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dimanche 29 mai 2016

Daech s'est déjà implanté deux fois en Europe

Daech nous sidère par sa barbarie, aussi bien au Moyen Orient que loin de sa base. Nous peinons à comprendre les ressorts de cette cruauté, ne serait-ce que pour mieux la combattre.

Pourtant des bouffées délirantes simultanément religieuses et totalitaires sont déjà survenues dans le passé.
Ainsi, à la renaissance, l'Europe, alors exclusivement chrétienne, a connu deux théocraties aux accents contemporains.
Jugez sur pièces.

Saison 1- Épisode 1 - Florence / Italie - 1494 / 1498

En 1494, Florence - ville des Médicis et coeur de la renaissance italienne - est conquise par les troupes du roi de France Charles VIII.

Magnanime, le souverain français décide que les florentins doivent se gouverner eux-mêmes. Il confie le pouvoir à un moine dominicain exalté et prophétique, Jérôme Savonarole / Girolamo Savonarola.
Depuis de nombreuses années, ce religieux ascétique s'opposait aux Médicis et à la hiérarchie catholique qu'il jugeait dépravés et corrompus.

Savonarole - appuyé par la foule galvanisée par ses sermons - met en place un Grand Conseil pour administrer la ville.

Les premières mesures de cette sorte de soviet sont plutôt sympathiques.
L'impôt est modifié pour être plus équitable et un embryon de sécurité sociale est établi pour aider les plus pauvres.
De surcroît, la justice n'est plus autorisée à recourir à la torture.

Jérôme Savonarole par Fra Bartolomeo

Toutefois, revers de la médaille pieuse, une dictature religieuse est instaurée.
Jésus Christ est intronisé roi de Florence et chaque habitant est tenu de respecter les enseignements de la bible, en public et en privé.
Crédit et jeux sont illico interdits, les tavernes mettent la clef sous la porte et l'homosexualité devient punie de mort immédiate.
Les jeunes sont organisés en escouades vêtues de robes blanches. Ainsi affublés, ils parcourent les rues pour inciter par la force les florentins à la charité volontaire.
Une milice assure le maintien de cet ordre religieux rigoriste. Elle entre à toute heure dans les domiciles pour débusquer les conduites immorales qui sont sanctionnées sur le champ et sans appel.

Le jour de mardi gras 1497, dans une ultime fuite en avant, Savonarole, suivi par une partie de la population, organise le « bûcher des vanités » (« falò delle vanità »).
Les florentins - bon gré, mal gré - brûlent les objets suscitant le péché de vanité : cosmétiques, miroirs, vêtements de fête, bijoux, tapisseries, instruments de musique ...
Livres et images sont particulièrement visés. Les oeuvres licencieuses et immorales - c'est à dire non explicitement religieuses ou comportant un soupçon de nudité - sont purifiées par les flammes.
Nombres de manuscrits anciens sont réduits en cendres. Des vers d’Ovide, de Dante et de Boccace finissent en fumée.
Sandro Botticelli - peintre inspiré de la naissance de Vénus et pourtant fervent supporter de Savonarole - aurait amené lui-même plusieurs de ses tableaux d’inspiration mythologique au brasier.

Peu après ce festival de l'autodafé, la jeunesse florentine se révolte et interrompt un sermon du moine purificateur.
Les tripots rouvrent et la vie quotidienne, petit à petit, retrouve son cours habituel.

Sentant le vent tourner, le pape Alexandre VI, jusqu'alors en retrait, se résout à excommunier Savonarole qui est, en 1498, arrêté, torturé et brulé en place publique.

Saison 1 - Épisode 2 - Münster / Allemagne - 1534 / 1535

Dans les années 1530, la région de Westphalie, est, comme presque toute l’Allemagne, en proie aux turbulences religieuses entre catholiques et récents convertis à ce qu’on n’appelle pas encore le protestantisme.

En 1531, un prédicateur « réformé » luthérien très actif, Bernt Rothmann, arrive à Münster, convertit à tour de bras et voue à l’archevêque Franz von Waldeck aux gémonies.
Le combat idéologique est aisé car le prélat catholique, avec ses 8 enfants et son train de vie opulent, n’est pas un modèle de vertu et de tempérance.

Emporté par son élan, Bernt Rothmann finit par considérer trop timorées les thèses de Martin Luther.
En 1533, il se tourne vers l’anabaptisme - christianisme très radical apparu peu avant en Suisse - dont les disciples veulent suivre la bible à la lettre et croient à l’imminence de la parousie, c’est à dire du retour définitif et triomphant du Christ.

Cette dérive sectaire attire en Westphalie de nombreux anabaptistes allemands et néerlandais que catholiques et luthériens s'accordent à persécuter.
Début 1534, deux de leurs leaders, les hollandais Jan Matthijs et Jan van Leiden rejoignent Münster, soulèvent la foule, prennent le contrôle de la cité et chassent les autorités mais aussi une fraction des habitants.

Jan van Leiden - Gravure réalisée en prison quelques jours avant son exécution

Les deux Jan sont persuadés que Münster est la « nouvelle Jérusalem » décrite dans l'apocalypse de Saint Jean.
À partir de cette place forte, ils veulent conquérir et convertir le reste du monde dans le peu de temps qui reste avant que sa fin advienne.
Pour faire face à l'urgence - le come-back de Jésus est programmé le 5 avril 1534 - ils rebaptisent promptement un millier d'adultes et répriment les réfractaires.

Ils en profitent aussi pour bricoler un prototype de communisme en abolissant la monnaie et la propriété privée.
Soucieux de tout partager mais néanmoins pragmatiques, comme Münster abrite plus de femmes que d’hommes suite aux départs forcés de catholiques, les deux prophètes rendent la polygamie non seulement légale, mais obligatoire.
Montrant l’exemple, Jan van Leyden s’octroie pas moins de 16 épouses, dont une qu’il fait décapiter pour refus d’obéissance.

Les anabaptistes doivent aussi faire face à des préoccupations plus terre à terre.
L’archevêque Franz von Waldeck qui n’apprécie guère d’être privé de ses possessions en ce bas monde, recrute des mercenaires qui assiègent la cité.
Jan Matthijs est convaincu d’être le second Gédéon de la bible. Pour briser l'encerclement de la ville, il effectue, pile au moment où le Christ doit réapparaitre, une sortie avec une trentaine d’hommes non armés.
Le renfort divin ayant loupé le rendez-vous, cette petite troupe est massacrée.

Ce revers militaire et théologique ne décourage pas les assiégés et accentue leur radicalisme.
Jan van Leiden - guidé par des « visions célestes » et successeur autoproclamé du David biblique - administre la ville, ses âmes et leur défense d’une main de fer.
En dépit des privations qui se transforment en famine, les anabaptistes résistent avec acharnement et liquident ceux qui ne partagent leur enthousiasme apocalyptique.

Après un an et demi de siège, Münster finit par être reprise par les soldats de l’archevêque secondés par des princes allemands désireux de limiter la contagion révolutionnaire.
Bernt Rothmann meurt lors des derniers combats. Jan van Leyden et deux de ses lieutenants sont capturés et expédiés ad patres à l’issue d’un supplice public.
Pour marquer les esprits, leurs cadavres sont exhibés en haut d’un clocher.


Cages de fer dans lesquelles les corps des meneurs de la rébellion de Münster furent exposés.
Elles sont, comme l'atteste cette photo, toujours accrochées à la tour de l'église Saint-Lambert de la ville.

Saison 2 : vivaces nostalgies

Malgré un recul de cinq siècles, ces épisodes théocratiques au coeur de l’Europe bénéficient toujours d’une aura positive chez moult personnes.

Nombre de protestants, de tendance luthérienne mais aussi calviniste, considèrent Savonarole comme un précurseur et même un martyre de leur réforme religieuse.
Sa statue voisine celle de douze autres figures protestantes qui constituent le très officiel monument à la mémoire de Martin Luther à Worms.

Les catholiques ne sont pas en reste.
Plusieurs personnalités de cette église ont, au fil du temps, conservé, publié et diffusé la pensée du religieux au profil en lame de couteau.
En 1996, son ordre monastique, les dominicains, a même officiellement demandé sa béatification.

Statue de Savonarole du monument à la mémoire de Martin Luther et de la réforme protestante à Worms

Les anabaptistes ont perduré après leur écrasement à Münster.
Si presque tous ont abandonné la violence, leur histoire tortueuse est celle de multiples groupes repliés sur eux mêmes et en conflits théologiques permanents.

Une de ces branches, après un séjour en Alsace, a émigré en Amérique du Nord vers 1730 où elle vit depuis en autarcie en fonction de leur règle « tu ne te conformeras pas au monde qui t’entoure ».
Nous les connaissons sous l’appellation « amish » dérivée du nom de leur fondateur, le suisse Jakob Amman.

Bon an, mal an, les anabaptistes de Münster, leur révolte et leurs leaders suscitent toujours des sympathies dans la très diverse galaxie protestante.

Jan van Leiden baptisant une jeune fille - Tableau de Johann Bähr de 1840

Plus étonnant, la rébellion de Münster a aussi été célébrée par la très communiste, très athée et désormais très défunte République Démocratique Allemande.

Cette révérence envers une théocratie persiste dans une part de la gauche radicale.
Gommant les aspects religieux et interprétant la polygamie comme une rupture du carcan sexuel traditionnel, une lecture marxisante voit dans les évènements de 1534 / 1535 le soulèvement du peuple opprimé contre ses possédants, d’inspiration prolétaire et même libertaire.
Ainsi, la regrettée Marguerite Yourcenar, dans son roman « l’oeuvre au noir », a projeté l’image d’un groupe de sympathiques idéalistes pratiquant l’amour libre et réprimés sans pitié par le conservatisme des puissants.

Saison 3 : fracassantes résonances

Les parallèles avec Daech abondent.
Dans le récit ci-dessus, il suffit de remplacer Florence par Racca, Münster par Mossoul et bible par coran pour décrire la barbarie du prétendu état islamique.

Plus troublant encore, la renaissance a été le siège de multiples mutations se nourrissant les unes les autres.
Citons en vrac : invention de l’imprimerie, début d’amélioration des rendements agricoles, invention de la comptabilité et de la banque, naissance d’une proto-industrie, croissance urbaine, amélioration ténue mais réelle des transports, explorations maritimes lointaines, prémisses du capitalisme, bouillonnements culturels mais aussi religieux …

Comment ne pas faire le lien avec notre époque agitée ?

Historiquement votre

Références et compléments
Voir aussi la chronique « la mondialisation ne date pas de la dernière mousson » qui relate l’expansion maritime mondiale du Portugal sensiblement à la même époque.

Articles Wikipedia pour aller plus loin

L'article dans la revue en ligne "Clio - Femmes, Genre, Histoire" de Catherine Dejeumont "la réforme du mariage dans la communauté anabaptiste de Münster : quelle utopie ?" m'a fait connaître les liens entre la rébellion de Münster et la gauche radicale.

Le demande de béatification de Savonarole par l'ordre monastique des dominicains est référencée à plusieurs reprises, notamment dans cette note du site Regesta Imperii.

Crédits images

samedi 23 janvier 2016

2 français sur 3 hors religion

​Le terrorisme et l'augmentation des migrants ont déchaîné en France un maelström de passions religieuses et anti-religieuses.
Désormais, bistrots, médias et politiques s'enflamment à propos d'islam, de laïcité, de catholicisme, d'identité et de judaïsme. Au point, je pense, de rendre jaloux bouddhistes et protestants.

Fidèle aux rites de ce blog, je vous propose d'examiner les croyances et incroyances hexagonales avec le regard distancié des statistiques.

Le pays de Voltaire, Pascal et Diderot

Les français, pris dans leur ensemble, ont un positionnement varié et équilibré vis à vis des religions.

Un tiers s'énonce non religieux, c'est à dire qu'il doute ou encore que la métaphysique ne l'intéresse pas.
Dans le même temps, un copieux tiers affirme être croyant et un petit tiers ne placer aucune foi en Dieu.

Proportions de français se déclarant religieux, non religieux ou athées

Le pays du petit père Combes

Toutefois, en rassemblant athées et non religieux, les fidèles apparaissent nettement minoritaires.
Les français qui dédaignent le Ciel sont presque deux fois plus nombreux que ceux qui s'y réfèrent.

Proportions de français se situant "hors religion" et de français religieux

Le pays de Charles de Gaulle, Abd al Malik et André Chamson

2 croyants sur 3 - soit 1 français sur 4 - sont catholiques.

L'islam, deuxième foi hexagonale, est clairement distancé avec environ 1 français sur 20, un peu plus d'un croyant sur 7.
Les tenants du catholicisme gallican sont 5 fois plus nombreux que les musulmans bleu-blanc-rouge.

Bien que la France soit la patrie de Jean Calvin, à peine 1 français sur 25 s'énonce protestant, un gros dixième des croyants.

Les autres confessions pèsent sensiblement autant que le protestantisme.
Parmi elles, le judaïsme - pourtant plus ancienne religion française avec plus de 2 000 ans de présence ininterrompue - n'atteint pas 1% de la population hexagonale, grosso modo 1 croyant sur 40.


Paysage religieux et spirituel français

Le pays de 2 traditions

L'histoire religieuse complexe, turbulente et ensanglantée de la France a créé deux fortes traditions structurantes.

D'une part, le catholicisme, autrefois religion d'état et longtemps dominateur, tient une solide seconde place sur le podium de la foi.

D'autre part, pour faire simple, les Lumières, la Révolution Française et les Républicains sont à l'origine d'un courant difficile à qualifier alliant athées, agnostiques, libre-penseurs et anti-cléricaux plus ou moins virulents.
Depuis les années 1960-1970, cette mouvance a décroché la médaille d'or et va, probablement, la conserver un très long moment.

Jointes l'une à l'autre, ces deux traditions françaises écrasent aujourd'hui la scène spirituelle avec l'adhésion de presque 9 français sur 10.

Les autres religions, même si certaines affichent de sympathiques taux de croissance, sont loin derrière.
Si musulmans sunnites et chiites, protestants de toutes dénominations, juifs, orthodoxes, bouddhistes, hindous et de nombreux autres que je n'ai pas la place de citer se réunissaient, ils n'atteindraient qu'un septième du collectif groupant libres-penseurs et catholiques.

Proportion de français d'une part "hors religion" ou catholiques et, d'autre part, adeptes d'une autre spiritualité.

Coexisto-diversement votre

Références et compléments
Cliquer sur les graphiques pour les agrandir.

Voir aussi sur des thèmes connexes les chroniques :
Brève présentation des personnalités citées :
  • Charles de Gaulle (1890 - 1970) n'a jamais dissimulé sa foi catholique. Toutefois, en bon laïque, il n'en a jamais fait de démonstration publique dans ses fonctions officielles
  • Emile Combes (1835 - 1921), surnommé le "petit père Combes", fut un homme politique emblématique du combat laïc et anticlérical aux alentours de 1900.
  • André Chamson (1900 - 1983) écrivain, conservateur de musée et résistant français.
    Protestant engagé, il prit plusieurs fois la parole lors de l'Assemblée annuelle du Désert dans les Cévennes.
    Un extrait d'un de ces discours fait partie des "10 citations contre le terrorisme et la barbarie".
  • Abd al Malik, alias Régis Fayette-Mikano, est un rappeur, compositeur, écrivain et réalisateur français né en 1975.
    Converti à la foi musulmane, initialement très proche des milieux tabligh, il revendique désormais, notamment dans son livre "Qu'Allah bénisse la France", une pratique soufie ainsi qu'un islam "des Lumières" compatible avec la laïcité française.
  • Les trois grands écrivains des XVIIème et XVIIIème siècles représentent la diversité spirituelle française.
    - Voltaire (1694 -1778) était un déiste non religieux à la pointe du combat pour le respect de toutes les croyances.
    Ce lien permet de télécharger le traité sur la tolérance de Voltaire, texte splendide, aisé à aborder et, hélas, toujours d'actualité.
    - Denis Diderot (1713 - 1784) s'affirmait athée.
    - Blaise Pascal (1623 - 1662) clamait son catholicisme tendance janséniste, nous dirions aujourd'hui rigoriste, voire intégriste.
  • Jean Calvin - à ne pas confondre avec les jeans Calvin Klein - est né à Noyon en Picardie en 1509 et est mort à Genève en 1564.
    Ce théologien est, avec l'allemand Martin Luther, un des deux principaux instigateurs de la réforme protestante. Calvin transforma Genève en rigoriste république religieuse, un prototype du Téhéran des ayatollahs en quelque sorte.
    L'auteur s'enorgueillit toutefois d'avoir étudié au lycée pourtant public et laïc de Noyon, plaisamment baptisé, si j'ose dire, Calvin.
     
Les données proposées dans ce billet sont les mêmes, avec une autre présentation notamment graphique, que dans la chronique de janvier 2015 "Les musulmans en France combien de divisions ?".

Principales sources :
  • Deux sondages CSA & IFOP de 2013, intitulés chacun “le catholicisme en France”
  • Sondage WinGallup & REDC de 2012 “global index of religion and atheism” employé aussi dans la chronique "Les religions combien de divisions ? Statistiques de la foi"
  • Sondage IFOP de 2011 “les français et la croyance religieuse”
  • Sondage IFOP de 2009 “étude sur l'implantation et l'évolution de l'islam en France”
  • Sondage CSA de 2004 “les français et la religion”
Ces enquêtes ont des questions et des méthodes très disparates, difficiles à réconcilier. Aussi j'ai procédé avec la méthode dite "des manifestations" consistant à moyenner les chiffres des organisateurs et ceux de la police.

Ce nouveau billet statistique sur les religions et l'athéisme en France doit beaucoup à la twittonaute Bee / @ElisabethBelloc ainsi qu'aux échanges caféinés avec Jean. Un grand merci à tous les deux.

lundi 11 janvier 2016

Les religions combien de divisions ? Statistiques de la foi

Régulièrement, des événements à connotation religieuse font la une de l'actualité, trop souvent à cause d'exactions commises par des fanatiques.

Afin de prendre un peu de hauteur et fidèle - le terme est particulièrement approprié - aux habitudes de ce blog, je vous propose de porter un regard statistique et distancié sur les religions et les croyances.

Un marché mal connu

Première surprise, peu de chiffres sont disponibles sur les religions et il est difficile de donner foi à beaucoup d'entre eux. À croire que nous n'avons pas envie de savoir qui croit quoi.

Une partie des rares sources sont des organisations prosélytes qui cherchent, par le biais de grands nombres, à montrer que les croyances qu'elles promeuvent progressent à la vitesse de la marée au Mont Saint-Michel.

Les pays à religion d'état ne sont pas non plus avares de chiffres montrant l'alignement spirituel de la quasi-unanimité de leurs citoyens.
Ainsi, dans la plupart des pays musulmans, les autorités affirment, sans aucune vérification, que toute la population est de confession islamique, à l'exclusion des personnes issues de familles ancestralement chrétiennes ou juives.

La seule façon de surmonter cette difficulté est d'utiliser la méthode dite des manifestations.
La moins mauvaise estimation du nombre de participants à un défilé consiste à moyenner les valeurs fournies par la police avec celles proclamées victorieusement par les organisateurs.

2 multinationales omniprésentes

En recoupant les différentes sources, il ressort que catholicisme et islam sunnite dominent nettement la sphère religieuse.

En moyenne mondiale, un peu plus d'un croyant sur 5 est un fidèle de chacune de ces deux grandes confessions.

La clientèle du Christ nettement en tête

Par contre, en tenant compte des filiales, le christianisme est nettement leader.
Un fidèle sur 6 place sa foi en Jésus sans pour autant reconnaître l'autorité du pape romain.
Réunis, protestants, orthodoxes, anglicans, coptes et ouailles d'autres dénominations chrétiennes occupent la troisième place sur le podium de la dévotion.

L'islam est plus monolithique.
Aux 21% de croyants musulmans sunnites viennent seulement s'adjoindre 3% supplémentaires de chiites de toutes obédiences.

Un marché qui reste fractionné

L'hindouisme, avec son ancienneté trois fois supérieure à celle de l'islam ou du christianisme, obtient une très honorable quatrième place, avec légèrement moins d'un fidèle sur 6.

À l'inverse, le bouddhisme peine dans la côte avec un peu glorieux 7%, seulement un croyant sur 14 !

Le reste du marché religieux est dispersé.
Environ 15% des fidèles suivent une myriade de religions tribales, chamaniques ou chinoises mais aussi le judaïsme, le jaïnisme, le sikhisme, le zoroastrisme, la scientologie ou encore le rastafarianisme cher au regretté Bob Marley.
J'arrête ici une énumération qui pourrait occuper de nombreuses lignes.

Répartition mondiale des croyants des différentes religions

4 personnes sur 10 hors marché

Ces chiffres sont fort sympathiques mais oublient allègrement que nombres d'entre nous ne peuvent ou ne veulent se définir vis à vis d'une religion ou d'une foi.

Un célèbre institut de sondages pose régulièrement, dans 57 pays représentant trois quarts de la population mondiale, la question "indépendamment de votre fréquentation de lieux de dévotion, diriez-vous que vous êtes une personne religieuse, une personne non religieuse ou un athée convaincu ?".

Les résultats de la dernière livraison datée de 2012 changent la perspective.
Un petit quart de l'humanité se considère non religieux, 13% s'affichent athées et une personne sur 20 ne sais même pas se situer.

Répartition mondiale des attitudes vis à vis de la foi

Un marché spatialement mal réparti

Ces moyennes internationales recouvrent de fortes disparité géographiques.

La palme de la croyance revient au Ghana qui bat, sur le fil, le Nigeria, l'Arménie et les Îles Fidji.
Dans chacun de ces états, plus de 90% de la population s'affirme religieuse.

A l'autre bout du spectre, Chine, Japon et République Tchèque sont médaillés en mécréance avec de l'ordre de 8 de leurs ressortissants sur 10 à l'écart de la foi.

La fille aînée de l'Église est d'abord mécréante

La France, vieux pays catholique, n'affiche qu'un gros tiers de personnes religieuses, autant qu'en Australie ou à Hong Kong.

Le pays de Voltaire se distingue toutefois par son fort taux d'athéisme (29%).
Sur ce dernier point, Paris, Prague et Tokyo se valent.
Ils sont toutefois largement dépassés par Pékin qui explose l'agnostimat avec une petite moitié d'athées déclarés, les célèbres athées de Chine.

Près d'un tunisien sur 4 à l'écart de la religion

En Tunisie, trois quarts des habitants se déclarent religieux.

Dans le même temps, 22% des tunisiens s'énoncent non religieux, 2% ne répondent pas et un microscopique pourcent s'affirme même athée.

Ces valeurs sont comparables à celles relevées en Arabie Saoudite.

L'absence de religion première religion mondiale

Combiner et agréger mondialement les types de croyances avec les attitudes vis à vis des religions débouche sur une troisième image.

Le groupe de loin le plus nombreux - 4 humains sur 10 - est formé par les personnes en dehors des religions.

Les chrétiens, tous dossards confondus, obtiennent la médaille d'argent avec un petit quart de la population planétaire.

Suivent ensuite les musulmans et les hindous avec, respectivement, 1 personne sur 7 et 1 sur 10.

L'ensemble de toutes les autres religions recueille l'adhésion d'un citoyen du monde sur 8.

Répartition mondiale des attitudes vis à vis de la foi et des religions

Cette exposition chiffrée de la réalité mondiale de la foi a peu de chances de plaire aux zélateurs de tous poils, longs ou ras, à qui elle rappelle que l'univers de nos croyances, non-croyances et incroyances est divers.
Un hymne statistique au respect mutuel en quelque sorte ...


Humainement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
- Les données sur l'attitude vis à vis de la religion et de l'athéisme proviennent du Global Index of Religion and Atheism 2012 réalisé par REDC et Win-Gallup International.

- Les valeurs du nombre de croyants ont été moyennées d'après les 3 sources principales citées par Wikipedia dans son article sur la religion :
. Status of Global Mission 2013
. adherents.com
. chartsbin.com
La première source est éditée annuellement par des missionnaires chrétiens.
Les deux autres sont des compilations de multiples données réalisées collaborativement par des amateurs de statistiques.

- Ce billet sur le comptage des religions et de l'athéisme a été initialement publié sous une forme légèrement différente mais avec les mêmes chiffres en août 2013.

- Je n'ai pas su résister au calembour "athées de Chine". Je prie, si j'ose dire, les âmes sensibles de me pardonner.

Tentative d'explication de la laïcité en France à mes amis hors de l'Hexagone

"Ceux qui suivent leur conscience sont de ma religion et je suis de la religion de ceux qui agissent bien"
Henri IV, vers 1598
Les attentats en série et leurs séquelles à travers le monde ont remis au premier plan la "laïcité".
Cette singularité française, peu traduisible dans une autre langue, est souvent mal connue, donc peu comprise, en dehors - et parfois au sein - des frontières du pays de Voltaire.

Aussi amis lecteurs de Tunisie, d'Italie et d'un peu partout ailleurs, je vais essayer, avec mes modestes moyens, de vous initier à ce mystère insondable.

Le fruit d'une histoire religieuse tourmentée


Diversité religieuse et athéisme

Depuis des lustres, la France est un grand bazar de la bonne et de la mauvaise foi.

De multiples communautés juives sont établies dans l'Hexagone depuis l'époque romaine.
À la Renaissance, l'éclosion du protestantisme a rompu le monopole du catholicisme.
Et de 1815 à aujourd'hui, les vagues successives d'immigration ont singulièrement élargi la palette religieuse.

De surcroît, dès le 18ème siècle, la non croyance a grignoté des parts de marché de plus en plus conséquentes.
Ainsi, de 1750 à la Révolution française, de multiples curés d'Île de France indiquaient, dans leurs rapports à l'évêché, que présence à la messe et confessions diminuaient sans véritable réprobation sociale.
La toponymie urbaine est d'ailleurs le reflet de cette propension nationale à l'incroyance.
Beaucoup de rues et de places portent le nom de personnages illustres à l'athéisme et, parfois même, à la haine de la religion revendiqués : Robespierre, Jules Ferry, Jean Jaurès, Georges Clémenceau, Léon Gambetta, Émile Zola, Victor Hugo, Léon Blum, Jean Moulin, Pierre et Marie Curie, Louise Michel, Marcellin Berthelot ...
Aujourd'hui, près de 2 français sur 3 se déclarent hors religion.

Violents conflits

Les sinistres guerres de religion entre protestants et catholiques, symbolisées par le massacre de la Saint Barthélémy en 1572, ont ensanglanté le 16ème siècle.
Quelques décennies plus tard, Louis XIV tenta avec ses "dragonnades" d'en finir par la violence avec les disciples de Calvin. Une fraction importante des protestants quitta alors la France pour les Pays-Bas, l'Allemagne ou l'Afrique du Sud.

Lors de la Révolution française, puis sous la Commune de Paris en 1871, l'église catholique et une partie de ses fidèles furent victimes de persécutions, dont la guerre civile en Vendée dans les années 1790 fut l'apogée.
La séparation des églises et de l'état après 1905 s'est accompagnée de bruits de bottes et de sérieuses échauffourées.

Un antisémitisme grandissant a entaché la fin du 19ème siècle et la première partie du 20ème. Il a débouché sur la déportation en masse de juifs par Pétain, Laval et les nazis durant le second conflit mondial.

Agnostiques, incroyants et déviants ont été pourchassés par l'inquisition et la monarchie jusqu'au milieu du 18ème siècle.
La torture et l'exécution publiques, dénoncées par Voltaire, du chevalier de la Barre en 1766 furent le dernier emblème d'une longue série à laquelle il faudrait ajouter la persécution des cathares, vaudois et sorciers de toutes obédiences.

Longue marche en zigzag vers la laïcité

Heureusement, des porteurs de paix et de tolérance ont, à plusieurs reprises, interrompu cette litanie de massacres et malheurs.

En 1598, en signant l'Édit de Nantes, Henri IV mit fin aux guerres de religion.
En garantissant aux protestants la liberté de conscience, ce texte, très moderne dans son essence, créait la distinction entre le sujet politique, qui doit obéissance à son roi, et le croyant, libre de ses choix spirituels remisés dans la sphère privée.
Même, si une soixantaine d'années plus tard, Louis XIV, petit-fils d'Henri IV, tenta de revenir en arrière, le ver était dans le fruit et le droit divin catholique de la monarchie était irrémédiablement fêlé.
“Henry par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre [...] ordonnons [...] à tous nos sujets [de] se contenir et vivre paisiblement ensemble comme frères, amis et concitoyens, sur peine aux contrevenants d'être punis comme infracteurs de paix et perturbateurs du repos public”.
Henri IV - Extrait de l'article 2 de l'Édit général de Nantes d'avril 1598
Original de l'Édit Général de Nantes proclamé par Henri IV en avril 1598

La Révolution française a instauré la citoyenneté pour tous.
Les religions minoritaires acquirent définitivement droit de cité et les agnostiques furent nombreux parmi les leaders du nouveau régime.
"Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses."
Extraits des articles 1 & 10 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen d'août 1789, désormais intégrée à la constitution française
Deux mesures symbolisent cette autonomisation de l'individu par rapport aux communautés religieuses.
D'une part, les registres d'état-civil furent soustraits aux curés, pasteurs et rabbins pour être confiés aux mairies. D'autre part, le mariage civil fut institué et rendu non seulement obligatoire mais aussi préalable à tout mariage religieux.
Les régimes monarchiques qui se succédèrent ensuite, malgré leurs envies, ne réussirent pas, au grand dam du Vatican, à faire rentrer le dentifrice dans le tube.

Le catholicisme ayant marqué fort peu d'entrain au rétablissement de la démocratie et de la république après la chute de Napoléon III en 1871, la partie athée de la classe politique et de l'opinion bascula dans l'anticléricalisme, plus souvent agressif que modéré.
Le projet laïc était clairement de supprimer l'emprise de la religion catholique sur la société.

Caricature anticléricale de la fin du 19ème siècle

Beaucoup de protestants et de juifs s'associèrent aux anticléricaux car ils y virent l'opportunité de sortir de leur position plus tolérée qu'acceptée ainsi que de la tutelle de l'état.
Quelques rares catholiques “non cléricaux”, autour de Marc Sangnier et de son mouvement le Sillon, se sont aussi joints au camp dit laïque.

La laïcité française est donc issue d'un compromis politique improbable entre toutes les nuances de la gauche et du centre de la fin du 19ème siècle, liguées contre le conservatisme catholique aux importants relents monarchistes.
Dans ce rassemblement disparate, les anticléricaux virulents voisinaient des républicains abstraits, des libéraux et des minorités religieuses.

Lettre du 31 janvier 1849 adressée depuis une zone protestante dans le sud de l'Isère au Sous Directeur des Cultes non catholiques au Ministère de l'Instruction Publique et des Cultes.
Au milieu du 19ème siècle, l'état français conservait une vraie mainmise sur les religions, que ce soit le catholicisme majoritaire, mais aussi le protestantisme et le judaïsme minoritaires.

Le débat - ou plutôt le combat - fut alors acide et acéré. Cette période de très fortes convulsions est appelée par les historiens "la guerre des deux France".
Polémistes et caricaturistes faisaient feu de tout bois, maniant plus le premier que le second degré.
Par rapport à leurs prédécesseurs du 19ème siècle, les regrettés dessinateurs de Charlie Hebdo font figure de doux rédacteurs d'albums pour jeunes filles.

Caricature anticléricale de la fin du 19ème siècle

En 1881-1882 fut créé, sous la houlette du très colonialiste Jules Ferry, l'enseignement public, laïc - le mot est lâché - et obligatoire de manière à ancrer le régime républicain et, surtout, à diminuer l'influence de l'église sur la jeunesse.

Dans les années qui suivirent, les textes législatifs anticléricaux se sont succédés à un rythme soutenu.
En 1901, une loi emblématique institua la liberté d'association, sauf pour les congrégations religieuses dont la plupart furent réputées dissoutes. En conséquence, 30 000 des 160 000 moines et moniales s'exilèrent hors de France.
En 1903, les congrégations catholiques rescapées furent interdites d'enseignement.

Ce mouvement vers la laïcité culmina le 9 décembre 1905 avec le vote de la loi de séparation des églises et de l'état, toujours en vigueur.

Dessin de presse paru au moment de la séparation des églises et de l'état en 1905

La querelle dite religieuse resta vivace jusque dans les années 1920 et ne s'est définitivement éteinte que dans les années 1970-1980.
Je me souviens que, dans le village de l'Oise où j'habitais enfant dans les années 1960, lors des enterrements, une partie importante du cortège - essentiellement des hommes - ne rentrait pas dans l'église et allait ostensiblement au bistrot d'en face pendant la messe pour le défunt.

Un principe très simple : état et religions, chacun chez soi !

La laïcité française est la stricte distinction entre, d'une part, les religions et croyances et, d'autre part, l'état et le politique.

Ce concept repose sur deux piliers exprimés de façon lapidaire au début de la loi de 1905.
“La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes.
La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.”

Extraits des articles 1 et 2 de la loi de 1905, toujours en vigueur
Ces principes sont désormais intégrés dans l'actuelle constitution française.
“La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.”
Article 1 de la constitution du 4 octobre 1958, toujours en vigueur
La première mouture de la loi de 1905 était franchement anti-religieuse dans ses détails ou, plus exactement, anti-catholique.

Couverture de "la Lanterne" - journal républicain anticlérical" - fin du 19ème siècle

L'état est devenu, séance tenante, propriétaire de tous les édifices ecclésiastiques et a utilisé la force pour appliquer la nouvelle législation.
Les religions ont été sommées d'adopter une organisation dite en "association cultuelle", copiée sur celle du protestantisme et destinée à casser la hiérarchie pyramidale du catholicisme.
Ces dispositions, refusées en masse par les catholiques, ont suscité une forte résistance et des bouffées de violence avec plusieurs victimes.

Affrontements entre soldats et émeutiers catholiques autour de l'église de Quessoy dans les Côtes d'Armor en Bretagne, le 10 mars 1906, lors de la "querelle des inventaires".

Petit à petit, une politique "d'apaisement" et "d'accommodements raisonnables" se mit en place. La loi de 1905 fut retouchée plusieurs fois et devint, comme le dit à l'époque Aristide Briand, areligieuse.

Une pratique en 5 points

Au delà des principes généraux, 5 axes concrets fondent la laïcité française au jour le jour.

1) Liberté absolue de conscience

Tout un chacun est totalement libre de croire ou de ne pas croire à ce qu'il souhaite et de changer d'avis autant qu'il lui sied.

Symétriquement, tout un chacun est aussi tenu de respecter et de ne pas entraver les pratiques et les croyances religieuses de ses concitoyens.
Les articles 31 & 32 de la loi de 1905 sont très clairs et détaillés sur ces derniers points. Ils punissent d'emprisonnement toute tentative de pression directe sur des individus en faveur ou contre une religion.

Toutefois, la liberté de conscience suppose aussi la liberté complète d'expression.
Aussi la critique et l'apologie publiques de croyances sont autorisées, sans autre restriction que les menaces ou appels à la haine à destination de personnes.

Autrement dit, je peux, dans les colonnes de ce blog, de manière parfaitement légale, chanter les louanges d'Ahura Mazda, le Dieu du zoroastrisme.
Je peux aussi clamer que cette divinité et son prophète Zarahoustra, au même titre que tous les autres d'un acabit identique, sont des inventions humaines sans message crédible.
Je peux même blasphémer en affirmant qu'un dieu - sans majuscule - qui possède un nom de pile électrique et de voiture japonaise manque de sérieux. Je peux, semblablement, soutenir qu'il faut être sacrément ahuri pour suivre Ahura.
Par contre, je ne peux, en aucun cas, appeler les fidèles lecteurs de ces chroniques à aller perturber une cérémonie du naojote. Je ne peux pas plus, afin de complaire au sympathique régime théocratique des ayatollahs iraniens, vous inciter à casser la figure du premier zoroastrien qui passe.

Bien entendu, ce que je viens d'énoncer pour le zoroastrisme vaut pour toutes les formes et variantes d'athéisme, de christianisme, de judaïsme, d'islam, de bouddhisme, d'hindouisme, de confucianisme, de taoïsme, de chamanisme, de rose-croix, j'en passe et des meilleures ...

En pratique, appartenance religieuse et croyances ne peuvent être demandées dans la vie courante.
Toutes les démarches administratives sont strictement areligieuses. Depuis 1872, les recensements officiels ne font plus mention de religion.

De même, employeurs, hôpitaux, banques, assurances et autres organismes ne peuvent s'enquérir de votre spiritualité ou vous traiter différemment en fonction de celle qu'ils vous supposent.
Ainsi, au contraire de l'Italie ou de l'Inde, il est très rare de trouver un quelconque signe religieux dans les locaux d'une entreprise, à l'exception notable des boutiques des monastères ou des commerces halal et kasher.

2) L'état n'intervient pas dans les religions

Depuis 1905, l'état français ne se mêle plus de religion. Il ne rémunère plus les clergés, n'intervient plus dans les décisions des différentes confessions et s'interdit de financer tout nouveau bâtiment cultuel.

Toutefois, les pouvoirs publics sont propriétaires de tous les édifices religieux existants en 1905 et en assurent l'entretien.
Paradoxalement, cette disposition a enlevé une belle épine financière du pied du catholicisme, et, dans une moindre mesure, du protestantisme et du judaïsme. Avec la chute du nombre de fidèles, et donc des ressources monétaires, l'église serait, aujourd'hui, bien en peine d'entretenir toutes ses églises.

L'islam, absent de France métropolitaine en 1905, se plaint parfois de distorsion de concurrence. Il doit supporter, avec exclusivement ses propres moyens, investissement et entretiens immobiliers dont ses compétiteurs sont dispensés.

3) Stricte neutralité religieuse et spirituelle de l'état

Dans tous ses actes, l'état doit se tenir à égale distance de toutes les croyances et incroyances.

De ce fait, aucun bâtiment ou service public ne peut présenter de symboles religieux, à l'exception des édifices historiques antérieurs à 1905.
Impossible, par exemple, de trouver en France un crucifix dans un commissariat de police comme votre serviteur a pu l'observer en Irlande.

De même, les agents de l'état, dans l'exercice de leurs fonctions, ne peuvent arborer de signes religieux, effectuer une quelconque propagande spirituelle ou vous interviewer sur votre foi.

Pas question que les billets de banque portent une devise religieuse comme aux USA.

Pas question de permettre aux femmes sapeurs-pompiers de se voiler comme en Tunisie ou aux policiers de s'enturbanner comme en Inde.

Pas question lors d'un mariage civil en mairie d'effectuer, comme en Tunisie, une quelconque prière ou action religieuse.

Pas question, non plus, que président, ministres et élus insèrent dans un discours une référence à un texte sacré, comme aux USA ou en Tunisie. L'homme ou la femme politique d'envergure nationale qui effectuerait un signe de croix au début d'une intervention publique, signerait aussi la fin de sa carrière.

4) L'école publique, un sanctuaire inaccessible aux religions

Bien entendu, comme tous les autres services de l'état, les écoles publiques sont mises délibérément en dehors du champ religieux.

Toutefois, les fondateurs et promoteurs de l'école publique vers 1880 - majoritairement anti-religieux - ont voulu aller au delà et en faire un instrument du combat anticlérical.
Les instituteurs - surnommés les "hussards noirs de la République" - se sont longtemps confrontés aux curés dans de nombreux villages et ont été les porteurs de l'idéal laïc.

Malgré les années écoulées et l'extinction de la querelle religieuse, cette conception stricte de l'éducation publique a toujours cours aujourd'hui et fait consensus chez une majorité de français.
"Il faut que les élèves aient le plaisir d'oublier leur communauté d'origine et de penser à autre chose que ce qu'ils sont pour pouvoir penser par eux-mêmes.
Si l'on veut que les professeurs puissent les y aider, et l'école rester ce qu'elle est - un lieu d'émancipation -, les appartenances ne doivent pas faire la loi à l'école."

Appel au sujet de laïcité de 1989 signé par de nombreuses personnalités académiques
Pour permettre aux jeunes de développer leur esprit critique à l'abri de leurs familles et de leurs communautés, les cours de l'école publique doivent être strictement sans connotation spirituelle.
Il est aussi demandé aux élèves, pendant le temps scolaire, de faire abstraction de leur appartenance religieuse ou idéologique et de ne pas la montrer.
Je me souviens qu'à l'école primaire, les instituteurs obligeaient ceux de mes camarades qui portaient autour du cou une chaîne avec une croix de la rentrer dans leur chemise afin qu'elle ne soit plus visible.

Depuis 2004, suite aux furieuses polémiques à propos des voiles dits islamiques, la législation a été amendée pour refléter formellement dans un texte ces principes ancestraux.
“Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.”
Article L141-5-1 du 15 mars 2004 du code de l'éducation, toujours en vigueur
Pour les familles ne souhaitant pas se plier aux exigences laïques, il existe de très nombreuses écoles confessionnelles privées non soumises ces règles publiques.
Il y a environ 9 000 établissements catholiques qui scolarisent 2 millions d'élèves sur un total de 12. La communauté juive opère 280 écoles recevant 30 000 élèves. Une vingtaine d'établissements islamiques accueillant 2 000 élèves sont venus s'ajouter récemment.

5) Les religions hors du champ étatique et politique

La laïcité trace une distinction nette entre le domaine spirituel, d'ordre privé et individuel, et le domaine politique, de nature publique et collective.

Au fil du temps, l'état a retiré aux cultes toutes les fonctions non directement religieuses : mariages, tenue de l'état-civil, monopole de l'enseignement…

La loi de 1905 a institué des limites encore plus nettes entre exercice de la religion et pratiques politiques.
"[Interdiction] de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l'exercice d'un culte.
[Interdiction à un] ministre d'un culte qui, dans les lieux où s'exerce ce culte, [de] publiquement, par des discours prononcés, des lectures faites, des écrits distribués ou des affiches apposées, outrager ou diffamer un citoyen chargé d'un service public.
[Interdiction des] discours prononcés ou écrits affiché ou distribués publiquement dans les lieux où s'exerce le culte, [contenant] une provocation directe à résister à l'exécution des lois ou aux actes légaux de l'autorité publique, ou [tendant] à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres."

Extraits des articles 26, 34 et 35 de la loi de 1905, toujours en vigueur
Pour combattre judiciairement l'incitation au terrorisme d'inspiration religieuse, nul besoin de nouveaux textes, cette loi emblématique et séculaire suffit.

Une réalité nuancée

Souvent en France, pays de Descartes mais aussi du Système D, les beaux principes se contorsionnent pour s'adapter à des réalités sociales complexes.
La laïcité n'échappe pas à cette pesanteur.

Des jours fériés majoritairement catholiques

Sur les 11 jours officiellement chômés en France, 5 sont des dates civiles et 6 des fêtes catholiques.

Tant pis pour les protestants obligés de fêter le 15 août la Glorieuse Assomption de la Très Sainte Vierge Marie et le 1er novembre la Toussaint.

Tant pis pour les athées mondialisés, antimilitaristes et paresseux qui doivent observer le jour de l'an, la fête du travail le 1er mai, la fête nationale le 14 juillet et les commémorations de la fin des deux guerres mondiales.

Tant pis aussi pour les orthodoxes, juifs, musulmans, bouddhistes, hindous et autres zoroastriens absents du calendrier officiel.

Un enseignement confessionnel quand même très laïc

L'immense majorité des écoles privées confessionnelles sont dites "sous contrat".
Seuls 2% des enfants fréquentant l'enseignement privé - c'est à dire 3 élèves sur 1 000 tous modes d'enseignement confondus - sont accueillis par un établissement "hors contrat".

Une école "sous contrat" a passé un accord avec l'état.
Celui-ci assure la rémunération de ses enseignants et une partie de l'entretien de ses locaux, ce qui réduit nettement les frais de scolarité à la charge des familles.
En échange, l'établissement, bien que conservant son "caractère propre", garantit que l'enseignement y est dispensé "dans le respect total de la liberté de conscience" et que "tous les enfants sans distinction d'origine, d'opinion ou de croyances" peuvent s'y inscrire.

Des écoles de l'oxymore en quelque sorte puisqu'elles sont simultanément privées, confessionnelles, publiques et laïques !

Alsace et Moselle hors laïcité

En 1905, l'Alsace et la Moselle faisaient partie de l'Empire d'Allemagne qui les avait conquises en 1870-1871.
Sur le plan religieux, ces régions conservaient alors le régime dit de concordat établi par Napoléon Ier au début des années 1800.

En 1919, après la première guerre mondiale, pour faciliter le rattachement de ces territoires à la France, il a été décidé de ne pas y appliquer la législation laïque de séparation des églises et de l'état.

Aussi, autour de Strasbourg et Metz, une sorte de délit de blasphème a toujours une existence léglemême si la mesure n'est plus appliquée.
Curés, pasteurs et rabbins continuent à être salariés par une République qui pourtant proclame haut et fort de ne jamais le faire.
Mieux même, les évêques catholiques sont officiellement nommés par le président de la république française, qui est le dernier chef d'état au monde à posséder ce privilège suranné.

Votre serviteur - pur et fier produit de l'école publique, laïque et obligatoire - est quelque peu mal à l'aise qu'une partie de ses impôts finance des clergés, même s'il s'agit des sommes minimes.

---

Voilà, chers amis lecteurs hors de l'Hexagone, ce voyage au coeur de la laïcité française touche à sa fin.
J'espère qu'il vous aura un peu éclairé sur les étranges coutumes des compatriotes de Voltaire et de Georges Clémenceau.
Vos commentaires et questions sont, par avance, les bienvenus et pourront, le cas échéant, fournir un prétexte à écrire une suite à cette chronique.

Franco-laïquement votre

Références et compléments
- D'autres chroniques sur des thèmes connexes

- Aller plus loin

- Crédits images
  • Le chêne quessoyais pour la photo des affrontements de 1906 en Bretagne lors de la querelle des inventaires
  • Wikimedia Commons pour les caricatures et l'édit de Nantes
  • histoirepostale.net pour la lettre de 1849

mercredi 21 janvier 2015

Les musulmans en France, combien de divisions ?

En France, les attentats ont rallumé le débat sur les religions et l'ethnicité.
Depuis le mitraillage à Charlie Hebdo, "musulman" est devenu un terme tendance dont on ne sait s'il représente les croyants ou les pratiquants de l'islam ou encore les personnes venues de pays à majorité musulmane, voire ceux dont un ancêtre, à un degré mal défini, aurait frayé dans ces lointaines contrées.

Je vous propose, conformément aux habitudes de ce blog, d'envisager ces questions avec le regard froid et dépassionné des statistiques et de vous laisser vous forger votre propre opinion.

L'impossible mesure du religieux

Déterminer les parts de marché des différentes religions dans un pays donné est une question délicate car la foi est de l'ordre de l'intime et nombreux sont ceux sans opinions et pratiques théologiques tranchées.
De surcroît, en France, légalement, la liberté de conscience est absolue et nul n'est tenu de proclamer sa bonne ou sa mauvaise foi.

Imaginons quelques instants un sociologue souhaitant s'enquérir de mes convictions religieuses.
Techniquement, je suis catholique car j'ai été baptisé et mon prénom figure toujours sur les registres ecclésiaux.
Toutefois, à l'exclusion de quelques mariages ou enterrements, je ne vais jamais à la messe.
Quant à mes connaissances des textes sacrés, de leurs commandements et de leur morale ainsi que mes croyances envers les divinités et l'au-delà, ce blog n'étant pas un confessionnal, vous n'en saurez rien et le sondeur non plus !
Histoire de brouiller les pistes, j'ai même déjà expérimenté le divin plaisir de me faire passer pour un adorateur de Satan auprès d'un intégriste devenu aussi effarouché qu'une première communiante.

Le même enquêteur est confronté à de plus grandes difficultés face aux personnes possiblement musulmanes. Les marqueurs statistiques les plus faciles à relever n'existent pas ou peu. L'islam ne comporte pas de sacrements et la prière à la mosquée, quoique recommandée, n'est en rien une obligation. De surcroît, à l'instar du protestantisme, le clergé n'a pas de structure définie et hiérarchique.
La mesure du bouddhisme ou de l'hindouisme n'est pas plus aisée.

Pas étonnant dans ces conditions que les rares sondages et enquêtes sociologiques sur les religions affichent des résultats encore plus flous et contradictoires que les enquêtes politiques.

Afin de surmonter cette difficulté et de complaire à mes fidèles lecteurs, j'ai procédé suivant la méthode dite du comptage des manifestants, consistant à moyenner et à comparer les chiffres de différentes provenances.

Quel est le poids du religieux en France ?

À la question directe "croyez-vous en Dieu ?", une grosse moitié des français interrogés répond oui et une petite non.
Bizarrement, dans cette enquête, l'institut de sondage n'a pas jugé utile de prévoir l'option “ne sais pas”, les agnostiques sont priés de ne plus douter.
Pourcentage de personnes résidant en France vis à vis de la croyance en Dieu

Lorsque le sujet est abordé de manière moins binaire, la population de notre bel Hexagone se répartit grosso modo en 3 tiers.
Un peu plus d'une personne sur 3 se déclare religieuse, 29% s'affirment athées et le tiers restant non religieux.
Cette statistique varie beaucoup avec l'âge. Plusieurs résultats concordants indiquent que pas loin de la moitié des moins de 30 ans s'affirment athées ou sans religion. Il semblerait que les clergés de tout poil aient un problème de positionnement stratégique.
Pourcentage de personnes résidant en France vis à vis de la religion

Tous comptes faits, la France compte environ 24 millions d'ouailles de toutes sensibilités qui s'affirment concernées par le religieux, de l’ordre d'une personne sur 3.
Dans le même temps, 42 millions d’hexagonaux se mettent hors religion.
Pourcentage de personnes religieuses ou hors religion résidant en France

Quel est le poids des religions en France ?

Parmi le tiers religieux, le catholicisme occupe, de très loin, au sommet du podium.
Sensiblement un quart des français - 17 millions de personnes soit 2 croyants sur 3 - y adhère avec une pratique minimale.
Toutefois la messe hebdomadaire n'est suivie que par quelques pourcents de la population, entre un sixième et un dixième des catholiques suivant les sources.

L'islam décroche la médaille d'argent, mais sans avoir participé à la course au titre.
En conservant le critère de croyance associée à une pratique minimale, 3% à 6% des résidents français s'affirment musulmans, soit environ un sur 20 à 25, approximativement 2.5 à 3 millions de personnes. Grosso modo, un croyant sur 8.
Une enquête, avec des gages raisonnables de sérieux, a montré que les personnes vivant en France issues de familles pratiquant la foi musulmane se répartissaient en trois groupes sensiblement égaux : des musulmans se disant croyants et pratiquants, des personnes s'identifiant comme musulmanes mais sans pratique religieuse et des personnes se déclarant sans religion.
À bien y regarder, des affirmations peu éloignées de celles des personnes élevées dans d'autres fois.

Toujours chez les personnes se déclarant religieuses, le protestantisme, en groupant toutes ses obédiences, concerne de l'ordre de 3 à 4 hexagonaux sur 100, c'est à dire de 2 à un petit 3 millions de croyants.
Le judaïsme ferme la marche autour d'un sur 100, voire moins, assez nettement en dessous de la barre symbolique du million.
À ces chiffres microscopiques, il convient d'adjoindre, pour faire bonne mesure, 2% à 3% d'autres religions aussi diverses que variées, environ 2 millions de personnes rétives aux leaders du marché du Ciel.
Pourcentage d'adhésion aux religions des personnes résidant en France

#JesuisCharlie c'est à dire athéico-agnostico-catholico-islamico-protestantico-judaïco-diversico-laïquement votre

Références et compléments
- Voir aussi :
- Voici la liste des différentes sources que j'ai employé. Ces enquêtes ont des questions et des méthodes très disparates, difficiles à réconcilier.
  • Sondages CSA & IFOP de 2013, tous deux intitulés “le catholicisme en France”
  • Sondage WinGallup & REDC de 2012 “global index of religion and atheism”
  • Sondage IFOP de 2011 “les français et la croyance religieuse”
  • Sondage IFOP de 2009 “étude sur l'implantation et l'évolution de l'islam en France”
  • Sondage CSA de 2004 “les français et la religion”

mercredi 14 novembre 2012

Les veuves de prêtres catholiques financées par l'état laïque français

Les mœurs et mentalités religieuses en France, fille aînée de l'Église et république laïque, évoluent à la vitesse de la marée au Mont Saint-Michel.

Ainsi, la décision rendue aujourd'hui par le tribunal administratif de Strasbourg obligeant l'état, c'est à dire nos impôts, à payer, en vertu du principe d'égalité, une pension de réversion à Hélène B., veuve d'un regretté prêtre catholique alsacien trop tôt soustrait à l'affection des siens.

Cet arrêt induit d'intéressantes questions.
En voici un petit aperçu, non limitatif :

- Le veuf d'un rabbin mosellan aura-t-il droit, lui aussi, à une pension de réversion financée sur fonds publics ?

- Une personne ayant débuté sa carrière professionnelle comme pasteur dans le Bas-Rhin (secteur public) et qui, suite à une crise de foi, serait devenue imam dans l'Ariège (secteur privé) peut-elle cumuler ses points de retraite ?

- Les enfants d'un prêtre haut-rhinois décédé écrasé par une cloche durant une messe deviennent-ils pupilles de la Nation ?

- L'alcoolisme et l'allergie à la farine sont-elles reconnues comme maladies professionnelles chez les prêtres et pasteurs ?

- La retraite effectuée par un curé dans un monastère se déduit-elle de celle, très maigre, que la sécurité sociale lui servira à la fin de son apostolat ?

- Un ministre du culte peut-il être aussi député ?

- Le fait que les popes, les chamanes et les bonzes d'Alsace-Moselle ne puissent exercer leur profession sous la tutelle apaisante du statut de la fonction publique ne constitue-t-il pas une rupture grave du principe d'égalité ?

- Les agnostiques français ont-ils le droit à l'objection de conscience ? C'est à dire cesser de financer les clergés de l'est de la France !

Religioso-déficitairement votre !

Références & compléments
- Cette chronique a été inspirée par un article du journal La Croix du 14 novembre 2012, désormais non accessible, relatant la décision judiciaire sur la pension de réversion pour la veuve d'un prêtre catholique.
Dans les faits, un curé alsacien, au moment où il a fait valoir ses droits à une retraite méritée de fonctionnaire, en a profité pour rompre ses voeux et se marier ... civilement.
Après quelques années de vie conjugale officielle, cet ex-prêtre, rappelé auprès de son ancien employeur, a passé l'arme à gauche.
L'état a, au premier abord, refusé de verser la retraite à son épouse pourtant légitime. Celle-ci a finalement obtenu gain de cause au Conseil d'État.

- Les cultes catholiques, protestants et juifs d'Alsace-Moselle bénéficient toujours d'un régime concordataire.
Leurs prêtres, pasteurs et rabbins sont payés par l'état et possèdent le statut de fonctionnaire.
La raison de cette bizarrerie régionaliste est que la séparation des églises et de l'état a eu lieu en France en 1905 alors que l'Alsace-Moselle faisait partie de l'empire allemand. Lorsque ces territoires ont été réintégrés à la France en 1918, ils ont conservé le concordat qui n'avait pas été aboli ainsi que de nombreuses particularités légales locales.

- Voir aussi la chronique "Tentative d'explication de la laïcité française à mes amis hors de l'Hexagone"

mardi 25 septembre 2012

Le baron des Adrets, salafiste dauphinois

L'histoire ne se répète jamais mais bégaie parfois.
En voici, un petit exemple aux résonances très actuelles, soulignées par quelques anachronismes et néologismes.

En France, les guerres de religion ont été un déchainement de barbarie. Beaucoup de monuments conservent les traces de cette fureur.
La façade de la cathédrale Saint-Jean de Lyon porte encore les stigmates de la prise de la ville par les soudards huguenots de Jean de Beaumont, baron des Adrets. Toutes les statues de saints ont été détruites et les représentations des anges décapitées car jugées idolâtres par les ultras de la religion réformée quelque temps auparavant.
Façade de la cathédrale Saint-Jean de Lyon : statues d'ange décapitées en mai 1562 par les troupes protestantes du baron des Adrets
En 1562, le baron des Adrets, militaire dauphinois rallié au protestantisme suite à une altercation avec son chef, a terrorisé le quart sud-est de la France durant une campagne de neuf mois alliant manœuvres intrépides et cruauté extrême.
Dans le Gard, à Saint Laurent des Arbres, il fit égorger soixante-dix adversaires rescapés des combats, histoire d'obtenir le calme de la population.
A Montbrison en Forez, après la chute de la ville, ce triste sire massacra la garnison en la faisant sauter sur des piques depuis le haut des remparts.
Soucieux d'égalité, ce fanatique, en plus de civils et de militaires, a su aussi exécuter des membres du clergé catholique. Ses œuvres complètes comportent le saccage de moult églises et l'incendie du monastère de la Grande Chartreuse.

Jean Calvin, le leader historique du protestantianisme dit modéré, a tout d'abord encouragé l'efficace émir des Abrets qui apportait au camp huguenot des gains territoriaux conséquents. Toutefois vers la fin de 1562, l'opinion publique commençant à se lasser, l'intolerant de Genève, en bon politique, retira son soutien au barbare dauphinois et à sa katiba.

Peu impressionné par les volte-faces de son cheikh, Jean de Beaumont resta actif dans la guerre civile en rejoignant aussi sec les rangs catholiques pour lesquels il continua imperturbablement à massacrer durant quelques années.
Profitant d'une amnistie censée promouvoir la concorde civile, il se rangea des voitures et profita tranquillement des fruits de ses pillage dans son château au Touvet près de Grenoble où il finit par mourir dans son lit ...

Depuis le XVIème siècle, le temps a passé et les guerres de religion sont fort heureusement derrière nous. Comme le chantait le regretté Jean Ferrat "le sang sèche vite en entrant dans l'histoire", aussi un restaurateur de Mornas dans le Vaucluse a trouvé pittoresque de baptiser son établissement "Hostellerie du Baron des Adrets". A n'en pas douter, les viandes qu'il propose doivent être bien saignantes.
Dans le même registre, Calvin est devenu une marque de parfums et de fringues à la mode, d'ailleurs fort prisée des barbus tunisiens.
A ce rythme, je ne désespère pas d'aller, un jour, me désaltérer au café Ben Laden !

Saint-Barthélémyquement votre
No pasaran !

Références et compléments
- Voir aussi les autres chroniques de la barbarie
- La cathédrale-primatiale Saint-Jean est située dans le quartier du Vieux Lyon sur le site historique de Lyon inscrit au Patrimoine Mondial de l'UNESCO. La photographie de la façade a été prise par l'auteur le 25 septembre 2012.
- Articles Wikipedia sur Jean de Beaumont baron des Adrets et sur Jean Calvin.
- Billet du blog "Encrer le Monde" intitulé "Le Baron des Adrets : naissance de la notion de massacre".
- Article du site Trip Advisor sur l'Hostellerie du Baron des Adrets à Mornas.