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samedi 3 janvier 2015

Une météo agréable aux daltoniens

Le site meteo-grenoble.com et ses déclinaisons dans une vingtaine de villes européennes font partie de mes favoris pour au moins deux raisons.
Tout d'abord, ils ont le bon goût de nous annoncer gratuitement la pluie et le beau temps de manière moins imprécise que leurs confrères.
Ensuite, ce service météorologique fait l'effort d'être sympathique aux daltoniens.

Le site propose des prévisions à 15 jours. Toutefois, soucieux de ne pas être confondu avec Madame Irma, il indique “à confirmer” ou bien “très incertain” lorsque les modèles météorologiques ne permettent pas de pronostiquer le temps avec une probabilité décente.

Initialement, une pastille ronde jaune signifiait “à confirmer” et la même en rouge “très incertain”.
Malheureusement, lorsque, comme votre serviteur ainsi que 8% à 10% des lecteurs mâles de ces chroniques, on est affecté d'une vision défaillante des couleurs, les deux icônes sont difficiles à distinguer.

meteo-grenoble.com a modifié ses pictogrammes pour prendre en compte le daltonisme.
Il utilise toujours le rond jaune pour “à confirmer” mais a transformé “très incertain” en carré rouge.
Les personnes dotées d’une vision standard bénéficient désormais d'un double moyen de distinguer les deux états : la couleur plus la forme.
Les daltoniens se reposent exclusivement sur l’aspect géométrique sans se soucier de la couleur.

Extrait du site meteo-grenoble.com du 6 janvier 2015 avec les pictogrammes "à confirmer" et "très incertain".
Cette astuce très simple - emploi groupé d'une double distinction par la couleur et par la forme - est similaire à celle utilisée par Apple dans son service cartographique d’informations routières décrite dans une autre chronique. Elle devrait faire systématiquement partie des bonnes pratiques ergonomiques de tout bon site web.

Merci, bravo et excellente année à meteo-grenoble.com !

Daltoniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
- La dyschromatopsie, couramment nommée daltonisme, est une anomalie de la vision dans laquelle un ou plusieurs des trois types de cônes de la rétine oculaire, responsables de la perception des couleurs, sont déficients.
Environ 1 homme sur 12 et 1 femme sur 200 ont les cônes qui déconnent.
Pour plus de détails se reporter aux articles Wikipedia sur le daltonisme en français et en anglais.
 
- Les sites de prévisions météorologiques

jeudi 15 mai 2014

Les marchés financiers font pire que la météo et l'horoscope

Régulièrement, les thuriféraires de la finance nous expliquent que les marchés financiers et leurs mains invisibles sont les meilleurs instruments possibles pour évaluer la valeur future d'un bien ou d'une entreprise.

Fidèle aux habitudes de ce blog, j'ai souhaité juger sur pièces.
Autant le dire immédiatement, le résultat est sans appel : Monsieur Météo et Madame Irma sont au moins aussi performants que les traders.
Examinons cela de plus près.

Pour deviner l'avenir, les bourses utilisent les transactions "à terme", au nom fleurant bon la grossesse.
Sur ces marchés, au lieu d'échanger directement des biens (actions, emprunts, productions agricoles, matières premières ...), les intervenants négocient des contrats de vente de ces mêmes biens à une date future donnée.

Par exemple, un opérateur financier peut, aujourd'hui 15 mai 2014, s'engager à fournir, le 2 décembre 2014, 100 tonnes d'aluminium pour la modique somme de 2 000 dollars/tonne.
Parallèlement, d'autres traders ou entreprises vont choisir, dès maintenant, d'acheter, le même jour, tout ou partie de cette cargaison, à ce prix.

Ces contrats, appelés en anglais futures, sont cotés par des bourses. Ces bons d'achat ou de vente d'un bien à un prix et une date définis se négocient jusqu'à leur dénouement. Leur prix s'établissent en fonction de l'offre et de la demande.
L'acquéreur d'un contrat de vente ou d'achat d'aluminium en décembre prochain peut donc choisir de l'honorer à la date cible ou bien de le revendre dans les minutes, heures ou semaines suivantes.

Les contrats à terme ont pour objectif initial de simplifier la vie des entreprises dont une part importante des coûts ou des ventes dépend de produits au cours fluctuant.
Ainsi, un fabriquant de matériel incorporant beaucoup d'aluminium qui décide d'acquérir à l'avance ce métal à une valeur fixée, stabilise ses prix de revient.
Si au moment du dénouement du contrat, l'aluminium est plus cher que la valeur négociée, notre industriel aura, de surcroît, empoché une sympathique plus-value.
Dans le cas inverse, il pourra philosopher sur le fait que la tranquillité d'esprit et de gestion n'a probablement pas de prix, mais qu'elle possède un coût non négligeable.

Les variations possibles entre la valeur des contrats à terme et le cours du jour attirent évidemment les spéculateurs de tout poil.
Si j'ai une bonne raison d'estimer que, le 2 décembre 2014, l'aluminium ne coûtera que 1 500 dollars/tonne, j'ai tout intérêt à acheter en bourse dès aujourd'hui des contrats de vente à 2 000 dollars/tonne.
Au jour J, si ma prédiction est exacte, j'empocherai le substantiel bénéfice de 500 dollars/tonne.
Par contre, tout fêlure dans ma boule de cristal risque de me laisser en slip au bord de la route.
Symétriquement, si mes informations me laissent penser que l'aluminium sera à la fin de l'année autour de 2 500 dollars/tonne, je me positionnerais aujourd'hui sur des contrats d'achat à 2 000 dollars/tonne.

L'avidité n'ayant aucune limite, beaucoup d'opérateurs désargentés interviennent sur les marchés à terme.
Au lieu de miser des biens ou du numéraire leur appartenant, ils empruntent tout simplement soit la somme nécessaire au règlement de leurs emplettes, soit le bien négocié.
Cette forte financiarisation a rendu les marchés à terme essentiellement virtuels. Ainsi, les échanges d'aluminium à la bourse LME de Londres représentent 80 fois la production physique mondiale de ce métal.

Les théoriciens de la finance expliquent savamment que sur un marché transparent, fluide et avec des intervenants nombreux et divers, la cotation d'un contrat à terme constitue une excellente prévision de la valeur future du bien négocié.
D'après ces doctes savants, tout écart notable entre la prédiction et la réalité ne peut venir que d'une imperfection de marché : opérateurs en nombre ou en diversité insuffisants, manque de transparence, défaut de fluidité ...

Hélas pour ces dignes successeurs des médecins de Molière, la réalité est tout autre.
Le magnifique profil d'étape de montagne du Tour de France reproduit ci-dessous est l'évolution du cours du contrat de vente d'un baril de pétrole "Brent" qui s'est conclu en avril 2014, depuis sa première cotation en janvier 2009 jusqu'à son dénouement il y a quelques semaines.

Évolution dans le temps du cours au terme d'avril 2014 du pétrole brut Brent.
Les bandes de couleur représentent +/-10% par rapport au cours d'avril 2014.
Le cours à terme du baril de Brent a démarré en janvier 2009 à 86$, a atteint un point bas de 68$, un sommet de 112$, soit presque le double du minimum, et a terminé en avril 2014 à 109$.
Durant toute cette période de négoce, environ la moitié du temps - 46% pour être précis - la valeur à terme s'est située en dehors d'une plage de +/-10% autour du prix du baril le jour du dénouement.
De surcroît, la prévision était sévèrement biaisée puisque plus de 12 fois sur 13, la valeur à terme était inférieure au cours final.

Je me suis amusé à consulter de tels historiques pour d'autres dates et d'autres types de biens. Je vous fais grâce des graphiques et des chiffres détaillés mais les résultats sont presque systématiquement similaires : les marchés à terme ne deviennent de bons prévisionnistes que quelques jours avant l'échéance.
Le reste du temps, ils fournissent des évidences du genre le cours du baril de pétrole dans les années à venir devrait être de plusieurs dizaines de dollars.
En quelque sorte du boulot de voyance réalisé par des traders à l'ego survitaminé, à coups d'infrastructures informatiques monstrueuses et de bonus indécents.
À titre de comparaison, une voyante opérant par téléphone est facturée en France environ 1 € par minute. Un golden boy (ou girl d'ailleurs) haut de gamme demande 5 à 100 fois plus, pour une prestation similaire.

L'expression populaire "jouer en bourse" est, dans les faits, à prendre au pied de la lettre.
Un lancer de dés prédit aussi bien le futur financier que la communauté réunie des golden boys, des traders et des gnomes de Zurich.

Les bourses sont un des piliers de l'économie moderne. En facilitant les échanges de biens et de financements, elles dynamisent l'activité.
En déduire qu'elles sont omniscientes est un pas à ne franchir sous aucun prétexte.

Boursicotico-bouledecristalement votre

Références et compléments
- À propos des médecins de Molière, voir aussi la chronique "le Malade Twimaginaire" ou comment Molière aurait appréhendé les réseaux sociaux.
- Chronique librement inspirée de l'excellent livre "the black swan / le cygne noir" de Nassim Nicholas Taleb qui a des mots beaucoup plus sévères que les miens sur la médiocrité de l'univers du trading dans lequel il a travaillé.
- Les cours du contrat avril 2014 du pétrole brut Brent "CBJ14" ont été obligeamment fournis par le site barchart.com.
- Les volumes d'échange et de production d'aluminium proviennent du LME et de Wikipedia.

mardi 22 octobre 2013

L'informatique est une réincarnation de la SNCF

Depuis quelques semaines, j'ai la chance, dans mon activité professionnelle, de côtoyer quotidiennement des spécialistes de l'informatique. Le choc des cultures et des sémantiques est particulièrement brutal.
Jugez sur quelques pièces.

Ordinateurs et logiciels ont une tendance prononcée, dès qu'on les regarde de près, à préférer la langue d'Alan Turing à celle de Blaise Pascal.
Toutefois, la plupart des informaticiens français optent résolument pour une prononciation plus gauloise que texane.
Ainsi le nuage de données qui plane au dessus de nos smartphones et de ce blog s'appelle le "clou deux", peut-être parce que les machines qui assurent son fonctionnement font partie du hardware, la quincaillerie en anglais.
Seule exception, pour désigner leur domaine - IT Information Technologies - ces professionnels tiennent absolument au phrasé new-yorkais "ail ti". En effet, clamer que l'on travaille "alité" risque de vous faire passer pour un indécrottable fainéant.

Les acronymes sont pléthore. Pour qu'un concept, aussi basique soit-il, ait une once de crédibilité, il doit impérativement être désigné par un sigle d'obédience anglo-saxonne. Une interprétation un peu trop phonétique peut conduire à de désagréables contresens.
Ainsi un "sas" n'est pas un espace de transition mais tout simplement la location d'un logiciel domicilié dans un cumulo-nimbus.
De même un "path", n'est pas comme son étymologie rosbif pourrait le laisser supposer, le chemin permettant d'accéder à un fichier ou à un document mais, une fois encore, la location d'un bazar peu déterminé réfugié dans un strato-cumulus.
Dans la même veine, l'inénarrable Bill Gates n'a rien trouvé de mieux que d'affubler ses nuages du qualificatif "azur". De deux choses l'une, soit le créateur de Microsoft est encore plus daltonien que votre serviteur et croit que les nébulosités sont bleues ; soit, à force d'être scotché à un écran de son ordinateur, Mister Windows a fini par oublier les plus élémentaires notions de météorologie.

Il y a une trentaine d'années, lorsque je commençais mon long parcours de salarié, l'endoctrinement alors en vogue inculquait que le client est le personnage le plus important de l'entreprise et que le choyer en permanence était indispensable à la survie du business.
L'informatique vient bousculer ce superbe catéchisme.
Ce que tout épicier ou boulanger nomme un client est dans le monde "ail ti" un usager.
Afin d'avancer masqué et ne pas trop désespérer les habitués des TER ou de la RATP, l'américain "iouzeur" est toutefois d'emploi systématique.
Le client - pour faire riche dîtes "claille hante" - est en fait le logiciel qu'utilise le client, pardon le "iouzeur".
Ce "claille hante" est désormais l'objet des soins assidus du personnel.
La preuve, un serveur est en permanence à son écoute, prêt à répondre à ses moindres requêtes grâce à un voire même plusieurs protocoles soigneusement établis.
La dernière mode venue de Californie est soucieuse de la sveltesse des "clailles hante". Les clients trop lourds n'ont plus la cote. Pour continuer à être servi, il est impératif de faire maigrir l'élément le plus important de l'informatique.

Quant à la satisfaction de l'usager, un logiciel - pardon, un client très léger - tachera de s'en enquérir dès que les règles business appropriées auront été définies ...

Informatiquement votre

Eléments de décodage, pardon, de reverse engineering
Pour les très rares lecteurs qui ne se sont pas encore "alités" :

. Cloud, nuage en français, se dit des installations informatiques réparties à travers la planète et accessibles par internet.
À titre d'exemple, les Humeurs Mondialisées sont domiciliées quelque part dans le "clou deux".

. Le "sas" est en fait le SaaS, Software as a Service, logiciel en tant que service c'est à dire un programme fonctionnant dans le "clou deux" et dont vous louez l'usage.

. Le "path" s'ecrit PaaS, Platform as a Service, plateforme en tant que service. Il s'agit de la location simultanée de machines et de logiciels dans le "clou deux".

. Windows Azure (avec un E terminal) est la marque déposée du "clou deux" de Microsoft.

. Un client est un logiciel fonctionnant sur la machine du client, pardon du "iouzeur".
Un client est dit léger, par opposition au client lourd, quand l'essentiel des traitements est effectué dans le "clou deux" par un autre programme baptisé serveur.
Le monde virtuel des clients légers est aussi inégalitaire que notre monde bien réel. Certains clients, non contents d'afficher un tour de taille particulièrement réduit, sont nettement mieux dotés que leurs confrères et sont alors qualifiés de clients riches.
Que le lecteur de gauche se rassure, bien que ni Arnaud Montebourg, ni Jean-Luc Mélenchon ne soient intervenus dans ce domaine, le client riche est en très nette perte de vitesse.

. Les business rules, qui se traduisent dans la langue de Louis Renault par règles métier, ont rarement un rapport direct avec le coté sonnant et trébuchant des entreprises. Ce sont, tout simplement, des savoir-faire incorporés dans un logiciel.
Par exemple, savoir que pour serrer des boulons il faut tourner dans le sens des aiguilles d'une montre est une règle business.

Références et compléments
- Tous mes remerciements et mêmes mes excuses à mes nouveaux compagnons de labeur. Qui aime bien, ironise bien ...
- J'ignore si Bill Gates est daltonien.
Par contre, Marc Zuckerberg, le fondateur de Facebook ne fait pas mystère de sa vision altérée des couleurs. Il s'agit même de la raison pour laquelle il a choisi le bleu comme emblème de sa marque car il s'agit d'une teinte qu'il sait détecter sans problème.

mardi 30 avril 2013

L'actualité d'octobre 1889 en Tunisie

Autres temps, autres mœurs, dit le proverbe. Mais un autre prétend que l'histoire bégaie.
Ces extraits de Tunis-Journal "journal politique, littéraire, scientifique, agricole et commercial", "organe des intérêts français en Tunisie" du samedi 5 octobre 1889 donnent successivement raison aux deux dictons.
La Une de Tunis-Journal du samedi 5 octobre 1889
- A Paris, une violente altercation a opposé "boulangistes" - tenants du général Boulanger, prototype du général Massu et de la famille L. P. (je ne réussit toujours pas à écrire ce nom) - et "antiboulangistes". Des cris de "à mort, à mort" ont été entendu de part et d'autres.

- Toujours à Paris, le "parquet a ouvert une enquête sur un vol considérable commis récemment au préjudice de la Banque de France".

- A Tunis, après avoir réfléchi longtemps, le "Directeur Général des Travaux Publics" a rédigé un rapport sur "l'état futur des chemins de fer en Tunisie".
Tunis-Journal en publie, non pas les grandes lignes, mais "quelques emprunts".
Cet épais dossier n'a pas du être très convaincant car les voies ferrées existant alors en Tunisie sont à peu près celles d'aujourd'hui, à l'exception du tronçon reliant Tunis à Beja. Le réseau ferroviaire tunisien est surtout l'œuvre des beys avant la colonisation française.

- Au rayon agricole, les cours des "céréales" et des "farines diverses" ont connu "sans contredit, une reprise sensible".
Par contre, les "fèves et issues", malgré "un mouvement important", sont affectées de "changements absolument nuls".
Fort heureusement "les cotes" du café sont "toujours très fortes".
Quant aux "alcools de nos distilleries", "ils sont toujours très demandés, on n'a jamais guère de marchandise en magasin, le production suffit à peine à la demande".

- A l'Exposition Universelle de Paris, "la Tunisie, qui n'a encore qu'un tout petit vignoble est représentée par une vingtaine d'exposants".
Les vins tunisiens ont "une belle robe et un gout bien net et bien droit". Ils "se marieront bien avec certains des vins français, ceux de la Gironde particulièrement".
"Les récompenses sont assez nombreuses et sont d'un bon encouragement à nos colons de ce pays de protectorat".

- Une nouvelle convention est en passe d'être accordée à la Compagnie des Eaux de Tunis - lointain ancêtre de la SONEDE - avec une augmentation de tarif du meilleur aloi.

- Les températures maximales de la première semaine d'octobre ont oscillé entre 28°C et 31°C, les minimales entre 17°c et 22°C.
 
- Plusieurs arrestations pour vol sont mentionnées dont celle d'Amor ben Abdallah qui avait eu l'impudence et l'imprudence de cravater la "chechia" d'un lointain parent - le grand-oncle de ma belle mère - Mohammed ben Abderrahman Najar, "Tunisien demeurant à Klibia, de passage à Tunis".
Des vols de burnous et de capuchons sont aussi signalés.

- Pour terminer cette chronique, une page de publicité en faveur de "l'Hôtel des Colons - rue de l'Algérie" à Tunis qui propose une "pension complète pour les chevaux" avec un "service soigné" et des "prix modérés".

Tunisiquement votre

Références et compléments
- L'intégralité de cet exemplaire de Tunis-Journal du 5 octobre 1889 peut être consulté sur Gallica.

dimanche 15 août 2010

Paris, Bari - Chronique tunisienne


La météorologie estivale de Kelibia est loin de posséder la complexité de celle des Iles Britanniques : point ou presque de pluie et un mercure sensiblement stable !
Seul le vent fait varier ce tableau.
Lorsqu'il souffle depuis la mer, l'humidité ambiante produit une moiteur pesante.
La répétition fréquente de la formule "srou na des niats !" (littéralement "que c'est chaud !") - éventuellement aussi de "srou na barre chat !" (littéralement "chaud beaucoup") - semble pouvoir atténuer un peu les effets de cette canicule maritime.
A l'inverse, le vent de terre est une brise sympathique qui tempère la forte chaleur.

Cette apparente simplicité recèle toutefois une difficulté périlleuse pour le tenant de la langue de Molière : les deux vents kélibiens possèdent des noms imprononçables.

Le vent de terre est pire qu'un faux ami, c'est un véritable traître. Au premier abord, il semble être plaisamment baptisé "Paris" et remplir ainsi d'aise le lutécien d'origine que je suis.
Toutefois, parlez du "Paris" à un kélibien et vous obtiendrez, au mieux, un silence poli. Au bout de quelques secondes, prenant un air affligé, il vous corrigera et vous indiquera que cet aquilon se nomme en fait "Bari". C'est effectivement beaucoup plus logique, vu que le port italien est quand même beaucoup plus près du Cap Bon que la capitale française.
Le lendemain, Eole étant toujours orienté au Nord, fier de vos récents progrès linguistiques, vous expliquez avec enthousiasme que le vent est "Bari". Malheureusement, cette nouvelle appellation suscite toujours la même consternation chez vos interlocuteurs.

Les jours suivants, plus opiniâtre que jamais, vous essayez, sans aucun succès, une ribambelle de variantes phonétiques "Bhârri", "Pahri", "Bhahrî", "Paâarrrriiii", "Bpââârrrrîî" … Rien, absolument rien, ne trouve grâce aux délicates oreilles tunisiennes.

Le vent de mer est encore plus funeste, les palais francophones étant totalement rétifs à sa première syllabe.
Grosso modo, ce zéphyr s'appelle "queue bli".
Utiliser cette prononciation en public est un moyen efficace de se ridiculiser.
Si, par malchance vous avez transgressé cette règle élémentaire de prudence linguistique, il ne vous reste plus pour soigner votre ego malmené et tenter de retrouver un peu de quiétude qu'à fumer un peu de "haschich" (littéralement herbe, par extensions algues) que le "queue bli" rabat en quantité sur les plages.
Une thalasso-chicha en quelque sorte …

Météorologiquement votre ...