible".
- Quelques minutes après, "le village est enlevé presque sans combat, l'ennemi ne marque aucun temps d'arrêt et progresse rapidement", "nous brûlons nos dernières munitions".
- "19H, les munitions deviennent rare, aucun ravitaillement"
25 février 1916 18H15, après une nuit et une journée de combats, le commandant Fouchard du 4ème bataillon de chasseurs à pied dresse un constat amer.
À 19H30, le soulagement enfin ! Le "repli" est ordonné et se déroule "dans le plus grand silence", couvert par deux compagnies qui "tiennent tête vigoureusement", euphémisme militaire pour sacrifice délibéré.

À 21H30, le 4ème BCP est "reconstitué au nord et au sud du village de Vaux sur la route de Verdun avec des éléments du 2ème BCP".
Les soldats exténués parcourent à pied les 4 km qui les séparent du fort de Souville qu'ils rejoignent à 23H00. Après 45 heures sans vivres et sous la mitraille, les chasseurs à pied peuvent enfin se restaurer.

Après une très courte nuit, ponctuée du son des obus, le "bataillon est rassemblé à 6H" le samedi 26 février et remonte vers le même secteur de première ligne que la veille.
Durant 10 jours, sans aucune relève, il fait face à des attaques et un déluge de feu ininterrompus.
Le journal du 4ème BCP détaille peu ces nouveaux combats, moins d'une page et demie de rapports télégraphiques ponctués de "même emplacement, aucune modification dans la situation de la bataille". Une sourde résignation semble avoir frappé le commandant Fouchard.

Le ravitaillement des première ligne est aléatoire, l'artillerie allemande touchant plusieurs la cantine roulante apportant les vivres.
Le lundi 28 février, le dégel transforme les tranchées en bourbier. Puis quelques jours plus tard, les poilus doivent faire face à nouveau au froid intense.
Passage d'un tir de barrage au ravin de Fleury au cœur de la zone où Pierre Lebouc était engagé (date incertaine).
Ce long cauchemar se termine dans la nuit du samedi 4 mars au dimanche 5 mars. La "relève s'effectue sans incident".
Le bataillon rejoint une caserne du centre-ville de Verdun vers 8H00. Pour la première fois depuis plus de 2 semaines, les poilus peuvent procéder à une véritable toilette.
Les rescapés sont ensuite envoyés au repos plus de 3 semaines, une cinquantaine de kilomètres plus au sud.

Le bilan de ces combats est catastrophique. Sur les 1700 soldats du 4ème BCP acheminés à Verdun, 642, plus d'un homme sur trois, a été tué, blessé ou prisonnier.
Bilan humain des combats de Verdun pour le 4ème BCP
Ironie cruelle de cette guerre interminable, mon grand-père Pierre Lebouc retournera sur le champ de bataille de Verdun deux ans plus tard en février 1918. À environ 5 km à vol d'oiseau des positions qu'il avait contribué à défendre, il sera victime des gaz de combat.

Mémoriellement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques
. "Février & mars 1918 - Verdun où pépère a été gazé"
. "En 1918, en pleine guerre des tranchées, un député de gauche voulait détaxer le luxe"
. "Descendants de sans-papiers, morts pour la France entre 1914 et 1918"
. "L'insoutenable ambiguïté des monuments aux morts".

- Les mots entre guillemets et en italique sont strictement authentiques.

- Quatre sites ont été très utiles pour rédiger cette chronique :
. Mémoire des Hommes qui, entre autres archives militaires, a mis en ligne les Journaux des Marches et Opérations de la première guerre mondiale
. Les français à Verdun 1916
. Wikipedia
. Météo-Grenoble et ses chroniques météorologiques rétrospectives

- L'iconographie est constituée :
. d'extraits du mot rédigé à mon attention par Pierre Lebouc le 11 novembre 1968
. d'extraits du Journal des Marches et Opérations du 4ème Bataillon de Chasseurs à pied
. d'une photo de Collier's New Photographic History of the World's War reproduite sur Wikimedia

mercredi 20 novembre 2013

En 1918, en pleine guerre des tranchées, un député de gauche voulait détaxer le luxe

Un fidèle lecteur de ces chroniques m'a récemment fait parvenir un extrait de l'Écho de Paris du 8 mai 1918.

Alors que la première guerre mondiale battait son plein et que les allemands étaient à deux doigts de percer le front français, un homonyme phonétique, le député Charles Leboucq, réclamait, toutes affaires cessantes, à la Chambre des Députés d'abolir "la taxe sur les objets de luxe".
Les arguments de ce digne représentant de l'URRRS - l'Union Républicaine Radicale et Radicale-Socialiste, groupe parlementaire de gauche - étaient étrangement semblables à ceux des clubs de football actuels à propos de leur imposition à 75%.
Jugez sur pièces :
Ce jeu est dangereux. Il ne sert que les intérêts de l'étranger. Il menace nos plus belles industries, nos commerces les plus fructueux. [...]
Une industrie est une armature faite autant d'ouvriers que de patrons. C'est le petit qui va souffrir en dernière analyse de l'entrave que nous imposons au commerce national. [...]
Cette loi cause l'exode de la clientèle riche. [...]
Cessons de nous entêter dans une erreur que est funeste tant du point de vue fiscal que du point de vue économique. [...]
Pour appuyer le sérieux de ses dires, Charles Leboucq se faisait photographier par une agence de presse dans son bureau parisien en grand uniforme d'officier avec décorations en sautoir.
Le député Charles Leboucq en uniforme dans son bureau parisien en 1918 (document Gallica)
Dans le même temps, un jeune "poilu" du 4ème Bataillon de Chasseurs à Pied, mon grand-père Pierre Lebouc, peinait dans la terrible boue des tranchées de l'Aisne.
La proposition de son homonyme, à coup sur, suscita chez lui, comme chez l'ensemble des combattants, un enthousiasme irrépressible qui galvanisa leur ardeur guerrière et permit de repousser l'ennemi.
Pierre Lebouc sur un champ de bataille de l'Aisne vers 1917 (à gauche au premier plan)
Parlementairement votre

Références et compléments
- Merci à Jean le détonateur qui a initié cette chronique
- Les photos de Charles Leboucq proviennent de Gallica, le site de la Bibliothèque Nationale de France.

vendredi 15 novembre 2013

"L'étrange défaite" de Marc Bloch étrangement actuelle

Je viens de terminer un livre rare et marquant.
"L'étrange défaite" a été écrite par Marc Bloch durant l'été 1940, juste après la débâcle de mai et de juin qui avait conduit à la défaite de la France face à l'Allemagne nazie, à son occupation et à la prise de pouvoir de Philippe Pétain.

L'auteur, historien universitaire, a vécu ces tragiques événements comme capitaine chargé du ravitaillement en carburant de l'armée censée défendre le Nord et la Belgique.
Dans son ouvrage, cet engagé volontaire malgré son âge et ses charges de famille, ancien combattant de 1914-1918, dresse, à chaud, un constat lucide et une analyse implacable des causes directes et indirectes ayant conduit à l'écroulement militaire et moral de la France.

Cette lecture, au delà du témoignage historique de première main, est particulièrement troublante. L'essentiel de ce que soulève Marc Bloch possède des résonances contemporaines qui ne laissent pas d'inquiéter.

Voici quelques extraits qui, je l'espère, vous donneront envie de lire "l'étrange défaite".

Marc Bloch pointe d'abord une carence collective de pensée et d'adaptation. La France, contrairement à l'Allemagne d'Hitler, n'a pas su prendre la mesure des changements technologiques de l'époque, motorisation des troupes terrestres et suprématie de l'aviation.
« Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n'ont pas su penser cette guerre. En d'autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, une victoire intellectuelle et c'est peut-être là ce qu'il y a eu en lui de plus grave. »
« En un mot, nos chefs, au milieu de beaucoup de contradictions, ont prétendu, avant tout, renouveler, en 1940, la guerre de 1915-1918. Les Allemands faisaient celle de 1940. »
L'historien relève ensuite le caractère bureaucratique et éminemment théorique de l'organisation de l'armée française.
« Le culte du beau papier »
« L’École de Guerre nous a trompés. »
« Une idée, dans le domaine des sciences positives ou des techniques, n'a de valeur que comme image ou raccourci de faits concrets. Faute de quoi, elle se réduit à son étiquette, qui ne recouvre plus qu'un peu de vide. »
Parmi les nombreux défauts de l'État-Major, sa propension à effectuer une prévision très fouillée mais envisageant trop peu d'hypothèses différentes n'est pas le moindre. Avec le vocabulaire actuel du management, nous dirions une planification trop profonde et pas assez éclairée.
« Je ne crois pas que la faute en ait été, au propre, de ne pas assez prévoir. Les prévisions n'avaient été établies, au contraire, qu'avec trop de détail. Mais elles s'appliquaient, chaque fois, seulement à un petit nombre d'éventualités. »
Marc Bloch, au delà des faiblesses proprement militaires, souligne les responsabilités de la société dans son ensemble.
Le conservatisme et l'étroitesse d'esprit de la droite, mais aussi de la gauche avec laquelle il est très sévère, lui paraissent être un ressort essentiel. Il fustige par la même occasion le régime de Vichy qui en avait fait son fond de commerce.
« Tant exerçaient encore d'empire sur les âmes, dans les milieux militaires et jusque chez nos gouvernants civils, la superstition de l'âge, le respect d'un prestige [...], le faux culte, enfin, d'une expérience, qui, puisant ses prétendues leçons dans le passé, ne pouvait que conduire à mal interpréter le présent. »
« Le monde appartient à ceux qui aiment le neuf. C'est pourquoi, l'ayant rencontré devant lui, ce neuf, et incapable d'y parer, notre commandement n'a pas seulement subi la défaite ; pareils à ces boxeurs, alourdis par la graisse, que déconcerte le premier coup imprévu, il l'a acceptée. »
« Le pis est que cette paresse de savoir entraîne, presque nécessairement, à une funeste complaisance envers soi-même. »
« A notre peuple mutilé et désemparé, on dit "tu t'es laissé leurrer par les attraits d’une civilisation trop mécanisée ; en acceptant ses lois et ses commodités, tu t’es détourné des valeurs anciennes, qui faisaient ton originalité ; foin de la grande ville, de l'usine, voire de l’école ! Ce qu’il te faut, c’est le village ou le bourg rural d'autrefois, avec leurs labeurs aux formes archaïques, et leurs petites sociétés fermées que gouvernaient les notables ; là, tu retremperas ta force et tu redeviendras toi même". »
L'incapacité de la classe politique à porter une vision et à être efficace est aussi mise en exergue.
« Prisonniers de dogmes qu’ils savaient périmés, de programmes qu’ils avaient renoncé à réaliser, les grands partis unissaient, fallacieusement, des hommes qui, sur les grands problèmes du moment — on le vit bien après Munich — s'étaient formé les opinions les plus opposées. Ils en séparaient d'autres, qui pensaient exactement de même. Ils ne réussissaient pas, le plus souvent, à décider de qui serait au pouvoir. Ils servaient simplement de tremplin aux habiles, qui se chassaient l'un l’autre du pinacle. »
Cet éminent professeur d'université termine son témoignage par une tragique autocritique des milieux intellectuels.
« J'appartiens à une génération qui a mauvaise conscience. »
« Paresseusement, lâchement, nous avons laissé faire. Nous avons craint le heurt de la foule, les sarcasmes de nos amis, l'incompréhensif mépris de nos maîtres. Nous n'avons pas osé être, sur la place publique, la voix qui crie, d'abord dans le désert, mais du moins, quel que soit le succès final, peut toujours se rendre la justice d'avoir crié sa foi. Nous avons préféré nous confiner dans la craintive quiétude de nos ateliers. »
« Puissent nos cadets nous pardonner le sang qui est sur nos mains ! »
« Nous avons, pour la plupart, le droit de dire que nous fûmes de bons ouvriers. Avons-nous toujours été d'assez bons citoyens ? »
"L'étrange défaite" se conclut par un émouvant appel au sursaut et à la renaissance morale.
Marc Bloch mit en pratique ses propres mots. Peu de temps, après la rédaction de ces lignes, il s'engagea dans la Résistance. La Gestapo l'arrêta à Lyon au printemps 1944, le tortura et le fusilla au bord d'une route.
« Un peuple libre et dont les buts sont nobles, court un double risque. Mais, est-ce à des soldats qu'il faut, sur un champ de bataille, conseiller la peur de l'aventure ? »
Admirativement et humblement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques
. Bras croisés ou salut nazi ?
. Lettre à mes compatriotes tentés de voter Front National

- "L'étrange défaite" de Marc Bloch est disponible en versions électroniques gratuitement en ligne au format PDF, au format epub et au format Kindle.
Pour ceux d'entre vous qui ne souhaitent pas suivre complètement les conseils posthumes de March Bloch sur l'adaptation au changement, ce livre est aussi publié en papier par les éditions Folio.


samedi 9 novembre 2013

Descendants de sans-papiers, morts pour la France entre 1914 et 1918

La généalogie et l'histoire familiale questionnent notre présent.
Pour preuve, ces quelques trajectoires personnelles qui font écho à plusieurs thèmes d'actualité.

Vers 1830, Léopold Choppick et Madeleine Wolf rejoignent Paris.
Il a sensiblement 25 ans, elle moins de 20.
Ce sont ce que nous appelons dans notre langage technocratique actuel des migrants sans-papiers, très probablement originaires d'Europe centrale ou orientale.
Seule certitude, ils sont de confession juive.

L'immigration économique a débuté en Île de France dès le premier empire. Durant tout le XIXème siècle, l'essor économique attisé par la révolution industrielle a attiré vers la ville-lumière les laissés-pour-compte de toute l'Europe. Ainsi, en 1848, Paris comptait environ 8% d'étrangers "immigrés", une fois et demi le taux national actuel.

Léopold et Madeleine, qui se déclarent colporteur et ouvrière, sont très pauvres et vivent d'expédients. Ils logent dans l'actuel IVème arrondissement dans un quartier insalubre qui sera détruit une vingtaine d'années plus tard lors du percement de la rue de Rivoli.
En mars 1835, Madeleine est admise 10 jours à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu pour une "fièvre intermittente".
Un an plus tard, manifestement remise, elle accouche de Fanny Caroline, son premier enfant. Six autres suivront jusqu'en 1855.

Première trace officielle de Madeleine Wolff en France : son admission en 1835 à l'Hôtel-Dieu.
Cette ouvrière de 22 ans habite alors 16 rue de la martellerie à Paris 9ème et se déclare native de Rorschwihr dans le Haut-Rhin.
Étant sans-papiers, ils jonglent avec des identités qu'ils inventent, au moins en partie.
Madeleine Wolf s'appellera un temps Marie-Anne Louis et indiquera être née en Alsace, parfois en 1813 à Rorschwihr, parfois en 1811 à Ribeauvillé.
Léopold conservera indéfectiblement son prénom mais se baptisera tantôt très gauloisement Chopy et à d'autres moment plus germaniquement Schobig, Choppick et même Chopyg. Il se déclarera natif de Buschwiller dans le Haut-Rhin.
L'état-civil alsacien, très structuré depuis le XVIIIème siècle, ne garde, entre 1780 et 1830, aucune trace de familles juives ou chrétiennes nommées Wolf, Louis ou Chopick, variations orthographiques incluses, dans ces trois villages.

Vraisemblablement, Léopold et Madeleine n'étaient pas alsaciens mais venaient de l'actuelle Allemagne alors éclatée en de multiples principautés ou de l'immense empire des Habsbourg. Des sources familiales les disent originaires de Pologne dont les frontières et les rattachements ont beaucoup varié.
Leur langue maternelle devait être être le yiddish. Par voie de conséquence, leur accent et leur phrasé pouvait aisément passer auprès d'oreilles parisiennes comme haut-rhinois. Dans leur quartier vivaient de nombreux juifs alsaciens, l'amalgame et la construction d'un état-civil factice furent certainement faciles à réaliser.

Le 27 mars 1849, alors que la IIème république connait des poussées xénophobes, Léopold et Madeleine, avec l'aide de six témoins complaisants et grâce à un juge peu curieux, se font "régulariser" et officialisent d'une traite leur état-civil alsacien, leurs cinq enfants du moment et leur mariage.
À partir de ce jour, l'existence légale de nos deux tourtereaux ne semble plus rencontrer d'obstacles. Comble même, en 1872, Madeleine Wolff fait partie des "optants", c'est à dire des alsaciens et mosellans que choisissent délibérément la nationalité française plutôt que l'allemande !

Certainement usé par la vie, Léopold décède en 1867 à 61 ans. Son épouse lui survit 27 ans. Elle rend son dernier soupir en 1895 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. La tradition familiale rapporte qu'elle fût enterrée selon le rite juif.

La seconde génération s'établit sur la rive gauche où les enfants Choppick habitent des immeubles mitoyens rue Mouffetard et ont une vie matrimoniale assez débridée en regard des canons bourgeois de l'époque.
Les deux garçons Jacob et Alphonse cohabitent respectivement avec Agathe-Étiennette et Sophie-Charlotte Miné, deux sœurs, filles d'un "fondeur sur cuivre" né à Paris sous le règne de Napoléon Ier.
De 1867 à 1879, Agathe accouche de 5 enfants de Jacob qui ne se résout à l'épouser qu'en mars 1878 alors qu'elle est enceinte jusqu'aux yeux de sa fille Rachel, qui naîtra en avril. Son dernier fils, Louis-Belloni verra le jour en juillet suivant.
En 1869 et 1870, pour faire bonne mesure, Jacob a aussi deux enfants, dont les prénoms Léopold et Armand sont puisés dans le stock familial, avec une autre femme qui selon les actes d'état-civil, décidément sujets à caution, s'appelle tantôt Justine Bohen, tantôt Justine Boehm et même Augustine Bochin !

Le second Léopold Choppick devient, comme son père Jacob, typographe. Il épouse, en 1892, à 23 ans, une blanchisseuse Stéphanie Boudet qui n'a que 17 printemps et qui accouche 10 mois plus tard de Paul-Honoré.

La sanglante première guerre mondiale va venir prendre son terrible tribut dans la famille Choppick comme dans presque toutes les familles françaises.

Paul-Honoré est fauché le 18 août 1914, après seulement 14 jours de conflit.
Soldat au 17ème régiment d'infanterie délibérément sacrifié par l'état-major, il meurt, ironie de l'histoire, à Russ, non loin de Strasbourg, lors de la première offensive pour reconquérir l'Alsace dont ses arrière-grand-parents étaient théoriquement originaires.
Lors de la guerre suivante, son fils, né 8 mois auparavant, s'engagera dans la Résistance après la débâcle de 1940. Il sera arrêté, déporté et, fort heureusement, rentrera vivant des camps nazis de Buchenwald et d'Auschwitz, situés au cœur, autre malice du destin, du berceau de ses aïeux.

Paul-Honoré Choppick dans son uniforme du 17ème régiment d'infanterie, peu de temps avant son décès sur le champ de bataille de Russ dans le Bas-Rhin le 18 août 1914
Trois ans plus tard, en novembre 1917, Louis-Belloni Choppick, oncle de Paul-Honoré, est, à son tour, "tué à l'ennemi" à Wez dans la Marne dans les combats de Champagne autour de Reims.

Comme 1.4 millions de leurs compatriotes, Paul-Honoré et Louis-Belloni Choppick, sont "morts pour la France" entre 1914 et 1918.
Ils étaient des descendants directs de Léopold Choppick et Madeleine Wolf, immigrés sans-papiers ayant bricolé un état-civil alsacien, mes arrière-arrière-arrière-grand-parents ...

La France, l'autre pays du "melting pot" ...

Métissagiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "En 1848 la France révolutionnaire renvoyait les savoyards chez eux".

- Cette chronique est très modestement et très librement inspirée du morceau magistral lu par Pierre Dac à Radio-Londres le 11 mai 1944 intitulé "bagatelle pour un tombeau" où il rappelle aux collaborateurs du régime de Vichy qui mettent en doute son attachement à la France son frère "mort pour la France" en 1915.

- Voir aussi mes pages de généalogie, notamment celles sur Léopold Choppick et Madeleine Wolf ou Wolff ainsi que la synthèse sur l'histoire familiale des Choppick / Schobig / Schoppig et apparentés.

- D'immenses remerciements à toutes les personnes et sites qui, au fil du temps, m'ont aidé à collecter des informations généalogiques, notamment Nicolas Coiffait, Alain Dargencourt, Josette et Daniel Fontaine, Roland Goutay, Muriel Levy, Hugues et Nathalie Nilsson, Guy Worms.

- Un résumé de l'histoire tortueuse de la Pologne au XIXème siècle sur le site histoirepostale.net

- Les arrondissements parisiens ont été changés plusieurs fois au fur et à mesure de l’agrandissement de la ville. L'actuel IVème arrondissement était en 1835 le 9ème.
  

dimanche 20 octobre 2013

L'insoutenable ambiguïté des monuments aux morts

L'histoire et la mémoire nous sont indispensables. Elles expliquent notre présent et éclairent notre avenir.
Pourtant, trop souvent, elles sont institutionnalisées, voire instrumentalisées, et produisent alors des effets nettement moins bénéfiques.
Jugez sur pièces avec un exemple anodin, comme il en existe des milliers en France.

À Grenoble, au sommet du mont Jalla, au dessus de la forteresse emblématique de la Bastille, a été implanté en juin 2000 le mémorial national des troupes de montagne.


Cet endroit, censé être un lieu mettant en avant "la gloire, la douleur, la mémoire, la paix et la fraternité", cultive une ambiguïté de mauvais aloi.
Dès l'entrée du site, le visiteur est accueilli par des plaques en acier portant les inscriptions en français, anglais, allemand et italien "Paix" et "Amitié".
Bizarrement, les concepteurs de cet édifice commémoratif ont omis les langues arabes, kabyles et malgaches.

À proximité, des panneaux retracent l'épopée des troupes de montagne.
Ces unités ont participé, depuis leur création en 1888 jusqu'à nos jours, à toutes les campagnes militaires françaises. L'historique met en valeur le sacrifice des chasseurs alpins sur de multiples champs de bataille ainsi que leurs nombreuses victoires.
Parmi les faits de gloire cités, on trouve les "gains territoriaux" aux dépens de l'Italie en 1945 ainsi que la "confiance" et la "paix" apportées aux populations de Kabylie durant la guerre d'Algérie de 1954 à 1962.
À en croire ces pancartes, les soldats français morts en Algérie seraient "tombés au champ d'honneur".


Un peu plus haut, un monument très sobre porte de nombreuses plaques commémorant les conflits dans lesquels les chasseurs alpins furent partie prenante, notamment la conquête de Madagascar en 1895 ; la Marne, la Somme, Verdun, le Chemin des Dames et les Balkans pendant la première guerre mondiale et les opérations de maintien de l'ordre colonial au Maroc et en Tunisie dans les années 1920.
Un insigne en fer forgé proclame fièrement la phrase de Balzac, que l'on a connu mieux inspiré, "la gloire est le soleil des morts".


A l'exclusion de la Résistance, les engagements militaires des troisièmes et quatrièmes républiques françaises furent, dans le meilleur des cas des erreurs de jugement, et souvent même des fautes.
Pourtant, ils furent décidés par des responsables politiques issus du suffrage universel et soutenus, la plupart du temps, par une large majorité.
De surcroît, durant les deux guerres mondiales mais aussi dans les conflits coloniaux, les officiers ne furent guère économes de leurs hommes et respectueux des populations civiles.

Ces points douloureux font partie intégrante de l'histoire de France et, par voie de conséquence, de celle des chasseurs alpins.
Gommer des heures sombres avec quelques plaques proclamant paix et amitié au cœur d'un mémorial où se tiennent régulièrement des cérémonies officielles militaires est faire preuve de légèreté, voire d'aveuglement et de manipulation.

L'histoire, la vraie, avec ses bons mais aussi ses très mauvais souvenirs, a besoin d'études, de récits, de témoignages, d'ouvrages et de lieux de patrimoine, pas de monuments aux morts essayant de nous faire croire, en bricolant la mémoire, qu'il peut exister, en uniforme, un pacifisme militaire.

Commémorationnellement votre

Références et compléments
- Le mémorial national des troupes de montagne est situé à 635 mètres d'altitude sur le Mont Jalla, crête du massif de la Chartreuse dominant Grenoble et située sur le territoire de la commune de Saint Martin le Vinoux.
Plus de détails sur l'article que Wikipedia lui consacre.

- Les phrases et mots entre guillemets sont des citations exactes des pancartes présentes sur le site du mémorial national des troupes de montagne et de la documentation que l'on trouve en ligne à son sujet.

- Les trois photographies ont été réalisées par l'auteur le 19 octobre 2013. D'autres clichés les complètent au sein d'un album Google+.

dimanche 20 janvier 2013

Djihadistes ou djiha-schiste ?

La rente pétrolière dont bénéficient les états riverains du golfe dit arabo-persique a un effet délétère persistant sur une bonne partie de la planète.
Comprenons-nous bien. Un pays a parfaitement le droit de tirer des profits conséquents d'un sous-sol riche en matières premières. Par contre, la manne géologique devient une calamité lorsqu'elle est captée par des systèmes politiques non démocratiques ou par des structures étatiques archaïques.

Les monarchies de la péninsule arabique et la théocratie iranienne réussissent l'exploit de combiner ces deux caractéristiques.
La distinction entre argent public et privé y est plus que floue. En pratique, les pétro-féodaux et les soi-disant gardiens de la révolution sont les véritables propriétaires-exploitants de leurs territoires respectifs.
De surcroît, ces régimes, sans aucune légitimité populaire et peu ouverts sur la contradiction, utilisent leurs épais excédents monétaires pour sponsoriser les causes qu'ils chérissent.

Ainsi en Syrie, le sinistre clan El Assad résiste encore grâce à l'appui sans limite de l'Iran. Pendant ce temps, les guérillas et partis islamistes d'un arc allant de la Mauritanie à l'Indonésie, en passant notamment par Tombouctou, Tunis et Damas, sont copieusement arrosés par l'Arabie Saoudite et le Qatar.

Cette agitation angoisse les émirs arabes unis d'Abu Dhabi et Dubaï  tout aussi corrompus mais plus ouvertement jouisseurs que leurs rigoristes voisins. Ils ont donc décidé de s'offrir les services de l'armée française, transformée en entreprise de mercenariat international, pour tenter d'assurer la sécurité de leurs territoires en forme de timbres-poste.
Inquiets par les développements récents au Sahel, les émirs unifiés subventionnent désormais aussi l'intervention militaire de la France au Mali.

Pendant ce temps, le souverain du Qatar, soucieux de ne pas trop porter tort au pays où ses fils et épouses successifs se font respectivement éduquer et habiller, camoufle son engagement islamiste en faisant pleuvoir quelque menue monnaie sur les banlieues françaises et l'équipe footballistique parisienne.

La grande concentration de pétrole autour de l'Arabie et les cours très élevés permettent ces dérives sanglantes et kafkaïennes. Tant que l'essentiel des démocraties - j'y inclue l'Inde - seront dépendantes de la naphte de despotes, ceux-ci pourront continuer à jouer avec les passions et la misère des trois quarts du monde.

Depuis quelques années, gaz et pétrole de schiste sont devenus une possibilité de desserrer ce carcan. Leurs réserves semblent importantes et principalement situées en Europe et aux Etats-Unis.
Les américains ont bien compris l'intérêt de ces carburants dits non conventionnels. Ils s'approchent de l'autosuffisance énergétique et leur industrie se revivifie sous l'effet d'une énergie meilleur marché.
A l'inverse, les européens, pourtant frappés par le chômage et aux premières loges des conflits au financement qataro-saoudien, refusent obstinément l'exploitation de ces nouveaux hydrocarbures.
Au nom de la défense de l'Environnement et des Valeurs Universelles de la République Française, François Hollande et son gouvernement ont choisi de broyer du barbu au Mali plutôt que du schiste dans l'Hexagone.
Sommes-nous certains que l'hasardeuse guerre des sables sahariens dans laquelle la France vient de s'engager ne provoque pas, à court et long terme, plus de victimes que la fracturation hydraulique de roches dans le sous-sol du Massif Central ?
Et si le djiha-schiste était la meilleure arme contre les djihadistes ?

No pasdaran !

Moustachiquement votre

Références et compléments
Voir aussi trois chroniques précédentes sur des thèmes connexes :
- Bosnie, Bâmiyân, Tombouctou ... - Chronique de la barbarie
- Barbus des ténèbres ou barbus du boson ? - Chronique photographique des collisions
- Plaidoyer pour la Tunisie de toujours - Cri du coeur